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24/05/2011

L' exploitation des informations de CURVEBALL par la communauté du renseignement britannique

Les médias ainsi que nombre d' ouvrages ont évoqués à de très nombreuses reprises les informations transmises par un transfuge irakien, nom de code CURVEBALL, et l' importance de ces informations, pour les autorités US, dans le cadre de la guerre de 2003. Mais quand est publié le rapport Butler1, qui analyse le travail du Renseignement britannique sur la question des armes de destruction massives, une seule partie est retenue: Plusieurs informateurs du SIS sur l' Irak étaient défectueux. Et tant pis si le rapport évoque aussi la Libye, l' Iran, ou les tentatives de groupes terroristes de se procurer des ADM! Cela n'est que accessoire. La presse britannique ne verra pas une autre pépite contenue dans ce rapport. Il est vrai que l' information n' a fuitée que quelques années plus tard, Outre-Atlantique, mais personne dans la communauté journalistique ne paraît avoir fait le rapprochement pourtant évident à la lecture du rapport Butler: CURVEBALL, cette source qui fit tant de dégâts au sein de la CIA, puisque elle servit à la démonstration de Colin Powell à l' ONU, avait été aussi abondamment utilisée par le Secret Intelligence Service!

Ce document vise à l' analyse,dans le cadre du conflit irakien, du « jeu » d' un acteur auquel on prête moins d' attention que son homologue Outre-Atlantique: la Grande-Bretagne. Foin de sensationnalisme, le but sera d' exposer les contradictions, d' indiquer les questions restées sans réponse, et ce en se basant sur des sources disponibles au public: Les analyses du JIC; le Rapport Butler; le « Comprehensive report of the Special Advisor to the DCI on Iraq's WMD », plus connu sous le nom de rapport Duelfer, et les mémoires de Georges Tenet pour n'en citer que quelques unes. Sera rappelé le fonctionnement de la communauté britannique du renseignement;comment furent prises en compte les informations de CURVEBALL et l' évaluation de ces informations, ainsi que sa crédibilité; les ratées, contradictions, et les dégâts causés.

 

PRÉSENTATION DE LA COMMUNAUTÉ BRITANNIQUE DU RENSEIGNEMENT.

La communauté britannique du renseignement comprend les services suivants:

En premier lieu, le Secret Intelligence Service, appelé aussi SIS ou sous son nom antérieur, MI6. Le SIS est chargé de la collecte du renseignement hors du Royaume-Uni, et ce par le biais d'officiers traitants, déployés sous couverture diplomatique dans les ambassades de Sa Majesté, aussi bien à Paris que Amman, ou New York, Buenos Aires, Kuala Lumpur etc.. . Le SIS entretient aussi des contacts,plus ou moins étroits, avec nombre de services secrets. On retiendra ici les services secrets australiens, dont ils ont contribués, avec le MI5, à la formation au tout début des années 50, mais aussi US, allemands, ou jordaniens, pour n' en citer que quelques uns. Le SIS opère aussi à l' étranger en envoyant des officiers sous une couverture commerciale, ou journalistique. Enfin, il peut travailler sur le territoire du Royaume même, par exemple pour collecter des informations sur l' IRA (particulièrement dans les années 70) ou recruter des citoyens étrangers. Dans ce but, des sections conjointes MI5/MI6 avaient été créées durant la guerre froide, ciblant le Moyen-Orient, la Chine et l' URSS.

Le Security Service, appelé aussi MI5, est le service chargé de la sécurité du Royaume, et ce par son travail de collecte du renseignement. Les principales priorités du MI5 ont fortement évoluées au fil des années: l' espionnage allemand durant la seconde guerre; les espions du Pacte de Varsovie durant la Guerre Froide, concurremment, à partir du début des années 70, avec la surveillance de la « subversion intérieure », puis le terrorisme, irlandais (IRA, INLA etc..) et aujourd'hui international. Le MI5 se base sur ces officiers au QG, dans les bureaux régionaux, ainsi que sur ces représentants dans les ambassades du Royaume-Uni à l' étranger, qui ont pour mission la sécurité de l' ambassade, et parfois aussi le contact avec les services secrets du pays d' accueil. Il ne peut procéder lui-même à des interpellations, n' ayant pas de pouvoir de police judiciaire, et doit faire appel pour cela aux forces de Police locale, à la Special Branch jusqu' à sa disparition il y a quelques années, ou le SO 13 (Antiterrorisme).

Cette communauté est complétée par le DIS, Defense Intelligence Service, chargé du Renseignement militaire, et le National Criminal Intelligence Service (NCIS), chargé de la lutte contre la criminalité organisée, qui sera incorporé dans le SOCA (Serious Organised Crime Agency) en 2007.

Enfin, la coordination de ces différents services relève du Joint Intelligence Committee (JIC), qui est aussi chargé de synthétiser les informations provenant des différents services dans des rapports (Assessments). Les différents services de la communauté britannique du renseignement y détachent leurs représentants pour assurer le fonctionnement permanent du JIC. Par exemple,le responsable de la coordination du renseignement du JIC de 2002 à 2005 était un ancien chef de station du SIS.

 

IDENTIFICATION.

Comme indiqué plus haut, c'est la lecture du Rapport Butler qui permit de découvrir l' importance des informations de Curveball dans les rapports du Joint Intelligence Committee: Selon ce document, à compter de avril 2000, une source nouvelle apparaît pour le Secret Intelligence Service, source dont les informations sont transmises par un « Service de liaison ». Les informations transmises par cet « asset » concernent un domaine: L' utilisation de laboratoires mobiles pour la production d' armes biologiques en Irak.

 

Or, comme l' indique George Tenet, les informations venant de CURVEBALL, qui était débriéfé par le BND, auraient été transmises à deux autres services de renseignements. Bob Droggin, dans son ouvrage « CURVEBALL », indique que un de ces services fut le MI-6, le Renseignement extérieur britannique.

 

Le débriefing de CURVEBALL par le BND2 commença fin 1999-début 2000. Les informations que CURVEBALL livre? L' utilisation de laboratoires mobiles par le régime de Saddam Hussein, dans le but de produire des armes biologiques. Le BND allemand? Un service avec lequel les britanniques coopèrent,justement,un service « ami ». Les informations de CURVEBALL? Discréditées « après coup » officiellement, ce qui est le cas y compris pour l' informateur du Service de liaison, selon le rapport. La boucle est par conséquent bouclée.

 

En revanche, il n'est pas indiqué si les rapports étaient transmis au chef de station du Secret Intelligence Service à Berlin, ou si ce fut Gunter Haendly, alors Chef de station du BND à Londres, qui les apporta au QG du SIS3.

 

Concernant la source elle-même, Richard Dearlove indiquera à la Commission Butler que Vauxhall Cross a pu vérifier que cette source avait bien travaillée à l' endroit ou il aurait pu avoir accès aux informations que CURVEBALL affirmait détenir. Il n'est pas indiqué si le SIS est arrivé à cette certitude avant, ou après la guerre.

 

INFORMATIONS FOURNIES PAR CURVEBALL ET UTILISÉES PAR LE SECRET INTELLIGENCE SERVICE.

 

Le rapport final de l' UNSCOM de janvier 1999 indiquait que « l'Irak a autrefois étudiée l' utilisation de laboratoires mobiles pour la production d' agents biologiques ». CURVEBALL remplacera cette éventualité par des certitudes.

La première référence aux informations provenant de la « liaison source » apparaît dans le rapport du JIC du 19.04.2000. Le rapport Butler indique que les informations ont été reçues quelques jours auparavant. C'est aussi la première fois que les britanniques évoquent l' utilisation par l' Irak de laboratoires mobiles pour la fabrication d' armes biologiques. Le rapport indique que « l'Irak semble étudier l' utilisation de laboratoires mobiles (..) et a commencée la production dans des laboratoires mobiles » d' agents biologiques.

La prudence est de mise, l' information est estimée « techniquement possible », étant donné que l' Irak est considérée comme ayant suffisamment d' expertise, d' équipements et de matériel pour produire des armes biologiques (JIC 19.04.2000) mais ces renseignements sont basés sur une seule source (Ici, JIC report du 15.03.2002).

Notons que si le SIS, et le Joint Intelligence Committee, sont prudents quant aux informations mêmes de CURVEBALL, elles serviront beaucoup dans l' analyse globale sur le programme d' armes de destructions massives irakiennes. Le rapport BUTLER le sous-entend de manière extrêmement claire, au paragraphe 244, ou il est indiqué que les rapports transmis par le « service de liaison auront un impact significatif » sur le rapport du JIC du 27.02.2002: « L'Irak, si ce n'est pas déjà le cas, peut produire de grandes quantités d' agents biologiques en quelques jours ».

L 'estimation du JIC du 15.03.20024 indique en page 4, plusieurs informations directement issues de CURVEBALL. Ce document fait clairement référence aux rapports provenant d'une source traitée par un « service de liaison ». Selon le rapport du JIC, cette source aurait indiquée les informations suivantes: le programme des laboratoires mobiles aurait été lancé en 1995; il comprenait 7 laboratoires,six montés sur camion, et l' un sur train, qui furent construits; trois étaient opérationnels en mars 1999. ces laboratoires pouvaient produire 5 types différents d' armes biologiques, sans plus de détails, et auraient déjà produits de 20 à 30 tonnes d' armement biologiques. Le rapport réaffirme le fait que « si les informations indiquées n'ont pas été corroborées, nous estimons que elles sont crédibles d'un point de vue technique »

Cette prudence disparaît très clairement, en revanche, dans le rapport du JIC du 24.07.2002, en page 5: Il y est indiqué, de manière catégorique, que l' Irak «  a développée des laboratoires mobiles pour les programmes d' armes chimiques et biologiques ». Surtout que, selon le document, l' Irak dispose des compétences (humaines) pour un tel objectif.

Le rapport du JIC du 09.09.20025 emploie un ton tout aussi catégorique:

« L' Irak a appris de la Guerre du Golfe l' importance des laboratoires mobiles, plus difficiles à trouver que les installations statiques. Par conséquent, l' Irak a développée, pour les militaires, des systèmes de fermentation, qui peuvent être montés sur train ou sur route (Dans des camions, NDA). Ils peuvent produire des agents biologiques.  ».

L'hypothèse émise (« L'Irak pourrait utiliser des laboratoires mobiles »)est maintenant considérée comme une certitude, alors que, selon le rapport Butler6 , ses informations étaient traitées avec prudence par le JIC avant d' être confirmées par une autre source7, plusieurs mois après. Ce point sera examiné dans la dernière partie.

Cette information relative aux laboratoires mobiles sera « confirmée » peu après ce rapport du JIC, puisque le 11.09.20028 , un informateur du SIS répondant au nom de code de RED RIVER9 confirme l' information sur les laboratoires mobiles utilisés par le régime de Saddam Hussein pour la production d' armes biologiques. La source était alors considérée comme « fiable »10 . Elle se base, pour cette information, sur une « sous-source ». L' importance potentielle11 de cette « source à l' essai », pour reprendre la terminologie du rapport Butler, est telle que Tony Blair est informé de son existence le 12.09.200212.

L' information venant de RED RIVER n' a pu être insérée dans le rapport du JIC du 09.09.2002. Elle sera en revanche prise en compte dans le rapport du JIC du 28.10.200213. Entre ces deux documents, sur demande du Premier Ministre britannique Tony Blair, est publié à l' intention du public le « dossier du gouvernement » du 24.09.200214 . Ce rapport, qui se basera beaucoup sur le rapport du JIC du 09.09.2002, prend aussi en compte le rapport reçu par le SIS le 11.09.2002. Il évoque à plusieurs reprises les laboratoires mobiles: «  Nous estimons que l' Irak a (...) développée des laboratoires mobiles à usage militaire, corroborant les rapports précédents quant à la relatifs à la production d' agents biologiques dans des installations mobiles » (Pages 8 et 9). Ce projet aurait été développé à partir de 1995 sous la responsabilité Dr Rihab Taha, « connu pour avoir joué un rôle central dans les programmes irakiens après la guerre du Golfe » (De 1991, NDA). Le rapport enfonce le clou en indiquant que le JIC a conclu que l' Irak a suffisamment d' expertise, de matériel et d' équipement pour produire en quelques semaines des agents biologiques, en utilisant ses laboratoires de bio-technologies.15

 

ÉVALUATION DU RENSEIGNEMENT DE CURVEBALL DANS L'IMMÉDIAT APRÈS GUERRE.

Le rapport Butler se montre très vague quant aux informations de la « liaison source »: il indique seulement que, dans le cadre des vérifications entreprises par le Secret Intelligence Service, il s'avéra que « d'importants aspects des informations reçues par cette voie étaient faux ». Le SIS n'a pu interroger la « liaison source » que après la guerre. À la date du rapport Butler, Vauxhall Cross n'avait pas encore terminé le débriefing. Il en ressort, selon le SIS, que « des détails importants n'apparaissaient pas dans les rapports du service de liaison », bien que, étant donné l' accès limité à cette source, il soit encore prématuré de conclure. Plus concrètement, le SIS conclut que « la production de laboratoires mobiles aurait eu lieu sous une forme brouillonne, et aurait eu une vie plus courte que ne l affirme l'agent ». Par conséquent, la fonction la plus vraisemblable des remorques qui seront trouvées après la guerre n'était pas la production de stocks de matériaux (Paragraphe 408).

La conclusion du SIS, dans le cadre de son évaluation après-guerre, est néanmoins sévère: les informations de cette source sont considérées comme « inexactes »16 ou, selon le rapport Butler, « comportant de graves lacunes »17 quant aux affirmations, datées de 200018 , sur la fabrication récente d'armes biologiques. La Commission en tira la conclusion que cette fabrication « n'avait pas eu lieu ».

 

ÉVALUATION DU RENSEIGNEMENT DE CURVEBALL: LE RAPPORT DUELFER.

La fin des hostilités entraîne, entre autres tâches, la nécessité de retrouver les armes de destruction massives que possédait le régime irakien, comme l'affirmaient au premier rang les autorités US et britanniques. C'est dans ce cadre qu’est créée, sous la supervision de la CIA, l'Iraqi Survey Group (ISG, successivement dirigée par David Kay et Charles Duelfer). Le rapport final de l'ISG est rendu le 30.09.2004.

Le rapport Duelfer évoquera à plusieurs reprises la thèse des laboratoires mobiles en vue de la production d'armes biologiques. Ici se posent plusieurs questions: Saddam Hussein avait-il la volonté de se doter d'armes de destructions massives? A il essayé? Enfin, le régime irakien disposait-il de laboratoires mobiles pour la production d'armes biologiques? Les réponses sont : oui, oui, et non.

L'Irak a bien envisagée de se doter de laboratoires mobiles aux fins de production d'agents biologiques. Cette possibilité fut examinée par plusieurs responsables irakiens en 1987. Mais l'ISG ne découvrira que un projet de laboratoires mobiles, qui avait été lancé en 1994 pour moderniser l'agriculture irakienne, donc sans rapport avec la fabrication d'armes NBC.

Le régime irakien n'avait plus d'ADM uniquement à titre temporaire, attendant la fin des sanctions pour recommencer son stock. Des tentatives sont en tout cas dénoncées. Ainsi, des négociations auraient été conduites entre le régime et des entreprises françaises, dans les années 90. Les contrats portaient sur des armements conventionnels et de possibles laboratoires mobiles19.

Se basant sur les informations de CURVEBALL20, l'ISG inspectera les sites désignés et interrogera une soixantaine de personnes. Conclusions: les sites désignés n'étaient pas adaptés; aucune des personnes interrogées n'a reconnu la participation du site aux affirmations de CURVEBALL. Seul le Directeur de la compagnie Al Nahrayn Seed fournira une information potentiellement intéressante, en indiquant que durant l'opération « Renard du désert » de 1998, la compagnie reçut l' ordre de monter sur rail des laboratoires. L'inspection de l'ISG conclura que l' équipement n' avait jamais été utilisé pour des armes NBC.

L'ISG examinera aussi les deux installations mobiles découvertes après la guerre, et que le Président des USA présentera trop rapidement comme des preuves des ADM irakiens: Le premier laboratoire est découvert à Irbil en avril 2003; le second en mai près du laboratoire de recherche Al Kindi à Mossoul. Selon l'ISG, la remorque « dispose des équipements et des composants qui peuvent être compatibles avec la production d'agents biologiques ». Toutefois, l' ISG n' a pas trouvée de preuves pour affirmer que la première remorque ( plus complète que celle de Mossoul) jouait un rôle dans la fabrication clandestine d' agents biologiques; le rapport détaille ensuite les raisons pour lesquelles l' installation, au contraire, n' est pas adaptée pour la fabrication d' agents biologiques: incompatibilité de l' équipement pour l' utilisation en vue de fermentation, indispensable pour la fabrication d' armes biologiques; absence d' instruments pour le contrôle du processus etc... La conclusion de l'ISG est que les deux installations servaient de générateurs d'hydrogènes pour des ballons météorologiques, pour l'artillerie de la Garde Républicaine irakienne. C'étaient donc des armes conventionnelles, et non de la catégorie NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique).21.

Ce discrédit de l'information (rien n'a été trouvé démontrant que les Irakiens disposaient de tels laboratoires) sur les laboratoires mobiles sera confirmé antérieurement par la Commission SILBERMAN22 et l’UNMOVIC23

 

LE SIS DISCRÉDITÉ.

Cette affaire a fortement affectée le SIS, principal pourvoyeur en informations, dont nombre se sont avérées fausses. La conséquence aurait été le licenciement de plusieurs officiers du SIS, sans que aucun nom ne soit cité. Coïncidence? En 2004, le Directeur du MI6, Richard Dearlove, quitte le service. Suivent le chef de station du SIS à Washington, Ian Forbes McCrédie, ainsi que Mark Allen, ancien responsable de la Division « Anti-Terrorisme International » au Contrôleurat Global Tasks, Directorate of Production and Requirements. La même année, le Director of Production and Requirements du SIS, dont le nom n' a pas été rendu publié, part dans le secteur privé et est remplacé par un vétéran du Service, Nigel Inkster.24. En revanche,passe entre les gouttes Michaël David Shipster, qui a participé à la collecte du renseignement sur l' Irak. Il aurait même dirigé le Contrôleurat Moyen-Orient en 2003. Il est envoyé diriger la représentation du SIS à Washington, à la place de Ian McCrédie25.

 

BEAUCOUP DE QUESTIONS; PEU DE RÉPONSES.

Beaucoup de doutes ressortent de cette analyse: Pourquoi, d'une possible hypothèse, sur la base des informations de CURVEBALL, le SIS est devenu certain que l'Irak disposait de laboratoires mobiles de fabrication d'armes biologiques, et ce bien avant d'en obtenir « confirmation » d'un informateur qui sera ensuite discrédité? D'autres informations sont-elles parvenues, allant en ce sens? Ou bien ces informations ont été présentées comme des certitudes, sur pression? De qui? Du Directeur du JIC, ou de plus haut? Ou bien les informations avaient faits le tour des services secrets, y compris étrangers, a un tel point que, une fois l'informateur discrédité, il était devenu impossible de savoir les informations venant de lui et celles qui n'en venaient pas?

La prise en compte des informations de CURVEBALL indique que le SIS estimait ses rapports crédibles26.. Vauxhall Cross, tout comme la communauté du renseignement US, paraît ici avoir été convaincue par la quantité d'informations venant de CURVEBALL27.

Le rapport Butler, comme indiqué plus haut, est catégorique: le SIS n'a reçu confirmation des informations de CURVEBALL que en septembre 2002, alors que les certitudes de la communauté du renseignement sont antérieures de quelques mois. Par conséquent, les certitudes du JIC se basaient sur les informations de CURVEBALL, mais aussi sur l’estimation faite que, techniquement, une telle utilisation des laboratoires mobiles est possible.

Partant de ce principe, c’est une très grossière erreur d’analyse qui paraît avoir été commise : Il convient de ne jamais prendre pour argent comptant les informations venant d’une seule source, surtout si l’on ne peut pas les confirmer. Tel est le principe de tout service secret, et le NIE en date de 2007 consacré à l’Iran rappelle les règles de l’analyse : L’utilisation des termes « probable » ou « possible » indiquent une probabilité assez forte ; « peut » ou « pourrait » indique que l’ information est incomplète, fragmentée, indisponible, ou vague. Soit le SIS était convaincu par les rapports provenant des informations de CURVEBALL, soit ces rapports furent insérés dans le JIC sur ordre « d’en haut », au mépris d’un principe du renseignement : Ne faire état que des informations dont on est certain, et non pas de celles qui vont dans le sens du politique. Dans la dernière hypothèse, les accusations portées contre John Scarlett, alors Directeur du JIC d'avoir exagéré les rapports, pour les rendre « plus sexy », et ainsi justifier le soutien britannique à l'envoi des troupes, trouveraient ici confirmation. À cet égard, le fait que John Scarlett prenne sur lui l'entière responsabilité du travail du renseignement peut avoir pour but soit de couvrir la communauté britannique du renseignement, soit de faire retomber le blâme sur lui pour protéger les autorités, et Tony Blair en premier ressort. Ou bien les deux.

La dernière hypothèse n'a malheureusement pas été étayée par des preuves, sans être entièrement impossible. Mais une hypothèse plus simple est possible : Depuis la découverte par les inspecteurs de l' ONU, au tout début des années 90, des programmes NBC irakiens, les inspecteurs de l' ONU ainsi que les administrations US et britanniques, et leurs services, étaient arrivés à la conclusion suivante : Saddam Hussein continue à cacher des choses sur les ADM28. . Il ne coopère pas pleinement. Ce que confirment les informations, parcellaires, qui arrivent. L' information de CURVEBALL, sa précision, et sa richesse, ne pouvaient mieux tomber, venant étayer une croyance commune dans les services sur les plans du régime irakien. Même si les services secrets, ainsi que les membres des services, n' étaient pas unanimes sur cette question. Toutefois, au sein de la communauté US du renseignement, et un peu, aussi, de la communauté UK, le débat paraît avoir plus porté sur l' ampleur même du programme NBC irakien que sur son existence, réelle ou supposée.

 

 

 

 

1« Review of Intelligence on Weapons of Mass Destruction », 14 juillet 2004, 216 pages. Commission dirigée par Lord Butler of Brockwell.

2Service de Renseignement Fédéral allemand.

3Gunter Haendly a servi comme Chef de station et représentant du BND à Londres de 1999 à 2005. Intelligence Online l' avait précédemment identifié comme Chef de station du BND à Rome (IOL n° 499 du 28.04.2005)

4« The status of Iraqi WMD Programs », JIC Assessment 15.03.2002, déclassifié en 2004. 5 pages.

5JIC Assessment, « Iraqi use of chemical and biological weapons-possible scenarios », 09.09.2002. 5 pages. Déclassifié en 2004.

6Paragraphe 438.

7Voir plus bas, les informations de la source du MI6 « RED RIVER ».

8Rapport Butler, paragraphe 574.

9See « Curveball », livre de Bob Droggin.

10Paragraphe 303 du Rapport Butler. Cette source sera cataloguée comme non fiable par le SIS, à l' issue de l' évaluation des différentes sources du service: Voir Rapport Butler, paragraphes 305 et 575, ainsi que les notes en bas du paragraphe 305, et le point c. des paragraphes 410 et 436

11Voir aussi dans le rapport Butler les paragraphes 573 à 578. Cette source transmettra une autre information, dans un rapport en date du 30.09.2002, sur un agent chimique (Paragraphes 347 et 405).

12Paragraphe 578 du Rapport Butler

13« Nous estimons que l' Irak continue ses programmes d' armes biologiques (..) Des informations confirmées révèlent que des laboratoires mobiles pour la production d' armes biologiques ont été construits »

14« Iraq's weapons of Mass Destruction. The assessment of the British Government », 24.09.2002. 55 pages.

15Le rapport du 24.09.2002 fait à plusieurs reprises référence aux laboratoires mobiles, sur unton évoquant la certitude, par exemple aux pages 22, 25 et 27. Page 25, selon le rapport, « l' UNSCOM avait établi que l' Irak prenait en compte l' utilisation de laboratoires mobiles pour la production d' agents biologiques. Durant les deux années précédentes, les informations de défecteurs ont confirmées l' existence de tels laboratoires. Des renseignements récents confirment que l' Irak a développé des laboratoires mobiles »

16Voir note sous le paragraphe 239 du rapport Butler.

17Voir paragraphes 409 et 410 du rapport Butler.

18 JIC du 19.04.2000.

19 Première partie, page 246 du rapport Duelfer.

20Selon le rapport Duelfer, un ingénieur-chimiste affirmait que l'Irak était équipée de sept installations mobiles, dont trois opérationnelles, correspondant aux affirmations de CURVEBALL reprises dans le rapport du JIC du 15.03.2002. L' ISG qualifiera la fiabilité de cet ingénieur de « très discutable ». Voir volume 3,page 201.

21Le rapport du 30.09.2004 indique, dans son 3ème volume, page 172, que : « « ISG judges that its Iraqi makers almost certainly designedand built the equipment exclusively for the generation of hydrogen. It is impractical to use the equipment for the production and weaponization of BW agent. ISG judges that it cannot therefore be part of any BW program. »

22« The Commission on the Intelligence Capabilities of the United States Regarding Weapons of Mass Destruction » du 31.03.2005.

23Malgré la fin des inspections sur le terrain quelques jour savant l’invasion de l’Irak, l’ UNMOVIC continuera à travailler sur le thème des ADM irakiens jusque 2007. Son rapport final indiquera au sujet des laboratoires mobiles que aucune preuve ne fut recueillie pour appuyer ces informations, aussi bien par l’ISG que par l’UNMOVIC. (Voir page 26, chapitre V, « Compendium. The Biological Weapons Programme », UNMOVIC).

24Nigel Inkster a entre autres dirigé les stations du SIS à Beijing et Athènes avant d'être nommé Directeur adjoint du SIS au 1999. Il sera 1er Directeur adjoint, et Director of Production and Requirements (Opérations et Analyse) de 2004 à 2006.

25Michaël Shipster quittera le Foreign Office en 2007, pour devenie Directeur international de Rolls-Royce. Son appartenance au SIS a été confirmée par le Chicott Inquiry, qui indique clairement son statut « d'ancien officiel du SIS ». Shipster a été en poste à Moscou, Delhi, et en Afrique. Il aurait entre autres contribué à la défection du Chef de station du Renseignement tchécoslovaque en Inde à la fin des années 80. À la fin des années 90, il s' occupe de la liaisonavec le représentant du Renseignement russe à Londres. Décoré de la Croix de Saint-Michel pour sa contribution à la Guerre en Irak de 2003 (« Iraq honours diplomatic service and overseas list », 05.11.2003).

26À peu près en même temps que le SIS, la CIA, ou du moins certains de ses officiers, étaient convaincus par les informations de CURVEBALL. Par exemple un rapport du WINPAC en date d’ octobre 2001 (Voir rapport de la Commission SILBERMAN, page 100).

27La Commission SILBERMAN note par exemple que, de janvier 2000 à septembre 2001, le Service HUMINT du Défense Intelligence Agency US a distribuée près d'une centaine de rapports provenant des informations de CURVEBALL. Voir page 100 du rapport.

28 Le National Intelligence Estimate n°99-04 d' avril 1999 envisage par exemple les scénarios d' utilisation d' ADM par le régime irakien, et note que « Iraq retains residual chemical and biological weapons of mass destruction ».

28/01/2009

Comment travaillent et travaillaient les services secrets en direction de l' URSS puis en Russie.

COMMENT TRAVAILLENT ET TRAVAILLAIENT LES SERVICES SECRETS EN DIRECTION DE L'URSS PUIS EN RUSSIE

 

Cette note se base sur des informations tirées non seulement d' ouvrages mais aussi de documents déclassifiés, entre autres extraits des rapports annuels d' activité du KGB d' URSS, qui fournissent des éléments très intéressants d'information. Il convient de rappeler que durant l' existence de l' URSS la « surveillance omniprésente » du KGB relève dans certains cas plus du mythe que de la réalité: D'une part la 7ème Direction du KGB (Brigade de surveillance) n'avait pas les moyens de suivre toutes les personnes qui l' intéressaient (manque d' effectifs) et d'autre part il est absurde de suivre en 24/7 (24h/24 et 7 jours sur 7) une « cible » sauf si vous voulez la décourager de faire du travail d' espionnage. Mieux vaut au contraire « cibler » les moments ou elle est surveillée et ce pour éviter que la personne se rende compte que elle est sous surveillance constante et avoir plus de chance de découvrir son réseau d'informateurs. Néanmoins, le contre-espionnage du KGB était capable en effet, si la nécessité se faisait sentir, de mobiliser d'importants effectifs pour suivre une personne.

 

ALLEMAGNE. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail du BND a Moscou même, le service paraît plus avoir concentré ses efforts sur la RDA, ainsi que l' Europe de l' Est ( Pologne et Tchécoslovaquie). Par exemple,la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 évoque l' arrestation d'un agent du renseignement extérieur de la RFA, citoyen tchécoslovaque.

Néanmoins, quelques informations apparaissent:le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque des personnes des « pays tiers » expulsés d' URSS pour espionnage au profit des « services de renseignement de la RFA ».

Une autre couverture utilisée est celle des sociétés allemandes travaillant sur le territoire soviétique. Le rapport n°414-A du 28.02.1977 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1976 évoque par exemple l' arrestation pour espionnage d'un citoyen allemand, Chtchedrov, consultant de la firme ouest-allemande « Stubbe ». Le rapport n° 877-A/OB du 31.03.1981 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1980 évoque toutefois deux citoyens soviétiques arrêtés pour espionnage au profit du renseignement extérieur de la RFA. Un autre cas a été dévoilé en 1986 quand est condamné un dénommé Ilya Suslov,qui transmettait des informations a caractéristique technologique au BND par l' intermédiaire du représentant d'une société allemande a Moscou.

Aujourd'hui le chef de station du BND a rang de conseiller de l' ambassade allemande a Moscou. Un de ses derniers chefs a Moscou (au début du mandat de Vladimir Poutine comme président) avait été représentant du BND a Beijing dans les années 80.

 

CHINE. La dégradation des relations sino-soviétiques a entraînée une activation du travail du KGB et du GRU en direction de la Chine communiste, et réciproquement le Shihuibu (renseignement extérieur) et le Gonganbu (Ministère de l' Intérieur, responsable entre autres du contre-espionnage), puis leur successeur a partir de 1983, le Guojia Anquanbu (Ministère de la Sécurité d' État, chargé du renseignement extérieur et du contre-espionnage) ont multipliés les opérations de renseignement en direction de l' URSS. Une des méthodes utilisées par les services secrets chinois était l' envoi de faux transfuges, chargés après débriefing par les autorités soviétiques de s' implanter durablement dans la zone Extrême-Orient en URSS. Les rapports annuels d' activité du KGB, déclassifiés pour la plupart, citent abondamment cette méthode comme exemple. Par exemple le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque deux agents du renseignement chinois démasqués par le KGB parmi les personnes fuyant la Chine communiste, chargés d'une mission de renseignement (apparement a court terme). La note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981 évoque quand a elle 7 agents du renseignement chinois démasqués,qui officiellement fuyaient la République populaire de Chine. Idem pour la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 qui évoque 10 espions chinois démasqués parmi les personnes fuyant le régime de la RPC. Autre méthode plus classique, l' envoi de personnes traversant illégalement la frontière dans la zone Extrême-Orient. Autre méthode utilisée, évoquée dans la note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981, l'envoi par la RPC d' agents parmi les personnes venant de pays du tiers monde.

 

CORÉE DU NORD. Le renseignement nord-coréen a travaillé en direction de l' URSS par les voies suivantes: envoi d' espions dans la région Extrême-Orient; travail de collecte de renseignement a partir de l' ambassade de Corée du Nord a Moscou; envoi de militaires auditeurs dans des écoles militaires soviétiques et chargées de recueillir des informations. La chute de l' URSS lui a ouvert de nouvelles possibilités dans la recherche de renseignements a caractère technologique, entre autres sur la question des armements ou des scientifiques. Deux scandales ont impliqués des activités du renseignement nord-coréen en Russie, en 1993 et 1994 respectivement, autour de tentatives d' obtentions d' informations a caractère technologique, surtout militaire.

 

ÉTATS-UNIS. La toute jeune CIA a due attendre 1953 pour pouvoir envoyer son premier officier sous couverture diplomatique a Moscou, et 1961 pour y nommer son premier chef de station, Paul Garbler. La station de la CIA a Moscou a été très active durant la guerre froide, comme le montrent la liste des informateurs traités qui furent démasqués. Citons Léonid Poleshuk, Oleg Penkovsky, Adolf Tolkachev, Evgueni Kapoustine, Dmitri Polyakov, Vladimir Vassiliev, qui étaient respectivement Officier de la sécurité interne du renseignement extérieur du KGB, colonel du GRU, ingénieur dans le domaine de l' éléctronique de pointe, travaillait dans une usine, général du GRU, colonel a la division des illégaux du GRU.

A partir du milieu des années 70, suite a l' interpellation d'un officier de la station de Moscou, Edmund Kelly, en Arménie alors que il avait un contact avec un informateur sur place,le traitement des informateurs se faisait a Moscou, ou bien a Léningrad, ou la CIA avait ouvert une base sous couvert du consulat général des États-Unis. Parmi les dirigeants de la Base CIA de Léningrad dans les années 80, citons Barbara Brian, Léonard Belgard, Michaël Grivski entres autre. La CIA s' appuyait sur les informateurs recrutés hors URSS ainsi que ceux qui proposaient leurs services en URSS même. Les recrutements en URSS étaient plutôt rares. La station de Moscou, qui au début ne comptait que 5 officiers environ, a atteint dans les années 70-80 le chiffre de 8 a 12 officiers traitants sous couverture diplomatique. Les informations aussi bien a caractère politique que économique ou militaire intéressaient la station de Moscou, qui pouvait dans certains cas compter sur l' aide de diplomates du département d' État. N' était pas épargné le travail contre le KGB et le GRU.

La CIA n'était pas seule a Moscou, faisaient aussi du renseignement les attachés militaires dépendants de la DIA, et le poste NSA a Moscou. On ignore le degré de coordination a Moscou même entre ses différentes structures. Toutefois, Rem Krassilnikov, dans ses mémoires, évoque Jack Roberts, officier en poste pour la NSA a Moscou dans les années 70 et qui sera envoyé a l' ambassade US a Kaboul après l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan.

La chute de l' URSS a ouvert de nouvelles opportunités de renseignement, car la Russie continue a être un concurrent sérieux des USA, et nombre d' informations sont a présent disponibles par le biais des sources ouvertes. Ses dernières années, c'est surtout la DIA qui s'est distinguée par son activité sur le territoire russe. Une coopération existe aussi entre les services secrets US (CIA, DEA etc..) et ceux de la Fédération de Russie (FSB et SVR surtout). Un des derniers chefs de station de la CIA a Moscou identifié est Robert Dannenberg, en poste de 2001 a 2003, et qui est entré dans le privé en 2007.

 

FRANCE. Le SDECE a ouvert un poste a Moscou dès les débuts de la guerre froide; Son premier représentant sur place clairement identifié est la dès 1951,il s'agit du commandant Perret, officiellement « attaché militaire adjoint ».Il est remplacé en 1955 par le capitaine Michaud, également chef du poste SDECE a Moscou sous la même couverture. La couverture de « attaché militaire adjoint » paraît refléter la priorité du SDECE que constitue le renseignement militaire, même si la collecte du renseignement politique et la question de la sécurité de l' ambassade n'est pas a négliger. Selon différents auteurs, le poste SDECE aurait été fermé au début des années 70 par Alexandre de Marenches, lequel estimait que il ne servait a rien de maintenir une station a Moscou puisque il était impossible d'y collecter du renseignement! Nous n'en sommes pas certains mais nous n' excluons pas que le dernier chef de poste soit Bernard Grué, qui quitte Moscou en 1971 officiellement comme attaché militaire adjoint et occupera dans la deuxième moitié des années 70 le poste de Directeur du renseignement du SDECE.

Le rapport du 03.12.1976 du chef de la 5ème Direction du KGB d' URSS Philip Bobkov, « Note analytique relative au caractère et aux raisons de certains comportements négatifs parmi les chercheurs et les étudiants », évoque la création par le Quai d' Orsay d'un service baptisé « service de la coopération » et qui, selon le rapport, « servirait a l' envoi, sous couverture de ce service, dans les établissements d' enseignement soviétiques, d' espions et d' agents ». Ses informations n'ont pu être confirmées.

La DGSE remplace le SDECE en 1982, mais elle n' a pas réussi a être un service très offensif en direction de l' URSS, malgré les efforts entrepris par Pierre Marion ( dès 1982) puis l' amiral Lacoste en ce sens. Le poste de Moscou a alors été rouvert, vers 1982 environ. Priorité est donnée a la collecte du renseignement « ouvert », par exemple en faisant « parler » les personnalités lors de cérémonies officielles, ainsi que l' utilisation de personnes, par exemple originaires de pays africains francophones, en URSS. La chute de l' URSS a ouvert des opportunités, mais le poste de la DGSE a Moscou semble plutôt privilégier le travail de relation avec les autorités russes et la collecte du renseignement ouvert, ainsi que le renseignement militaire par le biais du bureau de l' attaché militaire de l' ambassade de France. Ses chefs de stations sont des militaires de carrière, qui occupent une couverture diplomatique.


GÉORGIE. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili a entraînée des changements dans les structures du renseignement géorgien. Ainsi, le service de renseignement extérieur, auparavant partie intégrante d'un Ministère de la Sécurité d' État, a gagné en indépendance; il dépend directement du Président.

Un article de la presse russe a évoqué le nom d'un diplomate géorgien présenté comme étant le chef de station du renseignement géorgien a Moscou en février 2004, un dénommé Nugzar Grzelichvili.. Les vérifications entreprises ont en tout cas confirmées la présence a Moscou de cette personne qui avait, selon les listes diplomatiques de 2005 et 2006, grade de conseiller supérieur de l' ambassade géorgienne a Moscou. Confirmation quand son successeur est identifié: Arrive en 2007 a l' ambassade géorgienne a Moscou, pour reprendre le bureau de Grzelichvili, Iraki Kotetishvili, auparavant ministre-adjoint du Ministère de la Sécurité d' Etat géorgienne, ou il coopéra très étroitement avec les russes dans la lutte contre le terrorisme tchétchène, entre autres dans la vallée du Pankissi en Géorgie.

Depuis février 2008, c'est un diplomate professionnel, Guéla Bejouachvili, qui est a la tête du renseignement extérieur spécial géorgien. Le nouveau service spécial de renseignement extérieur  géorgien a eu cette année-la les honneurs de la presse non seulement pour avoir inauguré son site Internet (qui, petit défaut, met du temps a charger) mais aussi pour le démantèlement d'un réseau durant les grandes vacances qui s' efforcait de collecter des informations dans le domaine militaire. Le réseau ne paraît pas avoir été dirigé a partir de la station du renseignement géorgien a Moscou mais plutôt directement avec des officiers traitants opérant depuis le territoire géorgien. Selon la presse russe, le renseignement géorgien s' intéressait aux objectifs stratégiques de la région fédérale Sud de la Fédération de Russie. Et ce en plein conflit ossète! La récente rupture diplomatique entre la Russie et la Géorgie a potentiellement posé des problèmes au nouveau service de renseignement spécial extérieur géorgien, qui ne peut plus agir a partir de son ambassade a Moscou. En tout cas tous ses événements n'ont pas empêchés le Président de la Géorgie de décorer le patron du service spécial de renseignement extérieur géorgien "for their recent conduct, professionalism and contribution to the defence and integrity of Georgia (Communiqué du 08.10.2008 disponible sur le site du renseignement extérieur géorgien)

 

GRANDE BRETAGNE. Le poste SIS Moscou a été particulièrement discret durant la guerre froide. Il était hors de question pour le gouvernement britannique de recommencer un éventuel «  complot Lockhart ». Le renseignement se fait plus par le biais des antennes situées hors du bloc communiste. Néanmoins, la station du SIS Moscou, discrète, prendra part a quelques opérations réussies, par exemple le traitement de Oleg Penkovsky dans les années 60 et l' exfiltration de Oleg Gordievsky en 1985. Priorité était donnée au traitement des rares sources disponibles sur place, a la collecte du renseignement politique, a la coopération avec le bureau de l' attaché militaire, a la mise en place de lieux de rencontre et de « boîtes aux lettres mortes » sûres, et a découvrir les méthodes de travail et le personnel de la brigade de surveillance du KGB. La station de Moscou s'est fortement activée suite a la chute de l' URSS, et a été mise sur la sellette suite a différents scandales, successivement en 1994,1996, et 2006.

IRAK. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail des services irakiens en URSS puis en Russie. Toutefois quelques informations filtrent des rapports déclassifiés ou de déclarations officielles. Le rapport du KGB sur ses activités annuelles pour l' année 1980 fait référence a la découverte d'une rézidentura du renseignement irakien sur le territoire soviétique, « composée de citoyens irakiens et d'autres pays arabes, vivant constamment en URSS ».Le rapport rendu le 22.01.2002 relatif a l' activité du FSB pour l' année 2001 fait également état de l' interpellation de personnes travaillant pour les services secrets irakiens, sans que l' on en sache plus.

ISRAËL. Le Mossad semble, durant la guerre froide, ne guère avoir été actif derrière le Rideau de fer, au profit du Nativ, créé spécialement a cet effet en juin 1951 sur ordre de David Ben Gourion, et dont la mission fut assez particulière: Le Nativ était chargé de diriger et coordonner le travail d' émigration des juifs vivant derrière le Rideau de fer. Pour cela, le Nativ disposait de représentants a Vienne mais aussi aux États-Unis, a Londres, et derrière le Rideau de fer, chargés de faire du lobbying auprès des autorités occidentales mais aussi de garder le contact avec les juifs soviétiques. Pour leur travail, les officiers du Nativ établissaient des contacts, distribuaient, parfois secrètement, des Tora, jouaient la navette entre les juifs soviétiques et leur famille vivant en Israël etc..

Ce travail, qui ne ressemble guère a celui d'un service secret, était mené dans les règles de la clandestinité, cette activisme ne plaisant guère au contre-espionnage du KGB. Le premier représentant a Moscou fut Nechemia Levanon, en poste de juillet 1953 a août 1955 (expulsé). Un de ses remplaçants sera Benyamin Eliav dans les années 50, puis Yehoshua Pratt de 1959 a 1962. Suite a la rupture des relations diplomatiques entre Israël et l' Union Soviétique en 1967, le Nativ continua son travail a partir de l' ambassade néerlandaise a Moscou. De 1988 a 1991 c'est Yaakov Kedmi qui dirige la station du Nativ a Moscou. Il sera ensuite a la tête du Nativ, de 1992 a 1999.

Le Mossad ne paraît pas s'être investi dans les missions d'espionnage et de renseignement derrière le Rideau de fer, sans doute a cause du rôle spécifique du Nativ, mais aussi a cause de la priorité accordée aux pays du Moyen-Orient. Un des premiers représentants du Mossad en poste a Moscou est Reuven Dinnel, officiellement conseiller d'ambassade, arrivé en 1992, il est le représentant du TEVEL (« Diplomatie alternative) a Moscou, mais sera expulsé en 1995 pour espionnage. L'arrivée du Mossad en Russie n'a pas empêchée le Nativ de continuer ses activités, le service existe toujours, bien que il soit parfois question de le dissoudre, et sa mission n'a pas changée.

SYRIE. Le rapport de l' activité du KGB pour l' année 1977 se contente d' évoquer l' expulsion du secrétaire-archiviste de l' attaché militaire de l' ambassade de Syrie a Moscou.

 

TURKMÉNISTAN. Le service de renseignement turkmène, le KNB, Comité pour la Sécurité Nationale, apparu au lendemain de l' indépendance du pays, a ouvert une station a Moscou sous couverture de l' ambassade, dont la mission paraît être en premier lieu.. la collecte de renseignement contre les opposants au régime turkmène hébergés en Russie. En tout cas,le premier chef de poste du renseignement turkmène identifié est Rakhmanguli Allakov, arrivé a Moscou en octobre 1993 comme 3ème secrétaire et chef de station a partir de 1994, et qui avait précédemment fait ses classes a la 5ème Direction du KGB (« contre-espionnage idéologique »). Idem pour son prédécesseur a partir de 1996, Serdar Annayev, qui d'après une information s' était illustré dans la lutte contre l' intelligentsia a Ashkabad. Les officiers de la station du KNB a Moscou ont été mis en cause a plusieurs reprises pour leurs actions contre les opposants réfugiés a Moscou. Par exemple, selon la presse russe, Allakov aurait tenté de forcer un poète-dissident, Velsapar, de revenir au Turkménistan; ou les tentatives de recrutement de turkmènes a Moscou par son successeur en octobre 1997 pour surveiller les milieux dissidents. Annabayev a exercé son poste a Moscou jusqu'au début des années 2000 (En 2001 il était toujours "Premier secrétaire") avant de quitter la capitale russe. Son remplacant a ce poste fut sans doute Orazmuhamed Charyev, en poste a Moscou jusque 2005-2006, et qui fur remplacé par Maskat Annabaev en 2007. Ils se sont faits, en tout cas, beaucoup plus discrets a Moscou que Allakov et Annayev.

 

TURQUIE. Les intérêts turcs et russe s' opposent dans la zone Caucase, c'est par conséquent leur principal champ de bataille. Aucune information n'a filtrée sur le travail de la station du MIT a Moscou, ou plus précisément en Russie et en URSS.

Chef du contre-espionnage militaire pour la région militaire Caucase de 1964 a 1972, Boris Geraskine indique que du côté des voisins de la zone Caucase, c'est le renseignement turc qui était le plus actif, par exemple a travers son consulat a Batoumi.

Suite a la chute de l' URSS et a l' instauration de la Fédération de Russie, un peu plus d'informations sont disponibles: Un documentaire du FSB indique que le chef de station du MIT, apparement au début des années 90, était Ergan Szoi, qui dirigea en 1995 la section chargée de couvrir la Russie au QG du MIT. Le FSB a, a plusieurs reprises, mis en cause le travail du MIT dans la zone Caucase, entre autres en Tchétchénie. En 1995 est par exemple arrêtée Madame Chansli, une femme d'origine bulgare, qui a été recrutée par le MIT et essayait d'obtenir des informations a Krasnodar sur le fonctionnement et le travail des services de la police et du FSB locaux. La même année, un journaliste, Isak Kendir, est arrêté au Daguestan. On trouve aussi sur lui deux documents d'identité au nom de Itsak Kasap. est expulsé. Selon les autorités russes, le journaliste était en réalité un cadre du MIT chargé des contacts avec Djokar Dudaïev, leader des séparatistes tchétchènes. Doudaïev se servait de ce journaliste pour entretenir des contacts avec les autorités turques, et par exemple exiger d'elles que elles reconnaissent l' indépendance de la Tchétchénie .Kasap-Kendir, ainsi que un officier du MIT du nom de Hussein, chargé des contacts avec Doudaïev, sont expulsés..

Patron du 1er département du FSB (contre-espionnage), Oleg Syromolotov, dans une interview donnée en 2002 a la Rossiskaya Gazeta, citera, parmi les services secrets entretenant des contacts avec les séparatistes, ceux de la République de Turquie.

On peut aussi supposer une certaine coordination entre MIT et services russes a propos de la lutte contre les bandes armées en Tchétchénie, même si la position turque sur ce sujet manque de clarté. A plusieurs reprises, les autorités russes ont interpellées des citoyens turcs se battant dans les bandes tchétchènes. Citons comme exemples Ali Ollu, qui combattit les russes de 2001 jusqu'à son interpellation le 29.12.2005 en Russie, ou bien Abou Zar, qui prépara plusieurs groupes de terroristes dans la vallée du Pankissi en Géorgie. La Turquie est aussi un point de passage pour aller en Tchétchénie; Alexandre Zdanovitch, alors a la tête des relations publiques du FSB, cite comme exemple dans une interview du 15.08.2000 Muhammad Wahab, qui passa par la Turquie puis la Géorgie, et fut arrêté en 2000.

09/01/2008

Dieter Kaundinya

Parmi les services secrets, l'un que j'ai "survolé" mérite pourtant largement d'être traité. Sorti des décombres de l'Allemagne nazie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, forgé a la lutte contre le communisme et connu jusque 1956 sous le nom de Organisation Gehlen, le BND (Bundesnachrichtendienst) , Service de renseignement fédéral d'Allemagne de l'Ouest, est un service secret plutôt discret qui a néanmoins connu des succès et quelques scandales retentissants (Mise sur écoutes et surveillance d'un célèbre journaliste allemand,; découverte durant la Guerre Froide et après de taupes travaillant au coeur du BND au profit du KGB ou du HVA, le service de renseignement extérieur d'Allemagne de l'Est). Néanmoins, les services secrets font toujours plus la une de l'actualité pour leurs ratées que pour leurs réussites. Parmi les cadres du BND, l'un a été choisi, car de par sa carrière il a été en poste dans des pays confrontés a l'instabilité politique ou au terrorisme. Il se nomme Dieter Kaundinya.

658179343a6dabfb3f8330c4e7608ba5.jpgDieter Kaundinya


Kaundinya, dont, il faut le souligner, la carrière est incomplète par endroits, est entré au BND en 1968, c'est-a-dire l'année ou le fondateur du BND, le général Gehlen, ancien haut responsable nazi du renseignement en direction des pays de l'Est, prend sa retraite après avoir fondé au lendemain de la Seconde Guerre avec le soutien des américains la Gehlen Org, devenue en 1956 dépendante du chancellier d'Allemagne de l'Ouest et devenue le BND. Si le Service comptait a ses débuts nombre d'anciens nazis, quand Kaundinya entre au BND, nombre d'entre eux ont déja quittés l'organisation. Place a une nouvelle génération.

 

La carrière de Kaundinya est "vide" de 1968 a 1975, soit sept ans, avant qu'il apparaisse en 1975 en Israël: Il vient d'être nommé Chef de station a Tel-Aviv. Un poste qui peut incontestablement être considéré comme d'importance. En effet, Richard Gehlen s'est dès la création du service efforcé d'entretenir de bonnes relations avec les services secrets israëliens, sans doute pour essayer de faire pardonner les atrocités commises par les nazis a l'égard des Juifs durant la seconde guerre. Il racontera lui-même dans ses mémoires que il s'est efforcé d'aider les services secrets israëliens , comprenant que ils jouent un rôle central dans la lutte contre le communisme. Cette coopération sera d'ailleurs démontrée très clairement quand avec l'aide du BND le Mossad envera un de ses agents, Wolfgang Lotz, collecter des informations dans l'Egypte de Nasser. Lotz transmettra nombre d'informations importantes avant d'être capturé par le contre-espionnage egyptien puis échangé contre des prisonniers de la Guerre des Six Jours.Israël a aussi des services secrets très bien implantés au Moyen-Orient, et a pu obtenir nombre d'informations sur l'URSS (On est alors en pleine guerre froide) en interrogeant les immigrés juifs qui arrivent sur cette période en Israël. Kaundinya restera a la tête de la station jusque 1981

 Après Israël, Kaunidinya est nommé en cette année 1981 a un poste très important de la Guerre froide: L'Inde. Comme se rappele Robert Baer, en poste a la fin des années 70, "l'Inde était un des meilleurs terrains pour recruter des soviétiques". Les soviétiques fournissaient en armes et conseillers les indiens, donc il paraît logique que les services secrets occidentaux en aient faits leur terrain de jeu. Il occupera le poste jusque 1986.

Après l'Asie, retour pour l'officier du BND a Pullach en 1987, le QG du BND. Il est nommé a la tête d'une division du BND, , chargée des évaluations et des approvisionnements (Leiter Zentral referate Auswertung und Beschaffung). Il quitte ce poste en 1994.

 Ensuite Kaundinya est nommé a un poste très important: Chef de station du BND a Moscou. Selon Erich Schmidt-Eenboom, historien qui s'est spécialisé sur les services secrets allemands (Interview au site Agentura.ru en 2005)  Kaundinya a travaillé a Moscou de 1992 a 1998 comme chef de station adjoint. Mais une autre biographie de Kaundinya , en allemand, disponible en bas, indique que il était chef de la station de Moscou de 1994 a 1998.Shmidt semble s'être trompé .Kaundinya a bien été chef de station, j'expliquerai plus bas pourquoi.

Concernant la station du BND a Moscou même, très peu d'informations sont disponibles. Tout comme la CIA, le BND a commencé a entretenir des contacts officiels avec le KGB (Pour le BND , les contacts commencent en 1991, avant le putsch) sans doute dans le domaine de la lutte contre le crime organisé. La station du BND de Moscou a été prise au dépourvu par le putsch d'août 1991, et les conséquences seront le limogeage du chef de la station, premier représentant légal du BND auprès des autorités russes, M. Kreitschmann, lequel ne parlait pas russe en plus. 

 La Russie a toujours été considérée comme un pays top prioritaire par le BND, au même titre que l'Iran ou la Syrie. Il paraît logique que le BND s'active pour obtenir des informations, entre autres a caractère politique. Selon Udo Ulfkotte, auteur d'un ouvrage paru en 1998 sur le BND, un diplomate russe en poste a Washington a proposé a un officier du BND de travailler pour Pullach dès qu'il revient en Russie. Il paraît alors logique que ce soit a la station de Moscou, dirigée par Kaundinya, de le "traiter". Toutefois il est assez incroyable que l"auteur "balance" ainsi une source du BND, ce qui ne peut manquer d'alerter le FSB, le contre-espionnage russe, qui fera tout pour démasquer (si ce diplomate existe, ce qui n'est pas certain) le traître...

De retour a Pullach en 1998, Kaundinya est nommé responsable-adjoint de la Division en charge de la Russie et du Caucase, de l'Asie centrale ,du Moyen-Orient , de l'Afrique du Nord. Le fait qu'il soit nommé a ce poste indique a mes yeux que il paraît bien avoir été chef de poste a Moscou et non chef-adjoint. pour des raisons bureaucratiques, car le BND, comme tout service permet a ses membres de s'élever dans la hiérarchie, mais en douceur, et la nomination d'un chef de station adjoint ( Même a un poste aussi important que Moscou) directement comme chef d'une division aussi importante est plutôt illogique. Peu d'informations sont disponibles si ce n'est évidemment le souvenir du soutien accordé par le BND ( Et donc par la Division commandée par Kaundinya)  en 1999 a l'UCK,Armée de Libération du Kosovo, alors en lutte contre les serbes, mais il est difficile de dire si cela relevait de la division de Kaundinya.

 En 2001 la tête de la Division chargée de la lutte contre le terrorisme international, le crime organisé, et du contre-espionnage du BND (poste qu'il occupe lors des attentats du 11 setpmbre puis lors de l'invasion de l'OTAN en Afghanistan, donc au minimum il est a la tête du service antiterroriste jusqu'au début 2002)

Ensuite, selon Schimdt-Eeboom, Kaundinya a été affecté a Delhi, ou il était en poste en 2005 (Ce qui fait un "trou" dans sa bio de 2002 a 2005). Une rapide recherche sur les listes diplomatiques de l'ambassade d'Allemagne a Delhi a donné ceci:

 
Embassy of the Federal Republic of GERMANY : Diplomatic List
As on July 25, 2005

Name     Designation
H.E. Mr. Heimo Richter     Ambassador Extraordinary and Plenipotentiary
Mr. Hans-Joachim Kiderlen                            Minister
Colonel (GS) Hubertus Von Schönfeldt            Defence Attaché
Dr. Michael Koch                                          Minister Counsellor (Head of Political Department)
Mr. Johann-Hinrich Ernst                               Minister Counsellor (Economic & Commercial)
Dr. Robert Weber                                         Counsellor (Political Department)
Mrs. Maria-Theresia Larretgére                      Counsellor (Administration)
Dr. Wolfhard Behrens                                   Counsellor (Development)
Mr. Dieter Kaundinya                                              Counsellor (Political)
Mrs. Anke Reiffenstuel                                 Counsellor (Culture & Education)
Mr. Michael Reiffenstuel                               Counsellor (Press)
Dr. Oliver Lamprecht                                    Counsellor (Economic & Commercial)
Dr. Hans-Wolfgang Benkel                           Counsellor (Medical Officer)
Mrs. Marian Schuegraf                                 Counsellor (Science & Technology)
Mr. York Schuegraf                                      Counsellor (Political) 

 

 

Cette information permet de se demander une première chose: le poste de Delhi serait-il , au sein du BND, devenu un poste honorifique , comme Washington, Londres, ou Paris? La réponse paraît négative, car pour le BND, l'Inde fait partie des pays prioritaires (mais pas comme la Russie hautement prioritaires) comme la Chine, l'Egypte , l'Afrique du Sud ou le Pakistan. En tout cas cette liste permet d'établir une possibilité d'identifier les chefs de poste du BND a l'étranger, de par leur couverture, mes connaissances du BND ( et de l'allemand) étant très insuffisantes....

 

Kaundinya, Dieter

Direktor im Bundesnachrichtendienst, Abteilungsleiter Organisierte Kriminalität, internationaler Terrorismus und Gegenspionage (seit 2001). 1959 bis 1960 Wehrdienst (Hauptmann der Reserve), Studium Indologie, Orientalistik,Politik, 1968 Eintritt in den Bundesnachrichtendienst. 1975 bis 1981 Resident in Tel Aviv. 1981 bis 1986 Resident in New Delhi. 1987 bis 1994 Leiter Zentral referate Auswertung und Beschaffung. 1994 bis 1998 Resident Moskau. 1999 bis 2001 Unterabteilungsleiter Aufklärung Osteuropa, Russland, Zentralasien, Kaukasus, Nahmittelost, Nordafrika.  

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05/11/2007

CURVEBALL

Il n'était connu que sous son pseudo a la CIA , CURVEBALL, pseudo connu depuis plusieurs années du public. Sa véritable identité est désormais révélée:

a6c266e9acb6ec33a262d36640319043.jpgCURVEBALL

Rafid Ahmed Alwan ,ingénieur chimiste irakien passé en Allemagne en 2000, a joué un rôle important dans un des événements les plus majeurs de la zone Moyen-Orient : C'est,entre autres, sur la base de ses informations, affirmant que le régime de Saddam Hussein possède un programme d'armes biologiques, et auquel se référa le secrétaire d'Etat américain Colin Powell lors de sa célèbre allocution du 05.02.2003 a l' ONU, que les Etats-Unis et plusieurs pays alliés (Entre autres la Grande-Bretagne, l'italie, l'Espagne) renversèrent le régime de Saddam Hussein.

 

b0ac377ffebdc8b34dc83f30a553d587.jpgAlan Foley                  Aujourd'hui ,il s'avére que les informations de "Curveball" étaient fausses. Débriéfé par le BND, le service de renseignement fédéral ouest-allemand, ses informations avaient été passées a la communauté US du renseignement. Les témoignages obtenus montrent bien, pourtant, que bien avant que l'Irak ne soit envahie, les informations de Curveball ne sont pas fiables. Témoignent en ce sens deux hauts responsables de la CIA a l'époque: Tyler Drumhueller dirigeait alors la Division Europe de l'Ouest de la Direction des Opérations de la CIA (Après avoir servi a Vienne comme Chef de station) et Alan Foley, ancien spécialiste de l'analyse des informations sur les armements soviétiques, qui en 2003 dirigeait le WINPAC (Weapons, Intelligence, Non-Prolifération and Arms Control Center) , une division analytique de la CIA chargée de l'analyse d'informations sur les armes , y compris chimiques ou biologiques.Pourtant, on utilisera les informations de Curveball, y compris lors du discours de Colin Powell.... Pour l'instant il n'a pas été possible de déterminer exactement ce qui s'était passé au niveau de la circulation de ses informations.

 

Le National Security Archive de l'université George Washington, que je félicite au passage pour ses dossiers toujours réellement passionants, vient de publier des documents, certains déclassifiés, sur CURVEBALL et la valeur de ses informations, sur son site 

10/04/2006

Le dossier Kutergin

DOSSIER KUTERGIN.en date du dimanche 09 avril 2006,02h23.Remise a jour le 20.09.2007

 

Au KGB ,le dossier était secret.Peu de personnes sont au courant de cette affaire,qui n'a guère filtrée,mais a fait des dégats au sein d'une des section les plus secrètes du renseignement extérieur du KGB.Il m'a fallu près de 1 ans pour obtenir des informations,et encore,j'en sais très peu.C'est en relisant le livre "Contre-espionnage.Mémoires d'un patron de la DST." de Yves Bonnet que je me lance,quand il indique que,pour le remercier des informations que la DST leur a transmises-extraites des renseignements de FAREWELL-Vladimir Vetrov-,le patron du BND ,sachant lui etre reconnaissant,lui transmet des informations sur les illégaux du KGB,venant "d'un colonel de la section N -illégaux- du 1er Directoire Général du KGB qui vient de faire déféction après avoir fourni 17 années durant des informations au BND...Après ca,je n'avais plus qu'a déclencher les recherches,la curiosité mise en éveille.Mais ce n'est que plusieurs mois après,en décembre 2004,en lisant un livre sur Youri Andropov,qui dirigea le KGB de 1967 a 1982,que j'ai pu coller un nom sur le transfuge:Léonid Kutergin

(si vous savez quelque chose sur ce dossier,n'hésitez pas a me contacter.Il y a très peu d'informations sur ce dossier....)

Aucune information n'est disponible sur Kutergin,sa vie,sa carrière au KGB URSS,quand il y est entré.si ce n'est que ,selon un article,il est décédé en 2001,malgré une différence d'age avec le général Pitovranov,chef de la section F,de 30 ans environ.Donc Kutergin-VIKTOR (son pseudonyme au BND ) est nédans les années 40.Son père est mort au front,tué par les nazis en 1942.Léonid lui-même est né dans un vilage de Vologodsk,dans une famille nombreuse.Obtenant la médaille d'or a l'école,il part étudier a Moscou,et entre sans piston a l'INYAZ,l'Institut des Langues étrangères de l'Institut d'Etat de Moscou,une des universités les plus prestigieuses.Dès la deuxième année,devient lui-même enseignant,montrant de grandes capacités.Lors de la quatrième année,il devient traducteur a la Section Internationale du Comité Central du Parti Communiste,et accompagne parfois a l'étranger des délégations officielles.

Kutergin a été en poste a Vienne vers 1974,et c'est la-bas que le BND l'aurait recruté,selon S.Tchértoprud.Mais selon Oleg Gordievski-interview a Radio Svoboda du 9 mai 2003 -,"l'Occident n'avait pas de bon agent dans le système soviétique jusqu'au recrutement de Kutergin en 1969". (-Gordievsky précise aussitot que,après ,il est devenu colonel du KGB,et a fui en Allemagne de l'Ouest dans les années 80.).Yves Bonnet,dans son ouvrage "Contre-espionnage" ,indique bien que le colonel du KGB qui vient de faire déféction au profit du BND "a travaillé 17 ans pour eux".Idem de la part du journal Times de 1985.Kutergin ayant fui en 1984,donc son recrutement doit dater de 1967.Sur les raisons de son recrutement ,selon Sergey Tchértoprud (ouvrage "Andropov et le KGB",edition russe,non traduit,page 278 ),quand il était en poste a Vienne,Kutergin a eu l'autorisation d'apprendre l'allemand dans une université.son voisin de chambre était un arabe,recruté par le BND.Le BND les a filmés -Kutergin était homosexuel- puis lui a montrée la vidéo prise lors de ses relations.......très intimes,avec son voisin de chambre.

medium_foertsch.jpgVolker Foertsch     Apparement,c'est Volker Foertsch,officier du BND,qui aurait recruté Kutergin (Foetsch est né le 30 juillet 1934.Entré au BND en 1956,il a longtemps travaillé en direction de l'URSS,puis a été nommé chef de la Sécurité interne du BND.Il a été dénoncé par un ancien capitaine du BND,Norbert Juretzko, comme étant une "taupe" des services secrets soviétiques,puis russes,au coeur du BND.Ce qui n'a jamais,jusqu'a présent ,été clairement établi. Eric Schmidt-Eenboom,chercheur allemand spécialiste des services secrets,estime de son coté que cette accusation portée contre Foertsch est une rumeur de ce qu'il appelle la "vieille garde du KGB".Parmi eux ,Yuri Drozdov,patron de la division des illégaux du renseignement éxtérieur du KGB de 1979 a 1991.Ses personnes n'auraient jamais pardonné a Foertsch le dossier Kutergin.-information du site Agentura.ru ).Au BND,Kutergin était enregistré sous le pseudo de VIKTOR.

Puis,dans les années 70,Kutergin est nommé a la section F,de la division N (illégaux) du renseignement extérieur (1ère Direction Générale,l'élite du KGB ) du KGB,une des sections les plus secrètes du KGB. C'est sous la pression de Krioutchkov que Kutergin fut nommé a ce poste.Ainsi,Krioutchkov,qui dirigeait la 1ere Direction Générale,éspérait mettre un des siens dans le service.

 

La 1ere Direction Générale (abréviation russe-PGU ) était le renseignement extérieur,l'élite du KGB.La division N était celle des illégaux.Sur cette période (en fait de novembre 1979 a mai 1991 ) la division N fut dirigée par Yuri Ivanovitch Drozdov,auparavant chef de station du KGB a Pékin puis New York.Créée en 1973,la section F (qu'on appelait aussi officieusement la "section P") de la division des illégaux ,agissant sous la couverture d'organisations commerciales,tel que le Ministère du Commerce extérieur ou la Chambre de Commerce et d'Industrie,était chargée de recueillir des informations auprès des élites occidentales;en échange ,ils pouvaient des affaires,assez avantageuses,en URSS.Les officiers de la section n'avaient pas de couverture diplomatique,ce qui les obligeait a etre particulièrement prudents .Son chef-officieux- était Evgueni Pitovranov,Ancien chef du contre-espionnage du KGB,qu'il dirigea de septembre 1946 a octobre 1951,il était,officiellement,a ce moment Président de la Chambre de commerce et d'industrie d'URSS.Pitovranov,se basant sur les cas allemands et chinois-ou les businessmans aident les services secrets assez activement - avait imaginé comment utiliser la Chambre de Commerce pour les besoins du renseignement extérieur.Le service avait obtenu des succès en direction du Japon et des Etats-Unis.Yuri Andropov,le patron du KGB de 1967 a 1982,suivait très attentivement le travail de la section F,et rencontrait régulièrement Pitovranov. D'après certaines informations,la section serait meme devenue un service chargé des missions les plus délicates ,tels que de recueillir des informations sur Brejnev et son entourage,ou encore dans les "pays frères"-du Bloc communiste.

Kutergin avait le soutien de la hiérarchie de la PGU,et c'était impossible de le mettre de coté a cause de son dossier:il avait recruté un américain,ce qui était très éstimé a cette époque.C'est uniquement pour des raisons de santé que Kutergin a été envoyé a la section analytique,ou il s'est avéré excellent pour écrire les rapports qu'on envoyait au sommet.Puis,des problèmes ont commencé a apparaitre a la section: opérations ratées , fuites d'informations...Ainsi,un homme politique américain recruté par la section décéda subitement.Un diplomate occidental recruté a Moscou par Pitovranov et qui avait transmis des informations sur la politique américaine et sur l'OTAN déclina subitement.

S'y ajoutèrent des informations venant des taupes du renseignement soviétique dans les services secrets occidentaux,qui permirent d'arriver a une meme conclusion:un traitre travaillait dans la section meme.Et le seul indice que le KGB avait ,était que il était "original",sexuellement...Une enquete fut aussitot lancée par le contre-espionnage du renseignement extérieur,qui passa au crible le personnel de la section.Ainsi les enqueteurs découvrirent que un officier de la section,s'envolant pour les Etats-Unis,sur demande de sa petite amie,transportait des objets de valeur et des documents confidentiels a son mari,parti vivre aux USA et qui était passé par Israel....Mais ce n'était pas le traitre.L'enquete patina,jusqu'a ce que,en juillet 1984,Kutergin,qui était l'organisateur du parti dans la section, fut envoyé en mission a l'Ouest et disparut.Ses vetements furent retrouvés au bord d'un lac.Le KGB supposa donc,au début, qu'il s'était noyé.Puis,ce meme informateur qui avait prévenu le KGB sur l'existence d'un traitre,affirma que Kutergin était toujours vivant et donnait des informations sur la section F au BND.Le KGB reprit son enquete,détermina les raisons de son recrutement,puis quelques collègues de bureau se rappelèrent de quelques détails étranges dans l'attitude de Kutergin : il ne courait pas après les femmes,il avait une coiffure presque ......féminine,ressemblant a celle de Angela Davis,et refusait de se faire couper les cheveux convenablement.Et quelqu'un s'est rappelé que on lui avait raconté que Kutergin allait dans des appartements secrets de la section en compagnie masculine...

Puis,des informations ont filtrées.Selon Le Monde ,"aurait fui un colonel du KGB de 48 ans,qui a travaillé en Afghanistan et au quartier général a Moscou.Il travaillait pour le BND depuis 17 ans.L'agent double,qui bénéficiait d'une couverture diplomatique,aurait effectué une mission a l'étranger a l'été 1984 et aurait fait déféction a partir d'un pays voisin de la RFA.Les autorités de Bonn n'ont ni commenté ni confirmé l'information"

Kutergin a travaillé 10 ans pour le BND alors qu'il était en poste au KGB; plusieurs années comme analyste principal de la section P:toutes les informations importantes qui allaient pour les hautes instances passaient par lui.Donc,le renseignement occidental a ainsi pu se faire une idée de qui travaillait pour le KGB.C'était une catastrophe.Suite a la déféction de Kutergin -VIKTOR,la section F a été dissoute suite a une réunion du Collège du KGB en date du 12.08.1985.  Pitovranov est décédé en 1999;Kutergin en 2001

 

Sources :Andropov i KGB,S.Tchértoprud,éditions yaouza.-édité en russe uniquement.pages 269 a 279

Contre-espionnage;Mémoires d'un patron de la DST.Yves Bonnet.Editions Calmann-Lévy.pages 214 et 215.

Agentura.ru Interview publiée sur le site en 2005 de Eric Schmidt-Eenboom

Le Monde du 27 octobre 1984 page 3-qui reprend les informations du journal allemand "Die Welt"

Times 22 octobre 1984

Note personnelle:navré,je n'ai guère le temps de me consacrer plus au site-je suis débordé-donc il faut du temps pour étudier,recouper,et faire publier une affaire.Sont en cours d'étude le dossier Zeev Avni,l'affaire du général Polyakov,et les opérations de la CIA et du MI-6 contre l'Irak durant ses 10 dernières années.Cordialement.