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24/11/2006

Une opération réussie du Mossad en Libye dans les années 80

Cette opération a été racontée par Viktor Ostrovsky,ancien officier du Mossad dans les années 80.Elle montre les méthodes de fonctionnement du Mossad,mais est a prendre avec prudence :source unique Les confessions d'un agent secret israélien

La camionnette alla se garer derrière un immeuble situé sur la Rue
Jumhuriyyah , à Tripoli (Rue de la République ), à moins de trois
blocs d'immeubles de la caserne de Bab al-Aziziyyah, connue pour
abriter le quartier général et la résidence privée de Qaddhafi. A ce
moment-là, les hommes de la camionnette s'étaient changés : ils
s'étaient déguisés en civils.
Deux d'entre eux restèrent dans la camionnette, pour faire le guet et
les deux autres aidèrent les combattants du Mossad à monter le
précieux cylindre (le Trojan) sur la terrasse de l'immeuble, qui
comportait cinq étages. Le Trojan avait été roulé dans un tapis !
Dans l'appartement, une des extrémités du cylindre fut ouverte, un
petite antenne parabolique en fut extraite, puis placée devant une
fenêtre orientée au nord. L'unité émettrice fut activée : le cheval
de Troie était dans la place !
L'agent du Mossad avait loué l'appartement pour une durée de six mois
et il avait payé la location cash et d'avance. Personne ne pouvait
donc avoir le moindre soupçon en voyant l'agent secret déguisé en
locataire y pénétrer. Inversement, personne d'autre n'avait rien à
faire dans cet appartement. Toutefois, dût un intrus avoir le malheur
de pénétrer dans cet appartement, le Trojan se serait autodétruit,
emportant dans sa formidable déflagration l'ensemble de la partie
supérieure de l'immeuble. Les trois hommes retournèrent à la
camionnette, puis ils roulèrent vers leur rendez-vous avec leurs
amis, à la plage.
Après avoir déposé les commandos sur la plage, le combattant retourna
à vive allure à Tripoli, où il avait pour mission de surveiller le
travail de transmissions et de désinformation du Trojan durant les
semaines à venir. Les commandos, une fois sur la plage, ne traînèrent
pas eux non plus, et ils prirent le large, grâce à leurs cochons et
leurs oiseaux. Ils n'avaient pas du tout envie de se faire pincer
dans les eaux libyennes à la levée du jour. Ils se dirigèrent donc,
en poussant à plein régime leurs cochons trop poussifs à leur goût,
vers un point de rassemblement convenu à l'avance, où ils
retrouvèrent les deux vedettes lance-missiles, qui les hissèrent à
bord.
Vers la fin du mois de mars, les Américains commençaient déjà à
intercepter des messages diffusés par le Trojan, qui était activé
seulement durant les heures de pointe de transmission de
télécommunications. Grâce au Trojan, le Mossad s'efforçait de donner
à penser qu'une longue série d'instructions en vue d'attentats
terroristes était en train d'être transmise aux différentes
ambassades libyennes à travers le monde entier (ou, plus exactement,
pour reprendre la terminologie des Libyens eux-mêmes, les
différents «Bureaux Populaires»… ) Conformément aux attentes du
Mossad, les messages transmis (par le Trojan) furent déchiffrés par
les Américains, qui les présentèrent comme la preuve irréfutable que
les Libyens soutenaient activement le terrorisme. Pour enfoncer le
clou, des rapports du Mossad venaient systématiquement confirmer les
accusations comminatoires américaines! ! !
Toutefois, ni les Espagnols ni les Français n'étaient dupes. Ils ne
gobaient pas ce flot subit d'informations. Il leur semblait
extrêmement suspect que soudain, de but en blanc, les Libyens, qui
avaient fait montre d'une prudence de sioux, jusqu'alors, se mettent
du jour au lendemain à faire de la publicité pour leurs supposés
actes terroristes futurs. Ils trouvaient suspect, aussi, qu'à
plusieurs reprises les rapports du Mossad aient été rédigés en des
termes très proches des messages codés libyens. Ils avançaient – plus
important – l'argument que s'il y avait eu, effectivement, des
messages codés libyens rendant compte d'attentats avérés, l'attentat
contre la discothèque La Belle, à Berlin Ouest, commis le 5 avril,
aurait pu être évité, car il y aurait sûrement eu des messages
concernant cette attaque avant qu'elle ne soit perpétrée, ce qui
aurait permis aux services d'écoute de la prévenir. Etant donné que
cet attentat n'avait pas pu être évité, ils pensaient que ce n'était
pas les Libyens qui en étaient à l'origine, et que les «nouvelles
communications» soi-disant libyennes étaient un leurre. Les Français
et les Espagnols voyaient juste. L'information était bidon et le
Mossad ne disposait pas du moindre indice sur qui avait bien pu
déposer la bombe qui tua un soldat américain et en blessa plusieurs
autres, dans cette discothèque berlinoise. Mais le Mossad était lié à
la plupart des organisations terroristes européennes, et il était
convaincu que, dans l'atmosphère trouble qui s'était emparée de
l'Europe à cette époque-là, un attentat causant une victime
américaine était dans l'ordre des choses : ce n'était qu'une question
de temps. Les dirigeants du Mossad comptaient sur la promesse que les
Américains leur avait faite (qu'en cas d'attentat contre eux), ils se
vengeraient au centuple sur tout pays dont il aurait pu être prouvé
qu'il soutenait le terrorisme. Le Trojan fournit aux Américains
la `preuve' dont ils avaient besoin. Le Mossad se chargea
d'introduire dans l'équation l'image de lunatique dont était affublé
Qaddhafi, ce qui n'était pas difficile en raison de ses multiples
déclarations tonitruantes, qui n'étaient destinées, en réalité, qu'au
seul usage interne…
Il faut se rappeler qu'à l'époque, Qaddhafi avait en quelque sorte
tracé une ligne passant au large, fermant le Golfe de Sidra qu'elle
transformait de facto en eaux territoriales libyennes, et qu'il
qualifiait la nouvelle frontière passant au milieu de la mer
de «ligne de la mort» (ces agissements n'avaient pas peu contribué à
endommager son image de dirigeant modéré).
Finalement, les Américains tombèrent tête baissée dans le piège tendu
par le Mossad, entraînant les Anglais et les Allemands derrière eux,
bien que ces derniers traînassent quelque peu les pieds. L'opération
Trojan fut l'un des plus grands succès remportés par le Mossad. Elle
entraîna le bombardement aérien de Tripoli, promis par le président
américain Reagan — et ce bombardement eut trois conséquences
extrêmement importantes. Tout d'abord, il fit tourner court un
compromis qui aurait permis de libérer les otages américains au
Liban, chose qui permettait de conserver au Hizbullah (Parti de Dieu)
son statut - très précieux pour Israël — d'ennemi numéro Un aux yeux
de l'Occident. Ensuite, le bombardement américain sur Tripoli envoya
un message à l'ensemble du monde arabe, lui signifiant très
précisément où les Etats-Unis en étaient, quant au conflit arabo-
israélien. Enfin, il redorait l'image du Mossad, puisque c'était lui
qui, par un habile tour de prestidigitation, avait incité les Etats-
Unis à faire ce qui convenait ! Seuls les Français ne mordirent pas à
l'hameçon du Mossad, et ils restèrent déterminés à ne pas prêter une
quelconque assistance à l'agression américaine. Les Français
refusèrent le survol de leur territoire aux bombardiers américains,
en vol pour leur sinistre besogne en Libye.
Le 14 avril 1986, cent soixante bombardiers américains lâchèrent
soixante tonnes de bombes sur la Libye. Les attaquants bombardèrent
l'aéroport international de Tripoli, les casernes de Bab Al-
Aziziyyah, la base navale de Sidi Bilal, la ville de Benghazi et le
terrain d'aviation de Benine, dans la banlieue de cette dernière
grande ville. L'escadrille de bombardiers consistait en deux
ensembles principaux, l'un venait d'Angleterre et l'autre avait
décollé de porte-avions voguant en Méditerranée. D'Angleterre vinrent
vingt quatre F-111, depuis la base de Lakenheath, cinq EF-111 d'Upper
Heyford et vingt-huit tankers de ravitaillement qui avaient décollé
de Mildenhall et de Fairford. Durant l'attaque, les F-111 et les EF-
111 de la Royal Airforce furent rejoints par dix huit avions
d'attaque et de soutien A-6 et A-7, six avions de combat F/A-18,
quatorze avions de brouillage électronique EA-6B, ainsi que d'autres
avions de soutien logistique. Les avions de la US Navy furent
catapultés par les porte-avions Coral Sea et America. Du côté libyen,
on enregistra environ quarante morts. Tous, des civils, dont la fille
adoptive de Qaddhafi. Du côté américain, un pilote ainsi que son
officier servant furent tués dans l'explosion de leur F-111…
Immédiatement après les bombardements américano-anglo- allemands en
Libye, le Hizbullah mit fin aux négociations autour des otages qu'il
retenait au Liban, et il en exécuta trois, dont Peter Kilburn, un
Américain. Quant aux Français, ils furent remerciés de leur attitude
de non-participation dans l'attaque anti-libyenne par la libération,
à la fin juin, de deux journalistes français retenus en otages à
Beyrouth. (Comme de juste, une bombe «perdue» avait endommagé
l'ambassade de France lors du bombardement de Tripoli…)
Ephraïm venait donc de tout raconter, confirmant ce que je savais
déjà. Puis il poursuivit.
«Après le bombardement en Libye, notre ami Qaddhafi va certainement
être en dehors de la photo pour encore quelque temps. L'Irak et
Saddam Hussein sont la prochaine cible. Nous commençons dès
maintenant à en faire le grand méchant loup. Cela prendra un peu de
temps, mais à la fin, une chose est sûr : ça marchera !»
«Mais Saddam n'est-il pas considéré comme plutôt modéré à notre
égard, puisqu'il est allié à la Jordanie et qu'il est l'ennemi juré
de l'Iran et de la Syrie ? », objectai-je.
«Ouaip… C'est bien pour ça que personnellement, je suis contre cette
mission. Mais ce sont les ordres, et je dois les suivre.
Heureusement, vous et moi, nous aurons terminé nos petites manigances
avant que quoi que ce soit de géant n'arrive. Après tout, nous avons
déjà détruit les installations nucléaires de Saddam, et nous sommes
en train de nous faire des cils en or en lui vendant de la haute
technologie et des équipements, par l'intermédiaire de l'Afrique du
Sud…»
Au cours des semaines suivantes, on eut droit à un flot croissant de
révélations toutes plus alarmantes les unes que les autres au sujet
des éléments de la machine de guerre de Saddam, dont le fameux «canon
géant» ! Le Mossad a fait tout ce qu'il a pu, jusqu'à la quasi
saturation du monde parallèle de l'espionnage, afin de diffuser des
informations sur les intentions malveillantes de Saddam la Menace ,
en misant sur le fait que celui-ci aurait à sa disposition une
longueur de corde suffisante pour se pendre, avant longtemps.
Le but global du Mossad était extrêmement clair. Il voulait que
l'Ouest mène sa guerre à sa place, comme les Américains l'avaient
fait en Libye, en bombardant Qaddhafi. Après tout, Israël ne
possédait pas d'avions gros porteurs ni d'une énorme puissance
aérienne, et bien qu'il eût démontré sa capacité à bombarder un camp
de réfugiés (palestiniens) , à Tunis, ce n'était pas la même chose.
Les dirigeants du Mossad savaient que s'ils pouvaient faire
apparaître Saddam comme quelqu'un de suffisamment mauvais,
représentant une menace pour les approvisionnements pétroliers en
provenance du Golfe, dont il avait été jusqu'alors le protecteur,
dans une certaine mesure, alors les Etats-Unis et leurs alliés ne le
laisseraient pas obtenir quoi que ce soit, mais prendraient des
mesures qui ne pourraient qu'entraîner la destruction totale de son
armée et de son potentiel en armement, tout particulièrement si l'on
parvenait à leur faire croire qu'il s'agissait là de leur dernière
opportunité, avant que Saddam ne devienne «nucléaire»…
Suite et fin