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28/02/2017

Le service de renseignement extérieur du contre-espionnage militaire du KGB.

Ce service est peu connu, et pourtant ! Il existe depuis bientôt un siècle. Au sein du contre-espionnage militaire russe, le renseignement extérieur s’est toujours retrouvé en première ligne dans les conflits armés auquel la Russie prenait part.

Le contre-espionnage militaire russe-actuellement 3ème Département du FSB-a pour missions la surveillance des troupes et de leur moral, mais aussi la lutte contre les services de renseignements étrangers[1].  La mission de renseignement extérieur, moins connue, est pourtant particulièrement active-quitte à faire concurrence au GRU- et ce pour deux raisons :

La première est pratique, le contre-espionnage militaire d’un pays ne peut se contenter de protéger les secrets militaires et de poursuivre les espions adverses ; il se doit aussi d’anticiper, de se montrer offensif.  C’est ce que fait le contre-espionnage militaire russe dès la création de la Tchéka, et cette fonction n’est pas niée, bien au contraire : les ouvrages officiels regorgent d’exemples d’officiers ou d’informateurs des OO (« Osobiyé Otdeli », Sections Spéciales, nom donné aux services du contre-espionnage militaire russe) envoyés infiltrer les rangs de l’Armée Blanche durant la Guerre civile ; ou dans les écoles du renseignement nazi durant la Seconde Guerre mondiale[2].

La deuxième raison était organique : lors de sa formation, le renseignement extérieur de la Tchéka était un service dépendant de la Section Spéciale. A l’origine, dès le 6 janvier 1919, les OO sont chargés du travail de renseignement à l’étranger. Au printemps 1920, pour assurer une meilleure coordination du travail de renseignement extérieur, est créé un département du renseignement extérieur, toujours au sein du contre-espionnage militaire, et ce jusqu’au décret 169 signé par Felix Dzerjinsky, le 20 décembre 1920, qui fait du service de renseignement extérieur un service à part entière[3].

Toutefois, cette fonction de renseignement extérieur n’est pas limitée aux périodes de « guerre chaude » : lors de la Guerre dite froide, le renseignement extérieur au sein du contre-espionnage militaire existe, et se structure : Suite aux émeutes de Berlin en 1953, est créé au sein du OO auprès des Troupes soviétiques en Allemagne de l’Est un 3ème département, en charge du renseignement extérieur. Ce service participe également aux enquêtes menées par le contre-espionnage militaire contre les informateurs des services secrets adverses et du recrutement des informateurs étrangers[4], quitte à faire concurrence la 1ère Direction Principale du KGB (Renseignement extérieur) et au GRU (renseignement militaire). C’est sans doute ce service qui réussit le recrutement du soldat britannique Geoffrey Prime, ensuite affecté au GCHQ[5]. Prime rencontra ensuite ses contrôleurs à l’étranger, principalement à Vienne

En 1971, c’est au sein de la 3ème Direction du KGB (Contre-espionnage militaire) qu’est créé un 3ème département, chargé de centraliser la mission de renseignement extérieur. Durant l’URSS, tous les chefs de ce département ont précédemment faits carrière au sein du renseignement extérieur du contre-espionnage militaire en Allemagne de l’Est[6], voire l’ont dirigé, ce qui montre que la RDA est un poste clé.

Des officiers de ce département sont également affectés au sein des OO dans plusieurs régions militaires soviétiques, comme en Asie du Sud-Est, ou dans la Baltique.

On retrouve aussi ces officiers en poste en Afghanistan[7] : selon Mikhail Dianov, qui a servi au sein de cette unité (3ème section de l’OO du KGB pour la 40ème Armée), les missions de son service étaient : collecte d’information auprès des afghans russophones, pour obtenir, ainsi, des informations sur les activités des services secrets adverses et des bandes armées , ainsi que leurs informateurs ; leurs opérations contre les troupes soviétiques et le gouvernement afghan ; infiltration des services secrets adverses.

Les officiers du 3ème département seront également impliqués dans le conflit tchétchène : selon un ancien transfuge du FSB, en 1995, une équipe du département est envoyée en Tchétchénie pour liquider le Président indépendantiste Djokar Dudayev[8].

Ce service existe toujours, il s’agit du 3ème département du DVKR (Départament Voyennoy KontrRazvedki- contre-espionnage militaire) du FSB[9]. Il est à noter que le responsable, jusque 2015, du DVKR, Alexandre Bezverkhnii, a dirigé ce fameux 3ème département, dans la deuxième moitié des années 90[10].

Notons, pour conclure, que nombres de différents services, au sein du KGB, se livraient au renseignement extérieur, au grand dam de la 1ère Direction Principale, chacun dans sa spécialité : le 14ème département de la Deuxième Direction Principale (contre-espionnage) créé dans les années 70 se spécialisait dans les « double jeux » avec les services adverses, y compris parfois à l’étranger ; les 4ème (sécurité dans les transports) et 6ème Directions du KGB (sécurité économique et industrielle) demandaient à leurs informateurs, envoyés à l’étranger, de leur faire des comptes-rendus sur leurs séjours chez l’ennemi ; tandis que la 5ème Direction, spécialisée dans la lutte contre les dissidents, n’a pas hésitée à envoyer certains agents à l’Ouest, pour suivre ces milieux.

 

 

[1]     Dans une interview donnée en novembre 2010 à la publication semi-officielle du FSB « FSB : za i protiv » (FSB : pour et contre), le directeur du contre-espionnage militaire du FSB Alexandre Bezverkhnii indiquait les missions de son service : assurer la sécurité des forces armées russes ainsi que des organisations qui en dépendent ; information des responsables du FSB et du Ministère de la Défense quant aux problèmes au sein des Forces armées, avec une attention particulière quant aux capacités de préparation et de combat des troupes, état moral et psychologique des troupes ; lutte contre le terrorisme, le vol d’armes et d’explosifs, la corruption, le trafic de drogues, contre-espionnage, protection des secrets.

[2]     Quelques exemples d’ouvrages : « Les contre-espions militaires. Les Sections spéciales de la VéTchéKa-KGB ont 60 ans ». (Voyenniyé kontrrazvedchiki. Ossobim Otdelam VéTchéka-KGB 60 Liét). Editions Voyennizdar. 1979 ; « Les tchékistes militaires » (Voyenniyé Tchékistii), Sergey Ostryakov, 1979, Editions Voyenizdat ; « Les contre-espions militaires biélorusses. Destins, tragédies, victoires… » (Voyenniyé kontrrazvedchiki Belarussii. Sudbi, tragedii, pobedii..), Valery Nadtatchayev, 2008, Minsk, Editions Kavaler ; « Cela n’était pas mentionné… Les notes d’un tchékiste de l’armée » (Ob etom ne soobchaloss... Zapisski armeyskovo tchékista). 1984. Mikhail BeloOussov.

[3]     Historiographie officielle du SVR, disponible sur le site Internet de l’institution (http://svr.gov.ru/history/stage01.htm)

[4]     Voir sur le sujet les mémoires de Arkadi Kornilov, « Berlin : la guerre secrète des deux côtés de la frontières. Notes d’un contre-espion militaire » (Berlin : Taynaya Voyna po obié storonii granitsii. Zapisski Voyennovo kontrrazvedchika), Editions Kutchkovo Polié, 2009. En poste dans les années 50 et 60 au sein du 3ème département en RDA, il raconte aussi bien les recrutements de « taupes » dans le dispositif adverse que la traque des citoyens allemands et soviétiques travaillant pour la CIA ou le BND.

[5]     Le KGB dans le monde. Christopher Andrew, Oleg Gordievsky. The Defense of the realm.The authorized history of MI5. Christopher Andrew.Penguin books. 2010.

[6]     Les dirigeants du 3ème département du contre-espionnage militaire du KGB, de 1972 à 1991, étaient : Mikhail Zimbulatov (1972-1980) ; Vladimir Shirokov (1981-1988) ; Yuri Yarovenko (1988-1991). Tous ont travaillés, durant leur carrière, au sein du 3ème département de l’OO auprès des troupes soviétiques en RDA.

[7]     « Le contre-espionnage militaire du KGB d’URSS en Afghanistan. Souvenirs des officiers du OO du KGB d’URSS pour la région militaire de Léningrad 1979-1991».  (Voyennaya kontrrazvedka KGB SSSR v Afganistanié. Vospominaniya sotrudnikov Osobovo Otdela KGB SSSR po Leningradskomu voyennomu okrugu 1979-1991).  2010. Editions SPB.

[8]     « Le FSB fait exploser la Russie » (FSB vzrivayet Rossiyu). Alexandre Litvinenko, Yuri Felshtinsjy. Deuxième édition. 

[9]     « Voyennaya kontrrazvedka 1918-2010 » (Contre-espionnage militaire 1918-2010). Alexandre Bondarenko. Editions Molodaya Gvardiya.2011.

[10]    « Août 1991 et pas que.. Pensées d’un contre-espion militaire ». (Avgust 1991 i né tolko o niom… Razmishlenii Voyennovo kontrrazvedchika ). Nikolay Rijak. 2011. Editions Artstil-Polygraf.

05/02/2010

Les officiers du renseignement dans les structures internationales

Un constat peut être fait: Depuis les années 90 au minimum, les Etats prennent l' habitude d' envoyer, de détacher, des officiers des services de renseignement pour les mettre à la disposition de structures internationales, comme l' ONU ou l' Union Européenne.

Nous ne parlons pas ici d' officiers agissant sous la couverture de leur représentation auprès d'une organisation internationale pour faire de l' espionnage, mais de professionnels du renseignement, détachés par leur pays, sciemment, pour aider les structures internationales par le biais de leur expérience. Les exemples sont nombreux: Par exemple quand l' ONU décide de créer un Groupe d' experts chargé d' appuyer le Conseil de sécurité dans la lutte contre Al-Qaïda, c'est à Richard Barrett (voir plus bas) qu'il revient de le présider. Quand, selon l' ancien officier du SVR Sergey Tretiakov, l' ONU créé son propre centre de situation, c'est un officier du SVR qui est détaché. Enfin, le "Centre de situation conjoint de l' Union Européenne" ,est chargé "d' assurer un suivi
permanent de l'actualité et de produire des évaluations de moyen terme sur des questions géographiques ou thématiques intéressant l'Union européenne, au profit du Secrétaire général/Haut représentant et des instances du Conseil, notamment du Comité politique et de sécurité. Doté d'une cellule de renseignement, il fournit également des analyses sur le contexte dans lequel se développent les opérations de gestion de crise de l'Union européenne"
(Guide de la politique européenne de sécurité et de défense [PESD] de 2006). Cette structure accueillait, en 2003, un officier de la DGSE, le service de renseignement français, Monsieur M.., civil toujours en exercice aujourd'hui. Beaucoup plus récemment, c'est un lieutenant-colonel de la DGSE (Voir plus bas), précédemment chef de poste en Afrique et en Amérique du Nord, qui dirigea l' analyse au sein du centre de situation conjoint de l' UE.

Cette "intégration" d' officiers des services secrets au sein même d' organes internationaux répond à une double logique: La participation accrue de l' intervention des organisations internationales dans les conflits internationaux; la nécessité de personnel expérimenté pour les fonctions d' analyse, de collecte d' information, de veille etc....

Ce qui ne signifie pas que toutes les personnes membres de ses structures soient membres d'un service de renseignement. Par exemple, Stanislav Frolov, détaché par les autorités russes dans le comité auprès de l' ONU chargé de la lutte contre Al-Qaïda (Paragraphe 7 de la Résolution 1526 du Conseil de sécurité de l' ONU) , a une expérience plus "policière" que d' espionnage: Il a été précédemment détaché par le Ministère de l' Intérieur russe pour participer à des opérations de l' ONU dans les Balkans.

Alors, quels critères utilisés? Ici, nous sommes en plein empirisme. Selon un communiqué de l' ONU, le groupe d' experts chargé de l' appui analytique et de la surveillance des sanctions dans le cadre de la résolution 1267 de 1999, pour le Conseil de sécurité, contre Al-Qaïda et les Talibans indique par exemple que les experts choisis sont plus globalement spécialisés "dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme et les législations en la matière, le financement du terrorisme et les opérations financières internationales, les systèmes de virement de remplacement, les activités caritatives et l' utilisation de messagers, le contrôle des frontières, y compris la sécurité portuaire, les embargos sur les armes et les contrôles des exportations ainsi que le trafic de drogues". Aucune obligation n' est ici posée pour que les membres soient obligatoirement des membres des services de renseignement: Cela peut aussi être des diplomates, des policiers, des membres des services de sécurité. Sauf si l' organisation internationale le demande expressément aux Etats-membres: Ce sera le cas, au milieu des années 90, pour le centre de situation de l' ONU (Tretiakov, op.cité)

Néanmoins, reste une inconnue dans cette équation: Les officiers du renseignement détachés auprès des instances internationales sont-ils chargés, ainsi, de les espionner, ou au contraire de leur apporter leur appui et leurs compétences?

 

 

Biographie de Richard Martin Donne Barrett

 

Né en 1949

En poste en Turquie à partir de 1987

Premier secrétaire à la délégation britannique auprès de l' ONU à New York de 1988 à 1992

Ordre de l' Empire Britannique le 30.12.1992

En poste à Amman à partir de 1997

Chef de la Branche Antiterrorisme, Contrôllerate “Global Tasks”, Directorate of Production and Requirements du Secret Intelligence Service.

Coordinateur à l' ONU de l' équipe d' appui au Conseil de sécurité chargée de Al-Qaïda et des Talibans, depuis 2004.

 

M.X

 

Grade de chevalier à la fin des années 80

Lieutenant-colonel de la DGSE

Chef de poste dans un pays d' Afrique dans les années 90

Chef de poste dans un Pays d' Amérique du Nord au tout début des années 2000


27/12/2009

Les chefs du 1er département du renseignement extérieur NKGB-NKVD-NKGB-MGB-KI-MGB-MVD-KGB

 

Au KGB, ainsi que chez ses prédecesseurs, le poste de chef du Premier Département était, au sein du renseignement extérieur, un des plus sensibles: Chargé de couvrir l' Amérique, (Donc de 1951 à 1992 "l' ennemi principal") c' était, et cela reste toujours, un poste très convoité au sein du renseignement extérieur et exigeant un certain doigté. Ce Premier Département, en tant que structure, va connaître plusieurs évolutions: En plus de couvrir les Etats-Unis d' Amérique, il supervisera aussi, au début seulement, le travail en direction de la Grande-Bretagne. A un moment, aussi, le travail en direction de l' Amérique Latine.


En voici l' organigramme:

Décision du 30.05.1947 du Conseil des Ministres d' URSS, le Renseignement extérieur du MGB et le Renseignement militaire (GRU) sont rassemblés dans une même structure, le Comité d' Information, dépendant du Ministère des Affaires Etrangères. Les USA dépendent du 1er Directoire du Comité, qui couvre aussi la Grande-Bretagne.

Suite aux ratées du KI, cette structure est dissoute officiellement le 02.11.1951, le renseignement civil retourne au MGB, et redevient la 1ère Direction, tandis que l' Armée récupère le GRU. De Direction, le service chargé de l' Amérique du Nord et de la Grande-Bretagne passe au statut de département. Peu après, est créée une Direction Europe de l' Ouest au sein de la PGU MGB, qui supervise entre autres le travail en direction de la Grande-Bretagne.

Staline avait comme projet de créer le GRU MGB (Direction principale du renseignement du Ministère de la sécurité d' Etat) chargé uniquement de l' espionnage et du contre-espionnage. La décision est prise le 05.01.1953 mais la mort de Staline en mars stoppe le projet.

Lavrenti Beria décide alors de fusionner le MGB (Sécurité d' Etat) avec le MVD (Ministère de l' Intérieur) par décision du 05.03.1953. Le renseignement extérieur devient la 2ème Direction principale du MVD. La section Amérique est dissoute, et remplacée par une section chargée de couvrir les USA, le Canada, l' Argentine, le Mexique. La chute brutale de Beria entraîne une énième remise à jour:

Le Présidium du Comité central, par décision du 10.02.1954, décide de séparer MVD et Sécurité d' Etat. Le décret du 13.03.1954 du Présidium du Haut conseil d' URSS créé le Comité pour la Sécurité d' Etat (KGB auprès du conseil des ministres d' URSS). Au sein de son 1er Directoire principal (Renseignement extérieur) , le 1er Département est chargé de l' Amérique du Nord.

Il semble que ensuite il ait aussi récupéré la supervision du renseignement en direction de l' Amérique Latine (Au sein du 1er département, cette zone est supervisée Sergey Nikolaïevitch Antonov) jusque'à ce que, vers 1960, un "Deuxième département" soit créé, chargé de l' Amérique Latine et des Caraïbes exclusivement. Antonov en sera son premier directeur.

Le 1er Département est donc chargé des USA et du Canada (Zone Amérique du Nord). Sous le SVR, ce département a été rebaptisé "Département A" au sein de la Direction des opérations, avec les mêmes fonctions.

 


1er département (Amérique du Nord)


Konstantin Koukine Mai 1949-1952.

Boris Ivanov 1953-1955

Alexandre Feklissov 1956-1960

Nikolai Kulebiakine Années 60.

Vladimir Kazakov -1967

Mikhaïl Polonik 1967-1968

Anatoly Kireyev 1969-1974.

Vladimir Kazakov 1974-1978

Youri Linkov-1982.

Dmitri Yakoushkine 1982-1986

Anatoly Flavnov? 1987

Vyatcheslav Trubnikov 1991

 

SVR (Service de renseignement extérieur de la Fédération de Russie): Département "A" de la Direction des Opérations (Amérique du Nord).

Yuli Kobiakov?

Sergey Labur 1997

25/12/2009

Yuli Nikolaïevitch Kobiakov

Yuli Nikolaïevitch Kobiakov


Entré au KGB en 1957

Participe a l'enquête sur Vitaly Yourtchenko

Numéro deux du 1er département de la Première Direction Principale au milieu des années 80.

Fait carrière jusque 1997 (au SVR) se spécialise sur les Etats-Unis, possible chef du département "A" (Amérique du Nord) , Direction des opérations du SVR

A la retraite depuis 1997

Grade de général-major.


 

Alexandre Semionovitch Feklissov

Alexandre Semionovitch Feklissov


Né le 09.03.1914 a Moscou

Entré au NKVD, vers 1940, section américaine du 5ème service (renseignement extérieur)

En poste a New York a partir de février 1941, jusque 1946. Renseignement scientifique et technique

Travaille au QG de 1946 a 1947

Muté a la section britannique de la ligne renseignement scientifique en mai 1947

A partir de septembre 1947, adjoint du chef de station a Londres, ligne: Renseignement scientifique et technique, jusque avril 1950.Officiellement 2ème secrétaire.

Chef-adjoint de la section britannique au renseignement politique, QG du KI-MGB-MVD

De juin 1953 a décembre 1955, adjoint du représentant du KGB en Tchécoslovaquie

De décembre 1955 a 1960, chef de la section Amériques du 1er Directoire général du KGB (Amérique du Nord et du Sud). A la fin des années 50, le département étant scindé en deux, chef du 1er département (Amérique du Nord)

D'août 1960 a avril 1964, chef de station a Washington, officiellement conseiller politique de l' ambassade

Ensuite travaille a l'Institut Krassnoznaménii, jusqu'a sa retraite en 1974.

Décédé le 26.10.2007.

 

Konstantin Konstantinovitch Koukine

Konstantin Konstantinovitch Koukine

 

Né en 1897

Entré au parti bolchevique en 1918

Dans les équipes de partisans en Biélorussie en 1919

A partir de septembre 1919, adjoint du chef d'une unité de la 12ème armée.

Jusque 1931 dans l'armée

Entré en 1931 au NKID (Commissariat du peuple aux Affaires étrangères)

Entre peu après au renseignement extérieur

QG du renseignement extérieur

De 1933 a 1934 a Kharbin

En 1935 participe a la lutte contre les services secrets japonais dans la zone Baïkal

A partir de novembre 1937, en poste a Washington puis New-York sous couverture d'attaché puis deuxième secrétaire

De retour en URSS en 1940, en poste au QG de la 5ème section du GUGB NKVD URSS (Renseignement extérieur)

A partir de 1941, adjoint du chef de la 1ère section du 1er Directoire (renseignement extérieur) du NKGB

Accompagne Molotov en juillet 1942 aux USA.

Chef de station a Londres de mai 1943 a 1947 officiellement conseiller d'ambassade.

Chef de la 1ère section, chargée des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, de la 1ère Direction du NKGB, de mai 1949 a 1952

Quitte le service en 1952

Décédé en 1979.

13/09/2009

Les structures du SVR

C'est le résultat de plusieurs mois de recherches qui est livré ici, dans une première synthèse relative au SVR de la Fédération de Russie. Cet organigramme reste néanmoins incomplet. On ignore par exemple de qui dépend le Centre antiterrorisme du SVR. Notons que la Direction des Opérations, après analyse de carrières de trois de ses dirigeants et examen d' actes administratifs russes, paraît avoir été divisée en deux de 1994 à 2000, mais il n'y a pas de certitude absolue dessus,seulement un forte probabilité.

 

Organisme de renseignement, la priorité du SVR est le renseignement politique. Juste derrière, le renseignement économique, domaine en pleine expansion dans le Service et ce depuis le milieu des années 90. En plus, en tant qu'organisme de renseignement étatique, de voler les secrets et de transmettre les informations aux décideurs politiques, les responsables du SVR participent à une multitude de Commissions étatiques, chargées de préparer des projets de lois, des règlements, mais aussi de travailler sur certains points délicats au niveau international.

Citons ici: la Commission de déclassification des archives du PCUS, aujourd'hui incorporée dans la Commission interservices de protection des secrets d' Etats; la Commission interservices pour la participation de la Russie au G8; La Commission interservices de la Fédération de Russie pour la coopération avec l' OTAN et l' accomplissement de l' acte mutuel sur la coopération, la sécurité entre l' OTAN et la Russie; le groupe de travail interservices chargé de mettre en oeuvre dans la Fédération de Russie les passeports et visas de nouvelle génération; le conseil scientifique auprès du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie; la Commission antiterroriste fédérale; la Commission pour le contrôle des exportations; Commission gouvernementale sur les questions d' intégration économique; ou la Commission interservices du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie sur la sécurité internationale.

 

Enfin, petites révélations, sont ici dévoilées les biographies de trois pontes du SVR, inconnus du grand public.

Vladimir Zaverchinsky. Cet ancien du KGB a continué ensuite sa carrière au SVR, ou il occupa le poste de 1er Directeur adjoint de 2000 à 2008 avant d' être nommé au Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie. Sa biographie quant à sa carrière au sein du KGB/SVR est assez succinte: Après être sorti de l' École du KGB de Minsk vers 1971, il travaille quatre ans au contre-espionnage, avant de suivre les cours de l' Institut Andropov, qui forme les officiers du renseignement extérieur du KGB. Il entre au 1er Directoire du KGB en 1977, sera en poste en Afghanistan, puis jusque 1992 en RDA. Il attend sept mois pour obtenir un poste, et prend la tête un service du SVR, pendant un ans et demie environ. Puis il est nommé « chef d'un des services les plus importants du SVR », poste occupé pendant six ans, avant d' être nommé 1er Directeur adjoint. Ce fameux « service important » est en réalité la Direction des Illégaux du SVR. En effet, la description que Zaverchinsky faisait de ce "Service important", sans le nommer, son ambiance de travail, n' était pas sans rappeler à l' auteur de la note l' ambiance décrite par deux anciens chefs de la Division des illégaux dans leur mémoire, Youri Drozdov et Vadim Kirpichenko. Enfin, Zaverchinsky y décrivait comment deux espions russes, au milieu des années 90, furent arrêtés à l' étranger, mis en prison, puis relâchés au bout de quelques jours et rapatriés en Russie. Ce qui laissait supposer que ils ne disposaient pas de couverture diplomatique, donc la piste des illégaux était privilégiée. Enfin, peu après avoir formulé cette conclusion, l' auteur de la note découvrit que il n' était pas le seul à penser ainsi: Friedrich-Wilhelm Schlomann, dans une note en allemand, "Die heutige Spionage Rußlands" datée de 2000 indique que "Leiter der Verwaltung S ist der Deutschland-Spezialist Wladimir Sawerschinski, der bis 1989 im KGB-Hauptquartier
Berlin-Karlshorst war und von dort Einsätze von "Illegalen" in Westeuropa leitete."


Alexandre Balakine. Dans les documents administratifs russes il apparaît simplement comme un Directeur adjoint du SVR. En réalité, Alexandre Balakine remplace en juillet 2008 Vladimir Zaverchinsky au poste de 1er Directeur adjoint. Officiellement, son nom à ce poste n' a toujours pas été rendu public. Sa biographie est assez sommaire: Après avoir, semble il, commencé sa carrière à Téhéran à la fin des années 70, il réapparaît dans la deuxième moitié des années 90 comme adjoint du chef d'un département du SVR ou il travaille à la coordination avec les pays d' Asie centrale membres de la CEI, semble il sur les questions de terrorisme. Enfin, pendant un peu plus d'un ans, il dirige une représentation très importante du SVR à l' étranger avant d' en être rappelé et nommé 1er Directeur adjoint du SVR.

Sa biographie est pleine de mystères et de contradictions: Anatoly Korendiassev est entré au KGB en 1970, et affecté à la Direction du KGB de Volgograd. Il termine l' Institut Andropov en 1975, ce qui signifie une affectation à la 1ère Direction Principale du KGB, et est en poste à Paris, vers 1980, sous la couverture de 3ème secrétaire de l' ambassade soviétique. Ensuite, selon une biographie officielle, il aurait participé à la création du Groupe « Vimpel » (Donc 1981). Il travaille aux services administratifs du Comité Central de 1985 à 1988. Il est à partir de 1988 Directeur adjoint de la Première Direction Principale du KGB (renseignement extérieur). Ensuite toujours, il aurait travaillé sous les ordres de Evgueni Primakov et « aurait dirigé le renseignement en Tchétchénie ». Est il fait référence à la première, ou a la seconde guerre? Dans quel but? En tant que chef de service du SVR, aurait il participé à la création du groupe ZASLON, et ce dernier aurait il agi en Tchétchénie durant la seconde guerre? Enfin, deux informations se contredisent: Korendiassev a quitté le SVR en 2007, grade de général- lieutenant. D'après une information,il travaillait sur les problématiques de la CEI; d' après un document administratif russe, daté de 2006, il fait partie, en tant que chef de Direction du SVR, du groupe de travail interservices chargé de concevoir le programme chargé d' aider les russes vivant hors de la Fédération de Russie et souhaitant revenir.



Lors de sa création en 1991 le SVR comprend:

Le Directeur du SVR

Le 1er Directeur adjoint

Le Directeur adjoint aux Opérations

Le Directeur adjoint aux questions scientifiques

Le Directeur adjoint aux cadres

Le Directeur adjoint à l' administration

Le Directeur adjoint à la lutte contre le crime organisé


S'y ajoutent parmi les différents services:


Le service de presse du SVR

La Direction de l' analyse de l' Information

Le Service de renseignement économique.

Le service de contre-espionnage.

Le groupe des consultants auprès du Directeur du SVR.

Le service de liaison avec les autres services secrets.


Le 1er Directeur adjoint supervise le renseignement économique (Jusque 2001), les questions relatives au Secret-Défense et à la déclassification de documents, la lutte antiterrorisme, les questions de sécurité de la Défense. Il semble aussi que il supervise les Directions de l' analyse et de la Sécurité du SVR.


Modification des structures en 1994, la Direction des Opérations est divisée en deux. Il semble que elle soit « réunifiée » vers 2000, sous le commandement de Vitali Marguelov, qui était jusque-là Directeur adjoint pour les Amériques et l' Europe. Vers le milieu des années 90 toujours , le Service de renseignement économique, chargé de l' espionnage économique mais aussi de vérifier la solvabilité des entreprises étrangères lors de la signature des contrats avec les autorités russes, et leur solvabilité, accède au rang de Direction générale, témoignant de sa montée progressive en puissance. Même si la priorité n°1 du SVR reste le renseignement politique.


Modification des structures vers 2000-2001: La Direction de lutte contre le crime organisé, qui traitait entre autres les questions de financement du terrorisme, est dissoute. Ses fonctions sont confiées à la Direction des Opérations , qui supervisera le travail de renseignement durant le début de la guerre en Afghanistan fin 2001, et au 1er Directeur adjoint; la Direction des Opérations réunifiée, elle sera dirigée par Vitaly Marguelov, puis par Valery Rozanov, précédemment chef de station à Vienne.


Il semble que, alors, ait été créée une Direction spécialisée dans les questions économiques, financières, et industrielles, qui travaille aussi sur la lutte contre le financement du terrorisme. Elle est dirigée par le Directeur adjoint du SVR Youri Demchenko.


Depuis, la structure du SVR est la suivante:


Directeur du SVR

1er Directeur adjoint (Directeur-adjoint, chef de service).

Directeur adjoint des Opérations.

Directeur adjoint à l' administration.

Directeur adjoint aux cadres

Directeur adjoint aux questions scientifiques

Directeur adjoint aux questions économiques, industrielles, financières?


Notons que existe aussi un Centre antiterrorisme, qui apparaît pour la première fois dans les actes administratifs russes en 2007; et une unité d' élite, nommée ZASLON, qui aurait été créée en 1998


Organigramme du SVR:


Directeurs du SVR

Evgueni Primakov 1991-1996

Vyatcheslav Trubnikov 1996-2000

Sergey Lebedev 2000-2007

Mikhaïl Fradkov 2007-



1er Directeur adjoint du SVR

Vladimir Rojkov septembre 1991-janvier 1992

Viatcheslav Troubnikov janvier 1992-janvier 1996

Alexei Chtcherbakov janvier 1996-octobre 2000.

Vladimir Zaverchinsky Novembre 2000-juillet 2008.

Alexandre Balakine juillet 2008-


Directeur adjoint au Crime organisé (1992-2000)

Vladimir Rojkov 1992 à 1994 environ

Viktor Erine Juillet 1995-2000


Directeur adjoint à l' administration

Ivan Gorelovsky 1992- 2003?

D. Fadeyev? 2009


Directeur adjoint aux cadres.

Youri Zoubakov 1992-janvier 1996

Guennadi Novikov 1996-


Directeur adjoint aux questions scientifiques.

Alexei Chtcherbakov 1992-1996

A. Bolchakov 1996-2000

Viktor Karnakov 2000-2006



Directeur adjoint aux Opérations.

Vyatcheslav Gurguenov 1992-1994


Direction des Opérations, divisée en 1994

Grigori Rapota, chargé de superviser le travail de renseignement en direction des Amériques et de l' Europe, ainsi que le travail du bureau de presse et les contacts avec les services secrets étrangers. 1994-1998

Vitaly Marguelov, 1998-2000, supervision du travail de renseignement en direction des Amériques et de l' Europe

Alexandre Medianik, 1994-1998, chargé de superviser le travail en direction de la zone Asie, sans doute Directeur adjoint pour l' Asie.


Il semble que la Direction des Opérations ait été réunifiée en 2000

Vitaly Marguelov 2000-2002

Valery Rozanov 2002-2006

Vladimir Zimakov? 2006-


Service économique du SVR (Statut de Direction principale à partir du milieu des années 90)

Vladimir Riabikhine 1992-1997

Youri Demchenko 1997-

Devenue vers 2001 une Sous Direction du SVR, avec à sa tête un Directeur adjoint aux questions économiques, industrielles, financières.

Youri Demchenko 2001-


Service d' analyse de l' information.

Mikhaïl Dmitriev 1991-

Valery Rozanov 1995 minimum-1998

Mikhaïl Dmitriev 1998-2000

Léonid Rechetnikov -Avril 2009.


Bureau de presse du SVR

Youri Kobaladzé 1991-mars 1999.

Boris Laboussov mars 1999-2006

Sergey Ivanov août 2006-


Service des illégaux, Direction des Opérations du SVR

Youri Juravlev Mai 1991-

Vladimir Zaverchinsky 1994-2000


1er Département (Amérique du Nord), devenu ensuite le Service A, Direction des Opérations du SVR.

Viatcheslav Trubnikov 1991-Fin 1991

Yuli Kobiakov?

Sergey Labur 1997


Secteur Europe Centrale, Direction des Opérations du SVR.

Sergey Lebedev 1995. Adjoint, Sergey Borisovitch Ivanov.



Service de renseignement scientifique et technologique, Direction des questions scientifiques du SVR

Léonid Zaïtsev 1975-1992

Youri Zevakine 1992- Toujours en poste en 1999


Institut Andropov, devenu en 1994 Académie du renseignement extérieur, Direction des questions scientifiques du SVR

Valentin Revine 1991-juillet 1997

Nikolaï Gribine 1997-2005 ou 2006

Vladimir Gubernov 2006-


Service juridique

Vladimir Kantorov 1992-1999

Anatoli Paramonov 2002-

V. Lekarev. 2006


Service de contre-prolifération nucléaire.

Guennadi Evstafiev 1992-2000


Service des archives

Alexandre Belozerov 1991- Toujours en poste en 1997

Sergey Panin 2001 minimum- Toujours en poste en 2008


Service de sécurité.

Alexandre Golubev? Début des années 90

A. Zaroubine Fin des années 90

 

Sources utilisées

Friedrich-Wilhelm Schlomann, "Die heutige Spionage Rußlands", 2000 (Disponible sur Internet)

Actes administratifs de la Fédération de Russie

Interview de Vladimir Zaverchinsky

Comrade J, Sergey Tretiakov

Encyclopédie des services secrets russes

 

 

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26/08/2009

Prochain article sur le SVR de la Fédération de Russie

Sera très prochainement publié un article relatif aux structures et au personnel dirigeant du SVR, le Service de renseignements extérieurs de la Fédération de Russie. Entre autres scoops: Le nom du chef de la Direction des Illégaux du SVR dans les années 90; des éléments sur la modification des structures du SVR vers 2000-2001. Ainsi que, information que même la presse russe n' a jamais dévoilée, le nom du 1er Directeur adjoint du SVR depuis la mi-2008.

21/04/2009

Les "rézidents" du KGB en Finlande

 

Dans son ouvrage "Le KGB dans le monde" paru en 1990 en coopération avec Christopher Andrew, l' ancien officier du KGB Oleg Gordievsky livre un organigramme de plusieurs stations du KGB (Paris, Washington, New York, Delhi, Tokyo, Oslo, etc..) en indiquant les rézidents a leur tête. Mais pas celle de Helsinki! Oubli regrettable ( volontaire, sachant que un des officiers du KGB que il appréciait le plus, Albert Akoulov, y servait alors comme chef de station?) qui est ici compensé.


Située a la frontière avec l' URSS, la Finlande s' efforce, après la seconde guerre, d'entretenir de bonnes relations avec son grand voisin. Pour cela, des contacts sont établis entre les "rézidents" successifs du KGB et les autorités finlandaises au plus haut niveau: Urho Kekkonen, qui fut Président de la Finlande de 1956 à 1981. Ce qui entraînait des frictions entre l' ambassadeur soviétique et le rézident du KGB, chacun voulant l' exclusivité des contacts avec Kekkonen. Idem avec son successeur, Mauno Koivisto, qui entretiendra des contacts avec Viktor Vladimirov, chef de station a Helsinki jusque 1984. Ses "contacts de haut niveau" auraient cessés avec la chute de l' URSS.

Elisey Tikhonovitch Sinitsin 1939-1941

Vassili Petrovitch Roshtshin 1945-1947

Mikhaïl Grigorievitch Kotov 1947-1950

Mikhaïl Grigorievitch Kotov 1953-1957

Vladimir Vassilievitch Jenikhov -1962

Youri Nikolaîevitch Voronine 1962-1964

Vladimir Sevastianovitch Stepanov 1964-

Viktor Mikhaïlovitch Vladimirov 1970-1972

Mikhaïl Grigorievitch Kotov 1972-1975

Viktor Mikhaïlovitch Vladimirov 1977-1984

Albert Petrovitch Akoulov 1984-1990.

Ou Felix Karasev a partir de 1984? Toujours en poste en 1991.

16/03/2009

Le FSB fait-il de l' espionnage à l'étranger?

LE FSB A L' ÉTRANGER.

 

Il y a de cela quelques années, un auteur russe, Andrey Soldatov, écrivit que le FSB et le SVR s' étaient partagés les zones de compétence, le FSB faisant du renseignement dans la zone CEI, le SVR a l' extérieur. Au dessus de la mêlée, le GRU, chargé de faire du renseignement militaire. Cette thèse développée par l'auteur de l' article laissait un brun dubitatif: si c'est le cas, de quel service du FSB dépend ce fameux service d' espionnage qui ferait concurrence au SVR sur son propre terrain? Quelles sont ses missions? Et aussi, si partage des zones d' influence il y a, comment se fait il que le SVR dispose d'un représentant connu des autorités a Kiev, en Ukraine, et en Biélorussie à l' heure ou j' écris? La tradition veut que un représentant ne fait pas de l' espionnage dans le pays ou il est posté; il est chargé des contacts officiels avec les autorités locales, son identité est connue d' eux. Et aussi, faire passer des spécialistes du contre-espionnage ou des questions de sécurité au renseignement « offensif » n'est pas très facile; les formations ne sont pas les mêmes. Aussi, si le SVR dispose de représentants, est ce que cela ne serait pas, également, le cas pour le FSB?

 

Dmitri Medvedev et le Directeur du FSB Alexandre Bortnikov

On ne pouvait exclure que le FSB, comme nombre de services de sécurité, dispose d'un représentant sous couverture. Et ce sont les mémoires d'un ancien du FSB, Joseph Legan, parus en russe, qui ont confirmés cette thèse. Logan est un vétéran du KGB puis du FSB, avec pas moins de 35 années de service a son actif. Il a surtout travaillé au service d'inspection interne du KGB puis du FSB, chargé de découvrir et d' enquêter sur les fautes de travail commises par les services. Pour l' anecdote, c'est ce service qui mit à jour sous Gorbatchev un très gros scandale au coeur de la 3ème Direction principale du KGB, chargée du contre-espionnage militaire, qui a très peu filtré: Plusieurs affaires d' espionnage dont étaient chargés les services du contre-espionnage militaire étaient soit complètement fabriquées soit manquaient de preuves. Le scandale sera tel que le directeur de la 3ème Direction principale du KGB, Nikolaï Dushin, sera renvoyé a la fin des années 80.

Dans son ouvrage, Legan cite les exemples de deux responsables du FSB envoyés a l' étranger en tant que représentants du Service: Le premier est un responsable du service d' inspection du FSB qui sera envoyé en Mongolie. Le second est le général-major Petroukhine,qui sera envoyé comme représentant du FSB sous couverture diplomatique dans un pays asiatique de la CEI.

Enfin, que penser de Vitaly Vladimirovitch Burov, représentant du FSB a Washington sous la couverture de conseiller de l' ambassade de Russie depuis 2008.

Ses envois se font dans le cadre des accords de coopération, dont plusieurs commencent a être préparés en 1994, entre le FSB et différents services secrets, tels que la DGSE française et le Guojia Anquanbu, le Ministère de la Sécurité d' État chinois, comme le démontrent ses documents, faisant état de l' autorisation des responsables du FSK (prédécesseur du FSB) a commencer des négociations avec les services secrets concernés.

Un exemple de coopération: Ordre n°434 du Président de la Fédération de Russie du 15.08.1994 relatif a la coopération entre la DGSE française et le FSK, lequel est remplacé par le FSB en 1995. Le document indique clairement, entre autres, la possibilité de mettre en place un officier de liaison du FSK accrédité (Normalement sous couverture diplomatique) en France.

Ajoutons y les déclarations publiques de représentants du FSB a la presse ou par communiqué, qui font clairement référence a la coopération du FSB avec nombre de services secrets. Par exemple, Alexandre Bortnikov indiquera très dans une interview donnée à la mi-décembre 2008 que « Les représentants officiels du FSB sont dans 40 États ». Enfin, si le FSB fait du renseignement a l' extérieur, comment cela se fait il que aucun scandale n'ait éclaté sur ce thème, que aucun informateur n'ait été interpellé, aucun officier du FSB pris en flagrant délit? Et qui contrôle ce fameux service?

Sigle du 5ème Service du FSB, le Service d'information opérationnelle et des relations internationales.

Selon Andrey Soldatov, les officiers du FSB faisant du renseignement hors de la Fédération de Russie relèvent du Département de l' information opérationnelle du 5ème Service ( Service d'information opérationnelle et des relations internationales) du FSB, qui fut dirigée par Viatcheslav Oushakov jusque 2003 puis Sergey Besseda. Le 5ème Service, dont le patron actuel est Viktor Komogorov, est l' ancienne Direction d' analyse de l' information du KGB, créée en 1991. Le 5ème Service est donc chargé de l' analyse mais aussi des contacts avec les services secrets étrangers sur des sujets aussi délicats que la lutte contre le terrorisme ou les différentes formes de criminalité organisée.

Sigle du Département d'information opérationnelle, sigle copié sur le SVR.

Mais la thèse de Soldatov fait elle référence aux représentants du FSB ou a une sorte de « renseignement extérieur » du FSB, concurrent du SVR? La question mérite d' être posée, en effet, au sein du 5ème Service, une différence est établie entre la Direction des relations internationales, dirigée par le général Alexey Koziura, et ce fameux Département de l'information opérationnelle, dont une des seules traces laissées est la présence de son patron, Sergey Besseda, en Abkhazie, après que ce pays ait proclamé son indépendance, pour assister a un tournoi de tennis! Peut-être, évoque Soldatov, ce Département est chargé de remplacer les anciennes antennes du renseignement agissant depuis la Russie contre les pays voisins? Ce n'est pas a exclure, mais nous manquons de données concrètes pour clairement distinguer entre représentants officiels, espionnage du FSB a l' étranger, et opérations menées depuis le territoire de la Fédération de Russie contre les voisins.

28/01/2009

Comment travaillent et travaillaient les services secrets en direction de l' URSS puis en Russie.

COMMENT TRAVAILLENT ET TRAVAILLAIENT LES SERVICES SECRETS EN DIRECTION DE L'URSS PUIS EN RUSSIE

 

Cette note se base sur des informations tirées non seulement d' ouvrages mais aussi de documents déclassifiés, entre autres extraits des rapports annuels d' activité du KGB d' URSS, qui fournissent des éléments très intéressants d'information. Il convient de rappeler que durant l' existence de l' URSS la « surveillance omniprésente » du KGB relève dans certains cas plus du mythe que de la réalité: D'une part la 7ème Direction du KGB (Brigade de surveillance) n'avait pas les moyens de suivre toutes les personnes qui l' intéressaient (manque d' effectifs) et d'autre part il est absurde de suivre en 24/7 (24h/24 et 7 jours sur 7) une « cible » sauf si vous voulez la décourager de faire du travail d' espionnage. Mieux vaut au contraire « cibler » les moments ou elle est surveillée et ce pour éviter que la personne se rende compte que elle est sous surveillance constante et avoir plus de chance de découvrir son réseau d'informateurs. Néanmoins, le contre-espionnage du KGB était capable en effet, si la nécessité se faisait sentir, de mobiliser d'importants effectifs pour suivre une personne.

 

ALLEMAGNE. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail du BND a Moscou même, le service paraît plus avoir concentré ses efforts sur la RDA, ainsi que l' Europe de l' Est ( Pologne et Tchécoslovaquie). Par exemple,la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 évoque l' arrestation d'un agent du renseignement extérieur de la RFA, citoyen tchécoslovaque.

Néanmoins, quelques informations apparaissent:le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque des personnes des « pays tiers » expulsés d' URSS pour espionnage au profit des « services de renseignement de la RFA ».

Une autre couverture utilisée est celle des sociétés allemandes travaillant sur le territoire soviétique. Le rapport n°414-A du 28.02.1977 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1976 évoque par exemple l' arrestation pour espionnage d'un citoyen allemand, Chtchedrov, consultant de la firme ouest-allemande « Stubbe ». Le rapport n° 877-A/OB du 31.03.1981 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1980 évoque toutefois deux citoyens soviétiques arrêtés pour espionnage au profit du renseignement extérieur de la RFA. Un autre cas a été dévoilé en 1986 quand est condamné un dénommé Ilya Suslov,qui transmettait des informations a caractéristique technologique au BND par l' intermédiaire du représentant d'une société allemande a Moscou.

Aujourd'hui le chef de station du BND a rang de conseiller de l' ambassade allemande a Moscou. Un de ses derniers chefs a Moscou (au début du mandat de Vladimir Poutine comme président) avait été représentant du BND a Beijing dans les années 80.

 

CHINE. La dégradation des relations sino-soviétiques a entraînée une activation du travail du KGB et du GRU en direction de la Chine communiste, et réciproquement le Shihuibu (renseignement extérieur) et le Gonganbu (Ministère de l' Intérieur, responsable entre autres du contre-espionnage), puis leur successeur a partir de 1983, le Guojia Anquanbu (Ministère de la Sécurité d' État, chargé du renseignement extérieur et du contre-espionnage) ont multipliés les opérations de renseignement en direction de l' URSS. Une des méthodes utilisées par les services secrets chinois était l' envoi de faux transfuges, chargés après débriefing par les autorités soviétiques de s' implanter durablement dans la zone Extrême-Orient en URSS. Les rapports annuels d' activité du KGB, déclassifiés pour la plupart, citent abondamment cette méthode comme exemple. Par exemple le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque deux agents du renseignement chinois démasqués par le KGB parmi les personnes fuyant la Chine communiste, chargés d'une mission de renseignement (apparement a court terme). La note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981 évoque quand a elle 7 agents du renseignement chinois démasqués,qui officiellement fuyaient la République populaire de Chine. Idem pour la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 qui évoque 10 espions chinois démasqués parmi les personnes fuyant le régime de la RPC. Autre méthode plus classique, l' envoi de personnes traversant illégalement la frontière dans la zone Extrême-Orient. Autre méthode utilisée, évoquée dans la note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981, l'envoi par la RPC d' agents parmi les personnes venant de pays du tiers monde.

 

CORÉE DU NORD. Le renseignement nord-coréen a travaillé en direction de l' URSS par les voies suivantes: envoi d' espions dans la région Extrême-Orient; travail de collecte de renseignement a partir de l' ambassade de Corée du Nord a Moscou; envoi de militaires auditeurs dans des écoles militaires soviétiques et chargées de recueillir des informations. La chute de l' URSS lui a ouvert de nouvelles possibilités dans la recherche de renseignements a caractère technologique, entre autres sur la question des armements ou des scientifiques. Deux scandales ont impliqués des activités du renseignement nord-coréen en Russie, en 1993 et 1994 respectivement, autour de tentatives d' obtentions d' informations a caractère technologique, surtout militaire.

 

ÉTATS-UNIS. La toute jeune CIA a due attendre 1953 pour pouvoir envoyer son premier officier sous couverture diplomatique a Moscou, et 1961 pour y nommer son premier chef de station, Paul Garbler. La station de la CIA a Moscou a été très active durant la guerre froide, comme le montrent la liste des informateurs traités qui furent démasqués. Citons Léonid Poleshuk, Oleg Penkovsky, Adolf Tolkachev, Evgueni Kapoustine, Dmitri Polyakov, Vladimir Vassiliev, qui étaient respectivement Officier de la sécurité interne du renseignement extérieur du KGB, colonel du GRU, ingénieur dans le domaine de l' éléctronique de pointe, travaillait dans une usine, général du GRU, colonel a la division des illégaux du GRU.

A partir du milieu des années 70, suite a l' interpellation d'un officier de la station de Moscou, Edmund Kelly, en Arménie alors que il avait un contact avec un informateur sur place,le traitement des informateurs se faisait a Moscou, ou bien a Léningrad, ou la CIA avait ouvert une base sous couvert du consulat général des États-Unis. Parmi les dirigeants de la Base CIA de Léningrad dans les années 80, citons Barbara Brian, Léonard Belgard, Michaël Grivski entres autre. La CIA s' appuyait sur les informateurs recrutés hors URSS ainsi que ceux qui proposaient leurs services en URSS même. Les recrutements en URSS étaient plutôt rares. La station de Moscou, qui au début ne comptait que 5 officiers environ, a atteint dans les années 70-80 le chiffre de 8 a 12 officiers traitants sous couverture diplomatique. Les informations aussi bien a caractère politique que économique ou militaire intéressaient la station de Moscou, qui pouvait dans certains cas compter sur l' aide de diplomates du département d' État. N' était pas épargné le travail contre le KGB et le GRU.

La CIA n'était pas seule a Moscou, faisaient aussi du renseignement les attachés militaires dépendants de la DIA, et le poste NSA a Moscou. On ignore le degré de coordination a Moscou même entre ses différentes structures. Toutefois, Rem Krassilnikov, dans ses mémoires, évoque Jack Roberts, officier en poste pour la NSA a Moscou dans les années 70 et qui sera envoyé a l' ambassade US a Kaboul après l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan.

La chute de l' URSS a ouvert de nouvelles opportunités de renseignement, car la Russie continue a être un concurrent sérieux des USA, et nombre d' informations sont a présent disponibles par le biais des sources ouvertes. Ses dernières années, c'est surtout la DIA qui s'est distinguée par son activité sur le territoire russe. Une coopération existe aussi entre les services secrets US (CIA, DEA etc..) et ceux de la Fédération de Russie (FSB et SVR surtout). Un des derniers chefs de station de la CIA a Moscou identifié est Robert Dannenberg, en poste de 2001 a 2003, et qui est entré dans le privé en 2007.

 

FRANCE. Le SDECE a ouvert un poste a Moscou dès les débuts de la guerre froide; Son premier représentant sur place clairement identifié est la dès 1951,il s'agit du commandant Perret, officiellement « attaché militaire adjoint ».Il est remplacé en 1955 par le capitaine Michaud, également chef du poste SDECE a Moscou sous la même couverture. La couverture de « attaché militaire adjoint » paraît refléter la priorité du SDECE que constitue le renseignement militaire, même si la collecte du renseignement politique et la question de la sécurité de l' ambassade n'est pas a négliger. Selon différents auteurs, le poste SDECE aurait été fermé au début des années 70 par Alexandre de Marenches, lequel estimait que il ne servait a rien de maintenir une station a Moscou puisque il était impossible d'y collecter du renseignement! Nous n'en sommes pas certains mais nous n' excluons pas que le dernier chef de poste soit Bernard Grué, qui quitte Moscou en 1971 officiellement comme attaché militaire adjoint et occupera dans la deuxième moitié des années 70 le poste de Directeur du renseignement du SDECE.

Le rapport du 03.12.1976 du chef de la 5ème Direction du KGB d' URSS Philip Bobkov, « Note analytique relative au caractère et aux raisons de certains comportements négatifs parmi les chercheurs et les étudiants », évoque la création par le Quai d' Orsay d'un service baptisé « service de la coopération » et qui, selon le rapport, « servirait a l' envoi, sous couverture de ce service, dans les établissements d' enseignement soviétiques, d' espions et d' agents ». Ses informations n'ont pu être confirmées.

La DGSE remplace le SDECE en 1982, mais elle n' a pas réussi a être un service très offensif en direction de l' URSS, malgré les efforts entrepris par Pierre Marion ( dès 1982) puis l' amiral Lacoste en ce sens. Le poste de Moscou a alors été rouvert, vers 1982 environ. Priorité est donnée a la collecte du renseignement « ouvert », par exemple en faisant « parler » les personnalités lors de cérémonies officielles, ainsi que l' utilisation de personnes, par exemple originaires de pays africains francophones, en URSS. La chute de l' URSS a ouvert des opportunités, mais le poste de la DGSE a Moscou semble plutôt privilégier le travail de relation avec les autorités russes et la collecte du renseignement ouvert, ainsi que le renseignement militaire par le biais du bureau de l' attaché militaire de l' ambassade de France. Ses chefs de stations sont des militaires de carrière, qui occupent une couverture diplomatique.


GÉORGIE. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili a entraînée des changements dans les structures du renseignement géorgien. Ainsi, le service de renseignement extérieur, auparavant partie intégrante d'un Ministère de la Sécurité d' État, a gagné en indépendance; il dépend directement du Président.

Un article de la presse russe a évoqué le nom d'un diplomate géorgien présenté comme étant le chef de station du renseignement géorgien a Moscou en février 2004, un dénommé Nugzar Grzelichvili.. Les vérifications entreprises ont en tout cas confirmées la présence a Moscou de cette personne qui avait, selon les listes diplomatiques de 2005 et 2006, grade de conseiller supérieur de l' ambassade géorgienne a Moscou. Confirmation quand son successeur est identifié: Arrive en 2007 a l' ambassade géorgienne a Moscou, pour reprendre le bureau de Grzelichvili, Iraki Kotetishvili, auparavant ministre-adjoint du Ministère de la Sécurité d' Etat géorgienne, ou il coopéra très étroitement avec les russes dans la lutte contre le terrorisme tchétchène, entre autres dans la vallée du Pankissi en Géorgie.

Depuis février 2008, c'est un diplomate professionnel, Guéla Bejouachvili, qui est a la tête du renseignement extérieur spécial géorgien. Le nouveau service spécial de renseignement extérieur  géorgien a eu cette année-la les honneurs de la presse non seulement pour avoir inauguré son site Internet (qui, petit défaut, met du temps a charger) mais aussi pour le démantèlement d'un réseau durant les grandes vacances qui s' efforcait de collecter des informations dans le domaine militaire. Le réseau ne paraît pas avoir été dirigé a partir de la station du renseignement géorgien a Moscou mais plutôt directement avec des officiers traitants opérant depuis le territoire géorgien. Selon la presse russe, le renseignement géorgien s' intéressait aux objectifs stratégiques de la région fédérale Sud de la Fédération de Russie. Et ce en plein conflit ossète! La récente rupture diplomatique entre la Russie et la Géorgie a potentiellement posé des problèmes au nouveau service de renseignement spécial extérieur géorgien, qui ne peut plus agir a partir de son ambassade a Moscou. En tout cas tous ses événements n'ont pas empêchés le Président de la Géorgie de décorer le patron du service spécial de renseignement extérieur géorgien "for their recent conduct, professionalism and contribution to the defence and integrity of Georgia (Communiqué du 08.10.2008 disponible sur le site du renseignement extérieur géorgien)

 

GRANDE BRETAGNE. Le poste SIS Moscou a été particulièrement discret durant la guerre froide. Il était hors de question pour le gouvernement britannique de recommencer un éventuel «  complot Lockhart ». Le renseignement se fait plus par le biais des antennes situées hors du bloc communiste. Néanmoins, la station du SIS Moscou, discrète, prendra part a quelques opérations réussies, par exemple le traitement de Oleg Penkovsky dans les années 60 et l' exfiltration de Oleg Gordievsky en 1985. Priorité était donnée au traitement des rares sources disponibles sur place, a la collecte du renseignement politique, a la coopération avec le bureau de l' attaché militaire, a la mise en place de lieux de rencontre et de « boîtes aux lettres mortes » sûres, et a découvrir les méthodes de travail et le personnel de la brigade de surveillance du KGB. La station de Moscou s'est fortement activée suite a la chute de l' URSS, et a été mise sur la sellette suite a différents scandales, successivement en 1994,1996, et 2006.

IRAK. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail des services irakiens en URSS puis en Russie. Toutefois quelques informations filtrent des rapports déclassifiés ou de déclarations officielles. Le rapport du KGB sur ses activités annuelles pour l' année 1980 fait référence a la découverte d'une rézidentura du renseignement irakien sur le territoire soviétique, « composée de citoyens irakiens et d'autres pays arabes, vivant constamment en URSS ».Le rapport rendu le 22.01.2002 relatif a l' activité du FSB pour l' année 2001 fait également état de l' interpellation de personnes travaillant pour les services secrets irakiens, sans que l' on en sache plus.

ISRAËL. Le Mossad semble, durant la guerre froide, ne guère avoir été actif derrière le Rideau de fer, au profit du Nativ, créé spécialement a cet effet en juin 1951 sur ordre de David Ben Gourion, et dont la mission fut assez particulière: Le Nativ était chargé de diriger et coordonner le travail d' émigration des juifs vivant derrière le Rideau de fer. Pour cela, le Nativ disposait de représentants a Vienne mais aussi aux États-Unis, a Londres, et derrière le Rideau de fer, chargés de faire du lobbying auprès des autorités occidentales mais aussi de garder le contact avec les juifs soviétiques. Pour leur travail, les officiers du Nativ établissaient des contacts, distribuaient, parfois secrètement, des Tora, jouaient la navette entre les juifs soviétiques et leur famille vivant en Israël etc..

Ce travail, qui ne ressemble guère a celui d'un service secret, était mené dans les règles de la clandestinité, cette activisme ne plaisant guère au contre-espionnage du KGB. Le premier représentant a Moscou fut Nechemia Levanon, en poste de juillet 1953 a août 1955 (expulsé). Un de ses remplaçants sera Benyamin Eliav dans les années 50, puis Yehoshua Pratt de 1959 a 1962. Suite a la rupture des relations diplomatiques entre Israël et l' Union Soviétique en 1967, le Nativ continua son travail a partir de l' ambassade néerlandaise a Moscou. De 1988 a 1991 c'est Yaakov Kedmi qui dirige la station du Nativ a Moscou. Il sera ensuite a la tête du Nativ, de 1992 a 1999.

Le Mossad ne paraît pas s'être investi dans les missions d'espionnage et de renseignement derrière le Rideau de fer, sans doute a cause du rôle spécifique du Nativ, mais aussi a cause de la priorité accordée aux pays du Moyen-Orient. Un des premiers représentants du Mossad en poste a Moscou est Reuven Dinnel, officiellement conseiller d'ambassade, arrivé en 1992, il est le représentant du TEVEL (« Diplomatie alternative) a Moscou, mais sera expulsé en 1995 pour espionnage. L'arrivée du Mossad en Russie n'a pas empêchée le Nativ de continuer ses activités, le service existe toujours, bien que il soit parfois question de le dissoudre, et sa mission n'a pas changée.

SYRIE. Le rapport de l' activité du KGB pour l' année 1977 se contente d' évoquer l' expulsion du secrétaire-archiviste de l' attaché militaire de l' ambassade de Syrie a Moscou.

 

TURKMÉNISTAN. Le service de renseignement turkmène, le KNB, Comité pour la Sécurité Nationale, apparu au lendemain de l' indépendance du pays, a ouvert une station a Moscou sous couverture de l' ambassade, dont la mission paraît être en premier lieu.. la collecte de renseignement contre les opposants au régime turkmène hébergés en Russie. En tout cas,le premier chef de poste du renseignement turkmène identifié est Rakhmanguli Allakov, arrivé a Moscou en octobre 1993 comme 3ème secrétaire et chef de station a partir de 1994, et qui avait précédemment fait ses classes a la 5ème Direction du KGB (« contre-espionnage idéologique »). Idem pour son prédécesseur a partir de 1996, Serdar Annayev, qui d'après une information s' était illustré dans la lutte contre l' intelligentsia a Ashkabad. Les officiers de la station du KNB a Moscou ont été mis en cause a plusieurs reprises pour leurs actions contre les opposants réfugiés a Moscou. Par exemple, selon la presse russe, Allakov aurait tenté de forcer un poète-dissident, Velsapar, de revenir au Turkménistan; ou les tentatives de recrutement de turkmènes a Moscou par son successeur en octobre 1997 pour surveiller les milieux dissidents. Annabayev a exercé son poste a Moscou jusqu'au début des années 2000 (En 2001 il était toujours "Premier secrétaire") avant de quitter la capitale russe. Son remplacant a ce poste fut sans doute Orazmuhamed Charyev, en poste a Moscou jusque 2005-2006, et qui fur remplacé par Maskat Annabaev en 2007. Ils se sont faits, en tout cas, beaucoup plus discrets a Moscou que Allakov et Annayev.

 

TURQUIE. Les intérêts turcs et russe s' opposent dans la zone Caucase, c'est par conséquent leur principal champ de bataille. Aucune information n'a filtrée sur le travail de la station du MIT a Moscou, ou plus précisément en Russie et en URSS.

Chef du contre-espionnage militaire pour la région militaire Caucase de 1964 a 1972, Boris Geraskine indique que du côté des voisins de la zone Caucase, c'est le renseignement turc qui était le plus actif, par exemple a travers son consulat a Batoumi.

Suite a la chute de l' URSS et a l' instauration de la Fédération de Russie, un peu plus d'informations sont disponibles: Un documentaire du FSB indique que le chef de station du MIT, apparement au début des années 90, était Ergan Szoi, qui dirigea en 1995 la section chargée de couvrir la Russie au QG du MIT. Le FSB a, a plusieurs reprises, mis en cause le travail du MIT dans la zone Caucase, entre autres en Tchétchénie. En 1995 est par exemple arrêtée Madame Chansli, une femme d'origine bulgare, qui a été recrutée par le MIT et essayait d'obtenir des informations a Krasnodar sur le fonctionnement et le travail des services de la police et du FSB locaux. La même année, un journaliste, Isak Kendir, est arrêté au Daguestan. On trouve aussi sur lui deux documents d'identité au nom de Itsak Kasap. est expulsé. Selon les autorités russes, le journaliste était en réalité un cadre du MIT chargé des contacts avec Djokar Dudaïev, leader des séparatistes tchétchènes. Doudaïev se servait de ce journaliste pour entretenir des contacts avec les autorités turques, et par exemple exiger d'elles que elles reconnaissent l' indépendance de la Tchétchénie .Kasap-Kendir, ainsi que un officier du MIT du nom de Hussein, chargé des contacts avec Doudaïev, sont expulsés..

Patron du 1er département du FSB (contre-espionnage), Oleg Syromolotov, dans une interview donnée en 2002 a la Rossiskaya Gazeta, citera, parmi les services secrets entretenant des contacts avec les séparatistes, ceux de la République de Turquie.

On peut aussi supposer une certaine coordination entre MIT et services russes a propos de la lutte contre les bandes armées en Tchétchénie, même si la position turque sur ce sujet manque de clarté. A plusieurs reprises, les autorités russes ont interpellées des citoyens turcs se battant dans les bandes tchétchènes. Citons comme exemples Ali Ollu, qui combattit les russes de 2001 jusqu'à son interpellation le 29.12.2005 en Russie, ou bien Abou Zar, qui prépara plusieurs groupes de terroristes dans la vallée du Pankissi en Géorgie. La Turquie est aussi un point de passage pour aller en Tchétchénie; Alexandre Zdanovitch, alors a la tête des relations publiques du FSB, cite comme exemple dans une interview du 15.08.2000 Muhammad Wahab, qui passa par la Turquie puis la Géorgie, et fut arrêté en 2000.

28/12/2008

La station du MI6 a Moscou, 1ère Partie: Des années 40 a 1963.

MI6 STATION IN MOSCOW

Un premier article publié sur ce blog s' était efforcé de dévoiler la station du MI6 a Moscou depuis la seconde guerre mondiale jusqu'à nos jours en indiquant ses officiers connus, leurs couvertures et si possible leurs biographies. Il paraissait néanmoins indispensable de compléter cet article avec une histoire de la station du SIS a Moscou, retracée a partir des sources disponibles.

 

L' ambassade britannique a Moscou, Quai Sofia. C'est sous couvert de l' ambassade que le MI6 disposait d'une station. Avant la deuxième guerre, la station du SIS a Moscou ne paraît pas s' être impliquée dans des opérations d'envergure: La tactique alors utilisée par le SIS est d'utiliser ses stations périphériques en s' appuyant sur l' opposition russe exilée, laquelle a gardée parfois quelques contacts en URSS même, permettant d'obtenir des  informations intéressantes.
La station du SIS a Moscou était et reste un poste sensible au sein du SIS, le service de renseignement extérieur de Sa Majesté.

La collecte du renseignement continue, mais de manière « ouverte », ou par le biais des alliés de la Grande Bretagne. Dans son livre « Opération Tarantelle », Lev Sotskov évoque par exemple un général tchécoslovaque qui entretenait d' excellentes relations avec le chef de station du SIS a Prague avant (puis après) guerre Harold Gibson; quand ce général est nommé a Moscou, Gibson  lui demande d' être en contact sur place avec un membre de l'ambassade britannique, sans aucun doute un officier du SIS, ce que ce général s' empresse d' accepter.

Broadway Building, QG du SIS de 1924 a 1966. La tactique alors utilisée par le SIS est: éviter de compromettre la station de Moscou (très petite alors) et donc , autant que possible reporter les tâches de renseignement sur les antennes périphériques (Par exemple a Vienne ou en Turquie). La station de Moscou fait donc du renseignement "ouvert", en coopération avec le bureau de l'attaché militaire de l'ambassade britannique, et ne se "mouille" que quand il n'y a pas d'autre choix, ou si le jeu en vaut la chandelle. Les opérations conduites par la station du SIS a Moscou durant la guerre froide le montrent très clairement.


Durant la Seconde guerre, c'est surtout un poste chargé de coordonner les activités de renseignement soviético- britanniques aussi bien contre l' Allemagne nazie même que sa périphérique (Par exemple en Afghanistan et en Iran). En 1943 le poste de Moscou est dirigé par Cécil Barclay.  Il s'agit plus d'une représentation qu' autre chose.
La seconde guerre mondiale contraint plus qu 'autre chose les services secrets britanniques et soviétiques a coopérer, mais avec énormément de prudence: il est hors de question de dévoiler a l'autre camp les sources d' informations. Dans certains cas, l' information obtenue n'est pas transmise au camp allié. Anthony Cave Brown résume magistralement les choses dans son ouvrage "La guerre secrète": "Les services secrets britanniques et russes étaient des ennemis de toujours. Avant, pendant et depuis la Révolution russe, les deux services s' étaient âprement combattus: Les Russes pour supplanter l' Empire britannique, les Britanniques pour abattre la Révolution bolchévique et restaurer en Russie un gouvernement qui leur conviendrait mieux.[..] leur rivalité ne s'était momentanément apaisée que devant la commune nécéssité pour Westminster et le Kremlin de vaincre Hitler".

Par exemple, en 1943, la station de Moscou est prévenue par le QG du SIS de l' existence d'un mystérieux « Bureau Klatt », travaillant pour l' Abwehr et qui collecterait des informations en URSS même grâce a un réseau très bien implanté. L'information est transmise aux autorités soviétiques sur les activités du "Bureau Klatt" en Roumanie et en Bulgarie. Les autorités soviétiques se montrent extrêmement critiques vis-a-vis de ses documents: aucune information n'y est disponible sur le travail de ce "Bureau Klatt" contre l' URSS même. Les soviétiques sont persuadés que les britanniques en savent beaucoup plus sur cette organisation. Ce que reconnaît un officier du SIS lors de sa conversation avec..Kim Philby: "Les informations transmises aux soviétiques datent d' il y a deux ans, et nous en savons beaucoup plus sur Klatt" ("KGB in England", Oleg Tsarev et Nigel West)

Mais les britanniques sont loin de se douter que le renseignement soviétique a toutes les cartes en main, et ce grâce a des informateurs très bien placés au coeur même des services de renseignement de Sa Majesté. De plus, même durant la guerre, chacun des deux camps a conscience de la bataille qui se prépare avec l'autre: Le poste du renseignement soviétique en Grande-Bretagne est renforcé, et n' hésite pas a recruter et a traiter des informateurs sur place, tandis que le chef du contre-espionnage du SIS, Valentine Viviane, prépare un document annonçant clairement la bataille s' annonçant avec les soviétiques et indique les méthodes a suivre. Ce document arrive a la Loubianka grâce a Kim Philby.

Au lendemain de la Seconde guerre et de la défaite de l' empire nazi et de ses alliés, le SIS s' active, par conséquent, sur le front de la lutte anticommuniste: Au quartier général du MI6, Kim Philby est nommé a la tête de la nouvelle division « R5 », tandis que sur le terrain, dans les pays libérés du joug nazi (Mais dont certains tombent sous la coupe soviétique), le SIS rouvre ses stations: En Tchécoslovaquie arrive en 1945 comme « 1er secrétaire chargé de la section des visas » (Couverture extrêmement transparente) Harold Gibson; a Varsovie le premier chef de station est Michaël Sullivan, a qui on doit une des plus belles opérations avec le recrutement de Josef Swiatlo; a Sofia arrive en 1947 Anthony Brooks ;la station de Vienne ouvre dès 1946, sous le commandement de Georges Young, lequel s' illustrera plus tard par sa participation dans les opérations AJAX (Renversement en 1953 en Iran, en coopération avec la CIA, du premier ministre Mossadegh et rétablissement du Shah)  et MOUSQUETAIRE (Tentatives d' assassinat du leader égyptien Gamal Nasser).

Le dispositif est coordonné depuis le QG du SIS; le travail contre l' URSS relève, au sein de la Division DP1 du Directorate of Production, du Service "Europe du Nord", chargé de la Scandinavie et de l' Union Soviétique. Ce Service sera dirigé par le colonel Cordeau jusque 1946, puis de 1946 à 1961 par Harry Carr.

 

BIOGRAPHIE: Né le 28.11.1899 à Arkangelsk en Russie, Harry Carr sert dans l' Armée, d' abord comme artilleur jusque 1919, puis comme interprète des forces expéditionnaires en Russie de 1919 à 1920, avant d' entrer au SIS au tout début des années 20. Chef de station à Helsinki, il dirige ensuite la station de Stockholm durant la Seconde guerre, de 1941 à 1945, avant de prendre la tête du contrôleurat "Europe du Nord" ou il s' efforcera, entre autres, de monter les opérations pour renverser le régime albanais. Il quitte le SIS en 1961 et décède en 1988

BIOGRAPHIE: Ernest Henry Van Maurik, Né le 24.08.1916. officier du SOE durant la seconde guerre mondiale, entre autres il entraîna le commando tchèque qui assassina Reinard Heydrich durant la Seconde Guerre mondiale.Puis il fut parachuté en Suisse en 1944 pour y diriger le poste SOE et coordonner les activités de fourniture en armes des maquis. Entré au Secret Intelligence Service vers 1947. Chef de station du MI6 a Moscou de 1948 a 1950, officiellement deuxième secrétaire de l' ambassade britannique. En poste a Berlin de 1950 a 1952, puis a Buenos Aires de 1958 a 1962 (a ce dernier poste, sans doute chef de station). "Premier secrétaire" de l' ambassade britannique a Copenhague de 1965 a 1967, puis chef de la station du SIS a Rio de Janeiro, officiellement conseiller, a partir de mars 1968. Décoré de l' Ordre de l' Empire Britannique en 1945. Toujours en vie en 2008.

Après la guerre, un des premiers chefs de stations dans la capitale soviétique qui est identifié est un spécialiste des opérations clandestines: Ernest Henry Van Maurik, sous la couverture de 2ème secrétaire a l' ambassade britannique de 1948 a 1950 (Il remplace Georges Berry a ce poste),  Tout comme ses remplaçants successifs (D.Collett, Terence O'Bryan Tear et Daphné Park) il prendra part a l'opération de parachutage en URSS d' agents chargés de collecter des informations.
Terence O' Bryan Tear en particulier est une figure bien connue du SIS: Chef de station a Moscou a la mort de Staline, il rencontrera aussi Georges Blake quand ce dernier passe a Moscou vers avril 1954, suite a sa libération par les autorités nord- coréennes. Si O'Bryan Tear n'a pas vu sa couverture de 3ème secrétaire de la section consulaire de l' ambassade écornée vis-a-vis des autorités soviétiques (ce que on ne peut totalement exclure, le SIS accordant une certaine importance aux couvertures de ses traitants a l' étranger), c'est désormais le cas! Ce que les officiers du SIS ignorent, c'est que Blake vient juste d' être recruté par le renseignement soviétique, durant son internement en Corée du Nord... Ce qui n' empêchera pas O' Bryan Tear de faire ensuite une brillante carrière comme chef de station.


BIOGRAPHIE: Terence Hubert Louis O'Bryan Tear, né le 09.12.1918. Entré au SIS en 1947. Officiellement a la commission de contrôle sur l' Allemagne de 1950 a 1952. Chef de station du MI6 a Moscou de 1952 a 1954 officiellement troisième secrétaire de la section consulaire de l' ambassade britannique. Officiellement second puis premier secrétaire d'ambassade a Stockholm de 1956 a 1960 puis a Aden de 1960 a 1962. En poste a Manille (1963-1965) puis Singapour (1965-1967) et Bahreïn (février 1969-). Chef de station du SIS a Berne de 1972 a 1978, il dirigera le recrutement de Vladimir Rezoun, un officier du GRU. Ses deux adjoints qui seront impliqués dans l' opération s'impliqueront par la suite dans le travail en direction des soviétiques: John Lawrence Taylor dirigera la station du SIS a Moscou a la fin des années 70 tandis que Gordon Barrass sera un des débriefeurs de Oleg Gordievsky.


La Baronnesse Park s' illustrera, dans deux opérations menées par le SIS au coeur du territoire soviétique: Rem Krassilnikov, ancien haut responsable au contre-espionnage du KGB, évoque de manière beaucoup trop vague la participation de Daphné Park aux "opérations de parachutage d' agents dans la région Balte, quand cette opération touchait a sa fin". Il est sans aucun doute fait référence a l'entraînement, mené par le SIS, de nationalistes baltes. Ensuite renvoyés chez eux, ils sont chargés de collecter des informations et de mener des sabotages contre les soviétiques. Cette opération, infiltrée par les services secrets soviétiques, prend fin en 1954 environ.

BIOGRAPHIE: Daphné Margaret Sybil Desirée Park. Née le 01.09.1921. En poste a la commission alliée pour l' Autriche de 1946 a 1948, puis a la délégation britannique a l' OTAN de 1952 a 1954. Chef de station du SIS a Moscou de 1954 a 1956, officiellement elle occupe de deuxième secrétaire de la section consulaire de l' ambassade britannique. Après Moscou, la Baronnesse Park officiellement 1ère secrétaire , en réalité chef de station du MI6 a Léopoldville de 1959 a 1961, puis a Lusaka de 1964 a 1967, consule générale a Hanoï de 1969 a 1970. A un moment elle fut aussi a la tête du contrôleurat "Afrique", Directorate of Production du MI6. Controleur "Western Hémisphère" (Amériques et Caraïbes) de 1975 à 1979. Quitte le SIS en 1979. Décédée en 2010

Une autre opération est un contact avec un illégal du KGB, nom de code GIDEON, recruté par le contre-espionnage canadien, et qui est rappelé a Moscou en 1955; pour la première rencontre avec lui, c'est Daphné Park en personne qui s'y colle. Ce que le SIS ignore, c'est que GIDEON, en réalité Evgueni Brik, a été démasqué par le KGB et interpellé dès son retour a Moscou. Daphné Park est par conséquent repérée par les brigades de surveillance du KGB rôdant dans le secteur de la rencontre qui doit avoir lieu entre Brik et son contact du SIS a Moscou. Les notes publiées par Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine (Le KGB contre l' Ouest, Éditions , page ) indiquent clairement que le KGB a initié un « double jeu » avec le SIS, mais sans en indiquer le but, la durée, ni pourquoi il fut interrompu, malheureusement. Daphné Park quitte Moscou en 1956.

Un des plus beaux succès de la station de Moscou (et paradoxalement un de ses plus gros échecs) sera le traitement de Oleg Penkovsky. Succès dans les informations obtenues de son traitement, échec dans la manière dont il sera "traité". On peut même être plus que précis et indiquer que le traitement de la source Penkovsky a Moscou révèle de très grosses lacunes, voire surprend parfois par son amateurisme.

Oleg Penkovsky

C'est un de ses successeurs a la station de Moscou, Roderick Chisholm, qui obtiendra un succès, et quel succès! Colonel du GRU, le renseignement militaire soviétique, ayant ses entrées dans les milieux de la Défense soviétique, Oleg Penkovsky essayera a plusieurs reprises de contacter la CIA et le SIS sans succès, jusqu' a ce que enfin le renseignement britannique prenne les choses en main, par l'intermédiaire de l' homme d' affaires britannique Greville Wynne. A partir de la le colonel Penkovsky sera traité aussi bien a Londres et Paris, ou il se rend en tant que membre d'une délégation soviétique, que au coeur de Moscou, ou il rencontre l' homme d' affaires britannique Greville Wynne.

C'est lors de sa rencontre a Londres, en août 1961, avec ses traitants, qu' est présenté a Penkovsky son nouveau contact a Moscou: Il s' agit de Janet Chisholm, la femme du « deuxième secrétaire » de l'ambassade britannique Roderick Chisholm. Auparavant, Wynne servait de courroie de transmission entre Penkovsky et les Chisholm;désormais, le contact est direct..du moins temporairement.


BIOGRAPHIE: Roderick William Chisholm, né le 18.07.1925, sert dans l' armée britannique de 1943 a 1948, puis a la commission de contrôle pour l' Allemagne de 1951 a 1955, il est alors déja au SIS. En poste a Singapour, importante antenne régionale du SIS, de 1958 a 1959, il est nommé chef de station a Moscou, avec grade de deuxième secrétaire d'ambassade. Arrive a Moscou le 03.06.1960, il traitera Penkovsky (nom de code "YOUNG" pour le SIS) par l'intermédiaire de sa femme et de l' homme d' affaires Greville Wynne. Quitte Moscou le 14.07.1962, revient au QG du MI6 a Londres. Le dévoilement de son nom lors du procès, en mai 1963, n'empêchera pas Chisholm de faire carrière: il sera "1er secrétaire" a Singapour (1964 a 1965) puis a Prétoria, en Afrique du Sud a partir de octobre 1970. Il est décédé a la fin des années 70 de la malaria.

BIOGRAPHIE: Gervase Cowell, né le 04.08.1926, entré au SIS en 1951. En poste en Allemagne sous couverture de la section politique de la Commission de contrôle pour l' Allemagne. " Second secrétaire" a Amman en Jordanie de 1958 a 1960. Il est nommé chef de station a Moscou sous la couverture de deuxième secrétaire de l'ambassade britannique, et arrive a Moscou le 27.08.1962. Son nom est rendu public lors du procès de Oleg Penkovsky en mai 1963, et il est expulsé avec sa femme Pamela. "1er secrétaire" a Bonn de 1964 a 1966, il est chef de station adjoint du SIS , sous les ordres de Arthur Temple Franks. De retour au QG du SIS en décembre 1966. Il sera ensuite en poste a Paris et Tel-Aviv, avant de quitter le SIS en 1981.


Janet Chisholm et ses enfants. Les modalités de contact sont définies: Penkovsky rencontrera Chisholm pour lui transmettre des informations et recevoir d'elle instructions ou pellicules photos lors de rencontres clandestines dans Moscou. Les rencontres auront lieu a 16h le samedi sur le Tsvetnoï Boulevard en octobre et décembre, et a 13h chaque vendredi de novembre sur la Arbat.

De retour a Moscou le 08.08.1961, Penkovsky y retrouvera Wynne, lui transmet des informations, et recoit du britannique une boîte de bonbons, qui servira de « boîte aux lettres mortes »: Penkovsky doit y cacher les informations collectées puis transmettre la boîte a Janet comme si c' était un cadeau. Ce que fait Penkovsky le 04.09.1961 quand, comme convenu, il offre la boîte a l' enfant de Janet, alors que celle ci se balade sur le Tsvetnoi Boulevard, et la mère la récupère.

Codes de Penkovsky pour déchiffrer les messages radio. Penkovsky part ensuite a Paris le 20.09.1961; débriéfé, il y retrouve aussi Janet Chisholm et Greville Wynne. Les méthodes de contact sont aussi précisées: est indiqué a Penkovsky l' existence d'une cache , 5/6 Rue Pouchkine a Moscou, ainsi que plusieurs numéros de téléphones a Moscou qu'il peut joindre. Entre autres,si il souhaitait que son traitant britannique relève la BLM, il devait composer a 21h10 le lundi le numéro K-4-89-73, laisser sonner trois fois et raccrocher puis répéter exactement la même opération. Les enquêteurs du KGB n'auront aucun mal a déterminer que ce numéro correspond a l' appartement 35 du 12/24 Rue Sadovo-Samotechnaya, ou habitait jusque juin 1962 John Varley, aide de l' attaché de l' armée navale a l' ambassade britannique, puis de juillet 1962 a mars 1963, Ivor Russell..
Il doit aussi, a peine revenir a Moscou, prévenir les britanniques que tout est « all right » pour lui, ce qu'il fait dès le 17 octobre 1961, soit le lendemain de son retour, en appelant a 21h le G-3-13-58, puis en raccrochant après trois sonneries. Le KGB établira que il s' agit du numéro de téléphone de Félicita Stuart, en poste a l' ambassade britannique de mai 1961 a février 1962 comme attachée.

A partir de la, les rencontres clandestines entre Penkovsky et Chisholm se multiplient : Le 09.11.1961 sur la Arbat, le 23.12 et le 30.12 sur le Tsvetnoi Bulvard, le 05.01, le 12.01.1962 et le 19.01.1962 sur la Arbat..soit pas moins de six rencontres en l' espace de deux mois.

Ensuite, les rencontres entre Penkovsky et Chisholm se font plus discrètes, prennent un caractère plus officiel: lors de soirées diplomatiques, le 29.03.1962 et le 31.05.1962, ou par l' intermédiaire de Greville Wynne, comme le 02.07.1962. Wynne montre aussi a Penkovsky les photos de ses deux nouveaux traitants dans la capitale moscovite: Rodney Carlson pour la CIA et Pamela Cowell, la femme de Gervase Cowell, pour le SIS.

Le dispositif de contact avec le MI6, décrit plus haut, comptait nombre de failles:

Primo, le MI6 découvre en 1961 l' existence d'un traître dans ses rangs, Georges Blake, officier en poste précédemment a Séoul et Berlin. A ce dernier poste, il a bien connu...Roderick Chisholm, et on peut supposer que il a donné son identité a ses contrôleurs du KGB. Pourquoi alors le SIS, quand il découvre la trahison de Blake, continue de laisser Chisholm et sa femme rencontrer Penkovsky, au risque de le griller? Cette question incompréhensible l' est encore moins quand on sait que c'est l'officier du MI6 Harold Shergold qui a la fois est un de ceux en charge du dossier Penkovsky et qu'il fut aussi un de ceux qui démasqua Georges Blake!

Secundo, ce que ignorent les britanniques, c'est que le KGB, suite a l' affaire Piotr Popov, a renforcé les surveillances des officiers des services secrets occidentaux en poste en URSS. Les témoignages de Youri Nossenko et de Viktor Sherkashine, alors officiers de la Deuxième Direction Principale du KGB d' URSS, indiquent clairement que c'est la surveillance exercée sur la femme de Roderick Chisholm, Janet, qui conduira le contre-espionnage soviétique a Penkovsky.

Extrait de la vidéo de surveillance du KGB, Penkovsky sort de l' immeuble après Chisholm.

Dès fin décembre 1961, un officier de la brigade de surveillance du KGB affecté a la filature de la femme de Roderick Chisholm la voit entrer dans un immeuble, puis en ressortir, et peu après, un inconnu sort également!Or cet inconnu avait précédé Madame Chisholm dans l' immeuble... La brigade de surveillance perd ce mystérieux inconnu, a la grand fureur de Ivan Markelov, alors chef de la section britannique a la 2ème Direction principale du KGB (contre-espionnage) qui accorde a cet incident une grande importance et donne ordre de tout mettre en oeuvre pour retrouver cet inconnu! A partir de la, deux versions apparaissent: La première veut que, la semaine d' après, même manège, et ironie de l'histoire c'est le même opérationnel qui est affecté a la filature de Madame Chisholm, et qui reconnaît immédiatement cet inconnu! La seconde est donnée par Viktor Sherkashine, alors officier de la section britannique du Deuxième Directoire: L' officier de la brigade de surveillance qui avait perdu l' inconnu est affecté a la surveillance du GKNT, et qui voit- il sortir du bâtiment! Le fameux inconnu.


Dans les deux cas, l' inconnu est suivi et rapidement identifié:Oleg Penkovsky, affecté aux relations extérieures du GKNT, le Comité d' État a la Science et a la Technologie. Une couverture, car Penkovsky est en réalité officier du GRU, le renseignement militaire soviétique, avec grade de colonel. Pendant plusieurs mois le KGB suit Penkovsky pour découvrir ses traitants et ainsi briser les filières. Chose étonnante, bien que le SIS et Penkovsky aient tous deux remarqués la surveillance a leur encontre, le contact continue! Ce qui va a l' encontre des plus élémentaires règles de sécurité. Par exemple en juillet 1962 Penkovsky, lors d'une surveillance, conduit a l 'homme d' affaires britannique Greville Wynne. Les techniciens du KGB, malgré le bruit de la douche, réussissent a capter une partie de leur conversation, ou Wynne évoque entre autres le futur contact de Penkovsky a Moscou: Il s' agit de Gervase Cowell, le nouveau chef de station, et de sa femme Pamela.

Et bien que le MI6 le sache, son « traitement » au coeur de Moscou continue cette fois par l' intermédiaire de la CIA, et ce de manière incompréhensible. Cette méthode ne pouvait conduire que a un échec: Le 22.10.1962 Penkovsky est interpellé a la sortie du GKNT, et un officier traitant de la CIA, Richard Jacobs, est interpellé alors que il ramassait la boîte aux lettres mortes le 02.11.1962.

Les preuves contre Penkovsky: Radio pour recevoir les messages, blocs de codes etc.. En plus du procès retentissant de Oleg Penkovsky, plusieurs « diplomates » britanniques et américains en poste a Moscou doivent quitter le pays, ou sont déclarés indésirables, les soviétiques se faisant un plaisir de dévoiler au cours du procès les noms des officiers de la CIA et du SIS en poste a Moscou Pour le premier cas, citons Roderick Chisholm, qui a quitté Moscou a la mi-1962;pour le second, c'est le nouveau chef d' antenne, Gervase Cowell et sa femme Pamela. Sont aussi dévoilés des numéros de téléphone moscovites dont disposait Penkovsky si il souhaitait contacter ses officiers traitants: Sont déclarés "persona non grata" Felicita Stuart, John Varley et Ivor Russell, sans qu'on sache pour l'instant si ils étaient de simples diplomates britanniques ou des officiers de l' antenne moscovite du renseignement britannique.

Note modifiée le 22.08.2009 et le 19.09.2010

14/12/2008

Répressions et réhabilitations en URSS des années 50 a Gorbatchev

Répressions et réhabilitations en URSS des années 50 a Gorbatchev

Beaucoup a été écrit et dit sur ce sujet, néanmoins, nous avons pus constater que certains épisodes de cette histoire tragique de l' Union Soviétique sont passées inaperçues, c'est pourquoi il convient de revoir, corriger, et apporter des précisions.

Premier point a revoir, la « déstalinisation » est liée a l'année 1956 avec la « dékrouchtchévisation ». cette affirmation n'est que en partie exacte. Si en effet en 1956 commence la réhabilitation de nombre de personnes envoyées dans les camps de travail sous Staline, les premières réhabilitations commencent .. sous Staline lui-même: Citons par exemple Nikolaï Erdman, dramaturge et scénariste, envoyé en prison en 1933, puis libéré et qui reçoit le prix Staline en 1944.

La période stalinienne se caractérise en réalité par un mouvement ambivalent,  fait de répressions, d'arrêt de ses répressions, puis dans un nombre très limité de cas de réhabilitations.

deuxième nuance a faire, on peu dater les débuts de la déstalinisation peuvent être datés de 1953, et ce par deux actes symboliques: la première est la reconnaissance ouverte de l' innocence des médecins accusés dans le complot des blouses blanches; deuxièmement, c'est l' arrêt définitif, avec Staline, des méthodes de terreur massive vis-a-vis de la population.

Deuxièmement c'est un document, peu connu, daté de 1954 du comité central du PCUS,qui donne ordre de réexaminer un certain nombre d'affaires, de personnes accusées de crimes contre révolutionnaires. Dans ce but sont créées des commissions, aussi bien au niveau national que local, comprenant des représentants du KGB, du MVD, de la Procurature ou de la Procurature Générale. Ses commissions étaient chargées de réexaminer les cas des personnes condamnées par les collégiums du GPU et ses successeurs, ainsi que le collégium militaire de la Haute cour d' URSS, et les tribunaux militaires, ainsi que les personnes déportées conformément au décret du présidium du Haut conseil ' URSS du 21.02.1948.

Sur la période mai 1954- avril 1956, la commission réexamina 337183 personnes emprisonnées. Parmi elles, pour 153502 personnes, l' affaire fut classée sur la base du décret du 27.03.1953 «  De l' amnistie », ou bien la fin de leur déportation, la baisse de leur peine etc.. Seules 14338 personnes sont réhabilitées. Pour 183681 personnes, la sanction est laissée telle quelle (54,5% par conséquent)

Les réhabilitations prennent effectivement de l' ampleur a partir de 1956 avec le discours secret de Khrouchtchev.

Concernant les réhabilitations, un des principaux auteurs est, ironie de l'histoire, un officier du KGB, le général Borisoglebsky, qui dirigera ensuite la direction du personnel du KGB. Borisoglebsky trie les priorités: En premier réexaminer les dossiers des personnes qui sont encore enfermées dans les camps (les Lagérii, attention! GOULAG comme on les appelle parfois est une erreur, GOULAG désignant la « Direction principale des camps »); ensuite, les personnes qui ont été libérées mais qui ont été déchues de certains droits. Au sein du KGB sont également créés des groupes de travail chargés de réexaminer les cas des personnes concernées.

Toutefois, quelques nuances sont a faire:
Primo, le discours de Khrouchtchev n'était pas destiné a l' Ouest, mais uniquement aux membres du Parti, mais qui suite a une fuite d'information en provenance de Pologne, se retrouvera entre les mains des services secrets occidentaux puis en une du New York Times! Ce qui montre que le but de Khrouchtchev était de « laver le linge sale en famille », sans avoir a l' étaler sur la place publique.

Secondo, toutes les victimes des répressions ne sont pas réhabilités, certains ne le seront que bien tardivement. Notons que la destalinisation de 1953 a 1961 ne touchera que 1/5 des victimes de répressions:Selon Alexandre Karbaïnov,directeur du centre de relations publiques du KGB de 1990 a 1992: Des années 30 jusqu'à La mort de Staline (c'est a dire 1953) les répressions ont touchées 3778234 personnes, parmi elles, 786098 furent fusillées; Notons que ses répressions ont touchées soit des personnes innocentes, mais accusées, dans le climat de paranoïa ambiante, soit d'être des « trotskistes », « espions fascistes allemands » etc... soit sans doute des personnes réellement coupables d' infractions, malheureusement l'article n'est pas assez précis la dessus, ne les distinguant pas. Seul chiffre disponible a ce sujet, 11000 personnes environ ne sont pas réhabilitées pour avoir soit participé aux répressions, soit avoir collaborés avec les nazis.
Toujours est il que sur ses personnes réprimées, seuls 737000 environ sont réhabilités sur la période 1953-1961. Les réhabilitations paraissent avoir été freinées sous Brejnev, en tout cas on n' en retrouve aucune allusion dans les rapports du directeur du KGB Youri Andropov a sa hiérarchie. Mais elles ont reprises beaucoup de constance sous Mikhaïl Gorbatchev, puisque selon Karbaïnov toujours, sur la période 1988-1989 pas moins de 844000 personnes approximativement sont réhabilitées. Chiffre conséquent, dû selon Karbaïnov a la création au sein des services territoriaux du KGB d' équipes chargées de réexaminer les dossiers.

D'autres personnes ne seront jamais réhabilitées car auteurs de certaines infractions. Ce sera par exemple le cas de certains hauts responsables de la Sécurité d' État. Par exemple le commissaire du peuple Mikhaîl Frinovski, fusillé en 1940, et ancien haut responsable de la Sécurité d' État en Azerbaïdjan.

Notons aussi le déni de droits pour certaines minorités considérées comme « traîtres » par Staline, qui malgré la « déstalinisation », ne sont pas pleinement rétablies dans leurs droit, par exemple les tatars de Crimée.

S'est aussi posée la question de la responsabilité des personnes qui « fabriquaient » des affaires. Ironie de l'histoire, on relève les premiers cas... dès 1939. En effet, dès l'arrivée de Beria a la tête du NKVD sont licenciés du NKVD pour contre révolution, ou  pour infractions dans le cadre des fonctions 23% des cadres,ajouté a une série d' actes juridiques, par exemple «  O nédostatkakh v slédstvénoï rabotié organov NKVD ». (« Sur les insuffisances dans le travail d' enquête du NKVD »). Il n'est pas certain, comme l' a montré par exemple le « complot des blouses blanches » (Médecins accusés d'avoir prévus des assassinats de hautes personnalités soviétiques, qui seront innocentées a la mort de Staline) que ses instructions aient été respectées.
Toutefois, une nouvelle fois, c'est la période Khrouchtchevienne qui va donner une certaine impulsion. Certaine car limitée! Comme le constate dans une remarquable étude relative aux réhabilitations a partir de 1954 O.V.Lavinskaya, les procureurs et les organes du parti refusèrent de sanctionner, le plus souvent, les auteurs d' infractions qui étaient toujours vivants. On relève néanmoins quelques exceptions: Par décision du comité du parti régional du 11.10.1955 est renvoyé l' adjoint du directeur de la Direction du KGB de la région Amour D.F Tikhonov.

Alors, combien de personnes ont été jugées pour avoir fabriqués de fausses affaires? Alexandre Karbaïnov donne, la aussi, quelques chiffres: Il évoque, pour les années 50 (sans être malheureusement plus précis), 1324 officiers du NKVD (Qui comprend non seulement la police et la Sécurité d' État, mais aussi les pompiers et la Direction principale des camps) et du MGB condamnés, 2370 anciens membres de la Sécurité d' État soit licenciés, soit privés de décorations ou de retraite, exclus du parti, punis administrativement ou dans le cadre du Parti. 68 personnes se sont vues retirer le galon de général, parmi les dirigeants de la Sécurité d' État.  

Ces réhabilitations paraissent néanmoins avoir jouées un rôle positif sur le système juridique soviétique, puisque désormais les méthodes de répression massives sont exclues. Ancien officier du KGB, Igor Préline raconta lors d'une conférence organisée a la mi-2008 par le CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement) que la première chose que on lui enseignait a l' école du KGB était « plus jamais ça », ne plus utiliser cette méthode sanglante. A partir de la, étonnamment, malgré le côté répressif, le KGB sera beaucoup plus légaliste, recherchant plus la preuve concrète de  l'infraction, dans ses missions d' enquête, que auparavant. Un exemple peut être donné avec l' enquête sur Oleg Penkovsky, officier du renseignement militaire soupçonné de travailler pour les services secrets occidentaux, et qui sera longuement surveillé pour obtenir les preuves irréfutables de sa trahison; ou avec la longue surveillance des dissidents  Siniavsky et Daniels pour démontrer que ils furent les auteurs de « samizdat » publiés a l' Ouest.

Mais malgré cette déstalinisation, nous sommes loin alors d'une liberté totale, le processus de lutte contre les opposants politiques continue .

Directeur du KGB de 1967 a 1982, Youri Andropov le reconnaît lui-même a mots couverts dans sa note du 29.12.1975 n°3213-A a l'intention du comité central du PCUS: « En 1958, justement durant la période que certains a l' Ouest qualifient de « libéralisation », se référant a la déclaration du 27.01.1959 de Khrouchtchev sur 'l'absence de condamnations pour des infractions politiques ', 1416 personnes sont condamnées sur la base de l'article 70 du Code pénal de la RSFSR (Agitation anti soviétique et propagande) »

Autre donnée peu connue, la réunion du Comité central du PCUS du 19.07.1962 (Donc quand Khrouchtchev était a la tête du PCUS) examine la question de « l ' intensification de la lutte avec les éléments anti soviétiques hostiles », lequel donne lieu a trois documents: résolution du conseil des ministres d' URSS élargissant la liste des endroits interdits pour les personnes «  aux activités anti soviétiques hostiles », «et  les personnes exilées ou accomplissant leur peine », Ordre du KGB n° 00175 « sur l' intensification de la lutte des organes de la sécurité de l' État envers les éléments démontrant leur hostilité »; ordre du procureur général d' URSS « Sur l' intensification du contrôle du procureur sur les enquêtes relatifs aux affaires de crimes d' État et leur examen dans les tribunaux ».

Nommé en 1967 a la tête du KGB, Youri Andropov insiste clairement sur la nécessité de ne plus utiliser des méthodes répressives. Mais il entend ainsi les répressions de masse de l' époque stalinienne, en général, pour les dissidents ou futurs dissidents en particulier. La méthode change : on arrête les répressions de masse, on cible désormais les personnes une a une.

A partir de Andropov le but fixé au KGB ne sera plus de chercher a tout prix a arrêter les auteurs de « propagande anti soviétique », mais de « prévenir ». Cette technique, appelée « profilaktika », sera mise en oeuvre par directives dès 1970. Le principe est simple: les personnes auteurs d'actes anti soviétiques ou en passe de l'être sont convoquées au service local du KGB ou un officier discute avec elles, déclarant que le KGB est au courant de leurs actes et leur demande de cesser. La personne doit s' engager par écrit a ne plus recommencer. Un exemple est donné par la note n°360-A du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central du PCUS « sur la discussion profilactique et préventive avec P.G. Grigorenko »: Lors de la discussion il fut indiqué a Grigorenko que son activité porte atteinte aux intérêts étatiques et que si il continue seront prises des mesures par les organes du KGB ».

Les documents declassifiés du KGB montrent en tout cas,du point de vue pénal, le développement de cette méthode:
La note n°3213A du 29.12.1975 du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central du Parti communiste d' Union Soviétique évoque 63108 personnes qui sont passées par la « profilaktika » de 1971 a 1974. Un chiffre conséquent, qui peut s' expliquer par la largesse de son implication: la « profilaktika » concerne aussi bien des personnes critiquant le régime de Brejnev (par exemple le général Grigorenko) que celles qui auraient eues a un moment ou a un autre une attitude « antisoviétique », ce qui peut inclure les personnes lisant des revues, livres, tracts considérés comme antisoviétiques  ou critiquant le régime.

A partir de la, quid de la répression pure?
Une note du 31.10.1975 n°2743-A du directeur du KGB Youri Andropov a l'intention du Comité central du PCUS évoque les chiffres respectifs de 1601 personnes condamnées pour « propagande et agitation anti soviétique » de 1959 a 1962, contre respectivement 502 de 1963 a 1966, 381 de 1967 a 1970 et 348 de 1971 a 1974. Les personnes coupables d'activités nationalistes qui ont été condamnées ne sont pas indiquées dans ses statistiques, mais on peut supposer que elles sont comprises dans la catégorie « propagande et agitation anti soviétique » , ainsi que dans la catégorie « Personnes condamnées pour d'autres infractions » (Chiffres respectifs de 1003 personnes de 1959 a 1962, 1011 de 1963 a 1966, 328 de 1967 a 1970 et 258 de 1971 a 1974)

Une autre note, n°3213-A du 29.12.1975, du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central, est tout aussi intéressante: Sur la période 1958-1966  pour « propagande anti soviétique » sont condamnées 3448 personnes. En septembre 1966 entre en vigueur l' article 190 du code pénal de la RSFSR (Diffusion de fausses informations nuisant a l'ordre constitutionnel soviétique). Sur la période 1967-1975, sur la base des articles 70 et 190 du code pénal de la RSFSR sont condamnées 1583 personnes. Autre information intéressante venant tout droit de la note n°3213-A, sont détenues 261 personnes, a la date du 20.12.1975, dans les camps, pour « agitation et propagande anti soviétique », ce qui est beaucoup moins que on ne pouvait le penser, et permet de tirer deux conclusions: Les personnes arrêtées étaient aussi envoyées en hôpital psychiatrique ou en prison, quand elles étaient condamnées, ensuite les personnes emprisonnées dans les camps de travail étaient sans aucun doute, en grande majorité, des auteurs d' infractions de droit commun.

La « profilaktika » est donc la règle et l' enfermement, ou l' internement, plus des exceptions. La note du 09.02.1984 sur les recherches de personnes auteurs de lettres anonymes anti soviétiques pour l' année 1983 en donne un exemple concret: Sur les 1223 auteurs de telles lettres identifiées, 650 sont passés par la « profilaktika », 275 « sont en cours de vérification » (sans doute sous surveillance et enquête), 101 font l' objet d'une enquête, et (parmi ses 101, 48 sur la base des articles 70 et 190 du code pénal de RSFSR), 197 sont envoyées en hôpital psychiatrique.

 

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Les chefs de la Cinquième direction du KGB, devenue en 1989 le Directoire "Z" (Protection de la Constitution): Philip Bobkov, chef adjoint de 1967 a 1969 puis chef de la 5ème Direction de 1969 a 1982; I.Abramov, a la tête de la Cinquième Direction a partir de 1982); Valery.Vorotnikov (1989-1991); E.Ivanov (Janvier 1991-septembre 1991)

Notons aussi que la lutte contre l' opposition ne fait pas partie des priorités principales du KGB: Si elle est loin d'être délaissée, cette tâche relève du 5ème Directoire du KGB d'URSS (créé en 1967). Mais d'une part c'est un des plus petits services au sein du KGB (237 officiers au quartier général lors de sa création) lors de sa formation, d'autre part il n' aura jamais le statut de « Direction principale », statut accordé aux services d'une très grande importance comme le renseignement extérieur,le contre- espionnage, ou les gardes- frontières.
Ce constat est très visible en examinant les rapports annuels du KGB d' URSS, par exemple le rapport du 15.03.1983 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1982 évoque en premier lieu des tâches comme le renseignement extérieur, y compris politique et scientifique, le contre-espionnage, le contre-espionnage militaire, avant d'en arriver a la 5ème page seulement a la lutte contre les groupes nationalistes et aux activités antisoviétiques, notant au passage que 40 groupes nationalistes ont été découverts sur l'année 1982, entre autres en Ukraine, en Arménie, en Estonie et en Lituanie.

Que peut-on en tirer comme conclusions? Le KGB a en effet lutté contre des personnes qui s'apprêtaient a commettre des infractions de personnes s'apprêtant a attenter a la vie humaine ( Détournements d'avions, lettres anonymes menacant de mort tel ou tel dirigeant). Quelques cas concrets l'ont démontrés: explosion en 1974 près du tombeau de Lénine, trois attentats a la bombe en plein Moscou le 08.01.1977 faisant 7 morts et 35 blessés; tentatives d'une personne vers 1967 de se faire exploser en plein au Comité central du PCUS; deux bombes désamorcées dans le métro de Moscou en 1989..) mais de tels actes ont plus été l' exception que la règle. Le KGB était aussi le « bras armé du Parti », le but était par conséquent d'assurer le monopole du Parti a tout prix. Le KGB diffère-il de ses prédecesseurs? Oui et non. Non car son rôle n'a pas changé, oui car la finesse était plus de mise. Les officiers de la Cinquième Direction n'étaient pas des incultes loin de la, et dès l' ère Chelepine (Donc fin des années 50 et début des années 60) un gros effort a été entrepris pour faire entrer au KGB des personnes dotées de diplômes, de têtes "bien faites" et pas forcément "bien pleines". Néanmoins, le rôle du KGB l'a poussé a violer certaines normes comme la Constitution, ou les accords de Helsinki de 1975, lesquels garantissaient pourtant la liberté d' expression. 
Toutes les personnes aussi bien arrêtées et emprisonnées ou soumises a la « profilaktika » étaient loin d'être de fervents anti communistes ou anti soviétiques; a partir de la, la « lutte contre les dissidents » paraissait aussi comme un moyen d' empêcher la « déviance idéologique » des personnes ciblées. En un sens, cet arsenal de mesures montre bien une chose: il suffisait que la pression sur la population se relâche pour que le système ait un risque de s' effondrer, non pas dans le sens d'une guerre civile, quoique cette hypothèse ne peut complètement être exclue (tensions des minorités) mais aussi avec l' émergence d'une opposition viable au monopole du PCUS.

15/09/2008

Dernières informations sur le terrorisme en Tchétchénie

Le blog "la communauté du renseignement" a obtenu récemment quelques informations sur la délicatesse de la situation en Tchétchénie. Si la guerre est terminée (Selon le directeur du FSB Nikolaï Patrushev , 12.12.2007) les forces armées russes et le gouvernement tchétchène continuent leur lutte contre les "boïevikis". Au niveau russe, la lutte implique en premier lieu le Ministère de la Défense, aussi bien a travers ses unités régulières que ses unités d'élites (Les Brigades "Spetsnaz" du GRU) ainsi que le Ministère de l'Intérieur. Le FSB (et surtout ses services de lutte contre le terrorisme) auraient un rôle plus limité, actuellement, dans le conflit, le FSB laissant ce rôle aux deux Ministères cités.

Concernant les "boïevikis", la chasse qui leur est donnée par les "structures de force" russes et tchétchènes, les interpellations, opérations, sans compter ceux qui sont passés du côté des Forces fédérales a obligé a un changement de tactique (sans doute dû aussi a une baisse des effectifs): Désormais ils se planquent, sortent de leur cachette pour commettre quelque attaque et se replanquent immédiatement. Notons aussi que selon les informations obtenues, très peu de ses "boïevikis" sont des tchétchènes. La majorité d'netre eux seraient plus des personnes issues d'autres régions, par exemple le Moyen-Orient ou l'Ukraine. Ses informations restent a recouper et confirmer

10/06/2008

Comment travaillent les services secrets russes?

Comment travaillent les services secrets russes ?
3169 mots
8 décembre 2006
Français
(c) 2006 Le Monde.

L'intégralité du débat avec Jacques Baud, auteur de l'"Encyclopédie du renseignement et des services secrets" (Lavauzelle, dernière édition : 2002), jeudi 7 décembre 2006.

Constantin : Quelle est l'évolution connue par le FSB depuis ces dernières années, en termes d'effectifs et de missions ? Peut-on considérer que le FSB constitue un véritable Etat dans l'Etat ?

Jacques Baud : Le FSB, tout d'abord, est une des cinq agences issues du KGB. Celui-ci a éclaté au début des années 1990, et le FSB avait jusqu'à présent le volet de sécurité intérieure. Avec la guerre en Tchétchénie et l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine - qui a été directeur du FSB entre 1998 et 1999 -, le FSB a pris ces trois dernières années une importance considérable.

En 2003, la dernière réorganisation des services de sécurité a donné au FSB une importance beaucoup plus grande, et l'on voit la tendance, actuellement, de reconstituer une forme de KGB. Le FSB a repris, par exemple, toutes les attributions de renseignement électronique, qui avaient été données au début des années 1990 à une agence particulière, la Fapsi. Le FSB devient donc pratiquement un petit KGB. Actuellement, il y a même des discussions pour réintégrer le renseignement extérieur dans le FSB.

Aujourd'hui, les effectifs du FSB ne sont pas connus avec précision, mais représentent environ 30 000 à 40 000 personnes, et avec l'intégration de nouveaux services et l'attribution de nouvelles tâches (en Tchétchénie, c'est la première fois qu'on a assisté à des opérations militaires dirigées par le FSB), c'est un service qui est en train d'acquérir une importance considérable dans le système russe.

Lion37 : Que reste-t-il du feu KGB dans les services secrets russes actuels ?

Jacques Baud : Comme je l'ai dit, le KGB n'a pas disparu dans sa substance, il n'a fait qu'éclater en différents services. Une grande partie de son personnel a été conservé dans les nouveaux services. Parmi ces services, on peut mentionner le FSB, le SVR (service de renseignement extérieur, équivalent de la DGSE en France), le FSO (un service de sécurité qui est à peu près l'équivalent de la DST). Il y a le SBP, le service de la sécurité présidentielle, qui est un peu l'équivalent du secret service américain, qui assure la protection des personnalités russes, mais a aussi des attributions qui vont un peu plus loin. Ce sont les principaux. En gros, les mêmes personnes sont restées à l'intérieur.

Beaucoup du personnel du KGB s'est recyclé dans l'industrie privée. On retrouve aujourd'hui, par exemple, des anciens du KGB ou du FSB qui travaillent pour M. Berezovski. Donc il y a effectivement toute une frange de "KGBistes" qui, aujourd'hui, bien que dans l'industrie privée, continuent à avoir des liens et des activités liées aux services secrets, ou qui tirent avantage de leurs contacts dans le monde des services de sécurité pour faire des affaires. Le KGB en tant qu'institution tentaculaire, monolithique, a disparu, bien que l'on voie avec Poutine une tendance à un regroupement de tous ces éléments.

Le KGB était en fait un instrument assez moderne, car il intégrait tous les aspects de la sécurité dans un seul organe, directement subordonné au conseil des ministres ou au président de l'Union soviétique à l'époque. Et donc, cela permettait d'avoir une maîtrise complète des problèmes de sécurité sans avoir affaire à des rivalités entre services, ou à des guerres des polices. C'est ce qui donnait au KGB son efficacité. Par exemple, aujourd'hui, dans la plupart des démocraties occidentales, les services de sécurité intérieure sont clairement séparés des services extérieurs, et ils ont des attributions qui sont nettement délimitées, ce qui fait que parfois les spécialistes de la sécurité s'inquiètent de ne pas avoir une continuité, surtout aujourd'hui avec un terrorisme transfrontalier, une criminalité qui joue avec les frontières. Il est vrai qu'avoir des services de renseignement limités par les frontières est un handicap. Le KGB était à la fois intérieur et extérieur, allait au-delà des frontières.

Anabelle : Pensez-vous que Scotland Yard puisse prouver quelque chose dans l'affaire Litvinenko ?

Jacques Baud : L'affaire Litvinenko est essentiellement une affaire de police. Votre question est donc une question qui implique une enquête policière. Je pense quant à moi que cette affaire est davantage liée à des questions de mafia ou de crime organisé qu'à des questions strictement politiques. Et de ce fait, je crois qu'il y a des chances pour qu'on trouve quelque chose, mais il ne faut pas oublier que les réseaux clandestins ou mafieux russes sont effectivement très développés, très efficaces. Et comme je l'ai dit, ils bénéficient de l'expérience d'ex-agents et sont habitués à ce travail d'arrière-plan, clandestin. Et je pense que Scotland Yard aura malgré tout fort à faire.

Mustapha BERRAHO : Gordievsky, l'ancien chef d'antenne du KGB à Londres, a accusé Poutine dans cette affaire...

Jacques Baud : Oui, et plusieurs autres qui ont actuellement émigré ont accusé Poutine. Ici, il y a sans doute d'autres éléments qui doivent être pris en considération, notamment que Poutine s'est attaché à lutter contre la corruption, contre la criminalité organisée, contre un certain nombre de travers qu'on trouve en Russie, et il est devenu pour beaucoup un ennemi de premier rang. Il est donc assez normal que les soupçons se portent directement sur lui. Je suis sceptique quant à l'idée de voir M. Poutine essayant d'éliminer des opposants politiques au moyen de poison. Je pense qu'on a affaire à une autre dynamique ici. Cela fait maintenant plus de quinze ans que Gordievski est en Occident, et je ne pense pas qu'il soit nécessairement au fait de tous les détails de ce qui ce décide au Kremlin. Je vois donc là plus une affirmation politique qu'une affirmation étayée par des faits.

Pedro : Comment les services russes peuvent-ils laisser Scotland Yard enquêter sur cette affaire à partir de Moscou ? S'agit-il de la première coopération policière publique entre deux anciens services issus d'ex-pays ennemis ?

Jacques Baud : Tout d'abord, il faut savoir que Scotland Yard n'est pas un service secret, mais un service de police, que la coopération d'une manière générale entre la Russie et les pays occidentaux pour les affaires criminelles a été développée depuis la fin de la guerre froide, et même avant. On pourrait même dire que les premiers contacts entre l'Est et l'Ouest se sont faits grâce aux services secrets, avant la chute du mur de Berlin. On le sait assez peu. Donc il n'y a rien d'exceptionnel dans une cooopération de ce type.

Depuis 2001, avec la politique antiterroriste notamment des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la coopération entre services secrets s'est accrue entre l'Est et l'Ouest. Cette coopération n'est pas toujours d'une qualité excellente, mais elle existe. Les gens se connaissent et, comme toujours dans ces questions de renseignement, il faut qu'il y ait une certaine confiance qui s'établisse, et cela prendra des années. Pour revenir à l'affaire Litvinenko, il est clair que les Britanniques enquêtent sur un crime, et je pense que les Russes n'ont pas d'intérêt à aller à l'encontre de cette enquête, d'autant plus qu'il n'est pas impossible qu'elle ait des ramifications plus mafieuses qu'officielles. Je ne vois donc aucune contradiction et aucun caractère exceptionnel à cette coopération.

bashe : Pourquoi Poutine utilise-t-il tant les services secrets pour exercer sa politique ?

Jacques Baud : Poutine, d'abord, est un ancien des services : il a travaillé au KGB, a été stationné notamment en Allemagne de l'Est, a été directeur du FSB pendant un peu plus d'une année. C'est donc un peu son monde, le monde qu'il connaît, le monde en qui il a confiance, et ce n'est pas négligeable dans un pays qui est finalement nouveau, qui a dû créer de nouvelles élites, et qui reste quand même un pays où la corruption et la criminalité - en col blanc mais aussi de sang - sont encore très fortes. Poutine est donc obligé de s'appuyer sur des éléments connus.

Deuxième élément : il vient de la situation en Tchétchénie, qui reste pour les Russes un vrai problème dont nous parlons relativement peu en Occident. Simultanément, on a en Occident cette psychose du terrorisme depuis septembre 2001, qui a pour conséquence une importance accrue des services de sécurité tant chez nous qu'en Russie. Et effectivement, pour Poutine, l'importance des services de sécurité a augmenté dans ce pays. Il y est un peu contraint. La Russie est un pays en devenir, où les règles restent souvent très floues, où beaucoup d'organisations criminelles utilisent le flou de la législation pour se livrer à leurs activités. On se trouve donc un peu en Russie dans une situation qu'on a connue il y a quelques dizaines d'années aux Etats-Unis, par exemple. Il n'est donc pas très surprenant que les services secrets aient tant d'importance en Russie.

Vero : Valeri Goloubev, un ancien du KGB, vient d'être nommé chef de Gazprom. Comment expliquer qu'une telle collusion entre services secrets, Etat et entreprise soit possible ?

Jacques Baud : C'est une question difficile mais qui est liée au fait que les services secrets et de sécurité soviétiques de l'époque ont toujours attiré une certaine élite intellectuelle, et une intelligentsia, des gens plus capables, plus entreprenants, plus dynamiques que le reste de la société soviétique. Je pense que c'est là qu'il faut voir les raisons de ce que vous décrivez. De plus, les gens qui bénéficient de réseaux, de contacts privilégiés, qui ont accès à des informations peut-être plus "d'initiés" sont plus aptes à diriger des entreprises. Poutine lui-même est un politicien issu du KGB, on en a eu beaucoup récemment, et cela est lié au caractère élitiste et élitaire des services de renseignement soviétiques.

jfd : Le FSB est-il actif sur le sol français ?

Jacques Baud : Oui. Les services de renseignement russes sont restés très actifs dans plusieurs domaines :  1) dans la lutte contre le terrorisme, avec une coopération qui favorise leur présence un peu partout ; 2) mais aussi dans la recherche d'information. On sait notamment que dans le domaine de la technologie, les services russes sont présents, comme nous sommes présents chez eux.

Koutouzoff : Que représente le GRU en Russie de nos jours ? Est-ce aussi un service particulièrement actif ? Est-il moins sous le contrôle des politiques que des militaires ?

Jacques Baud : D'abord, le GRU est l'équivalent de la DRM (direction du renseignement militaire) en France, c'est un service de renseignement militaire. Il a toujours su rester à l'écart des controverses politiques, ce qui a d'ailleurs été une constante des forces armées soviétiques et russes, qui se sont toujours tenues à part et en dehors des discussions politiques. Il y avait dans le système soviétique trois piliers du pouvoir : le Parti communiste, le KGB et les forces armées. Et le KGB, lui, a toujours oscillé entre la politique et la sécurité ; il a d'ailleurs appartenu au ministère de l'intérieur, puis a été indépendant.

Le Parti, c'est la composante purement politique. Les forces armées ont toujours été le pilier neutre du pouvoir. Et c'est resté après la fin de la guerre froide : l'armée russe est restée parfaitement neutre dans ses choix et ses actions. Le GRU est donc un organe qu'on a retrouvé en Tchétchénie, par exemple, mais qui a rapidement été coiffé (pour ne pas dire remplacé) par le FSB en tant que service de renseignement. On a vu le FSB prendre en main des opérations militaires, et simultanément , la structure de renseignement en Tchétchénie s'est déplacée du secteur militaire au secteur sécurité intérieure (FSB). Le GRU est un organe finalement technique, qui ne joue pas de rôle au niveau politique, en tout cas actuellement.

Boudu : Quelle est la nature des relations entretenues par le FSB avec d'autres services secrets ? Y a-t-il coopération ? Méfiance ?

Jacques Baud : Les deux à la fois. Oui, il y a coopération. Cette coopération s'est accentuée depuis 2001 avec la menace terroriste. Il y a deux aspects : d'une part, le fait qu'effectivement la Tchétchénie est proche de l'Afghanistan, de l'Asie centrale, et est un lieu où le terrorisme islamiste a un peu des racines ; d'autre part, à travers cette menace terroriste, les Russes pouvaient légitimer leur action en Tchétchénie, car pendant longtemps les Russes, depuis 1994, étaient considérés avec méfiance et une certaine suspicion de la part de l'Occident. Avec 2001, leur combat s'est trouvé légitimé. Cela a encouragé très nettement la coopération entre services russes et services occidentaux.

Cela étant, ça reste une coopération qui, du point de vue qualitatif, n'est pas toujours très bonne. Il reste encore des méfiances énormes, particulièrement provenant du côté occidental. Comme je l'ai dit, on trouve dans les services des gens dont on ne sait pas toujours avec qui ils sont liés. Les ex-services soviétiques ont éclaté, et avec ces agents disséminés un peu partout dans la société russe, sont restés des contacts qui parfois freinent un peu l'ardeur des services occidentaux, qui ne savent pas où l'information va finir. Cela affecte sérieusement les relations entre services. Cela étant, cette coopération, à part ça, s'est améliorée ces cinq à six dernières années, et demandera encore quelques années. La confiance prend du temps à se construire. Je pense qu'on est dans un processus d'amélioration.

Pulqepiq : Qu'en est-il de cette coopération sur les anciens territoires du bloc soviétique ?

Jacques Baud : Il faut distinguer entre les pays que l'on appelait satellites, comme la Pologne, la Hongrie, etc. Là, on peut dire que la coopération est très bonne, car la plupart de ces pays se sont associés ou font partie de l'OTAN. Quant aux autres pays de l'ex-URSS, notamment les pays d'Asie centrale, la réponse est plus nuancée. Dans certains pays, la coopération est bonne, par exemple en Géorgie, mais l'est beaucoup moins dans d'autres pays. Cela en raison des gouvernements qui sont en place ou bien de la configuration des services, qui est restée, dans certains pays, comme l'ancien KGB.

Il faut se rappeler que ce qu'on appelle le KGB comportait une organisation centrale à Moscou, mais il y avait le KGB des Républiques soviétiques. Et ceux-ci se sont la plupart du temps transformés et ont donné des services qui sont aujourd'hui, par exemple en Ukraine, construits selon des critères occidentaux. Dans d'autres pays, notamment en Asie centrale, beaucoup de ces KGB n'ont pas vraiment évolué et sont restés en fait les mêmes instruments qu'on avait connus sous le régime soviétique. Cela complique évidemment un peu les possibilités de coopération avec eux.

Math : Pouvez-vous nous parler des pratiques d'interrogation, d'investigation du KGB, et de son successeur le FSB ?

Jacques Baud : Tous les services de renseignement et de sécurité se ressemblent un peu au niveau des techniques d'interrogation. On a peu d'exemples pratiques aujourd'hui. Ce qu'on a vu à l'époque en Corée ou au Vietnam, où les services locaux étaient instruits par des Soviétiques, montre que les méthodes étaient relativement brutales et musclées, et on se préoccupait peu des droits humains. Cela étant, les Soviétiques ont très largement privilégié dans leurs méthodes d'interrogation l'usage de drogues, par exemple. C'est une méthode qui a été fréquemment relevée et qui peut-être, là, diffère des méthodes occidentales. Ces méthodes sont pratiquées aux Etats-Unis également.

Quant aux méthodes d'investigation, il faut comprendre qu'à l'époque, toute la société soviétique participait à l'instrument d'investigation. C'est une particularité qu'on avait dans l'Union soviétique : le principe de la délation était assez universellement admis et accepté.

On savait par exemple que les concierges d'immeubles, le personnel de nettoyage, etc., faisaient des rapports à des officiers du KGB. Evidemment, cela donnait au KGB une capacité de collecte d'information presque illimitée. Cela a probablement changé, parce qu'aujourd'hui le FSB n'a sans doute pas les moyens de pression qu'avait le KGB pour forcer les gens à coopérer. Néanmoins, je pense qu'une bonne partie de la population russe est prête à coopérer avec ces services, il y a donc un potentiel d'investigation et de collecte d'information qui reste très important. Mais qui n'est pas constitué par des agents réguliers. C'est toujours au bon vouloir du citoyen. Cela étant dit, les services russes n'ont jamais vraiment brillé par le côté analytique de leurs investigations, pour des raisons parfois de technologies, mais aussi de culture d'entreprise. Ils savent ramasser beaucoup d'informations, mais ne savent pas toujours bien les utiliser.

Fontana : Jusqu'à quel point le Kremlin contrôle-t-il encore les services secrets russes ? Et dans quelle mesure le corps professionnel du FSB a-t-il des objectifs propres ?

Jacques Baud : C'est une question qui est très difficile, car je pense que même M. Poutine se la pose... Il y a actuellement de nombreux indices qui laissent penser qu'il y a au sein des services une dynamique propre, à eux, et on ne sait pas exactement jusqu'à quel degré le pouvoir politique maîtrise ce que font les services de sécurité. Je n'ai pas la réponse, mais je pense qu'effectivement la réponse mérite d'être posée. On voit peut-être là l'explication des restructurations permanentes dont font l'objet les services russes, probablement pour casser systématiquement des cultures d'entreprises ou des réseaux qui se créent à l'intérieur des services, et pour en conserver la maîtrise. Les services russes ont subi des changements considérables ces quinze dernières années, beaucoup plus que leurs équivalents occidentaux. Et une partie de ces restructurations, comme par exemple la resurbordination des services fiscaux au sein du KGB, ont sans doute comme explication la lutte contre la corruption qui se trouve à l'intérieur même des services de l'Etat dans son ensemble.  Je pense en effet que c'est un problème, mais que personne n'a de réponse.

Antonio : La guerre froide est-elle vraiment terminée au niveau des services secrets ?

Jacques Baud : Oui, la guerre froide est terminée au niveau des services secrets, et elle s'est terminée avant la vraie guerre froide. Mais il reste quand même des méfiances, des suspicions, qui vont encore prendre quelques années à être complètement résorbées.

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