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05/02/2010

Les officiers du renseignement dans les structures internationales

Un constat peut être fait: Depuis les années 90 au minimum, les Etats prennent l' habitude d' envoyer, de détacher, des officiers des services de renseignement pour les mettre à la disposition de structures internationales, comme l' ONU ou l' Union Européenne.

Nous ne parlons pas ici d' officiers agissant sous la couverture de leur représentation auprès d'une organisation internationale pour faire de l' espionnage, mais de professionnels du renseignement, détachés par leur pays, sciemment, pour aider les structures internationales par le biais de leur expérience. Les exemples sont nombreux: Par exemple quand l' ONU décide de créer un Groupe d' experts chargé d' appuyer le Conseil de sécurité dans la lutte contre Al-Qaïda, c'est à Richard Barrett (voir plus bas) qu'il revient de le présider. Quand, selon l' ancien officier du SVR Sergey Tretiakov, l' ONU créé son propre centre de situation, c'est un officier du SVR qui est détaché. Enfin, le "Centre de situation conjoint de l' Union Européenne" ,est chargé "d' assurer un suivi
permanent de l'actualité et de produire des évaluations de moyen terme sur des questions géographiques ou thématiques intéressant l'Union européenne, au profit du Secrétaire général/Haut représentant et des instances du Conseil, notamment du Comité politique et de sécurité. Doté d'une cellule de renseignement, il fournit également des analyses sur le contexte dans lequel se développent les opérations de gestion de crise de l'Union européenne"
(Guide de la politique européenne de sécurité et de défense [PESD] de 2006). Cette structure accueillait, en 2003, un officier de la DGSE, le service de renseignement français, Monsieur M.., civil toujours en exercice aujourd'hui. Beaucoup plus récemment, c'est un lieutenant-colonel de la DGSE (Voir plus bas), précédemment chef de poste en Afrique et en Amérique du Nord, qui dirigea l' analyse au sein du centre de situation conjoint de l' UE.

Cette "intégration" d' officiers des services secrets au sein même d' organes internationaux répond à une double logique: La participation accrue de l' intervention des organisations internationales dans les conflits internationaux; la nécessité de personnel expérimenté pour les fonctions d' analyse, de collecte d' information, de veille etc....

Ce qui ne signifie pas que toutes les personnes membres de ses structures soient membres d'un service de renseignement. Par exemple, Stanislav Frolov, détaché par les autorités russes dans le comité auprès de l' ONU chargé de la lutte contre Al-Qaïda (Paragraphe 7 de la Résolution 1526 du Conseil de sécurité de l' ONU) , a une expérience plus "policière" que d' espionnage: Il a été précédemment détaché par le Ministère de l' Intérieur russe pour participer à des opérations de l' ONU dans les Balkans.

Alors, quels critères utilisés? Ici, nous sommes en plein empirisme. Selon un communiqué de l' ONU, le groupe d' experts chargé de l' appui analytique et de la surveillance des sanctions dans le cadre de la résolution 1267 de 1999, pour le Conseil de sécurité, contre Al-Qaïda et les Talibans indique par exemple que les experts choisis sont plus globalement spécialisés "dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme et les législations en la matière, le financement du terrorisme et les opérations financières internationales, les systèmes de virement de remplacement, les activités caritatives et l' utilisation de messagers, le contrôle des frontières, y compris la sécurité portuaire, les embargos sur les armes et les contrôles des exportations ainsi que le trafic de drogues". Aucune obligation n' est ici posée pour que les membres soient obligatoirement des membres des services de renseignement: Cela peut aussi être des diplomates, des policiers, des membres des services de sécurité. Sauf si l' organisation internationale le demande expressément aux Etats-membres: Ce sera le cas, au milieu des années 90, pour le centre de situation de l' ONU (Tretiakov, op.cité)

Néanmoins, reste une inconnue dans cette équation: Les officiers du renseignement détachés auprès des instances internationales sont-ils chargés, ainsi, de les espionner, ou au contraire de leur apporter leur appui et leurs compétences?

 

 

Biographie de Richard Martin Donne Barrett

 

Né en 1949

En poste en Turquie à partir de 1987

Premier secrétaire à la délégation britannique auprès de l' ONU à New York de 1988 à 1992

Ordre de l' Empire Britannique le 30.12.1992

En poste à Amman à partir de 1997

Chef de la Branche Antiterrorisme, Contrôllerate “Global Tasks”, Directorate of Production and Requirements du Secret Intelligence Service.

Coordinateur à l' ONU de l' équipe d' appui au Conseil de sécurité chargée de Al-Qaïda et des Talibans, depuis 2004.

 

M.X

 

Grade de chevalier à la fin des années 80

Lieutenant-colonel de la DGSE

Chef de poste dans un pays d' Afrique dans les années 90

Chef de poste dans un Pays d' Amérique du Nord au tout début des années 2000


24/04/2009

Contact entre le chef de station de la CIA a Islamabad et le Premier ministre pakistanais

Comme vient de l' apprendre « Le monde du renseignement » , le lundi 10.11.2008, l' ambassadeur des États-Unis a Islamabad, avec a ses côtés le chef de station de la CIA au Pakistan (Qui entre autres avait dirigé une station de la CIA, au milieu des années 90, dans un pays d' Afrique francophone) ont appelés le nouveau premier ministre pakistanais,Yousaf Raza Gilani, élu en mars de l' année dernière, et qui fut le numéro 2 du Parti du Peuple Pakistanais, le PPP, dirigé jusqu'à son assassinat par Benazir Bhutto, et un des leaders de l' opposition a Parvez Musharraf. Le chef de station s'est alors entretenu au téléphone avec le chef du gouvernement « pour faire un briefing complet en matière de renseignement » sans que l' on en sache plus.. M. Gilani a abordé avec les deux américains l' affaire du Dr Afia Siddiqi, citoyenne pakistanaise détenue par les américains en Afghanistan.

Cette brève histoire ne fait que confirmer l' existence de contacts officiels entre la station de la CIA a Islamabad et les autorités pakistanaises au plus haut niveau, plus particulièrement dans le cadre des questions de lutte contre le terrorisme.

16/03/2009

Le FSB fait-il de l' espionnage à l'étranger?

LE FSB A L' ÉTRANGER.

 

Il y a de cela quelques années, un auteur russe, Andrey Soldatov, écrivit que le FSB et le SVR s' étaient partagés les zones de compétence, le FSB faisant du renseignement dans la zone CEI, le SVR a l' extérieur. Au dessus de la mêlée, le GRU, chargé de faire du renseignement militaire. Cette thèse développée par l'auteur de l' article laissait un brun dubitatif: si c'est le cas, de quel service du FSB dépend ce fameux service d' espionnage qui ferait concurrence au SVR sur son propre terrain? Quelles sont ses missions? Et aussi, si partage des zones d' influence il y a, comment se fait il que le SVR dispose d'un représentant connu des autorités a Kiev, en Ukraine, et en Biélorussie à l' heure ou j' écris? La tradition veut que un représentant ne fait pas de l' espionnage dans le pays ou il est posté; il est chargé des contacts officiels avec les autorités locales, son identité est connue d' eux. Et aussi, faire passer des spécialistes du contre-espionnage ou des questions de sécurité au renseignement « offensif » n'est pas très facile; les formations ne sont pas les mêmes. Aussi, si le SVR dispose de représentants, est ce que cela ne serait pas, également, le cas pour le FSB?

 

Dmitri Medvedev et le Directeur du FSB Alexandre Bortnikov

On ne pouvait exclure que le FSB, comme nombre de services de sécurité, dispose d'un représentant sous couverture. Et ce sont les mémoires d'un ancien du FSB, Joseph Legan, parus en russe, qui ont confirmés cette thèse. Logan est un vétéran du KGB puis du FSB, avec pas moins de 35 années de service a son actif. Il a surtout travaillé au service d'inspection interne du KGB puis du FSB, chargé de découvrir et d' enquêter sur les fautes de travail commises par les services. Pour l' anecdote, c'est ce service qui mit à jour sous Gorbatchev un très gros scandale au coeur de la 3ème Direction principale du KGB, chargée du contre-espionnage militaire, qui a très peu filtré: Plusieurs affaires d' espionnage dont étaient chargés les services du contre-espionnage militaire étaient soit complètement fabriquées soit manquaient de preuves. Le scandale sera tel que le directeur de la 3ème Direction principale du KGB, Nikolaï Dushin, sera renvoyé a la fin des années 80.

Dans son ouvrage, Legan cite les exemples de deux responsables du FSB envoyés a l' étranger en tant que représentants du Service: Le premier est un responsable du service d' inspection du FSB qui sera envoyé en Mongolie. Le second est le général-major Petroukhine,qui sera envoyé comme représentant du FSB sous couverture diplomatique dans un pays asiatique de la CEI.

Enfin, que penser de Vitaly Vladimirovitch Burov, représentant du FSB a Washington sous la couverture de conseiller de l' ambassade de Russie depuis 2008.

Ses envois se font dans le cadre des accords de coopération, dont plusieurs commencent a être préparés en 1994, entre le FSB et différents services secrets, tels que la DGSE française et le Guojia Anquanbu, le Ministère de la Sécurité d' État chinois, comme le démontrent ses documents, faisant état de l' autorisation des responsables du FSK (prédécesseur du FSB) a commencer des négociations avec les services secrets concernés.

Un exemple de coopération: Ordre n°434 du Président de la Fédération de Russie du 15.08.1994 relatif a la coopération entre la DGSE française et le FSK, lequel est remplacé par le FSB en 1995. Le document indique clairement, entre autres, la possibilité de mettre en place un officier de liaison du FSK accrédité (Normalement sous couverture diplomatique) en France.

Ajoutons y les déclarations publiques de représentants du FSB a la presse ou par communiqué, qui font clairement référence a la coopération du FSB avec nombre de services secrets. Par exemple, Alexandre Bortnikov indiquera très dans une interview donnée à la mi-décembre 2008 que « Les représentants officiels du FSB sont dans 40 États ». Enfin, si le FSB fait du renseignement a l' extérieur, comment cela se fait il que aucun scandale n'ait éclaté sur ce thème, que aucun informateur n'ait été interpellé, aucun officier du FSB pris en flagrant délit? Et qui contrôle ce fameux service?

Sigle du 5ème Service du FSB, le Service d'information opérationnelle et des relations internationales.

Selon Andrey Soldatov, les officiers du FSB faisant du renseignement hors de la Fédération de Russie relèvent du Département de l' information opérationnelle du 5ème Service ( Service d'information opérationnelle et des relations internationales) du FSB, qui fut dirigée par Viatcheslav Oushakov jusque 2003 puis Sergey Besseda. Le 5ème Service, dont le patron actuel est Viktor Komogorov, est l' ancienne Direction d' analyse de l' information du KGB, créée en 1991. Le 5ème Service est donc chargé de l' analyse mais aussi des contacts avec les services secrets étrangers sur des sujets aussi délicats que la lutte contre le terrorisme ou les différentes formes de criminalité organisée.

Sigle du Département d'information opérationnelle, sigle copié sur le SVR.

Mais la thèse de Soldatov fait elle référence aux représentants du FSB ou a une sorte de « renseignement extérieur » du FSB, concurrent du SVR? La question mérite d' être posée, en effet, au sein du 5ème Service, une différence est établie entre la Direction des relations internationales, dirigée par le général Alexey Koziura, et ce fameux Département de l'information opérationnelle, dont une des seules traces laissées est la présence de son patron, Sergey Besseda, en Abkhazie, après que ce pays ait proclamé son indépendance, pour assister a un tournoi de tennis! Peut-être, évoque Soldatov, ce Département est chargé de remplacer les anciennes antennes du renseignement agissant depuis la Russie contre les pays voisins? Ce n'est pas a exclure, mais nous manquons de données concrètes pour clairement distinguer entre représentants officiels, espionnage du FSB a l' étranger, et opérations menées depuis le territoire de la Fédération de Russie contre les voisins.

04/11/2008

Les services secrets britanniques recrutent dans les universités.

 

Les services secrets britanniques, ce n'est point un secret, recrutent de manière "ouverte". Cela veut dire que un de leurs représentants, a visage découvert, n'hésite pas a aller dans les universités de Sa Majesté, a vanter les mérites de son service, proposant aux étudiants de tenter, ensuite, d'y entrer. Un exemple concret en a été donné il y a quelques semaines, très précisément a la mi-octobre, quand James Morrison, ancien espion de Sa Majesté, a pris la parole a l'université de Canterburry, dans une conférence intitulée "The Craft of Intelligence Analysis: Secrets, Assessments, Prophecies, Delusions and Damned Lies".

 

James Morrison Se présentant comme un ancien analyste du MI5, M.Morrison déclarera simplement être un ancien du MI5, rappelant quelques principes du métier: Que si vous détenez une information, il ne faut pas que l'ennemi sache que vous lui avez piqués ses secrets; que le travaille d'un analyste consiste a vérifier 1000 fois les informations recues afin d'éviter les erreurs de jugements, et d'ironiser que "si vous voulez de l'action, évitez d'être analyste au MI5, la seule raison qui vous entraînera chez le kiné est d'avoir mal au dos a force d'être assis sur de mauvaises chaises!" Rien que de très convenu certes, mais un des préceptes du métier, après tout, est d'en dire le moins possible. On voyait donc mal M.Morrison raconter les opérations qu'il a mené ou dévoiler les noms de ses collègues.

Avant de déclarer publiquement aux étudiants: "Le MI5 recrute et l'organisation cherche des personnes issues de tout cursus universitaire; pourquoi pas vous?". Cela a l'avantage de la franchise et appelle deux commentaires: Primo, époque de communication aidant les services secrets n'hésitent plus a recruter de manière "ouverte", la France est loin d'avoir saisie cette culture contrairement a ses collègues britanniques ou américains. Secundo, et c'est plus une surprise, pour moi, c'est que M.Morrison se prétende "analyste au MI5". Un rapide coup d'oeil sur sa bio a permis de découvrir que il émargeait plutôt au DIS..le Défense Intelligence Staff, le renseignement militaire de Sa Majesté. En effet, il est incongru que M.Morrison se présente comme un officier du MI5, contre-espionnage civil, alors que il apparaît, quand il fut présenté, comme "Deputy Chief of Defense Intelligence and Senior Fellow of the Brunel Centre for Intelligence and Security Studies", c'est-a-dire numéro deux du renseignement militaire britannique!

Sa carrière le confirme: Apparaît un dénommé John Noble Lennox Morrison, né le 14.07.1943, entré au Défense Intelligence Staff en 1967 en tant que analyste, avant d'occuper plusieurs postes a responsabilité au sein du DIS, et de finir sa carrière en 1999, après avoir passé quatre ans comme adjoint du directeur du DIS et a la tête du service d'analyse. Après sa carrière au DIS,il travaillera a la commission parlementaire de contrôle de l'activité des services secrets, et ce jusque 2004 (Il quittera alors son poste suite a un scandale). Actuellement, il travaille au Brunei Centre for Intelligence. En tout cas, son ancien emploi "d'analyste au MI5" ressemble a s'y méprendre a une "couverture" pour recruter les étudiants en réalité pour le Defense Intelligence Staff. Ce sont les gars du MI5 qui vont être contents!

 

 

 

 

24/09/2008

Ben Laden n'est et n'était pas un agent de la CIA

Les attentats du 11 septembre ont donné occasion a des commémorations, y compris de la part des "conspirationnistes" accusant la Maison-Blanche, le Pentagone, le NORAD d'avoir orchestré ses attaques terroristes il y a sept ans (Par exemple, l'article "résister au mensonge" sur le site du réseau Voltaire). A chacuns ses Thierry Meyssan! Le problème c'est que je ne m'y retrouve plus dans ses théories: soit les attentats du 11 septembre sont dûs aux russes, soit au Mossad, soit la CIA , soit le Pentagone ou les Serbes..Messieurs, mettez-vous un peu d'accord!

Une de ses théories veut que ce soit UBL (Usama Bin Laden) qui ait bien commis les attentats. Certains d'y répondre: Il a commis ses attentats sur ordre de la CIA, d'autres: Les américains l'ont formés, ils en payent le prix. Manque de bol, l'analyse de certaines informations m'amène a la conclusion suivante: UBL (Comme l'appelaient les officiers de la CIA) n'était pas un agent de la CIA....

Oussama Ben Laden

Que Ben Laden soit un "agent de la CIA" impliquerait: un recrutement, des contacts, mais aussi, que soit la CIA finance Ben Laden et son "oeuvre" (Nous sommes, dans les années 80, en pleine guerre en Afghanistan, et la CIA soutient les moudjahidines afghans combattant les troupes soviétiques, par une aide matérielle [ Argent, armes]. Il paraît logique, si Ben Laden est un "agent de la CIA" plongé dans la guerre en Afghanistan, que il soit lui aussi aidé.

Or primo, dans ses mémoires ("At the center of the storm", qui viennent de sortir en russe), George Tenet, patron de la CIA de 1997 a 2004, l'affirme clairement: "Ben Laden n'a jamais été un agent de la CIA contrairement a ce que certains affirment". C'est rare que un officier des services secrets prenne aussi publiquement position (surtout un aussi haut responsable de la communauté du renseignement US) et dise qui est un informateur de la CIA ou pas. Désinformation? Mon sixième sens me dit non, confirmé par plusieurs éléments.

Milton Bearden, chef de station de la CIA a Islamabad de 1986 a 1989.

Secundo, la lecture du livre de Milton Bearden et James Risen "CIA-KGB.Le dernier combat". En tant que chef de station de la CIA a Islamabad de 1986 a 1989, Bearden a participé au soutien des moudjahidines contre l'armée soviétique en Afghanistan. Dans son ouvrage, il raconte beaucoup de choses: les contacts avec les autorités pakistanaises, avec les "chefs de guerres", les visites de camps, l'utilisation des stingers contre les hélicoptères soviétiques.. Or l'impression que je retire du livre de Bearden et Risen est que la CIA financait et équipait les moudjahidines par le biais des principaux chefs de guerre uniquement. Ben Laden en était-il? Nullement: Il aidait a l'envoi de volontaires arabes depuis le Pakistan, puis a lui-même dirigé un camp en Afghanistan, avec ses mêmes volontaires arabes. Source financière? Sa fortune personnelle et les donations faites par des mécènes moyen-orientaux.

Tertio, Bearden toujours est catégorique (Page 288 de son livre "CIA-KGB): "A une époque, la CIA avait envisagée d'entraîner les légions de volontaires arabes qui voulaient prendre part a la guerre, mais l'idée avait été jugée déraisonnable et impossible a mettre en pratique". Ce qui laisse a penser que la CIA a tenté d'établir des contacts avec certains de ses "arabes afghans" (Comme on appele les volontaires arabes partis combattre les soviétiques en Afghanistan). Ben Laden a-il eu des contacts? Aucune information dessus malheureusement.

Quatro, je suis étonné que ceux qui s'empressent de crier aux contacts entre Ben Laden et la CIA n'en apportent aucune preuve. Etre un "agent de la CIA" implique que Ben Laden ait été recruté. A partir de la, plusieurs possiblités: Soit un agent transmet des informations, ou est aidé, mais ne se rend pas compte que il est recruté; soit il est recruté mais sous "faux pavillon" (Par exemple, il est recruté par des officiers de la CIA se faisant passer pour des saoudiens. Si l'objectif déteste les américains mais apprécie les saoudiens, il coopérera plus volontiers avec les premiers) soit il est directement recruté par les services secrets des Etats-Unis. Dans les trois cas de figure, aucune preuve n'est apportée d'un recrutement, de quelque manière que ce soit, et encore moins de contacts entre la CIA et Ben Laden. Une seule information fait état d'une rencontre entre Ben Laden et un officier de la CIA a Dubaï en juillet 2001. Mais d'une part cette rencontre n'est pas prouvée , d'autre part, même si elle a eu lieu, on ignore quel était son but. Le but d'un service secret est d'être en contact aussi bien avec les amis que avec les ennemis, pour obtenir des informations, par exemple connaitre les intentions, "sonder" l'ennemi. Si la rencontre a bien eu lieu en juillet 2001, on ne peut totalement exclure que tel était le but, la CIA pressentant depuis plusieurs mois que Ben Laden comptait commettre un attentat sur le sol américain.

Donc, Ben Laden n'est pas un "agent de la CIA". Cette accusation est même absurde, car coopérer avec un service secret ne signifie pas être son agent. Dans ce cas, pourquoi ne pas porter la même accusation contre les "chefs de guerre" qui, eux, ont réellement coopérés avec la CIA dans leur lutte contre les soviétiques, tel que Jalaluddin Haqqani ou Gulbuddin Hekmatyar?

En revanche, on ne peut complètement exclure, et c'est même très probable, que certains terroristes proches de Ben Laden soient en effet passés par des camps ou aient bénéficiés d'une aide américaine. Ou bien certains de ses alliés, le but de Ben Laden étant de fédérer ou de coopérer avec les groupes sunnites extrémistes dans le but de "lutter contre les croisés" et d'instaurer le califat.

 

08/07/2008

Le Mossad et Osirak

A la fin des années 70 la France comptait livre un réacteur nucléaire a l'Irak, alors dirigée par Saddam Hussein. Ce dernier ayant comme volonté d'enrichir ainsi l'uranium a des fins militaires, priorité est donnée au Mossad (Entre autres a sa Division TZOMET, responsable des opérations en Europe, et a la branche KIDON [Assassinats] de la Division METSADA (Opérations spéciales) d'empêcher la France de livrer a l'Irak ce réacteur. Ce film évoque une partie de l'opération alors conduite, mais oublie de préciser un détail: Le Mossad avait obtenu des informations sur le réacteur suite au recrutement, en août 1978, d'un physicien irakien, un dénommé Butrouss Heibin Halim. C'est sans doute a cette personne que fait référence Viktor Ostrovsky dans son livre sur le Mossad publié en 1990, et qui raconte l'opération. Pour terminer, précisons que cette opération, conduite par le Mossad en France, n'a pas empêchée la livraison d'un réacteur par la France a l'Irak; lequel sera détruit en 1981, par des avions de chasse israëliens (Bombardement d'Osirak). Et enfin, citons les noms de certains des participants, au sein du Mossad, a l'opération: Dan Arbel, alors chef de la station TZOMET du Mossad a Paris; David Biran, chef du TZOMET (Et qui sera, selon une information, nommé chef du TEVEL en 1990) et enfin Shabtai Shavit, alors chef de la METSADA.
 

Quand le mossad frappe en France
envoyé par Homer-Dalort
 

15/06/2008

La DGSE de 2000 a 2002


Pour des raisons de sécurité, certains noms ne sont pas publiés, et remplacés par un pseudo.



Située Boulevard Mortier, la DGSE, Direction Générale de la Sécurité Extérieure, a été confrontée a une forte crise interne ses dernières années, conséquence des luttes au sommet de la hiérarchie du Service.

La DGSE, dont le quartier général est toujours situé Boulevard Mortier, a Paris (Surnom du QG: La Piscine, a cause de la Piscine des Tourelles située juste a côté), compte depuis 1987 cinq grandes directions:
Jean-Pierre Pochon. La Direction du Renseignement (DR) est chargée de la collecte et de l'analyse du renseignement, obtenu aussi bien de manière "ouverte" (presse, conversations, documents officiels..) que "fermés" (recrutement d'informateurs), sur les menaces extérieures a la France mais aussi dans les domaines politiques, économiques, scientifiques.Elle s'appuie pour cela sur des postes de la DGSE a l'étranger, par exemple a Berlin ou Washington, quoique l'existence de postes DGSE sur le territoire national même, pour espionner les voisins et lutter contre des menaces, n'est pas a exclure. La DR sera dirigée a partir de mars 2000 par Jean-Pierre Pochon.
(A gauche).A la tête du Service "Action" de septembre 1987 a 1989, Jean Heinrich fut le créateur, et aussi le premier dirigeant, de la Direction des opérations de la DGSE, qu'il commanda de 1989 a 1992. (A droite): Xavier Bout de Marnach, a la tête de la Direction des Opérations de 2000 a 2004. Créée en 1989 a l'initiative du général Jean Heinrich, la Direction des Opérations est chargée des opérations spéciales, a haut risque; c'est cette Direction qui envoie des officiers dans des zones réputées dangereuses (Par exemple en Irak, au Kosovo ou en Tchétchénie) sans oublier les opérations "Homo" (assassinats) , les ouvertures de courrier, fouilles de valises..L'habitude voulant que ce soit un général de l'armée qui la dirige, c'est le général Xavier Bout de Marnach qui la dirige depuis 2000. (Depuis le 01.09.2007, il a pris le commandement de la KFOR au Kosovo).

Bruno Joubert, directeur de la Direction de la Stratégie de la DGSE de 1997 a 2001. La Direction de la Stratégie est chargée de transmettre aux décideurs politiques les informations recueillies par la DGSE et de recueillir leurs avis mais aussi de participer avec le Quai d'Orsay, le Ministère des affaires étrangères, a l'élaboration de la politique étrangère gouvernementale. C'est beaucoup plus un service "diplomatique", ce qui explique pourquoi c'est toujours un diplomate qui l'a toujours dirigé. Depuis septembre 1997 c'est Bruno Joubert (Nommé en mars 2008 conseiller diplomatique adjoint de Nicolas Sarkozy) qui est a sa tête.

La Direction technique est chargée a la fois de la recherche et de l'exploitation des informations d'origine technique (ce qui laisse supposer que le service des écoutes lui est rattaché) sans oublier les poses de micros, caméras etc..A sa tête se trouve Jean-Francois Sillière.

Paul-Henri Trollé La Direction de l'administration est chargée des questions d'administration au sein de la DGSE (affectation du personnel, assistance juridique, formation du personne, acquisition de matériel). C'est Paul-Henri Trollé qui la dirige.

Pour des raisons bureaucratiques, toutefois, le numéro 2 de la DGSE est non pas, comme plusieurs années auparavant, le Directeur du renseignement, qui occupe toujours, néanmoins, une position prépondérante; mais le Directeur de cabinet. Comme le note l'arrêté du 04.12.2002 relatif a la DGSE, "le Directeur de la DGSE est assisté d'un directeur de cabinet qui le remplace en cas d'absence ou d'empêchement".
Dominique Champtiaux (tenant le drapeau)

Ce dernier est, depuis mars 2000, le général Dominique Champtiaux. Un spécialiste des opérations clandestines: Il a dirigé le Service Action de 1996 a 1997 puis la Direction des Opérations de 1997 a mars 2000.
A gauche, Jacques Dewatre; à droite son successeur, Jean-Claude Cousseran. C'est un remarquable article signé Jacques Isnard, paru dans le "Monde" du 20.12.1999, qui signale le prochain remplacement de Jacques Dewatre, le patron de la DGSE, par un diplomate pur jus, arabophone, et fondateur de la Direction de la Stratégie de la DGSE: Jean-Claude Cousseran. Pourquoi ce remplacement?  Le principal grief fait a la DGSE est son action lors de la récente guerre du Kosovo, réputée "particulièrement discrète pour ne pas dire inexistante" (Ce qui n'empêchera pas le chef de la section "Balkans" de l'époque d'être ensuite promu). Toutefois il convient de relativiser: D'une part la station de la DGSE a Belgrade a dûe être fermée suite a l'évacuation de l'ambassade de France, empêchant la collecte du renseignement. D'autre part, malgré les propositions d'un officier de la DGSE, le ministre des affaires étrangères Hubert Vedrine refuse que soient organisés des contacts avec l'UCK, Armée de Libération du Kosovo, avant les accords de Rambouillet,ce qui aurait permis d'en apprendre plus sur les intentions de l'UCK.

Autre reproche fait a Dewatre: ses tendances, selon l'article de Isnard, a faire de la "diplomatie parallèle", a la grande fureur du Quai d'Orsay. Toutefois, tous n'est pas noir: On doit a Dewatre la mise en place de postes DGSE en Asie centrale (Par exemple au Kazakhstan et en Ouzbékistan), postes avancés de la lutte antiterrorisme (NDLR: Surtout quand on sait que un des principaux mouvements d'opposition ouzbéks, le MOI, est très proche de Ben Laden. Comme le démontrera Guillaume Dasquié dans son remarquable article, par l'intermédiaire du chef de guerre Rachid Dostom, les services secrets ouzbéks ont faits infiltrer le MOI, collectant ainsi des renseignements sur cetrte organisation et sur Al-Qaïda, et en faisant ainsi profiter aussi bien la CIA que la DGSE, grâce aux débuts d'une coopération interservices). Suite à la Guerre du Kosovo, une antenne est aussi installée à Pristina; elle sera dirigée par "Etienne", officier spécialisé dans la région Balkans entré dans le privé en 2008

De gauche a droite: Arnaud Danjean et Pierre-Antoine Lorenzi.

Cousseran, nommé a la tête de la DGSE, s'entoure d'une équipe a sa solde, en nommant comme conseillers uprès du Directeur: Arnaud Laloum pour l'Afrique; Marc Pimond pour le Monde arabe et le Terrorisme; et Arnaud Danjean (qui justement dirigeait la section "Balkans" au service de recherche de la Direction du renseignement de la DGSE de 1998 a 2000) pour l'Europe et la Russie, ainsi que Pierre-Antoine Lorenzi comme chef de cabinet. Mais deux "hics" apparaissent très rapidement dans la composition de l'équipe nouvelle: c'est d'une part les luttes d'influence entre les différentes "familles" politisées (socialistes et RPRistes) et d'autre part les militaires, qui jouent toujours une place prépondérante au sein de la Maison (Nombre de chefs de postes sont des militaires de carrière, le plus souvent issus de l'armée de terre, par exemple, en cette année 2000, les chefs de postes en Bulgarie, au Kazakhstan et a Washington). Aussi, Cousseran est obligé de "composer": Sur proposition de l'Elysée, c'est Jean-Pierre Pochon, chiraquien pur jus, qui est nommé a la tête de la Direction du renseignement. Haut responsable de la police nationale, Pochon a fait une carrière aux RG et a la DST. C'est a lui qu'on doit l'interpellation, en 1980, des dirigeants du groupe terroriste "Action Directe". Pour satisfaire les militaires, Cousseran choisit un des leurs, le Général Dominique Champtiaux,comme directeur de cabinet, et le nomme numéro 2, de facto, du Service.
Autre problème, la volonté du nouveau Directeur de réformer la DGSE, conscient des faiblesses du Service, ou il avait déja précédemment travaillé , en tant que Directeur de la Stratégie de 1989 a 1992. Quitte a provoquer la fureur des "barons" de la DGSE!

Philippe Hayez

La première mesure, prise dès mai 2000, est l'inauguration d'un "centre de situation", chargé de suivre les crises importantes de par le monde, comme en Côte d'Ivoire, au Congo, ou en Irak (Dirigé par le conseiller a la Cour des comptes Philippe Hayez) , provoquant des grincements de dents chez les officiers de la Direction du renseignement et de la Direction des Opérations.

La deuxième mesure est proposée par Bruno Joubert, a la tête de la Direction de la Stratégie depuis 1997: Il s'agit de réformer la Direction du renseignement, pour rendre ses structures plus adaptées a un contexte de globalisation, ou les questions du renseignement économique mais aussi de la lutte contre les différentes formes de criminalité organisée, tel que le trafic de stupéfiants et le terrorisme, sont de plus en plus une évidence. Les structures de la Direction du renseignement , réparties selon d'une part le renseignement classique, d'autre part le contre-espionnage, et enfin l'analyse, paraissent inadéquates.
Alain Chouet. Par conséquent, en octobre 2000, trois services sont créés au sein de la Direction du Renseignement, réformant en profondeur les structures: Le Service de Renseignement Politique (SRP), chargé des informations a caractère politique, le Service de Renseignement de Sécurité, SRS,chargé de la lutte contre le terrorisme, la prolifération nucléaire, du contre-espionnage et de toute forme de criminalité, et la Direction centrale du renseignement, chargée de diriger les stations de la DGSE dans le monde et de coordonner l'ensemble. Ancien chef de poste a l'étranger, "Vincent" a fait une année comme auditeur a l'Institut des hautes études de Défense Nationale avant d'être nommé a la tête du SRP; A la direction du SRS est nommé Alain Chouet , un spécialiste du Moyen-Orient qui a été en poste a Beyrouth, Damas, mais aussi conseiller technique pour le monde arabe et le terrorisme de 1990 a 1992 auprès de Jean-Claude Cousseran, quand celui-ci dirigeait la Direction de la Stratégie de la DGSE. Nommé a la tête de la Direction du Renseignement, Jean-Pierre Pochon se retrouve avec trois services séparés, et constate, a sa grande fureur, que Chouet en réfère directement a Cousseran (les deux hommes se connaissent) sans l'en aviser. Pour ajouter a la confusion, est nommé comme adjoint de Pochon "Gerald", ancien chef de poste a Washington qui avait, ensuite, été sanctionné par une mise a pied par le prédécesseur de Cousseran, Jacques Dewatre, suite a la découverte de malversations au sein du TOTEM, que "Gerald" dirigea.
Francois-Xavier Deniau Durant l'année 2001,Cousseran change aussi nombre de cadres du service, a l'exception de la Direction du renseignement. Si l'entente avec Pochon n'est pas des meilleures, Cousseran n'hésite pas a le contourner.
Ainsi, la tête de la Direction technique, Yves Mathian remplace Jean-Francois Sillière; Bruno Joubert quitte la Direction de la Stratégie et est nommé ambassadeur auprès de l'OSCE a Vienne; son remplacant est le diplomate Francois-Xavier Deniau ; Paul-Henri Trollé est remplacé a la tête de la Direction de l'administration en 2002; le chef de cabinet Pierre-Antoine Lorenzi est remplacé en juin 2001 par Marc Pimond, qui occupait le poste de conseiller technique pour le monde arabe et le Terrorisme du Directeur de la DGSE.

Au-dela des changements internes, la DGSE va se retrouver mobilisée sur le front de la lutte antiterrorisme, domaine ou elle excelle:
Le chef de guerre Rachid Dostom La fin de l'année 2001 a été excellente pour la DGSE, car le Service a surtout montré ses aptitudes dans deux domaines: l'Afghanistan et la lutte antiterrorisme. Avant le 11 septembre 2001, la DGSE suit avec attention les réseaux de Oussama Ben Laden, y consacrant plusieurs notes montrant très clairement l'intention du réseau Ben Laden de frapper les Etats-Unis. Une note du 05.01.2001 évoque même les projets de détournements d'avions! Le Service de Renseignement de Sécurité , chargé entre autres de la lutte antiterroriste au sein de la Direction du Renseignement de la DGSE,  peut s'appuyer sur un travail a long terme mené contre le réseau Al Qaïda: Outre le recrutement d'informateurs, la DGSE bénéficie du soutien de l'Alliance du Nord, groupe afghan dirigé par Ahmed Shah Massoud, et de Rachid Dostom, un chef de guerre ouzbek qui a fait infiltrer le MOI  (Mouvement Islamique Ouzbek, dirigé par Tahir Youldachev), groupe terroriste ouzbek proche de Ben Laden. Ajouté a la coopération, déja a cette époque, avec certains services secrets, par exemple ouzbeks, qui sont confrontés de plein fouet au terrorisme islamique d'obédiance wahhabite du MOI. Notons aussi une collaboration sans heurts avec la DST (événement rare et qui mérite d'être souligné) et qui sera encore renforcée après le 11 septembre 2001. Le système est donc efficace, les alliés (dont américains) normalement prévenus. Ce qui n'empêchera malheureusement pas les attentats du 11 septembre, spectaculaires et sanglants...

Après la surprise, l'offensive. Etant donné que l'attaque a été menée par Al Qaïda, lequel groupe est basé en Afghanistan, aussitôt ordre est donné d'attaquer le groupe terroriste et ses satellites.
La DGSE s'appuie donc sur ses contacts en Afghanistan, des contacts éprouvés , ce qui sera la clé du succès pour le Service: Comme le rappele Pierre Marion ,Directeur de la DGSE de 1981 a 1982, il envoie a cette époque un détachement du Service Action (Alors dirigé par le Colonel Lorblanches) pour aider livrer des armes a la résistance afghane, soutenu par l'ISI (renseignement militaire pakistanais) avec qui le chef de poste DGSE a Peshawar de 1983 a 1986, le commandant Michel Derlot, maintient le contact, mais contrairement aux autorités pakistanaises la DGSE refuse de soutenir les fractions radicales, et mise sur Ahmed Shah Massoud, surnommé le "Lion du Panchir". Même après la fin de la Guerre d'Afghanistan a la fin des années 80 et le retrait des troupes soviétiques, la DGSE conserve le contact avec l'Afghanistan. Et lorsque décision est prise d'envahir l'Afghanistan pour chasser les talibans et traquer Al Qaïda, la CIA pourra bénéficier d'une DGSE très bien introduite auprès de l'Alliance du Nord. Jean-Pierre Pochon, a la tête de la Direction du Renseignement de la DGSE, centralise les informations, Xavier Bout de Marnach, a la tête de la Direction des Opérations de la DGSE, fait envoyer des commandos du Service Action ( Dirigé depuis 1999 par le colonel Bertrand Fleury) renforcer le poste DGSE auprès de l'Alliance du Nord tandis que Dominique Champtiaux,  Directeur de cabinet du patron de la DGSE , visite secrètement l'Afghanistan, pour rencontrer les officiers du Service Action présents dans la zone Nord. Une occasion pour cet ancien patron du Service Action (De 1996 a juillet 1997) qui fut aussi a la tête de la Direction des Opérations de 1997 a 2000, de renouer avec le terrain. Du côté des contacts avec les services secrets américains, ils sont renforcés, menés par Bill Murray, chef de station de la CIA a Paris, et "Jean" (je l'appelerai ainsi), chef de poste de la DGSE a Washington qui est arrivé dans la capitale politique américaine peu avant les attentats du 11 septembre. Ce spécialiste du contre-espionnage a été nommé au grade d'officier de la Légion d' honneur quelques années plus tôt.


Christian Ganczarski, terroriste interpellé grâce a la coordination au sein de "Alliance Base".

Autre opération menée par la DGSE , après le 11 septembre 2001 est la créée une cellule chargée exclusivement d'échanger des renseignements sur Al Qaïda avec plusieurs services secrets alliés, tels que la CIA, les britanniques ,mais aussi les homologues allemands , canadiens et australiens . Cette Base, située a l'Ecole Militaire a Paris, prendra le nom de Alliance Base. A sa tête, un haut responsable de la Direction du renseignement de la DGSE, "Gerald" ,l'ancien adjoint de Pochon a la Direction du renseignement (qui sera remplacé en 2003 comme n°2 de la DR par Philippe Hayez). Un des succès attribués a Alliance Base est l'interpellation de Christian Ganczarski. Lié a l'attentat commis en 2002 a Djerba, ce résident allemand est très lié a nombre de proches de Ben Laden, car les policiers du BKA allemand découvriront chez lui les numéros de téléphones de nombre de membres du réseau.

Néanmoins, les guerres intestines prennent le dessus: Furieux que sa Direction soit divisée en trois entités différentes et que Chouet ne passe pas par lui pour transmettre ses notes a la hiérarchie, Pochon ne met pas les pieds a la DGSE plusieurs mois durant suite a son conflit avec Cousseran. Ce dernier essaye de reprendre la situation en main en demandant la révocation de Cousseran, pour pouvoir nommer un nouveau Directeur du renseignement de la DGSE. Refus de Jacques Chirac. Résultat: Pochon étant toujours nominalement Chef de la DR mais factuellement n'occupant pas ce poste, la DR tourne a vide. C'est par conséquent Dominique Champtiaux, directeur de cabinet et n°2 de la DGSE ( Le décret de 2002 indiquant que le Directeur de cabinet du Directeur de la DGSE est aussi n°2 du service) qui pilote "en direct" la DR, au grand dam de nombres d'officiers ebranlés par ses luttes internes. Mais les dégâts ne sont pas terminés: Jacques Chirac avait appris en septembre 2001, par le capitaine Bernard Coquart de la DGSE, que le Service a déclenché des recherches sur un compte bancaire qu'il aurait au Japon, et enquêterait sur ses liens troubles avec un japonais condamné dans son pays. C'est la section de Contre-Criminalité (Dirigée par un magistrat , Gilbert Flam) du Service de Renseignement de Sécurité qui dirige les recherches, menées sur place par les chefs de station de la DGSE a Tokyo : Jean-Claude Guillot ( De 1996 a 1998) puis Alexis May (Futur chef de poste a Beijing). L'entourage du Président craint alors une manoeuvre des socialistes, peu avant la présidentielle, pour destabiliser le Président. les socialistes infirment, faisant remarquer que ils n'avaient jamais pris l'information au sérieux.

Par précaution néanmoins,un ménage est fait a la DGSE, au grand dam de nombre d'officiers lassés des guerres de couloirs et autres intrigues politiques: Flam est le premier a être débarqué, suivi en juillet 2002 de Cousseran, puis en octobre Alain Chouet. En novembre, Alain Juillet est nommé Directeur du renseignement de la DGSE en remplacement de Pochon. . "Vincent", de son côté, est envoyé à la Direction de la Stratégie, dont le patron est le diplomate Francois-Xavier Deniau (Qui a remplacé Bruno Joubert en juillet 2001), et ce le temps que les orages se calment.. Hasard? les trois conseillers pour la géopolitique de Cousseran sont "mutés": Arnaud Danjean, qui était le conseiller pour l'Europe et la Russie du directeur, est envoyé en poste à Genève; Laloum occupe le poste de chef de station en Afrique Marc Pimond, qui fut le conseiller pour le monde arabe puis chef de cabinet de Cousseran, est envoyé diriger une station à l' étranger et remplacé par Jean-François Mouchel.

Alain Juillet, Directeur du renseignement de la DGSE de novembre 2002 a décembre 2003. Après la tempête, qui a mis la Direction du renseignement a feu et a sang, comme l'estime un officier de la DGSE, l'éclaircie: Le calme revient, malgré les désaccords entre Juillet et Brochand sur la stratégie que la DGSE doit adopter. Les conflits de couloirs ne sont pas complètement éteints comme le montre la nomination de Philippe Hayez a la mi-2003 comme adjoint de Juillet, et ce sur insistance de Brochand.Ce calme se paye néanmoins au prix fort, puisque la réforme des structures de la Direction du renseignement, initiée par Pochon et Joubert, est abandonnée: on revient a un classique service de recherches, (dirigé de juillet 2003 a 2005 par "Benoît", ancien chef de station a Riyad, puis durant le conflit en Irak en 2003 chef de la division Moyen-Orient), un service d'analyse, pris en main par "Patrick", lequel remplacera Philippe Hayez comme directeur adjoint du renseignement a la mi-2006, et un service des relations avec les services secrets étrangers et les entreprises. Ce dernier est dirigé par Michèle Ledirat jusqu'a la mi-2005, avant d'être remplacée par..."Vincent"

Les considérations politiques ont aussi entraînées une immixtion au coeur de la DGSE, et le débarquement de spécialistes du renseignement fort estimés, tels que Chouet et Cousseran, tous deux bons spécialistes du monde arabe. Un élément indispensable en ses temps de lutte contre le terrorisme islamique extrémiste, ou le Moyen-Orient, pour être compris, a besoin de spécialistes de la région.


ARTICLE DE JACQUES ISNARD, "LE MONDE", 20.12.1999

RENSEIGNEMENT - Le chef de la DGSE est remercié après les échecs de son service en Yougoslavie.
Par JACQUES ISNARD.
20 décembre 1999


Nommé en juin 1993 par le gouvernement d'Edouard Balladur, Jacques Dewatre va céder sa place à la tête de l'espionnage français à un diplomate, Jean-Claude Cousseran, qui a appartenu à plusieurs cabinets ministériels socialistes

AU TOUT DÉBUT de l'an 2000, l'ambassadeur de France en Turquie, Jean-Claude Cousseran, ancien membre de plusieurs cabinets ministériels socialistes, devrait être nommé à la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Il succédera à Jacques Dewatre, qui avait été nommé à ce poste par le gouvernement d'Edouard Balladur en juin 1993. Un diplomate, familier de la DGSE, se substitue à un préfet qui ne l'était pas moins, lui aussi, avant d'en devenir le patron, puisque, jeune officier, M. Dewatre avait appartenu au service « action », chargé des opérations clandestines. Agé de soixante-trois ans, il devrait être nommé à un poste d'ambassadeur.

Forte de 4 050 civils et militaires, la DGSE est chargée, au profit de l'ensemble du gouvernement, de rechercher et d'analyser le renseignement intéressant la sécurité de la France, de détecter et d'entraver, hors du territoire national, les activités d'espionnage contre les intérêts nationaux et, le cas échéant, de mener des opérations clandestines. Elle dispose d'un budget avoué de l'ordre de 1,66 milliard de francs (253 millions d'euros) - c'est ce qui est prévu pour 2000 - et reçoit environ 200 millions de francs par an pour ses opérations sur les fonds secrets du premier ministre.

M. Dewatre aura exercé un des plus longs mandats à la tête de la DGSE après celui d'Alexandre de Marenches, dans les années 70, à la direction du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), ancêtre de l'actuelle DGSE. En période de cohabitation, le changement de responsable des services spéciaux est une affaire délicate à régler: il requiert, plus que tout autre, l'accord de l'Elysée et du gouvernement, pour lesquels la DGSE travaille. M. Dewatre a réussi à maintenir un équilibre entre la présidence et le gouvernement, mais sans pour autant éviter les critiques de l'une et de l'autre. En particulier, il lui a souvent été reproché de faire cavalier seul par rapport à son service et de jouer au diplomate occulte, non mandaté par les autorités politiques de son pays, se déplaçant fréquemment à l'étranger sans en informer ses supérieurs ni ses collaborateurs, au risque de dévaluer la production de la DGSE en la concurrençant avec ses propres analyses. Ni au sommet de l'Etat ni à la DGSE, on n'a apprécié ces absences répétées.

MÉFIANCE ET OPACITÉ

En Serbie, l'action de la DGSE a été particulièrement discrète, pour ne pas dire inexistante, à l'exception de quelques commandos envoyés - sur le tard - au Kosovo. L'évacuation de l'ambassade française à Belgrade, dès les premiers raids de l'OTAN, puis sa fermeture ont abouti à interrompre les liens que la DGSE pouvait avoir avec quelques sources sur place. Cette attitude a joué contre M. Dewatre et a probablement précipité son départ. Les ratages de la DGSE ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Au fil des ans, les missions de la DGSE ont évolué. Son expertise militaire a été contestée par la Direction du renseignement militaire (DRM) naissante. Elle a dû se tourner davantage vers l'interprétation des faits économiques, commerciaux, industriels et technologiques et vers la lutte contre l'argent sale et le terrorisme international, pour lesquelles elle ne dispose pas toujours des personnels les mieux formés.

Ce qui l'oblige à lancer une politique de recrutement essentiellement orientée vers la société civile et censée viser la qualité, malgré ses difficultés administratives pour attirer l'élite des candidats. Dès son arrivée, M. Cousseran trouvera une DGSE repliée sur elle-même et rendue méfiante par ce manque d'ouverture au monde extérieur et par son opacité, à la différence d'autres services étrangers qui, comme le BND allemand par exemple, tentent aujourd'hui une transparence délicate. M. Dewatre s'est, d'autre part, employé à multiplier les cloisonnements internes, de sorte que les personnels de la DGSE ont du mal à coopérer entre eux et, a fortiori, avec d'autres services comme la DST.

Le nouveau directeur général des services spéciaux n'est toutefois pas un inconnu dans sa maison. Entre 1989 et 1992, M. Cousseran a été chargé de mettre sur pied une direction de la stratégie à la DGSE, du temps où les services français étaient dirigés par Claude Silberzhan. Il travaillait, en pratique, en binôme avec le directeur du renseignement, Michel Lacarrière. Cette direction stratégique avait pour tâche, au quotidien, de synthétiser et de mettre en forme les informations de la DGSE à destination de ses « clients », c'est-à-dire les autorités gouvernementales. Ainsi, ce diplomate, au profil assez atypique, ne fait pas partie de nombre de ces fonctionnaires du Quai d'Orsay, que révulse la seule perspective d'avoir à fréquenter des agents secrets.

On prête au gouvernement l'intention de créer, pour éviter une discontinuité dans le travail accompli quotidiennement par la DGSE, un poste de numéro deux, qui pourrait être attribué au général Dominique Champtiaux, l'actuel directeur des opérations. Ce numéro deux de la haute hiérarchie aurait autorité sur les cinq autres grands directeurs de service en l'absence de M. Cousseran. Le choix du général Champtiaux calmerait les militaires, dont le poids a diminué au sein de la DGSE.

Modifications le 27.02.2010

10/06/2008

Comment travaillent les services secrets russes?

Comment travaillent les services secrets russes ?
3169 mots
8 décembre 2006
Français
(c) 2006 Le Monde.

L'intégralité du débat avec Jacques Baud, auteur de l'"Encyclopédie du renseignement et des services secrets" (Lavauzelle, dernière édition : 2002), jeudi 7 décembre 2006.

Constantin : Quelle est l'évolution connue par le FSB depuis ces dernières années, en termes d'effectifs et de missions ? Peut-on considérer que le FSB constitue un véritable Etat dans l'Etat ?

Jacques Baud : Le FSB, tout d'abord, est une des cinq agences issues du KGB. Celui-ci a éclaté au début des années 1990, et le FSB avait jusqu'à présent le volet de sécurité intérieure. Avec la guerre en Tchétchénie et l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine - qui a été directeur du FSB entre 1998 et 1999 -, le FSB a pris ces trois dernières années une importance considérable.

En 2003, la dernière réorganisation des services de sécurité a donné au FSB une importance beaucoup plus grande, et l'on voit la tendance, actuellement, de reconstituer une forme de KGB. Le FSB a repris, par exemple, toutes les attributions de renseignement électronique, qui avaient été données au début des années 1990 à une agence particulière, la Fapsi. Le FSB devient donc pratiquement un petit KGB. Actuellement, il y a même des discussions pour réintégrer le renseignement extérieur dans le FSB.

Aujourd'hui, les effectifs du FSB ne sont pas connus avec précision, mais représentent environ 30 000 à 40 000 personnes, et avec l'intégration de nouveaux services et l'attribution de nouvelles tâches (en Tchétchénie, c'est la première fois qu'on a assisté à des opérations militaires dirigées par le FSB), c'est un service qui est en train d'acquérir une importance considérable dans le système russe.

Lion37 : Que reste-t-il du feu KGB dans les services secrets russes actuels ?

Jacques Baud : Comme je l'ai dit, le KGB n'a pas disparu dans sa substance, il n'a fait qu'éclater en différents services. Une grande partie de son personnel a été conservé dans les nouveaux services. Parmi ces services, on peut mentionner le FSB, le SVR (service de renseignement extérieur, équivalent de la DGSE en France), le FSO (un service de sécurité qui est à peu près l'équivalent de la DST). Il y a le SBP, le service de la sécurité présidentielle, qui est un peu l'équivalent du secret service américain, qui assure la protection des personnalités russes, mais a aussi des attributions qui vont un peu plus loin. Ce sont les principaux. En gros, les mêmes personnes sont restées à l'intérieur.

Beaucoup du personnel du KGB s'est recyclé dans l'industrie privée. On retrouve aujourd'hui, par exemple, des anciens du KGB ou du FSB qui travaillent pour M. Berezovski. Donc il y a effectivement toute une frange de "KGBistes" qui, aujourd'hui, bien que dans l'industrie privée, continuent à avoir des liens et des activités liées aux services secrets, ou qui tirent avantage de leurs contacts dans le monde des services de sécurité pour faire des affaires. Le KGB en tant qu'institution tentaculaire, monolithique, a disparu, bien que l'on voie avec Poutine une tendance à un regroupement de tous ces éléments.

Le KGB était en fait un instrument assez moderne, car il intégrait tous les aspects de la sécurité dans un seul organe, directement subordonné au conseil des ministres ou au président de l'Union soviétique à l'époque. Et donc, cela permettait d'avoir une maîtrise complète des problèmes de sécurité sans avoir affaire à des rivalités entre services, ou à des guerres des polices. C'est ce qui donnait au KGB son efficacité. Par exemple, aujourd'hui, dans la plupart des démocraties occidentales, les services de sécurité intérieure sont clairement séparés des services extérieurs, et ils ont des attributions qui sont nettement délimitées, ce qui fait que parfois les spécialistes de la sécurité s'inquiètent de ne pas avoir une continuité, surtout aujourd'hui avec un terrorisme transfrontalier, une criminalité qui joue avec les frontières. Il est vrai qu'avoir des services de renseignement limités par les frontières est un handicap. Le KGB était à la fois intérieur et extérieur, allait au-delà des frontières.

Anabelle : Pensez-vous que Scotland Yard puisse prouver quelque chose dans l'affaire Litvinenko ?

Jacques Baud : L'affaire Litvinenko est essentiellement une affaire de police. Votre question est donc une question qui implique une enquête policière. Je pense quant à moi que cette affaire est davantage liée à des questions de mafia ou de crime organisé qu'à des questions strictement politiques. Et de ce fait, je crois qu'il y a des chances pour qu'on trouve quelque chose, mais il ne faut pas oublier que les réseaux clandestins ou mafieux russes sont effectivement très développés, très efficaces. Et comme je l'ai dit, ils bénéficient de l'expérience d'ex-agents et sont habitués à ce travail d'arrière-plan, clandestin. Et je pense que Scotland Yard aura malgré tout fort à faire.

Mustapha BERRAHO : Gordievsky, l'ancien chef d'antenne du KGB à Londres, a accusé Poutine dans cette affaire...

Jacques Baud : Oui, et plusieurs autres qui ont actuellement émigré ont accusé Poutine. Ici, il y a sans doute d'autres éléments qui doivent être pris en considération, notamment que Poutine s'est attaché à lutter contre la corruption, contre la criminalité organisée, contre un certain nombre de travers qu'on trouve en Russie, et il est devenu pour beaucoup un ennemi de premier rang. Il est donc assez normal que les soupçons se portent directement sur lui. Je suis sceptique quant à l'idée de voir M. Poutine essayant d'éliminer des opposants politiques au moyen de poison. Je pense qu'on a affaire à une autre dynamique ici. Cela fait maintenant plus de quinze ans que Gordievski est en Occident, et je ne pense pas qu'il soit nécessairement au fait de tous les détails de ce qui ce décide au Kremlin. Je vois donc là plus une affirmation politique qu'une affirmation étayée par des faits.

Pedro : Comment les services russes peuvent-ils laisser Scotland Yard enquêter sur cette affaire à partir de Moscou ? S'agit-il de la première coopération policière publique entre deux anciens services issus d'ex-pays ennemis ?

Jacques Baud : Tout d'abord, il faut savoir que Scotland Yard n'est pas un service secret, mais un service de police, que la coopération d'une manière générale entre la Russie et les pays occidentaux pour les affaires criminelles a été développée depuis la fin de la guerre froide, et même avant. On pourrait même dire que les premiers contacts entre l'Est et l'Ouest se sont faits grâce aux services secrets, avant la chute du mur de Berlin. On le sait assez peu. Donc il n'y a rien d'exceptionnel dans une cooopération de ce type.

Depuis 2001, avec la politique antiterroriste notamment des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la coopération entre services secrets s'est accrue entre l'Est et l'Ouest. Cette coopération n'est pas toujours d'une qualité excellente, mais elle existe. Les gens se connaissent et, comme toujours dans ces questions de renseignement, il faut qu'il y ait une certaine confiance qui s'établisse, et cela prendra des années. Pour revenir à l'affaire Litvinenko, il est clair que les Britanniques enquêtent sur un crime, et je pense que les Russes n'ont pas d'intérêt à aller à l'encontre de cette enquête, d'autant plus qu'il n'est pas impossible qu'elle ait des ramifications plus mafieuses qu'officielles. Je ne vois donc aucune contradiction et aucun caractère exceptionnel à cette coopération.

bashe : Pourquoi Poutine utilise-t-il tant les services secrets pour exercer sa politique ?

Jacques Baud : Poutine, d'abord, est un ancien des services : il a travaillé au KGB, a été stationné notamment en Allemagne de l'Est, a été directeur du FSB pendant un peu plus d'une année. C'est donc un peu son monde, le monde qu'il connaît, le monde en qui il a confiance, et ce n'est pas négligeable dans un pays qui est finalement nouveau, qui a dû créer de nouvelles élites, et qui reste quand même un pays où la corruption et la criminalité - en col blanc mais aussi de sang - sont encore très fortes. Poutine est donc obligé de s'appuyer sur des éléments connus.

Deuxième élément : il vient de la situation en Tchétchénie, qui reste pour les Russes un vrai problème dont nous parlons relativement peu en Occident. Simultanément, on a en Occident cette psychose du terrorisme depuis septembre 2001, qui a pour conséquence une importance accrue des services de sécurité tant chez nous qu'en Russie. Et effectivement, pour Poutine, l'importance des services de sécurité a augmenté dans ce pays. Il y est un peu contraint. La Russie est un pays en devenir, où les règles restent souvent très floues, où beaucoup d'organisations criminelles utilisent le flou de la législation pour se livrer à leurs activités. On se trouve donc un peu en Russie dans une situation qu'on a connue il y a quelques dizaines d'années aux Etats-Unis, par exemple. Il n'est donc pas très surprenant que les services secrets aient tant d'importance en Russie.

Vero : Valeri Goloubev, un ancien du KGB, vient d'être nommé chef de Gazprom. Comment expliquer qu'une telle collusion entre services secrets, Etat et entreprise soit possible ?

Jacques Baud : C'est une question difficile mais qui est liée au fait que les services secrets et de sécurité soviétiques de l'époque ont toujours attiré une certaine élite intellectuelle, et une intelligentsia, des gens plus capables, plus entreprenants, plus dynamiques que le reste de la société soviétique. Je pense que c'est là qu'il faut voir les raisons de ce que vous décrivez. De plus, les gens qui bénéficient de réseaux, de contacts privilégiés, qui ont accès à des informations peut-être plus "d'initiés" sont plus aptes à diriger des entreprises. Poutine lui-même est un politicien issu du KGB, on en a eu beaucoup récemment, et cela est lié au caractère élitiste et élitaire des services de renseignement soviétiques.

jfd : Le FSB est-il actif sur le sol français ?

Jacques Baud : Oui. Les services de renseignement russes sont restés très actifs dans plusieurs domaines :  1) dans la lutte contre le terrorisme, avec une coopération qui favorise leur présence un peu partout ; 2) mais aussi dans la recherche d'information. On sait notamment que dans le domaine de la technologie, les services russes sont présents, comme nous sommes présents chez eux.

Koutouzoff : Que représente le GRU en Russie de nos jours ? Est-ce aussi un service particulièrement actif ? Est-il moins sous le contrôle des politiques que des militaires ?

Jacques Baud : D'abord, le GRU est l'équivalent de la DRM (direction du renseignement militaire) en France, c'est un service de renseignement militaire. Il a toujours su rester à l'écart des controverses politiques, ce qui a d'ailleurs été une constante des forces armées soviétiques et russes, qui se sont toujours tenues à part et en dehors des discussions politiques. Il y avait dans le système soviétique trois piliers du pouvoir : le Parti communiste, le KGB et les forces armées. Et le KGB, lui, a toujours oscillé entre la politique et la sécurité ; il a d'ailleurs appartenu au ministère de l'intérieur, puis a été indépendant.

Le Parti, c'est la composante purement politique. Les forces armées ont toujours été le pilier neutre du pouvoir. Et c'est resté après la fin de la guerre froide : l'armée russe est restée parfaitement neutre dans ses choix et ses actions. Le GRU est donc un organe qu'on a retrouvé en Tchétchénie, par exemple, mais qui a rapidement été coiffé (pour ne pas dire remplacé) par le FSB en tant que service de renseignement. On a vu le FSB prendre en main des opérations militaires, et simultanément , la structure de renseignement en Tchétchénie s'est déplacée du secteur militaire au secteur sécurité intérieure (FSB). Le GRU est un organe finalement technique, qui ne joue pas de rôle au niveau politique, en tout cas actuellement.

Boudu : Quelle est la nature des relations entretenues par le FSB avec d'autres services secrets ? Y a-t-il coopération ? Méfiance ?

Jacques Baud : Les deux à la fois. Oui, il y a coopération. Cette coopération s'est accentuée depuis 2001 avec la menace terroriste. Il y a deux aspects : d'une part, le fait qu'effectivement la Tchétchénie est proche de l'Afghanistan, de l'Asie centrale, et est un lieu où le terrorisme islamiste a un peu des racines ; d'autre part, à travers cette menace terroriste, les Russes pouvaient légitimer leur action en Tchétchénie, car pendant longtemps les Russes, depuis 1994, étaient considérés avec méfiance et une certaine suspicion de la part de l'Occident. Avec 2001, leur combat s'est trouvé légitimé. Cela a encouragé très nettement la coopération entre services russes et services occidentaux.

Cela étant, ça reste une coopération qui, du point de vue qualitatif, n'est pas toujours très bonne. Il reste encore des méfiances énormes, particulièrement provenant du côté occidental. Comme je l'ai dit, on trouve dans les services des gens dont on ne sait pas toujours avec qui ils sont liés. Les ex-services soviétiques ont éclaté, et avec ces agents disséminés un peu partout dans la société russe, sont restés des contacts qui parfois freinent un peu l'ardeur des services occidentaux, qui ne savent pas où l'information va finir. Cela affecte sérieusement les relations entre services. Cela étant, cette coopération, à part ça, s'est améliorée ces cinq à six dernières années, et demandera encore quelques années. La confiance prend du temps à se construire. Je pense qu'on est dans un processus d'amélioration.

Pulqepiq : Qu'en est-il de cette coopération sur les anciens territoires du bloc soviétique ?

Jacques Baud : Il faut distinguer entre les pays que l'on appelait satellites, comme la Pologne, la Hongrie, etc. Là, on peut dire que la coopération est très bonne, car la plupart de ces pays se sont associés ou font partie de l'OTAN. Quant aux autres pays de l'ex-URSS, notamment les pays d'Asie centrale, la réponse est plus nuancée. Dans certains pays, la coopération est bonne, par exemple en Géorgie, mais l'est beaucoup moins dans d'autres pays. Cela en raison des gouvernements qui sont en place ou bien de la configuration des services, qui est restée, dans certains pays, comme l'ancien KGB.

Il faut se rappeler que ce qu'on appelle le KGB comportait une organisation centrale à Moscou, mais il y avait le KGB des Républiques soviétiques. Et ceux-ci se sont la plupart du temps transformés et ont donné des services qui sont aujourd'hui, par exemple en Ukraine, construits selon des critères occidentaux. Dans d'autres pays, notamment en Asie centrale, beaucoup de ces KGB n'ont pas vraiment évolué et sont restés en fait les mêmes instruments qu'on avait connus sous le régime soviétique. Cela complique évidemment un peu les possibilités de coopération avec eux.

Math : Pouvez-vous nous parler des pratiques d'interrogation, d'investigation du KGB, et de son successeur le FSB ?

Jacques Baud : Tous les services de renseignement et de sécurité se ressemblent un peu au niveau des techniques d'interrogation. On a peu d'exemples pratiques aujourd'hui. Ce qu'on a vu à l'époque en Corée ou au Vietnam, où les services locaux étaient instruits par des Soviétiques, montre que les méthodes étaient relativement brutales et musclées, et on se préoccupait peu des droits humains. Cela étant, les Soviétiques ont très largement privilégié dans leurs méthodes d'interrogation l'usage de drogues, par exemple. C'est une méthode qui a été fréquemment relevée et qui peut-être, là, diffère des méthodes occidentales. Ces méthodes sont pratiquées aux Etats-Unis également.

Quant aux méthodes d'investigation, il faut comprendre qu'à l'époque, toute la société soviétique participait à l'instrument d'investigation. C'est une particularité qu'on avait dans l'Union soviétique : le principe de la délation était assez universellement admis et accepté.

On savait par exemple que les concierges d'immeubles, le personnel de nettoyage, etc., faisaient des rapports à des officiers du KGB. Evidemment, cela donnait au KGB une capacité de collecte d'information presque illimitée. Cela a probablement changé, parce qu'aujourd'hui le FSB n'a sans doute pas les moyens de pression qu'avait le KGB pour forcer les gens à coopérer. Néanmoins, je pense qu'une bonne partie de la population russe est prête à coopérer avec ces services, il y a donc un potentiel d'investigation et de collecte d'information qui reste très important. Mais qui n'est pas constitué par des agents réguliers. C'est toujours au bon vouloir du citoyen. Cela étant dit, les services russes n'ont jamais vraiment brillé par le côté analytique de leurs investigations, pour des raisons parfois de technologies, mais aussi de culture d'entreprise. Ils savent ramasser beaucoup d'informations, mais ne savent pas toujours bien les utiliser.

Fontana : Jusqu'à quel point le Kremlin contrôle-t-il encore les services secrets russes ? Et dans quelle mesure le corps professionnel du FSB a-t-il des objectifs propres ?

Jacques Baud : C'est une question qui est très difficile, car je pense que même M. Poutine se la pose... Il y a actuellement de nombreux indices qui laissent penser qu'il y a au sein des services une dynamique propre, à eux, et on ne sait pas exactement jusqu'à quel degré le pouvoir politique maîtrise ce que font les services de sécurité. Je n'ai pas la réponse, mais je pense qu'effectivement la réponse mérite d'être posée. On voit peut-être là l'explication des restructurations permanentes dont font l'objet les services russes, probablement pour casser systématiquement des cultures d'entreprises ou des réseaux qui se créent à l'intérieur des services, et pour en conserver la maîtrise. Les services russes ont subi des changements considérables ces quinze dernières années, beaucoup plus que leurs équivalents occidentaux. Et une partie de ces restructurations, comme par exemple la resurbordination des services fiscaux au sein du KGB, ont sans doute comme explication la lutte contre la corruption qui se trouve à l'intérieur même des services de l'Etat dans son ensemble.  Je pense en effet que c'est un problème, mais que personne n'a de réponse.

Antonio : La guerre froide est-elle vraiment terminée au niveau des services secrets ?

Jacques Baud : Oui, la guerre froide est terminée au niveau des services secrets, et elle s'est terminée avant la vraie guerre froide. Mais il reste quand même des méfiances, des suspicions, qui vont encore prendre quelques années à être complètement résorbées.

Chat modéré par Gaïdz Minassian

27/05/2008

Le service de renseignement extérieur géorgien a désormais son site Internet

Le service de renseignement extérieur géorgien vient d'inaugurer son propre site Internet ( http://www.gis.gov.ge/ ) , avec pour but d'informer sur les missions, les buts, et les structures du Service. Malheureusement, les informations disponibles dessus sont en géorgien, une langue particulièrement difficile a apprendre...

 

Rappelons que depuis 2006 le Service de renseignement extérieur géorgien est dirigé par Guéla Béjouachvili, ancien Ministre des affaires étrangères. Une des priorités de ce service paraît être la collecte du renseignement en direction de la Russie: Les autorités russes ont affirmés depuis un ans avoir arrêtés deux espions géorgiens sur le territoire de la Fédération de Russie, tous deux issus du milieu du crime organisé.

 

Интервью Игоря Прелина

В Париже 15ого мая Французкий Центр по исследование разведки (Centre Francais de Recherche sur le Renseignement, CF2R) провело конференцию "Холодная война закончена?".

Присутствовали Эрик Денесе, директор CF2R, а также бывший сотрудник ЦРУ Пит Бэгли, бывший руководитель DST (французская контрразведка) Рэми Потра, координатор спецслужб при Де Голе Константин Мельник и Игорь Прелин, который руководил пресс-центр КГБ СССР во время ГКЧП в 1991ом

Блогу "Разведсообщество" удалось снять интервью Прелина по-поводу деятелности французской разведки против СССР, и про ГКЧП.

10/04/2008

Changes in Espionage by Americans: 1947-2007

Voila un document fort intéréssant qui vient d'être publié et que je recommande vivement. Cette analyse de 113 pages non seulement dévoile des cas peu connus de citoyens américains ayant fournis des informations a des services secrets étrangers (par exemple, russes, philippins, nord-coréens), mais en plus livre une analyse détaillée, et compare les différentes situations? Combien de personnes ont trahis, pour quelles raisons? Quelle était leur situation sociale, familiale? Et j'en passe. Un document en anglais qui rappele l'évolution du contexte historique depuis  1947 jusque 2007,réellement passionant. Disponible ici

06/03/2008

La station du KGB a Pékin

La station du KGB a Beijing

Suite a la victoire du Parti communiste chinois contre les troupes de Tchang Kaï-Tchek et la proclamation en 1949 de la République Populaire de Chine, Staline ordonne d'arrêter les opérations de renseignement contre cet allié de l'URSS en octobre 1949 .

De gauche a droite; Andrey Otrochtchenko, chef de la 3ème Division du Comité d'Information (Renseignement extérieur), qui supervise entre autres les activités en direction de la Chine populaire; Itsak Akhmérov, et Andreï Raïna, conseillers du KI/MGB/MVD/KGB en Chine populaire.

Des officiers du KI ( Qui ensuite sera de nouveau regroupé avec les services de sécurité intérieure et de contre-espionnage, mais séparé du renseignement militaire, pour devenir par décret du Conseil des Ministres d'URSS de 1954 le KGB, ) sont envoyés a Pékin, sous la supervision de Andrey Otrochtchenko, responsable de la 3ème Direction (Moyen et Extrême-Orient) du Comité d'Information (Qui regroupe le renseignement extérieur politique et militaire) avec pour mission de tenir au courant Moscou sur la situation sur place, par le biais de renseignements obtenus de sources ouvertes, et aussi d'aider les chinois a former leurs appareils sécuritaires. Le réseau de citoyens chinois travaillant pour le renseignement extérieur soviétique est gelé, provisoirement. Sur demande de Mao, Les services secrets soviétiques transmettent a leurs homologues chinois les noms de leurs informateurs en Chine.  Les officiers du KGB envoyés sur place font office de conseillers, chargés d'aider les services secrets chinois a se former, mais aussi d'informer Moscou sur la situation en Chine, par la collecte de renseignements de manière ouverte. Toutefois, les chinois ne laissent pas les soviétiques prendre le contrôle de leurs services de sécurité, refusant par exemple que les officiers du Comité d'Information se mêlent aux opérations menées par les chinois. Néanmoins, une certaine coopération existe, comme la proposition d'envoyer des officiers chinois a Moscou pour se former aux techniques du renseignement. Parmi les conseillers , Andreï Raïna, un des principaux fondateurs du département scientifique et  technologique du renseignement extérieur, créé en 1946. Il sera  envoyé en Chine dès 1949, pour conseiller les nouveaux services secrets (Le Diaochabu, renseignement extérieur, et le Gonganbu, chargé de la police et du contre-espionnage) de la jeune République Populaire sur les questions de sécurité, pour revenir , de 1953 a 1954, comme adjoint du conseiller pour le renseignement auprès du Gonganbu, le Ministère de la Sécurité publique chinois.Le conseiller est alors Itsak Akhmérov (En poste comme Raïna de 1953 a 1954) , un spécialiste du renseignement qui a servi comme chef de station "illégal" aux Etats-Unis de 1942 a 1945. Autre conseiller a Pékin, Nikolaï Guéorguivitch Soudarikov, qui sera en poste de 1956 a 1962.

Vladimir Vertiporokh, 1er chef de station du renseignement soviétique a Tel-Aviv jusque 1953 , fut ensuite chef de la Division Extrême-Orient au renseignement extérieur du MVD/KGB, poste qu'il occupa de 1953 a 1957, avant d'être envoyé comme représentant de la 1ère Direction générale du KGB (Renseignement extérieur) en Chine.

A Moscou, on sent néanmoins la tension entre la Chine et l'URSS, aussi c'est une des étoiles montantes du renseignement extérieur, Vladimir Ivanovitch Vertiporokh, qui est envoyé comme représentant de la 1ère Direction générale a Beijing en 1957.Il décédéra en 1960 d'une crise cardiaque.

Evguéni Pitovranov, chef de la représentation du KGB a Beijing de 1960 a 1962.

Cette même année, le KGB décide de rapatrier nombre de ses officiers, ne laissant a Beijing que une petite station. Pourtant, en mars 1960, le général Pitovranov, une des légendes du KGB , arrive a Beijing. Il dirigera la représentation du KGB a Pékin auprès du renseignement politique chinois ( Sans doute le Diaochabu) avant d'être remplacé en février 1962 par son adjoint, Nikolaï Pavlovitch Goussiev, lequel restera en poste jusque octobre 1964. Dans ses câbles au QG du KGB, Pitovranov indique très clairement que les dirigeants chinois refusent la politique soviétique de coexistence pacifique avec les pays capitalistes, considérant que c'est une concession faite a l'impérialisme. Ils refusent aussi le passage pacifique au socialisme dans les pays développés. Après la mort de Staline, Mao ne lui voyait pas d'équivalent, et n'appréciait guère Khrouchtchev, lequel retire en 1960 les conseillers soviétiques en Chine et fait cesser toute coopération dans le domaine de l'armement nucléaire. Il faut y ajouter que, apparement, le KGB n'a pas livré tous ses agents chinois, et continue des activités d'espionnage, mais de faible intensité.

Devant la dégradation des relations sino-soviétiques, puis la mise au point de la bombe atomique chinoise en 1964, le KGB réagit et décide d'augmenter les effectifs de son antenne de Pékin, a partir de 1965, tandis que l'ordre est donné désormais de recruter des chinois. Priorité est donnée aux intentions des autorités chinoises. A tel point que la Chine devient l'objectif numéro 2 du KGB, juste après les Etats-Unis!
Parmi les officiers en poste a Beijing, Ronald Lébidinsky, en poste au plus fort de la Révolution culturelle, sur la période 1965-1966. Il sera ensuite en poste en France en 1970. Evidemment,avec la Révolution culturelle,la collecte de renseignements est particulièrement difficile. Priorité est donnée aux stations du KGB de contrer l'influence chinoise,par exemple au Japon (Décrit par Stanislav Levchenko dans son ouvrage coécrit avec John Barron) et en Amérique Latine. Paradoxalement, Yuri Andropov, patron du KGB, n'a jamais exclu de renouer de bonnes relations avec la Chine communiste. Quand il sera nommé en 1982 Secrétaire général du Parti Communiste,ce sera d'ailleurs un des axes de sa politique. Ce qui contribuera a détendre les relations avec les chinois.

  Youri Drozdov arrive en 1964 a Beijing avec pour instruction claire d'activer le travail du KGB en direction de la Chine populaire depuis la station de Beijing agissant sous couverture de l'ambassade soviétique. Plus facile a dire qu'a faire!

Aussi arrive en août 1964 a la tête de la station de Beijing (Poste qu'il occupe jusque 1968) Yuri Drozdov, qui fera ensuite une brillante carrière au sein du KGB comme chef de station a New York puis chef de la Division des illégaux au renseignement extérieur du KGB. Chargé de renforcer la collecte du renseignement, Drozdov et son équipe se heurtent non seulement a la surveillance efficace du Gonganbu,  mais aussi a la haine de chinois contre les soviétiques, considérés comme des réactionnaires.L e recutement de fonctionnaires chinois, en Chine même comme a l'étranger, du fait de la surveillance très présente des autorités chinoises, est quasiment impossible. Se procurer le journal de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise, le Jiefangjunbao, un exploit.  Même l'achat de riz tourne a l'opération a la James Bond: les officiers du KGB sortent le soir , en voiture, en trombe de l'ambassade soviétique , s'arrêtent sur un marché pour acheter les sacs de riz et repartent au pas de course vers l'ambassade. Les soviétiques se retrouvent enfermés dans l'ambassade. Aussi, trois méthodes sont utilisées pour la collecte du renseignement: la première est l'envoi d'illégaux a travers la Chine. D'origine mongole ou d'Asie centrale, ils peuvent plus facilement se faire passer pour des chinois, et sont envoyés a partir de Alma Ata, Khabarovsk et Irkoutsk ; la deuxième consistera a faire quitter l'ambassade soviétique, de nuit, dans des voitures, des officiers du KGB ressemblait a des chinois. Laissés a un endroit, ils peuvent se mêler a la foule, prendre l'ambiance, lire les journaux.. Une des meilleurs sources pour s'informer sont les Dazibao, les journaux muraux. Comme le racontera le correspondant de TASS a Pékin ( Qui n'était pas officier du KGB) Alexei Antonkin, les journaux muraux racontent les conflits internes aux universités, administrations, banques...On apprend même par ses journaux les révoltes au Tibet, qui ont été réprimées par l'APL.
La troisième voie utilisée sera la collecte du renseignement auprès des étrangers vivant a Beijing. Par exemple, la station de Beijing apprend d'un cadre du Parti des travailleurs suisse, qui suit un stage a Shanghaï, que se préparent des purges visant aussi bien le PCC que la population. Ou Drozdov apprendra du représentant de la firme Krupp a Pékin que les chinois ont augmentés leur importations d'aciers et massent des troupes a la frontière sino-soviétique. Les informations sont envoyées a Nikolaï Pavlovitch Goussiev, qui a pris la tête de la section Chine au renseignement extérieur du KGB en octobre 1964 ( Il conservera ce poste jusque 1967) et au chef du 7ème département (Vassili Startsev) de la 1ère Direction générale du KGB, qui couvre la zone Asie, aussi bien la Chine que Singapour , l'Inde, le Pakistan, le Japon, l'Indonésie etc... Startsev est considéré comme un des meilleurs chefs du KGB. Il dirigera la "7" de 1957 a 1972.

Vassili Startsev, patron du 7ème département de la 1ère Direction générale du KGB, de 1957 a 1972, sera un des superviseurs du travail de la station de Beijing.

Tout cela ne va pas sans "pertes" pour les officiers de la station de Beijing: Pas moins de cinq officiers sont expulsés sur la période 1966-1967: Le 30.12.1966 sont déclarés PNG Andreï P.Krouchinski, correspondant de la Komsomolskaya Pravda a Pékin, et Youri L.Kossyukov, correspondant des Izvestia. Le 11.03.1967 c'est au tour de Oleg A.Yedanov, officiellement 2ème secrétaire de la section consulaire arrivé dans la capitale chinoise en 1964 , et Nikolaï G.Natachine officiellement 2ème secrétaire , puis le samedi 06.05.1967 est notifiée l'expulsion de Valentin M.Passentchouk, correspondant de la Pravda a Beijing, lequel quitte la Chine le 13.05.1967

  Néanmoins la station de Pékin réussit , durant l'année 1967, a envoyer ses officiers dans les provinces de Harbin et Heiluntzian, ou ils apprenent que les troupes chinoises s'apprêtent a se saisir des Iles Damansk.
Dans une interview, Youri Drozdov raconte que , a la fin des années 60, il envoie un câble a la Loubianka pour signaler l'augmentation des troupes chinoises a la frontière soviétique. Résolution de la Loubianka sur ce câble (Répércutant les ordres d'un apparatchik du Comité Central) : "Vérifier. Si l'information n'est pas confirmée, punir le chef de station". L'information a été confirmée, mais on a laissés passer du temps, et le 02.03.1969 les chinois ont organisés une provocation, en s'emparant d'îles, conduisant a de sanglants accorchages entre les gardes-frontières du KGB et l'Armée Populaire de Libération.Néanmoins la station de Pékin, n'a pas accès aux informations politiques de haut lieu, faute de contacts.


Responsable des liaisons avec les Partis communistes a travers le monde d'avril 1957 a mai 1967, Youri Andropov ne pourra que regretter de voir les chinois quitter le giron soviétique, et éspérera les y faire revenir; prenant en mai 1967 la direction du KGB (Poste qu'il conservera jusque mai 1982), il suivra attentivement la situation en Chine et ses conséquences internationales ou bilatérales.

La collecte du renseignement se renforce avec le plan du 15.05.1970, qui prévoit a travers le monde l'ouverture de postes d'écoutes du KGB dans les ambassades. Andropov donne son accord, et apparaît a Beijing le poste "Crabe", chargé des interceptions de communications chinoises. Néanmoins, la collecte du renseignement depuis la station de Beijing est toujours aussi critique, déclarera Youri Andropov a une réunion en décembre 1974: "La Chine continue d'être une vaste énigme. L'ambassadeur Tolstiakov a envoyé des propositions au Politburo, mais comment réagira le Politburo si la situation en Chine n'est pas claire? Difficile question. Le Politburo est surchargé en paperasses , et j'entends souvent des grognements, des reproches"

Surtout que quelques mois avant, le Gonganbu a marqué un nouveau point contre les soviétiques! Le 15.01.1974, le 1er secrétaire d'ambassade Vladimir I.Marchenko (D'après une source, chef de station du KGB) dépose au volant de sa Volga grise Yuri A.Semionov, officiellement 3ème secrétaire d'ambassade, et A.Kolosov, "intérprète militaire", près d'un petit pont. Ils ont rendez-vous avec Li Hongzhou, un "illégal", formé par le GRU en 1970 a Moscou et renvoyé en Chine en juin 1972 avec pour mission de recruter de nouveaux agents et de créer un nouveau réseau. Manque de bol, ils ne sont pas les seuls au rendez-vous, puisque Hongzou, son assistant, ainsi que Semionov et Kolosov sont alpagués par le contre-espionnage du Gonganbu! Comble de malchance, a ce moment, Martchenko revient sur les lieux..Les diplomates soviétiques sont déclarés "persona non grata" et expulsés.

A partir de l'année 1975, on peut se faire une situation plus précise sur les réussites du KGB en direction de la Chine, et ce grâce aux rapports annuels du KGB qui ont été déclassifiés. Ainsi, le rapport du travail du KGB pour l'année 1975 (Note du 30.03.1976 n°709-A/0B du Directeur du KGB Youri Andropov a l'intention de Léonid Brejnev) indique que le KGB a obtenu des renseignements (Comment ont-ils obtenus ses informations? Et ont-elles été de grande valeur?) sur la situation en Chine populaire, les buts des dirigeants maoïstes dans le domaine de la politique étrangère, les relations entre la Chine et les Etats-Unis ,le Japon, nombre de pays européens et pays du Tiers-Monde.

 En 1976 arrive a la tête de la station de Beijing Mikhaïl Turchak.Mao meurt cette année-la, permettant ainsi a ses successeurs d'ouvrir la voie a la libéralisation du pays. C'est les "quatre modernisations", lancées par Zhou Enlai en 1975 puis reprises par Deng Xiaoping en 1978. L'accès aux informations est plus facile que durant la Révolution culturelle. Selon le rapport n°414-A du Directeur du KGB destiné au Secrétaire général du PCUS , en date du 28.02.1977 et relatif au travail du KGB pour l'année 1976, est souligné la régularité avec laquelle le KGB obtenait des informations relatives aux relations américano-chinoises , ainsi que aux questions de lutte de pouvoir au plus haut degré du Parti Communiste Chinois, de la situation au sein de l'Armée, de l'état de l'économie, des problèmes dans les relations sino-soviétiques et sino-américaines.Le rapport d'activité du KGB pour l'année 1977 (N°577-A/OB du 27.03.1978) se contente d'indiquer que le KGB a obtenu des informations sur la situation dans le gouvernement chinois, tandis que le rapport d'activité du KGB pour l'année 1978 (En date du 04.02.1979, numéro 646-A/OB , signé de Youri Andropov, Directeur du KGB, a l'intention du Secrétaire Général d'URSS Léonid Brejnev ) note que le KGB a réussi a obtenir des informations sur la mise au point et le perfectionnement des systèmes d'armement chinois.

Les informations relatives aux activités politiques et militaires ne sont pas les seules priorités: Des documents fournis a la DST (Contre-espionnage francais) par Vladimir Vetrov, un lieutenant-colonel du renseignement scientifique et technique du renseignement extérieur du KGB, il ressort que la Chine est visée dans les domaines technologiques et scientifiques, aussi bien pour ses ressources que pour sa coopération avec d'autres pays. Par exemple, le KGB est très intéréssé par les technologies informations chinoises. C'est ce que confirme le rapport du KGB pour les activités du Comité pour l'année 1980 (Rapport du 31.03.1981 N°877-A/OB de Youri Andropov a Léonid Brejnev), lequel indique que les informations obtenues éclairaient les travaux menés aussi bien a l'Ouest que en Chine populaire dans les domaines de la mise au point et du perfectionnement des systèmes stratégiques d'armement, du développement de l'énérgie atomique, du domaine radioéléctronique, de la technologie des missiles.Le rapport pour l'année 1982 ( N°547-Ч/OB du Directeur du KGB Viktor Tchébrikov au Comité central du PCUS et au Secrétaire général du PCUS Youri Andropov) indique que le service de renseignement, systématiquement, éclairait les questions militaires, militaro-politiques, d'économie extérieur chinois.

 Mikhaïl Turchak dirigera la station jusque 1981, pour ensuite prendre la tête de la Section Chine a la 1ère Direction Générale du KGB. Il semble avoir été remplacé dans la capitale chinois par Viktor Kravenninikov, un officier arrivé a Pékin en 1977, et qui a travaillé a la section Chine de la station du KGB de Washington en 1973, officiellement comme 1er secrétaire.
L'équipe de Turchak comprenait aussi deux autres officiers: Vladimir Kolesnikov, qui a travaillé auparavant avec Kravenninikov a la section Chine de la station du KGB a Washington (Il a quitté Washington en 1972, officiellement 2ème secrétaire, pour revenir en 1973 dans la capitale politique américaine) , et Arkadi Alexeïevitch Gemtchugov, arrivé en 1972. Il restera en poste a Pékin jusqu'a l'été 1978.

Arkadi Jemtchugov travaillera plusieurs années durant dans la zone Asie pour la 1ère Direction générale (Renseignement extérieur) du KGB, aussi bien en Birmanie et a Pékin que, ensuite, comme chef de station en Indonésie et en Malaisie.

Malgré le peu d'informations disponibles, la Chine est restée, selon d'anciens transfuges, une des cibles majeures du KGB dans les années 80; par conséquent, la station de Pékin a dû conserver un certain rythme d'activité.
En 1989, Ivan Vladimirovitch Grigorov dirige la station du KGB de Pékin, avec le grade de conseiller d'ambassade. Il se retrouve en première ligne lors des événements de la Place Tian An Men. A la mi-mai 1989, ordre est donné par le Centre a Grigorov de transmettre plusieurs fois par jours les informations les plus précises sur ce qui se passe dans la capitale chinoise. Ses câbles sont lus aussi bien par le Directeur du KGB, Vladimir Krioutchkov, que par Mikhaïl Gorbatchev. Avec l'ouverture de la Chine au capitalisme, on est loin de l'ambiance de la Révolution culturelle! Aussi, la station de Beijing en profite, collecte des renseignements, sort, et recoit , selon Roger Faligot, des informations venant directement des Services secrets chinois (Une taupe?), et informant la 6ème division du renseignement extérieur soviétique, laquelle supervise le travail aussi bien en direction de la République Populaire de Chine que de la Corée du Nord, sans oublier le Viétnam, le Laos, et le Cambodge.
Lorsque l'APL envoie les troupes contre les étudiants, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, Grigorov envoie le 4 au matin un rapport au Directeur du KGB (Extrait de "Les services secrets chinois" de Roger Faligot) :

"Sont engagés:
 Au début, des troupes de cinq corps d'armée qui forment la région militaire de Pékin:
 
-Le 24ème corps d'armée (Basé a Chengde, a l'est de Pékin province du Hebei, qui encercle la région de Pékin) et leur 1ère division blindée (Tianjin)
-Le 38ème régiment ,Etat-Major a Shijiazhuang (Hebei) dont la 13ème brigade de cavalerie (chars)
-Le 63ème corps d'armée (état-major de Tianyuan {Shaanxi})
-Le 65ème corps d'armée (état-major de Zhangjiakou, Hebei)
-Les forces spéciales de protection du gouvernement et des dirigeants: L'unité centrale des gardes (57003) dépendant de la région militaire, sous commandement de la Commission centrale militaire.


Comme la situation s'est aggravée ces derniers jours, les soldats de Pékin ont recus des renforts de régiments de la Région militaire de Lanzhou (contrôlant les districts militaires du Shaanxi, Gansu, Qinghai, Ningxia et du Xinjiang)

-Le 21ème corps d'armée, régiment de la région militaire de Lanzhou, basé a Baoji (Shaanxi)
-Les unités spéciales 84835 (Qingtongxia, province de Ningxia)
-Des unités arrivant de Hohhot (Mongolie intérieure)
-Des régiments de défense des gardes-frontières qui dépendent du Gonganbu (Ministère de la Sécurité publique, NDLR)
-La brigade n°205 avec des Ouïgours et des Mongols
-Des unités de la police armée populaire

A noter que les chars qui tiraient sur les soldats de la région militaire de Pékin appartenaient au 21ème corps d'armée. Ils se sont affrontés notamment a des blindés de la 6ème division appartenant au 38ème corps d'armée."

19/02/2008

La CIA abandonne son programme des "immersions profondes".

L'information vient tout droit du Los Angeles Times, journal américain généralement bien informé sur les questions de renseignement: La CIA vient d'abandonner son programme dit des "immersions profondes".

De quoi s'agit-il? Un officier de la CIA en poste a l'étranger utilise généralement une couverture diplomatique ou consulaire pour ses activités d'espionnage dans le pays qui l'accueille. Il est donc amené, en tant que diplomate, a rencontrer d'autres diplomates, industriels, économistes, hommes politiques...Un domaine qui ne permet pas d'infiltrer et de neutraliser les cellules de groupes terroristes. Consciente de cette faille, au lendemain du 11 septembre, la CIA décide de développer son programme NOC (Non Official Cover). Il s'agit d'implanter dans des pays autres que les Etats-Unis des officiers de la CIA au sein d'entreprises , avec pour but qu'ils infiltrent les groupes terroristes. Il est en effet plus facile, moins soupconneux, d'être un entrepreneur ou un industriel que un diplomate, les ambassades ayant la réputation (mais la réputation seulement ) d'être des nids d'officiers de la CIA.

L'utilisation de NOC n'est pas une première au sein de la CIA, ou de tout autre service secret. Tout service secret utilise, pour ses missions, des couvertures commerciales ou industrielles par exemples. Reste en mémoire le BND (Renseignement extérieur de la République Fédérale allemande) et le Guojia Anquanbu (Renseignement et contre-espionnage chinois) qui utilisent très souvent cette couverture. Notons aussi que la CIA a déja utilisé ses couvertures NOC pour des opérations d'espionnage économique: Elle a instauré des officiers sous NOC a la fin des années 80 au Japon, et reste en mémoire le cas de Mary Ann Baumgartner, cette "représentante de société" qui tenta de recruter en France un haut fonctionnaire, Henri Plagnol , scandale rendu public en 1995 et qui entraîna l'expulsion entre autres de Baumgartner et du chef de station de la CIA a Paris Richard Holm.

Cette opération de la CIA ,ou ont été crées de 2002 a 2004 12 sociétés permanentes, masquant des officiers de la CIA, en Europe, ou sont implantées tout comme d'autres régions du monde des cellules terroristes, avait pour but d'infiltrer ses dernières. Des moyens financiers considérables (On parle de centaines de millions de dollars) ont été mis en oeuvre pour l'implantation des entreprises et le renforcement de la couverture des officiers de la CIA NOC.

Mais l'opération a échouée. En effet, les terroristes ne fréquentent ni les cocktails diplomatiques, ni le monde des affaires , exception faite pour les financiers du terrorisme. 

Il faut y ajouter l'opposition , dans certains cas, de l'utilisation du NOC. L'article donne en exemple le chef de la station de la CIA a Riyad qui a refusé qu'on envoie en Arabie Saoudite un officier en NOC, lequel était invité a une conférence sur l'énérgie a Riyad. Ou les critiques dans l'approche des NOC faite par Rolf-Mowatt-Larssen, alors chef de la Division Europe de la Direction des Opérations de la CIA.

Un des dangers du NOC, il est vrai, est l'absence de couverture efficace en cas d'arrestation. Un officier de la CIA sous couverture diplomatique arrêté pour espionnage risque seulement d'être expulsé; un officier NOC la prison , avec les risques dans certains pays du globe d'être torturé, et d'avouer, racontant les méthodes et les cibles de la CIA,voire le dévoilement du réseau NOC dans son ensemble.

Notons aussi que une des firmes a vu sa couverture bousillée quand il a été rendu public en 2003 que Valérie Plame, une officier du WINPAC (La division chargée de l'analyse des informations en matière d'armement, et entre autres d'ADM) de la CIA était une fonctionnaire de la CIA travaillant sous couverture de la firme "Brewster Jennings & Associates".

Toutefois, selon l'article, sur les 12 sociétés, 10 seulement ont été fermées. Quid des deux dernières? Auraient-elles atteints leur but? La question se pose. 

Une solution pour pallier l'inefficacité du dispositif antiterroriste? Le recrutement d'informateurs, toujours, mais aussi d' "access agents" , des personnes ne détenant pas d'informations secrètes mais qui ont des contacts dans les milieux intéréssant un service secret. Ses "access agents" , en tant que citoyens d"un pays tiers, ont plus de latitude pour entretenir des contacts, présenter a un "case officer" (officier traitant) des personnes l'intéréssant,  qui pourront éventuellement être recrutées. Une autre possibilité, évoquée dans l'article, est de modifier la stratégie des NOC, en visant et créant les organisations caritatives pour les étudiants musulmans, par exemple.

 Article du Los Angeles Times

 

CIA's ambitious post-9/11 spy plan crumbles

'Fox News Sunday'
ADAPTATION: Rep. Peter Hoekstra, R-Mich., says: “I don’t believe the intelligence community has made the fundamental shift in how it operates to adapt to the different targets that are out there."
The agency spent millions setting up front companies overseas to snag terrorists. Officials now say the bogus firms were ill-conceived and not close enough to Muslim enclaves.
By Greg Miller, Los Angeles Times Staff Writer
February 17, 2008

WASHINGTON -- The CIA set up a network of front companies in Europe and elsewhere after the Sept. 11 attacks as part of a constellation of "black stations" for a new generation of spies, according to current and former agency officials.

But after spending hundreds of millions of dollars setting up as many as 12 of the companies, the agency shut down all but two after concluding they were ill-conceived and poorly positioned for gathering intelligence on the CIA's principal targets: terrorist groups and unconventional weapons proliferation networks.

 The closures were a blow to two of the CIA's most pressing priorities after the 2001 terrorist attacks: expanding its overseas presence and changing the way it deploys spies.

The companies were the centerpiece of an ambitious plan to increase the number of case officers sent overseas under what is known as "nonofficial cover," meaning they would pose as employees of investment banks, consulting firms or other fictitious enterprises with no apparent ties to the U.S. government.

But the plan became the source of significant dispute within the agency and was plagued with problems, officials said. The bogus companies were located far from Muslim enclaves in Europe and other targets. Their size raised concerns that one mistake would blow the cover of many agents. And because business travelers don't ordinarily come into contact with Al Qaeda or other high-priority adversaries, officials said, the cover didn't work.

Summing up what many considered the fatal flaw of the program, one former high-ranking CIA official said, "They were built on the theory of the 'Field of Dreams': Build them and the targets will come."

Officials said the experience reflected an ongoing struggle at the CIA to adapt to a new environment in espionage. The agency has sought to regroup by designing covers that would provide pretexts for spies to get close to radical Muslim groups, nuclear equipment manufacturers and other high-priority targets.

But current and former officials say progress has been painfully slow, and that the agency's efforts to alter its use of personal and corporate disguises have yet to produce a significant penetration of a terrorist or weapons proliferation network.

"I don't believe the intelligence community has made the fundamental shift in how it operates to adapt to the different targets that are out there," said Rep. Peter Hoekstra of Michigan, the top Republican on the House Intelligence Committee.

The cover arrangements most commonly employed by the CIA "don't get you near radical Islam," Hoekstra said, adding that six years after the attacks on New York and the Pentagon, "We don't have nearly the kind of penetrations I would have expected against hard targets."

Trying to get close

Whatever their cover, the CIA's spies are unlikely to single-handedly penetrate terrorist or proliferation groups, officials said. Instead, the agency stalks informants around the edges of such quarry -- moderate Muslims troubled by the radical message at their mosques; mercenary shipping companies that might accept illicit nuclear components as cargo; chemists whose colleagues have suspicious contacts with extremist groups.

Agency officials declined to respond to questions about the front companies and the decision to close them.

"Cover is designed to protect the officers and operations that protect America," CIA spokesman Paul Gimigliano said. "The CIA does not, for that very compelling reason, publicly discuss cover in detail."

But senior CIA officials have publicly acknowledged that the agency has devoted considerable energy to creating new ways for its case officers -- the CIA's term for its overseas spies -- to operate under false identities.

"In terms of the collection of intelligence, there has been a great deal of emphasis for us to use nontraditional methods," CIA Director Michael V. Hayden said in November 2006 radio interview shortly after taking the helm at the agency. "For us that means nontraditional platforms -- what folks call 'out of embassy' platforms -- and we're progressing along those lines."

The vast majority of the CIA's spies traditionally have operated under what is known as official cover, meaning they pose as U.S. diplomats or employees of another government agency.

The approach has advantages, including diplomatic immunity, which means that an operative under official cover might get kicked out of a country if he or she is caught spying, but won't be imprisoned or executed.

Official cover is also cheaper and easier. Front companies can take a year or more to set up. They require renting office space, having staff to answer phones and paying for cars and other props. They also involve creating fictitious client lists and resumes that can withstand sustained scrutiny.

One of the CIA's commercial cover platforms was exposed in 2003 when undercover officer Valerie Plame was exposed in a newspaper by columnist Robert Novak. Public records quickly led to the unraveling of the company that served as her cover during overseas trips, a fictitious CIA firm called Brewster Jennings & Associates.

Official cover worked well for the duration of the Cold War, when holding a job at a U.S. Embassy enabled American spies to make contact with Soviet officials and other communist targets.

But many intelligence officials are convinced that embassy posts aren't useful against a new breed of adversaries. "Terrorists and weapons proliferators aren't going to be on the diplomatic cocktail circuit," said one government official familiar with the CIA's cover operations.

Under intense pressure

After the terrorist strikes, the Bush administration ordered the agency to expand its overseas operation by 50%. The agency came under intense pressure from Congress to alter its approach to designing cover and got a major boost in funding to expand the nonofficial cover program, which is commonly referred to by the acronym NOC, pronounced "knock."

Although the agency has used nonofficial cover throughout its history, the newer front companies were designed to operate on a different scale. Rather than setting up one- or two-person consulting firms, the plan called for the creation of companies that would employ six to nine case officers apiece, plus support staff.

The NOC program typically had functioned as an elite entity, made up of a small number of carefully selected case officers, some of whom would spend years in training and a decade or more overseas with only intermittent contact with headquarters. But the new plan called for the front companies to serve as way stations even for relatively inexperienced officers, who would be rotated in and out much the way they would in standard embassy assignments.

"The idea was that these were going to be almost like black stations," said a former CIA official involved in the plan to form the companies. "We were trying to build something that had a life span, that had durability."

In the process, the agency hoped to break a logjam in getting post-Sept. 11 recruits overseas. Thousands of applicants had rushed to join the CIA after the attacks, and many were sent to Afghanistan and Iraq. But outside of those war zones, open slots were scarce.

"The embassies were full," said a former CIA official involved in deployment decisions. "We were losing officers by the dozens because we didn't have slots for them overseas."

In separate interviews, two former CIA case officers who joined the agency after the attacks said that 15% to 20% of their classmates had quit within a few years. Among them, they said, was one who had earned his master's degree in business administration from Harvard University and was fluent in Chinese and another who had left a high-paying job at the investment firm Goldman Sachs.

The front companies were created between 2002 and 2004, officials said, and most were set up to look like consulting firms or other businesses designed to be deliberately bland enough to escape attention.

About half were set up in Europe, officials said -- in part to put the agency in better position to track radical Muslim groups there, but also because of the ease of travel and comfortable living conditions. That consideration vexed some CIA veterans.

"How do you let someone have a white-collar lifestyle and be part of the blue-collar terrorist infrastructure?" said one high-ranking official who was critical of the program.

But the plan was to use the companies solely as bases. Case officers were forbidden from conducting operations in the country where their company was located. Instead, they were expected to adopt second and sometimes third aliases before traveling to their targets. The companies, known as platforms, would then remain intact to serve as vessels for the next crop of case officers who would have different targets.

'A very bitter fight'

The concept triggered fierce debate within the agency, officials said.

"This was a very bitter fight," said a CIA official who was a proponent of the plan because it insulated the fictitious firms from the actual work of espionage.

"When you link the cover to the operation, the minute the operation starts getting dicey, you run across the screen of the local police, the local [intelligence service] or even the senior people in the mosque," the official said. "I saw this kill these platforms repeatedly. The CIA invests millions of dollars and then something goes wrong and it's gone."

But critics called the arrangement convoluted, and argued that whatever energy the agency was devoting to the creation of covers should be focused on platforms that could get U.S. spies close to their most important targets.

"How does a businessman contact a terrorist?" said a former CIA official involved in the decision to shut down the companies. "If you're out there selling widgets, why are you walking around a mosque in Hamburg?"

Rather than random businesses, these officials said, the agency should be creating student aid organizations that work with Muslim students, or financial firms that associate with Arab investors.

Besides broad concerns about the approach, officials said there were other problems with the companies. Some questioned where they were located. One, for example, was set up in Portugal even though its principal targets were in North Africa.

The issue became so divisive that the agency's then-director, Porter J. Goss, tapped the official then in charge of the CIA's European division, Rolf Mowatt-Larssen, to lead an in-house review of the NOC strategy.

Mowatt-Larssen sided with critics of the approach and began pulling the plug on the companies before he left the agency to take a senior intelligence post at the Department of Energy, officials said. Mowatt-Larssen declined to comment.

The agency is in the midst of rolling out a series of new platforms that are more narrowly targeted, officials said. The External Operations and Cover Division has been placed under Eric Pound, a veteran foreign officer who was CIA station chief in Athens during the 2004 Olympics.

But the agency is still struggling to overcome obstacles, including resistance from many of the agency's station chiefs overseas, most of whom rose through the ranks under traditional cover assignments and regard the NOC program with suspicion and distrust.

In one recent case, officials said, the CIA's station chief in Saudi Arabia vetoed a plan to send a NOC officer who had spent years developing credentials in the nuclear field to an energy conference in Riyadh.

The NOC "had been invited to the conference, had seen a list of invitees and saw a target he had been trying to get to," said a former CIA official familiar with the matter. "The boss said, 'No, that's why we have case officers here.' "

 

 

14/01/2008

la Direction de la Stratégie de la DGSE, une structure importante au sein du renseignement francais

Créée en 1989, la Direction de la Stratégie (DS) de la DGSE est un service chargé d'une mission spécifique, a savoir diffuser les rapports de la DGSE auprès des institutions gouvernementales, en un sens, et dans l'autre sens de recueillir leurs critiques sur les rapports (La "production") et de recevoir les demandes de renseignement des instances officielles.  Ce n'est pas un service chargé de la collecte du renseignement; cette mission relève de la Direction du Renseignement , chargée de la collecte du renseignement aussi bien de manière clandestine par l'intermédiaire de personnes recrutées, que de manière ouverte, par la lecture de la presse, et la Direction des Opérations, qui comprend entre autres le Service Action et ce qu'on appelait dans les années 60 le "Service 7" chargé de "fouiller" les bagages de personnes intéréssant la DGSE ou d'examiner les valises diplomatiques. La DS est chargée uniquement de l'interface ,entre la DGSE et les institutions. UNe fois la demande de renseignements ou les critiques d'un Ministère sur un rapport transmis a la DS, c'est elle qui le fait parvenir au Service de la DGSE concerné. Par exemple, si l'Elysée souhaite avoir des éclairages sur la situation politique a Washington, éléctions présidentielles approchant, la DS recoit la demande et la répercute a la Direction du renseignement, laquelle transmet un câble a la station de la DGSE a Washington, qui collecte les renseignements attendus ( De manière clandestine ou ouverte) puis la station envoie un câble a la Direction du renseignement de la DGSE sur les informations obtenues, cette dernière répercute auprès de la Direction de la Stratégie qui fait remonter le rapport jusqu'a l'Elysée. Cet exemple , très théorique, montre comment fonctionne le système. Les demandes de renseignement peuvent être a court (L'exemple sur la demande de la situation a Washington) , moyen ou long terme (Par exemple sur la situation politique en Irak et les chances de stabilisation du pays).

 

Une autre mission tout aussi importante de la DS est d'entretenir des contacts avec le Quai d'Orsay, le Ministère des affaires étrangères francais. Ici, la mission est de participer, avec le Quai d'Orsay, afin d'aider a l'élaboration de la politique étrangère francaise, une nouvelle fois sur le court, moyen ou long terme selon la situation. La DGSE et le Quai d'Orsay ont en effet des missions très différentes, qui les conduisent a avoir des vues qui peuvent (ou ne sont pas) très éloignées. Les diplomates sont chargés de représenter la France a l'étranger, de défendre ses intérêts, la DGSE d'empêcher les menaces venant de l'éxtérieur ( Ce que j'appelle le "Renseignement défensif", a savoir recruter des officiers de services secrets étrangers ou de détecter le passage de la Syrie vers l'Irak de djihadistes ) mais aussi de collecter des informations a caractère militaire, politique, économique, social, pour faire remonter ensuite les informations (Ce que je qualifie de "Renseignement offensif", par exemple la situation sociale a Dakar ou les orientations prises par les autorités britanniques lors d'un sommet européen ). il en résulte que leurs sources peuvent être très différentes, or pour pouvoir prendre des orientations politiques sur un sujet donné, il faut connaître les intentions et orientations des personnes auquel on s'intéresse. Le fait que deux institutions aussi différentes que la DGSE (représentée par la DS) et le Quai d'Orsay s'associent pour l'élaboration de la politique étrangère entraîne sans doute des différences de point de vue mais aussi des rapprochements, enrichit les points de vue et permet , en évitant de rejeter les informations des professionels du renseignements, une approche qui peut potentiellement être plus efficace.


3f8e01a067ebc56683551845370ada39.jpgArsène Lux, premier Directeur de l'ancêtre de la Direction de la Stratégie de la DGSE: La cellule "Prospection" du SDECE puis de la DGSE

La création d'une Direction de la Stratégie n'est pas une nouveauté en soi; elle est l'ancêtre de la cellule de Prospection, créée en août 1981 (Chef: Arsène Lux)  par Pierre Marion, Directeur de la DGSE de 1981 a 1982. Arrivé aux commandes de ce qui s'appelait alors le SDECE, le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage, cet industriel , effaré par le fonctionnement du service de renseignement extérieur francais, est bien décidé a le réformer. La création d'une unité chargée de la Prospective répond au besoin d'avoir une vision sur le long et le moyen terme pour le service de renseignement francais, pour éviter les mauvaises surprises. N'oublions pas que les services secrets francais, dépendants du Ministère de la Défense, travaillent pour le compte de l'éxécutif. Ils lui rendent compte, l'informent sur les menaces provenant des autres pays pour permettre ensuite a l'éxécutif , disposant ainsi des informations, puisse adopter les mesures nécéssaires.

 Notons que ce sont toujours des diplomates qui ont dirigés la DS. Il est vrai que ce service n'est pas "opérationnel", il a beaucoup plus des fonctions d'analyses et de prospection. Les biographies des chefs de la DS DGSE ainsi que leurs photos sont disponibles plus bas.

Les Directeurs de la DS DGSE ont été :

Jean-Claude Cousseran octobre 1989-avril 1992

Patrick Gautrat avril 1992-1993

Guy Azaïs 1993-septembre 1997

Bruno Joubert septembre 1997-novembre 2001

Francois-Xavier Deniau novembre 2001-septembre 2005

Pascal Teixeira da Silva septembre 2005- 

 

 DOCUMENTS

 Décret n° 82-306 du 2 avril 1982 portant création et fixant les attributions de la
direction générale de la sécurité extérieure.

Le Président de la République,
Sur le rapport du Premier ministre et du ministre de la défense,
Vu l'ordonnance n° 59-147 du 7 janvier 1959 portant organisation générale de la
défense;
Vu le décret n° 62-811 du 18 juillet 1962 modifié fixant les attributions du ministre des
armées;
Vu le décret n° 66-66 du 2 janvier 1966 portant rattachement du service de
documentation extérieure et de contre-espionnage au ministère des armées;
Vu le décret n° 77-1343 du 6 décembre 1977 modifié portant organisation de
l'administration centrale du ministère de la défense,
Décrète:
Art. 1er. -
Il est créé une direction générale de la sécurité extérieure, placée sous l'autorité d'un
directeur général relevant directement du ministre de la défense et nommé par décret en
conseil des ministres.
Art. 2. -
La direction générale de la sécurité extérieure a pour mission, au profit du
Gouvernement et en collaboration étroite avec les autres organismes concernés, de
rechercher et d'exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France, ainsi
que de détecter et d'entraver, hors du territoire national, les activités d'espionnage
dirigées contre les intérêts français afin d'en prévenir les conséquences.
Art. 3. -
Pour l'exercice de ses missions, la direction générale de la sécurité extérieure est
notamment chargée:
D'assurer les liaisons nécessaires avec les autres services ou organismes concernés;
D'effectuer, dans le cadre de ses attributions, toute action qui lui serait confiée par le
Gouvernement;
De fournir les synthèses des renseignements dont elle dispose.
Art. 4. -
L'organisation et le fonctionnement de la direction générale de la sécurité extérieure
sont fixés par arrêté du ministre de la défense.
Art. 5. -
Le décret du 4 janvier 1946 portant création d'un service de documentation extérieure
et de contre-espionnage est abrogé.
Art. 6. -
Le Premier ministre et le ministre de la défense sont chargés, chacun en ce qui le
concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la
République française.
Fait à Paris, le 2 avril 1982.
FRANÇOIS MITTERRAND.
Par le Président de la République :
Le Premier ministre,
PIERRE MAUROY.
Le ministre de la défense,
CHARLES HERNU

 Article 6 de l'arrêté du 04.12.2002 portant organisation de la direction générale de la sécurité extérieure

La Direction de la Stratégie est chargée de la transmission est du suivi des orientations recueillies auprès des interlocuteurs officiels de la direction générale de la sécurité extérieure ainsi que de l'animation et de l'évaluation de la production de renseignements. 

 

 SITE DU MINISTERE DE LA DEFENSE

La Direction de la Stratégie est chargée de la transmission et du suivi des orientations recueillies auprès des interlocuteurs officiels de la direction générale de la sécurité extérieure ainsi que de l’animation et de l’évaluation de la production de renseignements. Elle est responsable de l'adéquation du renseignement recherché avec les besoins des clients. Elle entretient, notamment, le contact avec le ministère des Affaires Étrangères. Elle élabore des documents de doctrine et d'orientation générale, ainsi que des études sur les options possibles de la politique française. A 60% son travail consiste à avoir une assise stratégique dans les ministères et les opérations internes. De plus elle travaille beaucoup pour son propre compte afin d'accroître sa marge de manoeuvres en France comme à l'étranger afin d'échapper aux différents contrôles gouvernementaux. Les organismes de recherche et d’exploitation du renseignement répondent aux orientations des autorités de l’Etat. Ces orientations empruntent deux voies :

Un cadre annuel et institutionnel : le comité interministériel du renseignement (CIR)

L’ordonnance du 7 janvier 1959 confie l’orientation et la coordination des services de renseignement au CIR, avec l’appui du secrétariat général de la défense nationale (SGDN).

Le CIR élabore (et révise chaque année) le plan national de renseignement (PNR), qui est soumis à l’approbation du président de la République. Il anime les groupes de travail prévus au plan national de renseignement et établit au profit des plus hautes autorités de l'Etat des synthèses de renseignements, ainsi que des notes d'anticipation et d'alerte.

Un cadre quotidien et informel : les « commandes »

Les besoins en renseignement du gouvernement sont aussi soumis à l’actualité immédiate. Les demandes sont alors directement adressées au jour le jour, aux services concernés.

Dans le cas de la DGSE, c’est la direction de la stratégie qui assure l’interface avec les autorités de l’ Etat dans ce domaine.

Un travail en quatre phases

Le Service, une fois orienté, liste les objectifs susceptibles de détenir les renseignements, puis mène la recherche avec l’ensemble de ses moyens humains, techniques et opérationnels.

Les informations et renseignements recueillis sont alors exploités et analysés. Les plus intéressants sont mis en forme et diffusés aux autorités de l’Etat.

La direction de la stratégie assure le suivi des diffusions du Service auprès des destinataires gouvernementaux, recueille les critiques de la production et les éventuelles réorientations.

Ainsi s’enclenche le cycle du renseignement...

 

BIOGRAPHIES DES DIRECTEURS DE LA DIRECTION DE LA STRATEGIE DE LA DIRECTION GENERALE DE LA SECURITE EXTERIEURE

ea5984abb09b49abbc3faffcf66c08ce.jpg JEAN-CLAUDE COUSSERAN

 Né le 15 septembre 1944 à Toulouse (Haute-Garonne), M. Jean-Claude COUSSERAN est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et d’études arabes. Il est marié, père de deux enfants.

Entré en 1970 au ministère des Affaires étrangères, il a été successivement en poste à Beyrouth (1973-1974), à Bagdad (1974-1977), puis à Téhéran (1977-1980), avant de rejoindre la mission permanente de la France auprès des Nations-Unies à New-York (1980-1981).

De retour à Paris, il intègre le cabinet de M. Charles HERNU, ministre de la Défense. En juin 1982, il est nommé conseiller technique auprès de M. Claude CHEYSSON, ministre des Affaires étrangères. M. Roland DUMAS, qui succède à M. CHEYSSON, le nomme directeur-adjoint de son cabinet.

Diplomate de carrière, en poste à Téhéran durant la Révolution Islamique de 1979, il fut le directeur adjoint du cabinet du ministre des affaires étrangères Roland Dumas et participa aux négociations pour libérer les otages français au Liban en 1985-1986.

De 1986 à 1988, il est en poste à Jérusalem comme Consul général, avant de regagner le cabinet de M. Roland DUMAS, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, jusqu’en septembre 1989.

Détaché en tant que Directeur de la stratégie auprès du ministère de la Défense (1989-1992), il est nommé conseiller diplomatique du Premier ministre, Pierre Bérégovoy, de 1992 à 1993. Ambassadeur de France à Damas (1993-1996), il devient Directeur du Département d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères (1996-1999), avant d’être désigné Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Ankara (1999-2000), puis directeur de la Direction Générale de la sécurité extérieure (2000-2002).

Impliqué dans l'affaire des comptes japonais du Président de la République au Japon, auprès de la Tokyo Sowa Bank, il a été écarté, ainsi que Gilbert Flam et quelques autres fonctionnaires.

Il a pris ses fonctions comme Ambassadeur de France en République Arabe d’Egypte le 1er novembre 2002.

Diplomate de carrière, M. Jean-Claude COUSSERAN est ministre plénipotentiaire hors classe. Avec le retour de Bernard Kouchner au Ministère des Affaires Etrangères, il représente la France en tant qu'émissaire "ayant le rang d'ambassadeur". Une première mission a été envisagée en Iran. On l'a vu ensuite, le 9 juin 2007, à Beyrouth, préparant la réunion organisée par la France dans le but de réconcilier les diverses factions libanaises. Son voyage s'est également prolongé en Syrie.

 

 PATRICK GAUTRAT

 

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Ministre plénipotentiaire hors classe.

Chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite

né le 21 mars 1944

marié avec Mme Eliane Aujard, deux enfants de 30 et 24 ans.

Diplômes

Licence en droit Diplôme de l’Institut d’études politiques Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration.

Carrière

A l’Ecole nationale d’administration, 1968-1970 ;

Titularisé en qualité de secrétaire des Affaires étrangères, 1er juin 1970 ;

à la disposition du ministère du travail, de l’emploi et de la population, 1970-1971 ;

Deuxième Secrétaire à Varsovie, 1971-1974 ; à l’Administration centrale (Information et presse), 1974-1976 ;

Conseiller technique au cabinet du Ministre du commerce extérieur, 1976 ;

Chargé de mission au cabinet du Premier ministre, Raymond Barre, 1976-1977 ;

Deuxième Conseiller à Washington, 1977-1981 ;

Détaché auprès du Ministère des transports (délégué général adjoint puis délégué général du Comité central des armateurs de France), 1981-1987 ;

à l’administration centrale (Affaires économiques et financières), chef du service des affaires générales, 1987-1989 ;

Auditeur à l’Institut des hautes études de défense nationale, 1986-1987 ;

Consul Général à Barcelone, 1989-1992 ;

Détaché auprès du Ministère de la Défense, 1992-1993 ;

Détaché auprès du Ministère de la jeunesse et des sports (Directeur des sports), 1993-1995 ;

Consul général à New-York, 1996-1998 ;

à l’Administration centrale, inspecteur général adjoint des Affaires étrangères, 1998-2001

Ambassadeur de France en Pologne, 2001-2004

Ambassadeur de France au Portugal, depuis le 27 septembre 2004.

 

GUY AZAIS

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Naissance: 21 juillet 1942.

Diplôme: École navale

IEP-Paris

ENA (1971, promotion "Thomas More")

Profession: Ministre plénipotentiaire de 1ère classe

Parcours: Premier conseiller à Ottawa (1985-1989)

Ambassadeur au Bénin (1989-1992)

Chef du service des affaires francophones du ministère des Affaires étrangères (1992-1993)

Directeur au ministère de la Défense (1993-1997)

Ambassadeur en Colombie (1997-2000)

Ambassadeur spécialement chargé du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (septembre 2000-février 2004)

Ambassadeur en Angola (février 2004-2007)

 

BRUNO JOUBERT 

 d061ce3c50b45d72d005f965f4ef54cb.jpgné le 29 juillet 1950

diplôme de l'Institut d'études politiques

ancien élève de l'Ecole nationale d'administration, promotion "Pierre Mendès-France", 1978

 Ministre plénipotentiaire de 1re classe

Postes occupés:

- à l'Ecole nationale d'administration, 1976-1978

- deuxième secrétaire à Washington, 1978-1979

- premier secrétaire au même poste, 1979-1982

- à l'administration centrale (Affaires économiques et financières), 1982-1985

- deuxième conseiller à la représentation permanente de la France auprès des Communautés européennes à Bruxelles, 1985-1990

- à l'administration centrale (Secrétariat général) 1990-1993

- directeur adjoint du personnel et de l'administration générale et chef du service du personnel, 1993; chef de service, 1993-1995; (Direction générale de l'administration), directeur des ressources humaines, 1993-1995

- directeur de cabinet du ministre délégué aux affaires européennes, 1995-1997

- détaché auprès du ministère de la défense (directeur) 1997-2001

- ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe à Vienne, depuis juin 2001-2003

-Directeur de l'Afrique et de l'Océan indien au ministère des Affaires étrangères (janvier 2003-septembre 2006)

-Secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères (15 septembre 2006-juin 2007)

-Conseiller diplomatique adjoint du président de la République, Nicolas Sarkozy (juin 2007- )

 

 FRANCOIS-XAVIER DENIAU

91494326a52ab8e0b0e8d3f32d908bf2.jpgDENIAU (François-Xavier, Nicolas, Marie), né le 4 mars 1955 (Chevalier de la Légion d’honneur) ; diplômé de l’École polytechnique, diplômé de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique ; ancien élève de l’École nationale d’administration, promotion « Droits de l’Homme », 1981.

Ministre plénipotentiaire de 2e classe.

 

Etats de service

  • 1978 : Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques.
  • 1979-1981 : École Nationale d’Administration.
  • 1er juin 1981 : Nommé et titularisé secrétaire des Affaires étrangères.
  • 1981-1984 : Administration centrale du Ministère des Affaires Etrangères (Affaires économiques et financières).
  • 1984-1988 : Premier secrétaire puis Deuxième conseiller à Rome (Quirinal).
  • 1988-1992 : Conseiller à la Représentation permanente de la France auprès des Communautés européennes à Bruxelles.
  • 1992-1995 : Ministre-Conseiller à Tunis.
  • 1995-1997 : Conseiller diplomatique du Cabinet du Ministre de l’aménagement du territoire, de l’équipement et des transports.
  • Avril-mai 1997 : Directeur adjoint du cabinet du Ministre des Affaires Etrangères.
  • 1998-2001 : Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Saint-Domingue.
  • 1998-2001 : Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Nassau (en résidence à Saint-Domingue).
  • Novembre 2001 : Détaché auprès du ministère de la défense, directeur.
  • 13 juillet 2004 : Chevalier de la Légion d’honneur.
  • Septembre 2005 : Ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations Unies et des Organisations internationales à Vienne.

 PASCAL TEIXEIRA DA SILVA

 

Naissance: 10 octobre 1957

Diplôme: ENA (1984, promotion Louise Michel)

Profession: Ministre plénipotentiaire

Parcours: Premier secrétaire à Bonn (1986-1990)

Deuxième conseiller à Moscou (1990-1993)

Chargé de mission auprès du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (1993-1997)

Deuxième conseiller à la Mission permanente de la France auprès de l'Organisation des Nations-Unies à New-York (1997-1998)

Premier conseiller à la Mission permanente de la France auprès de l'Organisation des Nations-Unies à New-York (1998-2001)

Directeur adjoint des Nations unies et des organisations internationales à la direction générale pour les affaires politiques et de sécurité au ministère des Affaires étrangères (octobre 2001-août 2005)

Directeur de la stratégie à la DGSE du ministère de la Défense (septembre 2005- )

 

Note modifiée le 26.05.2008 

"Intellworld" publie un article sur la station de la CIA a Bagdad

Un article paru aujourd'hui sur "Intellworld" explore et analyse un domaine assez délicat , a savoir le travail de la CIA depuis sa station de Bagdad depuis l'année 2003. Court et concis, cet article restitue l'ambiance et a l'avantage de la clarté.