Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/08/2009

Brefs commentaires sur le livre de Richard Tomlinson

 

Je relis pour une énième fois le livre « Plus permis de tuer » de Richard Tomlinson, ancien officier du SIS, le service de renseignement extérieur de Sa Majesté, qui travailla au SIS de 1992 à 1995. Dans son livre, M.Tomlinson expose son travail au sein du Service, ainsi que des informations sur nombre de ses collègues. Cette nouvelle lecture, combinée à l' analyse de la fameuse liste des 116 officiers du SIS dévoilée sur Internet en 1999, m' a laissée une impression un brin désagréable sur certains points.

Certes, M.Tomlinson n' indique pas pourquoi il fut viré du SIS en 1995, lui même affirmant l' ignorer, mais indiquant que , selon un de ses anciens supérieurs, le SIS craignait de voir en lui un « Aldrich Ames en puissance dans le service » , c'est-à-dire que M. Tomlinson trahirait, au profit de qui on l' ignore.


Néanmoins, la lecture de cet ouvrage incite à faire deux remarques:

Primo, selon Richard Tomlinson, son licenciement est dû entre autres aux manoeuvres de « Fowerlook », un des anciens patrons, qui dirigeait la section «  SOV/OPS », chargée des opérations contre les soviétiques (Production, URSS) au Contrôleurat Europe de l' Est quand Tomlinson y fut affecté, en 1992. Mais pourquoi? Tout au long de son ouvrage, Tomlinson indique clairement que « Fowerlook » manigançait contre lui mais sans indiquer aucune raison.

Secondo, il est assez surprenant de voir le nombre d' officiers du SIS balancés dans la fameuse liste des « 116 » et que l' on retrouve dans l' ouvrage de Tomlinson! En effet, la liste cite 116 officiers du SIS, avec leurs identités complètes, leurs dates de naissances, leurs postes respectifs. Or Tomlinson en a connu plusieurs comme le montre son ouvrage, ou il change certes le nom des personnes concernées, mais pas leur prénom, ni leurs postes, y compris à l' étranger.

« Raymond Horner », chef adjoint de la Base du MI6 à Moscou en 1985, apparaît dans la liste comme étant Raymond Asquith, qui sera ensuite chef de station à Kiev de 1992 a 1997.

« Stuart Russel », remplaçant de Fowerlook à la tête de la section « Production URSS » au Contrôleurat Europe de l' Est et patron de Tomlinson, aurait été, selon Tomlinson, en poste à Stockholm, Moscou, Lisbonne. En comparant avec la liste, il n'est pas difficile d' identifier Stuart Brooks.

« Rupert Boxten », selon l' auteur, trois années en poste en Namibie, puis premier chef de la base «  cabane » de Tirana, en Albanie, de septembre 1992 à 1993, et qui prit sa retraite peu après. La liste permet de découvrir Rupert Bowen, qui quitta le SIS en 1994 et fut mêlé à une affaire de trafic d' armes avec la Sierra Léone durant la guerre civile.

Pour « Nick Fish », le fameux numéro deux de P4 (Productions Balkans, Contrôleurat Europe de l' Est) en 1993 ou Tomlinson a travaillé, il s' agit de Nicholas Fishwick! Tomlinson ne s'est guère foulé pour cacher son identité.

Idem pour ses camarades de promo! Derrière « James Baxter », qui fut « deux ans dans une école arabe du Caire », on reconnaît facilement James Baxendale, qui suivit de 1994 à 1996 les cours de la MECAS du Caire. Ou « Hare », un autre de ses camarades de promo, qui selon l' ouvrage de Tomlinson,suivait vers 1994 des cours d' espagnol pour être affecté au Chili. Il ne fallut pas longtemps pour découvrir que il s' agissait de Andrew James Brear.


Sans compter les informations données par Tomlinson dans ses interviews, ainsi que dans sa lettre au juge Stephan chargé de l' enquête sur la mort de Lady Diana à Paris dans un accident de voiture en 1997: Tomlinson y indique que Richard Fletcher était en 1993 à la tête du Contrôleurat Europe de l' Est (il apparaît sur la liste Tomlinson), ou Andrew Mitchell, un des camarades de promotion, affecté à la station du MI6 de Bonn dans les années 90 pour y traiter ORCADE, un important informateur au sein de la BUNDESBANK. Ou enfin Maurice Kendrick-Piercey, chef du secteur « Production Balkans », surnommé dans le livre de Tomlinson « Maillot de Corps », P4, ou « M.Halliday ».

Pour les petits malins ou les services secrets adverses, cette liste représente une aubaine. Pour le MI6,non. Même si certains, voire la majorité des officiers cités dans la liste étaient connus de leurs adversaires, tous pas forcément, premièrement. Deuxièmement, leurs noms sont carrément rendus publics, limitant fortement leurs possibilités de faire du renseignement,donc de défendre la Couronne.

Loin de l' auteur l' idée d' être un pro-britannique convaincu. Mais comme le disait le Premier Ministre britannique Lord Palmerton: Les anglais n' ont pas d' amis constants ni d' ennemis constants. Ils n'ont que des intérêts constants ». Comme tous les pays du monde, et c'est respectable.

Alors, certes, M.Tomlinson critique le SIS. Peut-être a-il raison. Mais étais ce une raison pour rendre aussi « voyantes » les opérations du MI6, en dévoilant leurs informateurs, leurs officiers traitants, donc en sacrifiant à ce point la sécurité de la Couronne?

16/03/2009

Le FSB fait-il de l' espionnage à l'étranger?

LE FSB A L' ÉTRANGER.

 

Il y a de cela quelques années, un auteur russe, Andrey Soldatov, écrivit que le FSB et le SVR s' étaient partagés les zones de compétence, le FSB faisant du renseignement dans la zone CEI, le SVR a l' extérieur. Au dessus de la mêlée, le GRU, chargé de faire du renseignement militaire. Cette thèse développée par l'auteur de l' article laissait un brun dubitatif: si c'est le cas, de quel service du FSB dépend ce fameux service d' espionnage qui ferait concurrence au SVR sur son propre terrain? Quelles sont ses missions? Et aussi, si partage des zones d' influence il y a, comment se fait il que le SVR dispose d'un représentant connu des autorités a Kiev, en Ukraine, et en Biélorussie à l' heure ou j' écris? La tradition veut que un représentant ne fait pas de l' espionnage dans le pays ou il est posté; il est chargé des contacts officiels avec les autorités locales, son identité est connue d' eux. Et aussi, faire passer des spécialistes du contre-espionnage ou des questions de sécurité au renseignement « offensif » n'est pas très facile; les formations ne sont pas les mêmes. Aussi, si le SVR dispose de représentants, est ce que cela ne serait pas, également, le cas pour le FSB?

 

Dmitri Medvedev et le Directeur du FSB Alexandre Bortnikov

On ne pouvait exclure que le FSB, comme nombre de services de sécurité, dispose d'un représentant sous couverture. Et ce sont les mémoires d'un ancien du FSB, Joseph Legan, parus en russe, qui ont confirmés cette thèse. Logan est un vétéran du KGB puis du FSB, avec pas moins de 35 années de service a son actif. Il a surtout travaillé au service d'inspection interne du KGB puis du FSB, chargé de découvrir et d' enquêter sur les fautes de travail commises par les services. Pour l' anecdote, c'est ce service qui mit à jour sous Gorbatchev un très gros scandale au coeur de la 3ème Direction principale du KGB, chargée du contre-espionnage militaire, qui a très peu filtré: Plusieurs affaires d' espionnage dont étaient chargés les services du contre-espionnage militaire étaient soit complètement fabriquées soit manquaient de preuves. Le scandale sera tel que le directeur de la 3ème Direction principale du KGB, Nikolaï Dushin, sera renvoyé a la fin des années 80.

Dans son ouvrage, Legan cite les exemples de deux responsables du FSB envoyés a l' étranger en tant que représentants du Service: Le premier est un responsable du service d' inspection du FSB qui sera envoyé en Mongolie. Le second est le général-major Petroukhine,qui sera envoyé comme représentant du FSB sous couverture diplomatique dans un pays asiatique de la CEI.

Enfin, que penser de Vitaly Vladimirovitch Burov, représentant du FSB a Washington sous la couverture de conseiller de l' ambassade de Russie depuis 2008.

Ses envois se font dans le cadre des accords de coopération, dont plusieurs commencent a être préparés en 1994, entre le FSB et différents services secrets, tels que la DGSE française et le Guojia Anquanbu, le Ministère de la Sécurité d' État chinois, comme le démontrent ses documents, faisant état de l' autorisation des responsables du FSK (prédécesseur du FSB) a commencer des négociations avec les services secrets concernés.

Un exemple de coopération: Ordre n°434 du Président de la Fédération de Russie du 15.08.1994 relatif a la coopération entre la DGSE française et le FSK, lequel est remplacé par le FSB en 1995. Le document indique clairement, entre autres, la possibilité de mettre en place un officier de liaison du FSK accrédité (Normalement sous couverture diplomatique) en France.

Ajoutons y les déclarations publiques de représentants du FSB a la presse ou par communiqué, qui font clairement référence a la coopération du FSB avec nombre de services secrets. Par exemple, Alexandre Bortnikov indiquera très dans une interview donnée à la mi-décembre 2008 que « Les représentants officiels du FSB sont dans 40 États ». Enfin, si le FSB fait du renseignement a l' extérieur, comment cela se fait il que aucun scandale n'ait éclaté sur ce thème, que aucun informateur n'ait été interpellé, aucun officier du FSB pris en flagrant délit? Et qui contrôle ce fameux service?

Sigle du 5ème Service du FSB, le Service d'information opérationnelle et des relations internationales.

Selon Andrey Soldatov, les officiers du FSB faisant du renseignement hors de la Fédération de Russie relèvent du Département de l' information opérationnelle du 5ème Service ( Service d'information opérationnelle et des relations internationales) du FSB, qui fut dirigée par Viatcheslav Oushakov jusque 2003 puis Sergey Besseda. Le 5ème Service, dont le patron actuel est Viktor Komogorov, est l' ancienne Direction d' analyse de l' information du KGB, créée en 1991. Le 5ème Service est donc chargé de l' analyse mais aussi des contacts avec les services secrets étrangers sur des sujets aussi délicats que la lutte contre le terrorisme ou les différentes formes de criminalité organisée.

Sigle du Département d'information opérationnelle, sigle copié sur le SVR.

Mais la thèse de Soldatov fait elle référence aux représentants du FSB ou a une sorte de « renseignement extérieur » du FSB, concurrent du SVR? La question mérite d' être posée, en effet, au sein du 5ème Service, une différence est établie entre la Direction des relations internationales, dirigée par le général Alexey Koziura, et ce fameux Département de l'information opérationnelle, dont une des seules traces laissées est la présence de son patron, Sergey Besseda, en Abkhazie, après que ce pays ait proclamé son indépendance, pour assister a un tournoi de tennis! Peut-être, évoque Soldatov, ce Département est chargé de remplacer les anciennes antennes du renseignement agissant depuis la Russie contre les pays voisins? Ce n'est pas a exclure, mais nous manquons de données concrètes pour clairement distinguer entre représentants officiels, espionnage du FSB a l' étranger, et opérations menées depuis le territoire de la Fédération de Russie contre les voisins.

28/01/2009

Comment travaillent et travaillaient les services secrets en direction de l' URSS puis en Russie.

COMMENT TRAVAILLENT ET TRAVAILLAIENT LES SERVICES SECRETS EN DIRECTION DE L'URSS PUIS EN RUSSIE

 

Cette note se base sur des informations tirées non seulement d' ouvrages mais aussi de documents déclassifiés, entre autres extraits des rapports annuels d' activité du KGB d' URSS, qui fournissent des éléments très intéressants d'information. Il convient de rappeler que durant l' existence de l' URSS la « surveillance omniprésente » du KGB relève dans certains cas plus du mythe que de la réalité: D'une part la 7ème Direction du KGB (Brigade de surveillance) n'avait pas les moyens de suivre toutes les personnes qui l' intéressaient (manque d' effectifs) et d'autre part il est absurde de suivre en 24/7 (24h/24 et 7 jours sur 7) une « cible » sauf si vous voulez la décourager de faire du travail d' espionnage. Mieux vaut au contraire « cibler » les moments ou elle est surveillée et ce pour éviter que la personne se rende compte que elle est sous surveillance constante et avoir plus de chance de découvrir son réseau d'informateurs. Néanmoins, le contre-espionnage du KGB était capable en effet, si la nécessité se faisait sentir, de mobiliser d'importants effectifs pour suivre une personne.

 

ALLEMAGNE. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail du BND a Moscou même, le service paraît plus avoir concentré ses efforts sur la RDA, ainsi que l' Europe de l' Est ( Pologne et Tchécoslovaquie). Par exemple,la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 évoque l' arrestation d'un agent du renseignement extérieur de la RFA, citoyen tchécoslovaque.

Néanmoins, quelques informations apparaissent:le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque des personnes des « pays tiers » expulsés d' URSS pour espionnage au profit des « services de renseignement de la RFA ».

Une autre couverture utilisée est celle des sociétés allemandes travaillant sur le territoire soviétique. Le rapport n°414-A du 28.02.1977 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1976 évoque par exemple l' arrestation pour espionnage d'un citoyen allemand, Chtchedrov, consultant de la firme ouest-allemande « Stubbe ». Le rapport n° 877-A/OB du 31.03.1981 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1980 évoque toutefois deux citoyens soviétiques arrêtés pour espionnage au profit du renseignement extérieur de la RFA. Un autre cas a été dévoilé en 1986 quand est condamné un dénommé Ilya Suslov,qui transmettait des informations a caractéristique technologique au BND par l' intermédiaire du représentant d'une société allemande a Moscou.

Aujourd'hui le chef de station du BND a rang de conseiller de l' ambassade allemande a Moscou. Un de ses derniers chefs a Moscou (au début du mandat de Vladimir Poutine comme président) avait été représentant du BND a Beijing dans les années 80.

 

CHINE. La dégradation des relations sino-soviétiques a entraînée une activation du travail du KGB et du GRU en direction de la Chine communiste, et réciproquement le Shihuibu (renseignement extérieur) et le Gonganbu (Ministère de l' Intérieur, responsable entre autres du contre-espionnage), puis leur successeur a partir de 1983, le Guojia Anquanbu (Ministère de la Sécurité d' État, chargé du renseignement extérieur et du contre-espionnage) ont multipliés les opérations de renseignement en direction de l' URSS. Une des méthodes utilisées par les services secrets chinois était l' envoi de faux transfuges, chargés après débriefing par les autorités soviétiques de s' implanter durablement dans la zone Extrême-Orient en URSS. Les rapports annuels d' activité du KGB, déclassifiés pour la plupart, citent abondamment cette méthode comme exemple. Par exemple le rapport n°709-A/ du 30.03.1976 , relatif a l'activité annuelle du KGB pour l' année 1975 évoque deux agents du renseignement chinois démasqués par le KGB parmi les personnes fuyant la Chine communiste, chargés d'une mission de renseignement (apparement a court terme). La note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981 évoque quand a elle 7 agents du renseignement chinois démasqués,qui officiellement fuyaient la République populaire de Chine. Idem pour la note n°547-Tch/OB du 15.03.1983 relative a l' activité du KGB pour l' année 1982 qui évoque 10 espions chinois démasqués parmi les personnes fuyant le régime de la RPC. Autre méthode plus classique, l' envoi de personnes traversant illégalement la frontière dans la zone Extrême-Orient. Autre méthode utilisée, évoquée dans la note n°728/A-OB du 10.04.1982 relative a l' activité du KGB pour l' année 1981, l'envoi par la RPC d' agents parmi les personnes venant de pays du tiers monde.

 

CORÉE DU NORD. Le renseignement nord-coréen a travaillé en direction de l' URSS par les voies suivantes: envoi d' espions dans la région Extrême-Orient; travail de collecte de renseignement a partir de l' ambassade de Corée du Nord a Moscou; envoi de militaires auditeurs dans des écoles militaires soviétiques et chargées de recueillir des informations. La chute de l' URSS lui a ouvert de nouvelles possibilités dans la recherche de renseignements a caractère technologique, entre autres sur la question des armements ou des scientifiques. Deux scandales ont impliqués des activités du renseignement nord-coréen en Russie, en 1993 et 1994 respectivement, autour de tentatives d' obtentions d' informations a caractère technologique, surtout militaire.

 

ÉTATS-UNIS. La toute jeune CIA a due attendre 1953 pour pouvoir envoyer son premier officier sous couverture diplomatique a Moscou, et 1961 pour y nommer son premier chef de station, Paul Garbler. La station de la CIA a Moscou a été très active durant la guerre froide, comme le montrent la liste des informateurs traités qui furent démasqués. Citons Léonid Poleshuk, Oleg Penkovsky, Adolf Tolkachev, Evgueni Kapoustine, Dmitri Polyakov, Vladimir Vassiliev, qui étaient respectivement Officier de la sécurité interne du renseignement extérieur du KGB, colonel du GRU, ingénieur dans le domaine de l' éléctronique de pointe, travaillait dans une usine, général du GRU, colonel a la division des illégaux du GRU.

A partir du milieu des années 70, suite a l' interpellation d'un officier de la station de Moscou, Edmund Kelly, en Arménie alors que il avait un contact avec un informateur sur place,le traitement des informateurs se faisait a Moscou, ou bien a Léningrad, ou la CIA avait ouvert une base sous couvert du consulat général des États-Unis. Parmi les dirigeants de la Base CIA de Léningrad dans les années 80, citons Barbara Brian, Léonard Belgard, Michaël Grivski entres autre. La CIA s' appuyait sur les informateurs recrutés hors URSS ainsi que ceux qui proposaient leurs services en URSS même. Les recrutements en URSS étaient plutôt rares. La station de Moscou, qui au début ne comptait que 5 officiers environ, a atteint dans les années 70-80 le chiffre de 8 a 12 officiers traitants sous couverture diplomatique. Les informations aussi bien a caractère politique que économique ou militaire intéressaient la station de Moscou, qui pouvait dans certains cas compter sur l' aide de diplomates du département d' État. N' était pas épargné le travail contre le KGB et le GRU.

La CIA n'était pas seule a Moscou, faisaient aussi du renseignement les attachés militaires dépendants de la DIA, et le poste NSA a Moscou. On ignore le degré de coordination a Moscou même entre ses différentes structures. Toutefois, Rem Krassilnikov, dans ses mémoires, évoque Jack Roberts, officier en poste pour la NSA a Moscou dans les années 70 et qui sera envoyé a l' ambassade US a Kaboul après l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan.

La chute de l' URSS a ouvert de nouvelles opportunités de renseignement, car la Russie continue a être un concurrent sérieux des USA, et nombre d' informations sont a présent disponibles par le biais des sources ouvertes. Ses dernières années, c'est surtout la DIA qui s'est distinguée par son activité sur le territoire russe. Une coopération existe aussi entre les services secrets US (CIA, DEA etc..) et ceux de la Fédération de Russie (FSB et SVR surtout). Un des derniers chefs de station de la CIA a Moscou identifié est Robert Dannenberg, en poste de 2001 a 2003, et qui est entré dans le privé en 2007.

 

FRANCE. Le SDECE a ouvert un poste a Moscou dès les débuts de la guerre froide; Son premier représentant sur place clairement identifié est la dès 1951,il s'agit du commandant Perret, officiellement « attaché militaire adjoint ».Il est remplacé en 1955 par le capitaine Michaud, également chef du poste SDECE a Moscou sous la même couverture. La couverture de « attaché militaire adjoint » paraît refléter la priorité du SDECE que constitue le renseignement militaire, même si la collecte du renseignement politique et la question de la sécurité de l' ambassade n'est pas a négliger. Selon différents auteurs, le poste SDECE aurait été fermé au début des années 70 par Alexandre de Marenches, lequel estimait que il ne servait a rien de maintenir une station a Moscou puisque il était impossible d'y collecter du renseignement! Nous n'en sommes pas certains mais nous n' excluons pas que le dernier chef de poste soit Bernard Grué, qui quitte Moscou en 1971 officiellement comme attaché militaire adjoint et occupera dans la deuxième moitié des années 70 le poste de Directeur du renseignement du SDECE.

Le rapport du 03.12.1976 du chef de la 5ème Direction du KGB d' URSS Philip Bobkov, « Note analytique relative au caractère et aux raisons de certains comportements négatifs parmi les chercheurs et les étudiants », évoque la création par le Quai d' Orsay d'un service baptisé « service de la coopération » et qui, selon le rapport, « servirait a l' envoi, sous couverture de ce service, dans les établissements d' enseignement soviétiques, d' espions et d' agents ». Ses informations n'ont pu être confirmées.

La DGSE remplace le SDECE en 1982, mais elle n' a pas réussi a être un service très offensif en direction de l' URSS, malgré les efforts entrepris par Pierre Marion ( dès 1982) puis l' amiral Lacoste en ce sens. Le poste de Moscou a alors été rouvert, vers 1982 environ. Priorité est donnée a la collecte du renseignement « ouvert », par exemple en faisant « parler » les personnalités lors de cérémonies officielles, ainsi que l' utilisation de personnes, par exemple originaires de pays africains francophones, en URSS. La chute de l' URSS a ouvert des opportunités, mais le poste de la DGSE a Moscou semble plutôt privilégier le travail de relation avec les autorités russes et la collecte du renseignement ouvert, ainsi que le renseignement militaire par le biais du bureau de l' attaché militaire de l' ambassade de France. Ses chefs de stations sont des militaires de carrière, qui occupent une couverture diplomatique.


GÉORGIE. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili a entraînée des changements dans les structures du renseignement géorgien. Ainsi, le service de renseignement extérieur, auparavant partie intégrante d'un Ministère de la Sécurité d' État, a gagné en indépendance; il dépend directement du Président.

Un article de la presse russe a évoqué le nom d'un diplomate géorgien présenté comme étant le chef de station du renseignement géorgien a Moscou en février 2004, un dénommé Nugzar Grzelichvili.. Les vérifications entreprises ont en tout cas confirmées la présence a Moscou de cette personne qui avait, selon les listes diplomatiques de 2005 et 2006, grade de conseiller supérieur de l' ambassade géorgienne a Moscou. Confirmation quand son successeur est identifié: Arrive en 2007 a l' ambassade géorgienne a Moscou, pour reprendre le bureau de Grzelichvili, Iraki Kotetishvili, auparavant ministre-adjoint du Ministère de la Sécurité d' Etat géorgienne, ou il coopéra très étroitement avec les russes dans la lutte contre le terrorisme tchétchène, entre autres dans la vallée du Pankissi en Géorgie.

Depuis février 2008, c'est un diplomate professionnel, Guéla Bejouachvili, qui est a la tête du renseignement extérieur spécial géorgien. Le nouveau service spécial de renseignement extérieur  géorgien a eu cette année-la les honneurs de la presse non seulement pour avoir inauguré son site Internet (qui, petit défaut, met du temps a charger) mais aussi pour le démantèlement d'un réseau durant les grandes vacances qui s' efforcait de collecter des informations dans le domaine militaire. Le réseau ne paraît pas avoir été dirigé a partir de la station du renseignement géorgien a Moscou mais plutôt directement avec des officiers traitants opérant depuis le territoire géorgien. Selon la presse russe, le renseignement géorgien s' intéressait aux objectifs stratégiques de la région fédérale Sud de la Fédération de Russie. Et ce en plein conflit ossète! La récente rupture diplomatique entre la Russie et la Géorgie a potentiellement posé des problèmes au nouveau service de renseignement spécial extérieur géorgien, qui ne peut plus agir a partir de son ambassade a Moscou. En tout cas tous ses événements n'ont pas empêchés le Président de la Géorgie de décorer le patron du service spécial de renseignement extérieur géorgien "for their recent conduct, professionalism and contribution to the defence and integrity of Georgia (Communiqué du 08.10.2008 disponible sur le site du renseignement extérieur géorgien)

 

GRANDE BRETAGNE. Le poste SIS Moscou a été particulièrement discret durant la guerre froide. Il était hors de question pour le gouvernement britannique de recommencer un éventuel «  complot Lockhart ». Le renseignement se fait plus par le biais des antennes situées hors du bloc communiste. Néanmoins, la station du SIS Moscou, discrète, prendra part a quelques opérations réussies, par exemple le traitement de Oleg Penkovsky dans les années 60 et l' exfiltration de Oleg Gordievsky en 1985. Priorité était donnée au traitement des rares sources disponibles sur place, a la collecte du renseignement politique, a la coopération avec le bureau de l' attaché militaire, a la mise en place de lieux de rencontre et de « boîtes aux lettres mortes » sûres, et a découvrir les méthodes de travail et le personnel de la brigade de surveillance du KGB. La station de Moscou s'est fortement activée suite a la chute de l' URSS, et a été mise sur la sellette suite a différents scandales, successivement en 1994,1996, et 2006.

IRAK. Très peu d' informations sont disponibles sur le travail des services irakiens en URSS puis en Russie. Toutefois quelques informations filtrent des rapports déclassifiés ou de déclarations officielles. Le rapport du KGB sur ses activités annuelles pour l' année 1980 fait référence a la découverte d'une rézidentura du renseignement irakien sur le territoire soviétique, « composée de citoyens irakiens et d'autres pays arabes, vivant constamment en URSS ».Le rapport rendu le 22.01.2002 relatif a l' activité du FSB pour l' année 2001 fait également état de l' interpellation de personnes travaillant pour les services secrets irakiens, sans que l' on en sache plus.

ISRAËL. Le Mossad semble, durant la guerre froide, ne guère avoir été actif derrière le Rideau de fer, au profit du Nativ, créé spécialement a cet effet en juin 1951 sur ordre de David Ben Gourion, et dont la mission fut assez particulière: Le Nativ était chargé de diriger et coordonner le travail d' émigration des juifs vivant derrière le Rideau de fer. Pour cela, le Nativ disposait de représentants a Vienne mais aussi aux États-Unis, a Londres, et derrière le Rideau de fer, chargés de faire du lobbying auprès des autorités occidentales mais aussi de garder le contact avec les juifs soviétiques. Pour leur travail, les officiers du Nativ établissaient des contacts, distribuaient, parfois secrètement, des Tora, jouaient la navette entre les juifs soviétiques et leur famille vivant en Israël etc..

Ce travail, qui ne ressemble guère a celui d'un service secret, était mené dans les règles de la clandestinité, cette activisme ne plaisant guère au contre-espionnage du KGB. Le premier représentant a Moscou fut Nechemia Levanon, en poste de juillet 1953 a août 1955 (expulsé). Un de ses remplaçants sera Benyamin Eliav dans les années 50, puis Yehoshua Pratt de 1959 a 1962. Suite a la rupture des relations diplomatiques entre Israël et l' Union Soviétique en 1967, le Nativ continua son travail a partir de l' ambassade néerlandaise a Moscou. De 1988 a 1991 c'est Yaakov Kedmi qui dirige la station du Nativ a Moscou. Il sera ensuite a la tête du Nativ, de 1992 a 1999.

Le Mossad ne paraît pas s'être investi dans les missions d'espionnage et de renseignement derrière le Rideau de fer, sans doute a cause du rôle spécifique du Nativ, mais aussi a cause de la priorité accordée aux pays du Moyen-Orient. Un des premiers représentants du Mossad en poste a Moscou est Reuven Dinnel, officiellement conseiller d'ambassade, arrivé en 1992, il est le représentant du TEVEL (« Diplomatie alternative) a Moscou, mais sera expulsé en 1995 pour espionnage. L'arrivée du Mossad en Russie n'a pas empêchée le Nativ de continuer ses activités, le service existe toujours, bien que il soit parfois question de le dissoudre, et sa mission n'a pas changée.

SYRIE. Le rapport de l' activité du KGB pour l' année 1977 se contente d' évoquer l' expulsion du secrétaire-archiviste de l' attaché militaire de l' ambassade de Syrie a Moscou.

 

TURKMÉNISTAN. Le service de renseignement turkmène, le KNB, Comité pour la Sécurité Nationale, apparu au lendemain de l' indépendance du pays, a ouvert une station a Moscou sous couverture de l' ambassade, dont la mission paraît être en premier lieu.. la collecte de renseignement contre les opposants au régime turkmène hébergés en Russie. En tout cas,le premier chef de poste du renseignement turkmène identifié est Rakhmanguli Allakov, arrivé a Moscou en octobre 1993 comme 3ème secrétaire et chef de station a partir de 1994, et qui avait précédemment fait ses classes a la 5ème Direction du KGB (« contre-espionnage idéologique »). Idem pour son prédécesseur a partir de 1996, Serdar Annayev, qui d'après une information s' était illustré dans la lutte contre l' intelligentsia a Ashkabad. Les officiers de la station du KNB a Moscou ont été mis en cause a plusieurs reprises pour leurs actions contre les opposants réfugiés a Moscou. Par exemple, selon la presse russe, Allakov aurait tenté de forcer un poète-dissident, Velsapar, de revenir au Turkménistan; ou les tentatives de recrutement de turkmènes a Moscou par son successeur en octobre 1997 pour surveiller les milieux dissidents. Annabayev a exercé son poste a Moscou jusqu'au début des années 2000 (En 2001 il était toujours "Premier secrétaire") avant de quitter la capitale russe. Son remplacant a ce poste fut sans doute Orazmuhamed Charyev, en poste a Moscou jusque 2005-2006, et qui fur remplacé par Maskat Annabaev en 2007. Ils se sont faits, en tout cas, beaucoup plus discrets a Moscou que Allakov et Annayev.

 

TURQUIE. Les intérêts turcs et russe s' opposent dans la zone Caucase, c'est par conséquent leur principal champ de bataille. Aucune information n'a filtrée sur le travail de la station du MIT a Moscou, ou plus précisément en Russie et en URSS.

Chef du contre-espionnage militaire pour la région militaire Caucase de 1964 a 1972, Boris Geraskine indique que du côté des voisins de la zone Caucase, c'est le renseignement turc qui était le plus actif, par exemple a travers son consulat a Batoumi.

Suite a la chute de l' URSS et a l' instauration de la Fédération de Russie, un peu plus d'informations sont disponibles: Un documentaire du FSB indique que le chef de station du MIT, apparement au début des années 90, était Ergan Szoi, qui dirigea en 1995 la section chargée de couvrir la Russie au QG du MIT. Le FSB a, a plusieurs reprises, mis en cause le travail du MIT dans la zone Caucase, entre autres en Tchétchénie. En 1995 est par exemple arrêtée Madame Chansli, une femme d'origine bulgare, qui a été recrutée par le MIT et essayait d'obtenir des informations a Krasnodar sur le fonctionnement et le travail des services de la police et du FSB locaux. La même année, un journaliste, Isak Kendir, est arrêté au Daguestan. On trouve aussi sur lui deux documents d'identité au nom de Itsak Kasap. est expulsé. Selon les autorités russes, le journaliste était en réalité un cadre du MIT chargé des contacts avec Djokar Dudaïev, leader des séparatistes tchétchènes. Doudaïev se servait de ce journaliste pour entretenir des contacts avec les autorités turques, et par exemple exiger d'elles que elles reconnaissent l' indépendance de la Tchétchénie .Kasap-Kendir, ainsi que un officier du MIT du nom de Hussein, chargé des contacts avec Doudaïev, sont expulsés..

Patron du 1er département du FSB (contre-espionnage), Oleg Syromolotov, dans une interview donnée en 2002 a la Rossiskaya Gazeta, citera, parmi les services secrets entretenant des contacts avec les séparatistes, ceux de la République de Turquie.

On peut aussi supposer une certaine coordination entre MIT et services russes a propos de la lutte contre les bandes armées en Tchétchénie, même si la position turque sur ce sujet manque de clarté. A plusieurs reprises, les autorités russes ont interpellées des citoyens turcs se battant dans les bandes tchétchènes. Citons comme exemples Ali Ollu, qui combattit les russes de 2001 jusqu'à son interpellation le 29.12.2005 en Russie, ou bien Abou Zar, qui prépara plusieurs groupes de terroristes dans la vallée du Pankissi en Géorgie. La Turquie est aussi un point de passage pour aller en Tchétchénie; Alexandre Zdanovitch, alors a la tête des relations publiques du FSB, cite comme exemple dans une interview du 15.08.2000 Muhammad Wahab, qui passa par la Turquie puis la Géorgie, et fut arrêté en 2000.

23/01/2009

Guerre du renseignement au sein de la Commission européenne?

GUERRE DU RENSEIGNEMENT AU SEIN DE LA COMMISSION EUROPEENNE?

Beaucoup est dit et écrit sur les guerres du renseignement, sur des thèmes incontestablement intéressants. Citons la lutte du FBI contre les espions soviétiques (ESPIONS ROUGE DE PIERRE HUS ET GEORGE KAPOCZI); la lutte de la CIA contre les soviétiques en Afghanistan (LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON de GEORGE CRILL; CIA-KGB LE DERNIER COMBAT de MILTON BEARDEN et JAMES RISEN); le travail du KGB dans le monde et y compris en URSS (KGB CONTRE L' OUEST DE ANDREW ET GORDIEVSKY; KGB DE JOHN BARRON; plus beaucoup d' autres ouvrages, y compris russes) , mais aucun ne se concentre sur la question de l' espionnage au sein de la Communauté économique européenne, puis l' UE.

Pourtant, les recherches effectuées ont permis de découvrir a trois reprises l' existence d' espions de pays occidentaux parmi les membres de membres de leurs pays, au sein même de la délégation permanente de leur pays auprès de la Commission européenne.

Peut être cité un haut responsable d'un service secret d' Europe occidentale spécialisé dans la lutte antiterroriste au début des années 2000, Monsieur H. Le nom de cette même personne apparaît dans la liste de 2007 de la délégation permanente de son pays auprès de l' Union Européenne..Un hasard?

Citons aussi tel pays, occidental aussi, qui dispose d'un chef de station sous couverture de conseiller d' ambassade a Bruxelles. Précision sur ce fameux chef de station, il fut auparavant en poste dans un pays de la zone Afrique ainsi que dans un pays asiatique. Pourtant, un autre officier de ce même service se trouve a la même période en poste dans la délégation permanente de ce pays auprès de la Commission...

Exemple beaucoup plus concret est celui de l'anglais Simon Butler-Madden. Ce professionnel du Secret Intelligence Service (35 ans de carrière) a démarré sa carrière au renseignement de Sa Majesté en 1966. Premier poste a l' étranger: Deuxième secrétaire a la délégation britannique auprès de la CEE a Bruxelles de 1969 a 1972..

 

Si les services secrets des Etats membres de l' UE s'amusent a placer leurs espions au coeur de la Commission européenne, dans quel but?

Il serait intéressant de travailler sur la question, en effet, de la place du renseignement au coeur même de la Commission. Richard Tomlinson, dans son ouvrage, ainsi que Roger Faligot, dans son volumineux « Histoire des services secrets français depuis 1870 » font bien référence a quelques opérations d' espionnage, de la DGSE contre la Grande-Bretagne lors des négociations de 1986, ou de celles de la station du SIS a Paris dans les années 70. Néanmoins ce n'est que la pointe d'un très gros iceberg. Le cadre du « marché commun » n'a jamais empêché les batailles entre États, et ce pour obtenir la plus grosse part du gâteau, politiquement mais aussi économiquement. Tout pays n'a pas d' ami constants ou d' ennemis constants, seulement des intérêts constants,pour paraphraser Lord Palmerton. Et il serait intéressant de se demander ce que font des espions au coeur de la Commission. S'agit-il d'espionner les « amis » ou la Commission carrément?

14/12/2008

Répressions et réhabilitations en URSS des années 50 a Gorbatchev

Répressions et réhabilitations en URSS des années 50 a Gorbatchev

Beaucoup a été écrit et dit sur ce sujet, néanmoins, nous avons pus constater que certains épisodes de cette histoire tragique de l' Union Soviétique sont passées inaperçues, c'est pourquoi il convient de revoir, corriger, et apporter des précisions.

Premier point a revoir, la « déstalinisation » est liée a l'année 1956 avec la « dékrouchtchévisation ». cette affirmation n'est que en partie exacte. Si en effet en 1956 commence la réhabilitation de nombre de personnes envoyées dans les camps de travail sous Staline, les premières réhabilitations commencent .. sous Staline lui-même: Citons par exemple Nikolaï Erdman, dramaturge et scénariste, envoyé en prison en 1933, puis libéré et qui reçoit le prix Staline en 1944.

La période stalinienne se caractérise en réalité par un mouvement ambivalent,  fait de répressions, d'arrêt de ses répressions, puis dans un nombre très limité de cas de réhabilitations.

deuxième nuance a faire, on peu dater les débuts de la déstalinisation peuvent être datés de 1953, et ce par deux actes symboliques: la première est la reconnaissance ouverte de l' innocence des médecins accusés dans le complot des blouses blanches; deuxièmement, c'est l' arrêt définitif, avec Staline, des méthodes de terreur massive vis-a-vis de la population.

Deuxièmement c'est un document, peu connu, daté de 1954 du comité central du PCUS,qui donne ordre de réexaminer un certain nombre d'affaires, de personnes accusées de crimes contre révolutionnaires. Dans ce but sont créées des commissions, aussi bien au niveau national que local, comprenant des représentants du KGB, du MVD, de la Procurature ou de la Procurature Générale. Ses commissions étaient chargées de réexaminer les cas des personnes condamnées par les collégiums du GPU et ses successeurs, ainsi que le collégium militaire de la Haute cour d' URSS, et les tribunaux militaires, ainsi que les personnes déportées conformément au décret du présidium du Haut conseil ' URSS du 21.02.1948.

Sur la période mai 1954- avril 1956, la commission réexamina 337183 personnes emprisonnées. Parmi elles, pour 153502 personnes, l' affaire fut classée sur la base du décret du 27.03.1953 «  De l' amnistie », ou bien la fin de leur déportation, la baisse de leur peine etc.. Seules 14338 personnes sont réhabilitées. Pour 183681 personnes, la sanction est laissée telle quelle (54,5% par conséquent)

Les réhabilitations prennent effectivement de l' ampleur a partir de 1956 avec le discours secret de Khrouchtchev.

Concernant les réhabilitations, un des principaux auteurs est, ironie de l'histoire, un officier du KGB, le général Borisoglebsky, qui dirigera ensuite la direction du personnel du KGB. Borisoglebsky trie les priorités: En premier réexaminer les dossiers des personnes qui sont encore enfermées dans les camps (les Lagérii, attention! GOULAG comme on les appelle parfois est une erreur, GOULAG désignant la « Direction principale des camps »); ensuite, les personnes qui ont été libérées mais qui ont été déchues de certains droits. Au sein du KGB sont également créés des groupes de travail chargés de réexaminer les cas des personnes concernées.

Toutefois, quelques nuances sont a faire:
Primo, le discours de Khrouchtchev n'était pas destiné a l' Ouest, mais uniquement aux membres du Parti, mais qui suite a une fuite d'information en provenance de Pologne, se retrouvera entre les mains des services secrets occidentaux puis en une du New York Times! Ce qui montre que le but de Khrouchtchev était de « laver le linge sale en famille », sans avoir a l' étaler sur la place publique.

Secondo, toutes les victimes des répressions ne sont pas réhabilités, certains ne le seront que bien tardivement. Notons que la destalinisation de 1953 a 1961 ne touchera que 1/5 des victimes de répressions:Selon Alexandre Karbaïnov,directeur du centre de relations publiques du KGB de 1990 a 1992: Des années 30 jusqu'à La mort de Staline (c'est a dire 1953) les répressions ont touchées 3778234 personnes, parmi elles, 786098 furent fusillées; Notons que ses répressions ont touchées soit des personnes innocentes, mais accusées, dans le climat de paranoïa ambiante, soit d'être des « trotskistes », « espions fascistes allemands » etc... soit sans doute des personnes réellement coupables d' infractions, malheureusement l'article n'est pas assez précis la dessus, ne les distinguant pas. Seul chiffre disponible a ce sujet, 11000 personnes environ ne sont pas réhabilitées pour avoir soit participé aux répressions, soit avoir collaborés avec les nazis.
Toujours est il que sur ses personnes réprimées, seuls 737000 environ sont réhabilités sur la période 1953-1961. Les réhabilitations paraissent avoir été freinées sous Brejnev, en tout cas on n' en retrouve aucune allusion dans les rapports du directeur du KGB Youri Andropov a sa hiérarchie. Mais elles ont reprises beaucoup de constance sous Mikhaïl Gorbatchev, puisque selon Karbaïnov toujours, sur la période 1988-1989 pas moins de 844000 personnes approximativement sont réhabilitées. Chiffre conséquent, dû selon Karbaïnov a la création au sein des services territoriaux du KGB d' équipes chargées de réexaminer les dossiers.

D'autres personnes ne seront jamais réhabilitées car auteurs de certaines infractions. Ce sera par exemple le cas de certains hauts responsables de la Sécurité d' État. Par exemple le commissaire du peuple Mikhaîl Frinovski, fusillé en 1940, et ancien haut responsable de la Sécurité d' État en Azerbaïdjan.

Notons aussi le déni de droits pour certaines minorités considérées comme « traîtres » par Staline, qui malgré la « déstalinisation », ne sont pas pleinement rétablies dans leurs droit, par exemple les tatars de Crimée.

S'est aussi posée la question de la responsabilité des personnes qui « fabriquaient » des affaires. Ironie de l'histoire, on relève les premiers cas... dès 1939. En effet, dès l'arrivée de Beria a la tête du NKVD sont licenciés du NKVD pour contre révolution, ou  pour infractions dans le cadre des fonctions 23% des cadres,ajouté a une série d' actes juridiques, par exemple «  O nédostatkakh v slédstvénoï rabotié organov NKVD ». (« Sur les insuffisances dans le travail d' enquête du NKVD »). Il n'est pas certain, comme l' a montré par exemple le « complot des blouses blanches » (Médecins accusés d'avoir prévus des assassinats de hautes personnalités soviétiques, qui seront innocentées a la mort de Staline) que ses instructions aient été respectées.
Toutefois, une nouvelle fois, c'est la période Khrouchtchevienne qui va donner une certaine impulsion. Certaine car limitée! Comme le constate dans une remarquable étude relative aux réhabilitations a partir de 1954 O.V.Lavinskaya, les procureurs et les organes du parti refusèrent de sanctionner, le plus souvent, les auteurs d' infractions qui étaient toujours vivants. On relève néanmoins quelques exceptions: Par décision du comité du parti régional du 11.10.1955 est renvoyé l' adjoint du directeur de la Direction du KGB de la région Amour D.F Tikhonov.

Alors, combien de personnes ont été jugées pour avoir fabriqués de fausses affaires? Alexandre Karbaïnov donne, la aussi, quelques chiffres: Il évoque, pour les années 50 (sans être malheureusement plus précis), 1324 officiers du NKVD (Qui comprend non seulement la police et la Sécurité d' État, mais aussi les pompiers et la Direction principale des camps) et du MGB condamnés, 2370 anciens membres de la Sécurité d' État soit licenciés, soit privés de décorations ou de retraite, exclus du parti, punis administrativement ou dans le cadre du Parti. 68 personnes se sont vues retirer le galon de général, parmi les dirigeants de la Sécurité d' État.  

Ces réhabilitations paraissent néanmoins avoir jouées un rôle positif sur le système juridique soviétique, puisque désormais les méthodes de répression massives sont exclues. Ancien officier du KGB, Igor Préline raconta lors d'une conférence organisée a la mi-2008 par le CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement) que la première chose que on lui enseignait a l' école du KGB était « plus jamais ça », ne plus utiliser cette méthode sanglante. A partir de la, étonnamment, malgré le côté répressif, le KGB sera beaucoup plus légaliste, recherchant plus la preuve concrète de  l'infraction, dans ses missions d' enquête, que auparavant. Un exemple peut être donné avec l' enquête sur Oleg Penkovsky, officier du renseignement militaire soupçonné de travailler pour les services secrets occidentaux, et qui sera longuement surveillé pour obtenir les preuves irréfutables de sa trahison; ou avec la longue surveillance des dissidents  Siniavsky et Daniels pour démontrer que ils furent les auteurs de « samizdat » publiés a l' Ouest.

Mais malgré cette déstalinisation, nous sommes loin alors d'une liberté totale, le processus de lutte contre les opposants politiques continue .

Directeur du KGB de 1967 a 1982, Youri Andropov le reconnaît lui-même a mots couverts dans sa note du 29.12.1975 n°3213-A a l'intention du comité central du PCUS: « En 1958, justement durant la période que certains a l' Ouest qualifient de « libéralisation », se référant a la déclaration du 27.01.1959 de Khrouchtchev sur 'l'absence de condamnations pour des infractions politiques ', 1416 personnes sont condamnées sur la base de l'article 70 du Code pénal de la RSFSR (Agitation anti soviétique et propagande) »

Autre donnée peu connue, la réunion du Comité central du PCUS du 19.07.1962 (Donc quand Khrouchtchev était a la tête du PCUS) examine la question de « l ' intensification de la lutte avec les éléments anti soviétiques hostiles », lequel donne lieu a trois documents: résolution du conseil des ministres d' URSS élargissant la liste des endroits interdits pour les personnes «  aux activités anti soviétiques hostiles », «et  les personnes exilées ou accomplissant leur peine », Ordre du KGB n° 00175 « sur l' intensification de la lutte des organes de la sécurité de l' État envers les éléments démontrant leur hostilité »; ordre du procureur général d' URSS « Sur l' intensification du contrôle du procureur sur les enquêtes relatifs aux affaires de crimes d' État et leur examen dans les tribunaux ».

Nommé en 1967 a la tête du KGB, Youri Andropov insiste clairement sur la nécessité de ne plus utiliser des méthodes répressives. Mais il entend ainsi les répressions de masse de l' époque stalinienne, en général, pour les dissidents ou futurs dissidents en particulier. La méthode change : on arrête les répressions de masse, on cible désormais les personnes une a une.

A partir de Andropov le but fixé au KGB ne sera plus de chercher a tout prix a arrêter les auteurs de « propagande anti soviétique », mais de « prévenir ». Cette technique, appelée « profilaktika », sera mise en oeuvre par directives dès 1970. Le principe est simple: les personnes auteurs d'actes anti soviétiques ou en passe de l'être sont convoquées au service local du KGB ou un officier discute avec elles, déclarant que le KGB est au courant de leurs actes et leur demande de cesser. La personne doit s' engager par écrit a ne plus recommencer. Un exemple est donné par la note n°360-A du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central du PCUS « sur la discussion profilactique et préventive avec P.G. Grigorenko »: Lors de la discussion il fut indiqué a Grigorenko que son activité porte atteinte aux intérêts étatiques et que si il continue seront prises des mesures par les organes du KGB ».

Les documents declassifiés du KGB montrent en tout cas,du point de vue pénal, le développement de cette méthode:
La note n°3213A du 29.12.1975 du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central du Parti communiste d' Union Soviétique évoque 63108 personnes qui sont passées par la « profilaktika » de 1971 a 1974. Un chiffre conséquent, qui peut s' expliquer par la largesse de son implication: la « profilaktika » concerne aussi bien des personnes critiquant le régime de Brejnev (par exemple le général Grigorenko) que celles qui auraient eues a un moment ou a un autre une attitude « antisoviétique », ce qui peut inclure les personnes lisant des revues, livres, tracts considérés comme antisoviétiques  ou critiquant le régime.

A partir de la, quid de la répression pure?
Une note du 31.10.1975 n°2743-A du directeur du KGB Youri Andropov a l'intention du Comité central du PCUS évoque les chiffres respectifs de 1601 personnes condamnées pour « propagande et agitation anti soviétique » de 1959 a 1962, contre respectivement 502 de 1963 a 1966, 381 de 1967 a 1970 et 348 de 1971 a 1974. Les personnes coupables d'activités nationalistes qui ont été condamnées ne sont pas indiquées dans ses statistiques, mais on peut supposer que elles sont comprises dans la catégorie « propagande et agitation anti soviétique » , ainsi que dans la catégorie « Personnes condamnées pour d'autres infractions » (Chiffres respectifs de 1003 personnes de 1959 a 1962, 1011 de 1963 a 1966, 328 de 1967 a 1970 et 258 de 1971 a 1974)

Une autre note, n°3213-A du 29.12.1975, du directeur du KGB Youri Andropov au Comité central, est tout aussi intéressante: Sur la période 1958-1966  pour « propagande anti soviétique » sont condamnées 3448 personnes. En septembre 1966 entre en vigueur l' article 190 du code pénal de la RSFSR (Diffusion de fausses informations nuisant a l'ordre constitutionnel soviétique). Sur la période 1967-1975, sur la base des articles 70 et 190 du code pénal de la RSFSR sont condamnées 1583 personnes. Autre information intéressante venant tout droit de la note n°3213-A, sont détenues 261 personnes, a la date du 20.12.1975, dans les camps, pour « agitation et propagande anti soviétique », ce qui est beaucoup moins que on ne pouvait le penser, et permet de tirer deux conclusions: Les personnes arrêtées étaient aussi envoyées en hôpital psychiatrique ou en prison, quand elles étaient condamnées, ensuite les personnes emprisonnées dans les camps de travail étaient sans aucun doute, en grande majorité, des auteurs d' infractions de droit commun.

La « profilaktika » est donc la règle et l' enfermement, ou l' internement, plus des exceptions. La note du 09.02.1984 sur les recherches de personnes auteurs de lettres anonymes anti soviétiques pour l' année 1983 en donne un exemple concret: Sur les 1223 auteurs de telles lettres identifiées, 650 sont passés par la « profilaktika », 275 « sont en cours de vérification » (sans doute sous surveillance et enquête), 101 font l' objet d'une enquête, et (parmi ses 101, 48 sur la base des articles 70 et 190 du code pénal de RSFSR), 197 sont envoyées en hôpital psychiatrique.

 

.

 

Les chefs de la Cinquième direction du KGB, devenue en 1989 le Directoire "Z" (Protection de la Constitution): Philip Bobkov, chef adjoint de 1967 a 1969 puis chef de la 5ème Direction de 1969 a 1982; I.Abramov, a la tête de la Cinquième Direction a partir de 1982); Valery.Vorotnikov (1989-1991); E.Ivanov (Janvier 1991-septembre 1991)

Notons aussi que la lutte contre l' opposition ne fait pas partie des priorités principales du KGB: Si elle est loin d'être délaissée, cette tâche relève du 5ème Directoire du KGB d'URSS (créé en 1967). Mais d'une part c'est un des plus petits services au sein du KGB (237 officiers au quartier général lors de sa création) lors de sa formation, d'autre part il n' aura jamais le statut de « Direction principale », statut accordé aux services d'une très grande importance comme le renseignement extérieur,le contre- espionnage, ou les gardes- frontières.
Ce constat est très visible en examinant les rapports annuels du KGB d' URSS, par exemple le rapport du 15.03.1983 relatif a l' activité du KGB pour l' année 1982 évoque en premier lieu des tâches comme le renseignement extérieur, y compris politique et scientifique, le contre-espionnage, le contre-espionnage militaire, avant d'en arriver a la 5ème page seulement a la lutte contre les groupes nationalistes et aux activités antisoviétiques, notant au passage que 40 groupes nationalistes ont été découverts sur l'année 1982, entre autres en Ukraine, en Arménie, en Estonie et en Lituanie.

Que peut-on en tirer comme conclusions? Le KGB a en effet lutté contre des personnes qui s'apprêtaient a commettre des infractions de personnes s'apprêtant a attenter a la vie humaine ( Détournements d'avions, lettres anonymes menacant de mort tel ou tel dirigeant). Quelques cas concrets l'ont démontrés: explosion en 1974 près du tombeau de Lénine, trois attentats a la bombe en plein Moscou le 08.01.1977 faisant 7 morts et 35 blessés; tentatives d'une personne vers 1967 de se faire exploser en plein au Comité central du PCUS; deux bombes désamorcées dans le métro de Moscou en 1989..) mais de tels actes ont plus été l' exception que la règle. Le KGB était aussi le « bras armé du Parti », le but était par conséquent d'assurer le monopole du Parti a tout prix. Le KGB diffère-il de ses prédecesseurs? Oui et non. Non car son rôle n'a pas changé, oui car la finesse était plus de mise. Les officiers de la Cinquième Direction n'étaient pas des incultes loin de la, et dès l' ère Chelepine (Donc fin des années 50 et début des années 60) un gros effort a été entrepris pour faire entrer au KGB des personnes dotées de diplômes, de têtes "bien faites" et pas forcément "bien pleines". Néanmoins, le rôle du KGB l'a poussé a violer certaines normes comme la Constitution, ou les accords de Helsinki de 1975, lesquels garantissaient pourtant la liberté d' expression. 
Toutes les personnes aussi bien arrêtées et emprisonnées ou soumises a la « profilaktika » étaient loin d'être de fervents anti communistes ou anti soviétiques; a partir de la, la « lutte contre les dissidents » paraissait aussi comme un moyen d' empêcher la « déviance idéologique » des personnes ciblées. En un sens, cet arsenal de mesures montre bien une chose: il suffisait que la pression sur la population se relâche pour que le système ait un risque de s' effondrer, non pas dans le sens d'une guerre civile, quoique cette hypothèse ne peut complètement être exclue (tensions des minorités) mais aussi avec l' émergence d'une opposition viable au monopole du PCUS.

15/06/2008

La DGSE de 2000 a 2002


Pour des raisons de sécurité, certains noms ne sont pas publiés, et remplacés par un pseudo.



Située Boulevard Mortier, la DGSE, Direction Générale de la Sécurité Extérieure, a été confrontée a une forte crise interne ses dernières années, conséquence des luttes au sommet de la hiérarchie du Service.

La DGSE, dont le quartier général est toujours situé Boulevard Mortier, a Paris (Surnom du QG: La Piscine, a cause de la Piscine des Tourelles située juste a côté), compte depuis 1987 cinq grandes directions:
Jean-Pierre Pochon. La Direction du Renseignement (DR) est chargée de la collecte et de l'analyse du renseignement, obtenu aussi bien de manière "ouverte" (presse, conversations, documents officiels..) que "fermés" (recrutement d'informateurs), sur les menaces extérieures a la France mais aussi dans les domaines politiques, économiques, scientifiques.Elle s'appuie pour cela sur des postes de la DGSE a l'étranger, par exemple a Berlin ou Washington, quoique l'existence de postes DGSE sur le territoire national même, pour espionner les voisins et lutter contre des menaces, n'est pas a exclure. La DR sera dirigée a partir de mars 2000 par Jean-Pierre Pochon.
(A gauche).A la tête du Service "Action" de septembre 1987 a 1989, Jean Heinrich fut le créateur, et aussi le premier dirigeant, de la Direction des opérations de la DGSE, qu'il commanda de 1989 a 1992. (A droite): Xavier Bout de Marnach, a la tête de la Direction des Opérations de 2000 a 2004. Créée en 1989 a l'initiative du général Jean Heinrich, la Direction des Opérations est chargée des opérations spéciales, a haut risque; c'est cette Direction qui envoie des officiers dans des zones réputées dangereuses (Par exemple en Irak, au Kosovo ou en Tchétchénie) sans oublier les opérations "Homo" (assassinats) , les ouvertures de courrier, fouilles de valises..L'habitude voulant que ce soit un général de l'armée qui la dirige, c'est le général Xavier Bout de Marnach qui la dirige depuis 2000. (Depuis le 01.09.2007, il a pris le commandement de la KFOR au Kosovo).

Bruno Joubert, directeur de la Direction de la Stratégie de la DGSE de 1997 a 2001. La Direction de la Stratégie est chargée de transmettre aux décideurs politiques les informations recueillies par la DGSE et de recueillir leurs avis mais aussi de participer avec le Quai d'Orsay, le Ministère des affaires étrangères, a l'élaboration de la politique étrangère gouvernementale. C'est beaucoup plus un service "diplomatique", ce qui explique pourquoi c'est toujours un diplomate qui l'a toujours dirigé. Depuis septembre 1997 c'est Bruno Joubert (Nommé en mars 2008 conseiller diplomatique adjoint de Nicolas Sarkozy) qui est a sa tête.

La Direction technique est chargée a la fois de la recherche et de l'exploitation des informations d'origine technique (ce qui laisse supposer que le service des écoutes lui est rattaché) sans oublier les poses de micros, caméras etc..A sa tête se trouve Jean-Francois Sillière.

Paul-Henri Trollé La Direction de l'administration est chargée des questions d'administration au sein de la DGSE (affectation du personnel, assistance juridique, formation du personne, acquisition de matériel). C'est Paul-Henri Trollé qui la dirige.

Pour des raisons bureaucratiques, toutefois, le numéro 2 de la DGSE est non pas, comme plusieurs années auparavant, le Directeur du renseignement, qui occupe toujours, néanmoins, une position prépondérante; mais le Directeur de cabinet. Comme le note l'arrêté du 04.12.2002 relatif a la DGSE, "le Directeur de la DGSE est assisté d'un directeur de cabinet qui le remplace en cas d'absence ou d'empêchement".
Dominique Champtiaux (tenant le drapeau)

Ce dernier est, depuis mars 2000, le général Dominique Champtiaux. Un spécialiste des opérations clandestines: Il a dirigé le Service Action de 1996 a 1997 puis la Direction des Opérations de 1997 a mars 2000.
A gauche, Jacques Dewatre; à droite son successeur, Jean-Claude Cousseran. C'est un remarquable article signé Jacques Isnard, paru dans le "Monde" du 20.12.1999, qui signale le prochain remplacement de Jacques Dewatre, le patron de la DGSE, par un diplomate pur jus, arabophone, et fondateur de la Direction de la Stratégie de la DGSE: Jean-Claude Cousseran. Pourquoi ce remplacement?  Le principal grief fait a la DGSE est son action lors de la récente guerre du Kosovo, réputée "particulièrement discrète pour ne pas dire inexistante" (Ce qui n'empêchera pas le chef de la section "Balkans" de l'époque d'être ensuite promu). Toutefois il convient de relativiser: D'une part la station de la DGSE a Belgrade a dûe être fermée suite a l'évacuation de l'ambassade de France, empêchant la collecte du renseignement. D'autre part, malgré les propositions d'un officier de la DGSE, le ministre des affaires étrangères Hubert Vedrine refuse que soient organisés des contacts avec l'UCK, Armée de Libération du Kosovo, avant les accords de Rambouillet,ce qui aurait permis d'en apprendre plus sur les intentions de l'UCK.

Autre reproche fait a Dewatre: ses tendances, selon l'article de Isnard, a faire de la "diplomatie parallèle", a la grande fureur du Quai d'Orsay. Toutefois, tous n'est pas noir: On doit a Dewatre la mise en place de postes DGSE en Asie centrale (Par exemple au Kazakhstan et en Ouzbékistan), postes avancés de la lutte antiterrorisme (NDLR: Surtout quand on sait que un des principaux mouvements d'opposition ouzbéks, le MOI, est très proche de Ben Laden. Comme le démontrera Guillaume Dasquié dans son remarquable article, par l'intermédiaire du chef de guerre Rachid Dostom, les services secrets ouzbéks ont faits infiltrer le MOI, collectant ainsi des renseignements sur cetrte organisation et sur Al-Qaïda, et en faisant ainsi profiter aussi bien la CIA que la DGSE, grâce aux débuts d'une coopération interservices). Suite à la Guerre du Kosovo, une antenne est aussi installée à Pristina; elle sera dirigée par "Etienne", officier spécialisé dans la région Balkans entré dans le privé en 2008

De gauche a droite: Arnaud Danjean et Pierre-Antoine Lorenzi.

Cousseran, nommé a la tête de la DGSE, s'entoure d'une équipe a sa solde, en nommant comme conseillers uprès du Directeur: Arnaud Laloum pour l'Afrique; Marc Pimond pour le Monde arabe et le Terrorisme; et Arnaud Danjean (qui justement dirigeait la section "Balkans" au service de recherche de la Direction du renseignement de la DGSE de 1998 a 2000) pour l'Europe et la Russie, ainsi que Pierre-Antoine Lorenzi comme chef de cabinet. Mais deux "hics" apparaissent très rapidement dans la composition de l'équipe nouvelle: c'est d'une part les luttes d'influence entre les différentes "familles" politisées (socialistes et RPRistes) et d'autre part les militaires, qui jouent toujours une place prépondérante au sein de la Maison (Nombre de chefs de postes sont des militaires de carrière, le plus souvent issus de l'armée de terre, par exemple, en cette année 2000, les chefs de postes en Bulgarie, au Kazakhstan et a Washington). Aussi, Cousseran est obligé de "composer": Sur proposition de l'Elysée, c'est Jean-Pierre Pochon, chiraquien pur jus, qui est nommé a la tête de la Direction du renseignement. Haut responsable de la police nationale, Pochon a fait une carrière aux RG et a la DST. C'est a lui qu'on doit l'interpellation, en 1980, des dirigeants du groupe terroriste "Action Directe". Pour satisfaire les militaires, Cousseran choisit un des leurs, le Général Dominique Champtiaux,comme directeur de cabinet, et le nomme numéro 2, de facto, du Service.
Autre problème, la volonté du nouveau Directeur de réformer la DGSE, conscient des faiblesses du Service, ou il avait déja précédemment travaillé , en tant que Directeur de la Stratégie de 1989 a 1992. Quitte a provoquer la fureur des "barons" de la DGSE!

Philippe Hayez

La première mesure, prise dès mai 2000, est l'inauguration d'un "centre de situation", chargé de suivre les crises importantes de par le monde, comme en Côte d'Ivoire, au Congo, ou en Irak (Dirigé par le conseiller a la Cour des comptes Philippe Hayez) , provoquant des grincements de dents chez les officiers de la Direction du renseignement et de la Direction des Opérations.

La deuxième mesure est proposée par Bruno Joubert, a la tête de la Direction de la Stratégie depuis 1997: Il s'agit de réformer la Direction du renseignement, pour rendre ses structures plus adaptées a un contexte de globalisation, ou les questions du renseignement économique mais aussi de la lutte contre les différentes formes de criminalité organisée, tel que le trafic de stupéfiants et le terrorisme, sont de plus en plus une évidence. Les structures de la Direction du renseignement , réparties selon d'une part le renseignement classique, d'autre part le contre-espionnage, et enfin l'analyse, paraissent inadéquates.
Alain Chouet. Par conséquent, en octobre 2000, trois services sont créés au sein de la Direction du Renseignement, réformant en profondeur les structures: Le Service de Renseignement Politique (SRP), chargé des informations a caractère politique, le Service de Renseignement de Sécurité, SRS,chargé de la lutte contre le terrorisme, la prolifération nucléaire, du contre-espionnage et de toute forme de criminalité, et la Direction centrale du renseignement, chargée de diriger les stations de la DGSE dans le monde et de coordonner l'ensemble. Ancien chef de poste a l'étranger, "Vincent" a fait une année comme auditeur a l'Institut des hautes études de Défense Nationale avant d'être nommé a la tête du SRP; A la direction du SRS est nommé Alain Chouet , un spécialiste du Moyen-Orient qui a été en poste a Beyrouth, Damas, mais aussi conseiller technique pour le monde arabe et le terrorisme de 1990 a 1992 auprès de Jean-Claude Cousseran, quand celui-ci dirigeait la Direction de la Stratégie de la DGSE. Nommé a la tête de la Direction du Renseignement, Jean-Pierre Pochon se retrouve avec trois services séparés, et constate, a sa grande fureur, que Chouet en réfère directement a Cousseran (les deux hommes se connaissent) sans l'en aviser. Pour ajouter a la confusion, est nommé comme adjoint de Pochon "Gerald", ancien chef de poste a Washington qui avait, ensuite, été sanctionné par une mise a pied par le prédécesseur de Cousseran, Jacques Dewatre, suite a la découverte de malversations au sein du TOTEM, que "Gerald" dirigea.
Francois-Xavier Deniau Durant l'année 2001,Cousseran change aussi nombre de cadres du service, a l'exception de la Direction du renseignement. Si l'entente avec Pochon n'est pas des meilleures, Cousseran n'hésite pas a le contourner.
Ainsi, la tête de la Direction technique, Yves Mathian remplace Jean-Francois Sillière; Bruno Joubert quitte la Direction de la Stratégie et est nommé ambassadeur auprès de l'OSCE a Vienne; son remplacant est le diplomate Francois-Xavier Deniau ; Paul-Henri Trollé est remplacé a la tête de la Direction de l'administration en 2002; le chef de cabinet Pierre-Antoine Lorenzi est remplacé en juin 2001 par Marc Pimond, qui occupait le poste de conseiller technique pour le monde arabe et le Terrorisme du Directeur de la DGSE.

Au-dela des changements internes, la DGSE va se retrouver mobilisée sur le front de la lutte antiterrorisme, domaine ou elle excelle:
Le chef de guerre Rachid Dostom La fin de l'année 2001 a été excellente pour la DGSE, car le Service a surtout montré ses aptitudes dans deux domaines: l'Afghanistan et la lutte antiterrorisme. Avant le 11 septembre 2001, la DGSE suit avec attention les réseaux de Oussama Ben Laden, y consacrant plusieurs notes montrant très clairement l'intention du réseau Ben Laden de frapper les Etats-Unis. Une note du 05.01.2001 évoque même les projets de détournements d'avions! Le Service de Renseignement de Sécurité , chargé entre autres de la lutte antiterroriste au sein de la Direction du Renseignement de la DGSE,  peut s'appuyer sur un travail a long terme mené contre le réseau Al Qaïda: Outre le recrutement d'informateurs, la DGSE bénéficie du soutien de l'Alliance du Nord, groupe afghan dirigé par Ahmed Shah Massoud, et de Rachid Dostom, un chef de guerre ouzbek qui a fait infiltrer le MOI  (Mouvement Islamique Ouzbek, dirigé par Tahir Youldachev), groupe terroriste ouzbek proche de Ben Laden. Ajouté a la coopération, déja a cette époque, avec certains services secrets, par exemple ouzbeks, qui sont confrontés de plein fouet au terrorisme islamique d'obédiance wahhabite du MOI. Notons aussi une collaboration sans heurts avec la DST (événement rare et qui mérite d'être souligné) et qui sera encore renforcée après le 11 septembre 2001. Le système est donc efficace, les alliés (dont américains) normalement prévenus. Ce qui n'empêchera malheureusement pas les attentats du 11 septembre, spectaculaires et sanglants...

Après la surprise, l'offensive. Etant donné que l'attaque a été menée par Al Qaïda, lequel groupe est basé en Afghanistan, aussitôt ordre est donné d'attaquer le groupe terroriste et ses satellites.
La DGSE s'appuie donc sur ses contacts en Afghanistan, des contacts éprouvés , ce qui sera la clé du succès pour le Service: Comme le rappele Pierre Marion ,Directeur de la DGSE de 1981 a 1982, il envoie a cette époque un détachement du Service Action (Alors dirigé par le Colonel Lorblanches) pour aider livrer des armes a la résistance afghane, soutenu par l'ISI (renseignement militaire pakistanais) avec qui le chef de poste DGSE a Peshawar de 1983 a 1986, le commandant Michel Derlot, maintient le contact, mais contrairement aux autorités pakistanaises la DGSE refuse de soutenir les fractions radicales, et mise sur Ahmed Shah Massoud, surnommé le "Lion du Panchir". Même après la fin de la Guerre d'Afghanistan a la fin des années 80 et le retrait des troupes soviétiques, la DGSE conserve le contact avec l'Afghanistan. Et lorsque décision est prise d'envahir l'Afghanistan pour chasser les talibans et traquer Al Qaïda, la CIA pourra bénéficier d'une DGSE très bien introduite auprès de l'Alliance du Nord. Jean-Pierre Pochon, a la tête de la Direction du Renseignement de la DGSE, centralise les informations, Xavier Bout de Marnach, a la tête de la Direction des Opérations de la DGSE, fait envoyer des commandos du Service Action ( Dirigé depuis 1999 par le colonel Bertrand Fleury) renforcer le poste DGSE auprès de l'Alliance du Nord tandis que Dominique Champtiaux,  Directeur de cabinet du patron de la DGSE , visite secrètement l'Afghanistan, pour rencontrer les officiers du Service Action présents dans la zone Nord. Une occasion pour cet ancien patron du Service Action (De 1996 a juillet 1997) qui fut aussi a la tête de la Direction des Opérations de 1997 a 2000, de renouer avec le terrain. Du côté des contacts avec les services secrets américains, ils sont renforcés, menés par Bill Murray, chef de station de la CIA a Paris, et "Jean" (je l'appelerai ainsi), chef de poste de la DGSE a Washington qui est arrivé dans la capitale politique américaine peu avant les attentats du 11 septembre. Ce spécialiste du contre-espionnage a été nommé au grade d'officier de la Légion d' honneur quelques années plus tôt.


Christian Ganczarski, terroriste interpellé grâce a la coordination au sein de "Alliance Base".

Autre opération menée par la DGSE , après le 11 septembre 2001 est la créée une cellule chargée exclusivement d'échanger des renseignements sur Al Qaïda avec plusieurs services secrets alliés, tels que la CIA, les britanniques ,mais aussi les homologues allemands , canadiens et australiens . Cette Base, située a l'Ecole Militaire a Paris, prendra le nom de Alliance Base. A sa tête, un haut responsable de la Direction du renseignement de la DGSE, "Gerald" ,l'ancien adjoint de Pochon a la Direction du renseignement (qui sera remplacé en 2003 comme n°2 de la DR par Philippe Hayez). Un des succès attribués a Alliance Base est l'interpellation de Christian Ganczarski. Lié a l'attentat commis en 2002 a Djerba, ce résident allemand est très lié a nombre de proches de Ben Laden, car les policiers du BKA allemand découvriront chez lui les numéros de téléphones de nombre de membres du réseau.

Néanmoins, les guerres intestines prennent le dessus: Furieux que sa Direction soit divisée en trois entités différentes et que Chouet ne passe pas par lui pour transmettre ses notes a la hiérarchie, Pochon ne met pas les pieds a la DGSE plusieurs mois durant suite a son conflit avec Cousseran. Ce dernier essaye de reprendre la situation en main en demandant la révocation de Cousseran, pour pouvoir nommer un nouveau Directeur du renseignement de la DGSE. Refus de Jacques Chirac. Résultat: Pochon étant toujours nominalement Chef de la DR mais factuellement n'occupant pas ce poste, la DR tourne a vide. C'est par conséquent Dominique Champtiaux, directeur de cabinet et n°2 de la DGSE ( Le décret de 2002 indiquant que le Directeur de cabinet du Directeur de la DGSE est aussi n°2 du service) qui pilote "en direct" la DR, au grand dam de nombres d'officiers ebranlés par ses luttes internes. Mais les dégâts ne sont pas terminés: Jacques Chirac avait appris en septembre 2001, par le capitaine Bernard Coquart de la DGSE, que le Service a déclenché des recherches sur un compte bancaire qu'il aurait au Japon, et enquêterait sur ses liens troubles avec un japonais condamné dans son pays. C'est la section de Contre-Criminalité (Dirigée par un magistrat , Gilbert Flam) du Service de Renseignement de Sécurité qui dirige les recherches, menées sur place par les chefs de station de la DGSE a Tokyo : Jean-Claude Guillot ( De 1996 a 1998) puis Alexis May (Futur chef de poste a Beijing). L'entourage du Président craint alors une manoeuvre des socialistes, peu avant la présidentielle, pour destabiliser le Président. les socialistes infirment, faisant remarquer que ils n'avaient jamais pris l'information au sérieux.

Par précaution néanmoins,un ménage est fait a la DGSE, au grand dam de nombre d'officiers lassés des guerres de couloirs et autres intrigues politiques: Flam est le premier a être débarqué, suivi en juillet 2002 de Cousseran, puis en octobre Alain Chouet. En novembre, Alain Juillet est nommé Directeur du renseignement de la DGSE en remplacement de Pochon. . "Vincent", de son côté, est envoyé à la Direction de la Stratégie, dont le patron est le diplomate Francois-Xavier Deniau (Qui a remplacé Bruno Joubert en juillet 2001), et ce le temps que les orages se calment.. Hasard? les trois conseillers pour la géopolitique de Cousseran sont "mutés": Arnaud Danjean, qui était le conseiller pour l'Europe et la Russie du directeur, est envoyé en poste à Genève; Laloum occupe le poste de chef de station en Afrique Marc Pimond, qui fut le conseiller pour le monde arabe puis chef de cabinet de Cousseran, est envoyé diriger une station à l' étranger et remplacé par Jean-François Mouchel.

Alain Juillet, Directeur du renseignement de la DGSE de novembre 2002 a décembre 2003. Après la tempête, qui a mis la Direction du renseignement a feu et a sang, comme l'estime un officier de la DGSE, l'éclaircie: Le calme revient, malgré les désaccords entre Juillet et Brochand sur la stratégie que la DGSE doit adopter. Les conflits de couloirs ne sont pas complètement éteints comme le montre la nomination de Philippe Hayez a la mi-2003 comme adjoint de Juillet, et ce sur insistance de Brochand.Ce calme se paye néanmoins au prix fort, puisque la réforme des structures de la Direction du renseignement, initiée par Pochon et Joubert, est abandonnée: on revient a un classique service de recherches, (dirigé de juillet 2003 a 2005 par "Benoît", ancien chef de station a Riyad, puis durant le conflit en Irak en 2003 chef de la division Moyen-Orient), un service d'analyse, pris en main par "Patrick", lequel remplacera Philippe Hayez comme directeur adjoint du renseignement a la mi-2006, et un service des relations avec les services secrets étrangers et les entreprises. Ce dernier est dirigé par Michèle Ledirat jusqu'a la mi-2005, avant d'être remplacée par..."Vincent"

Les considérations politiques ont aussi entraînées une immixtion au coeur de la DGSE, et le débarquement de spécialistes du renseignement fort estimés, tels que Chouet et Cousseran, tous deux bons spécialistes du monde arabe. Un élément indispensable en ses temps de lutte contre le terrorisme islamique extrémiste, ou le Moyen-Orient, pour être compris, a besoin de spécialistes de la région.


ARTICLE DE JACQUES ISNARD, "LE MONDE", 20.12.1999

RENSEIGNEMENT - Le chef de la DGSE est remercié après les échecs de son service en Yougoslavie.
Par JACQUES ISNARD.
20 décembre 1999


Nommé en juin 1993 par le gouvernement d'Edouard Balladur, Jacques Dewatre va céder sa place à la tête de l'espionnage français à un diplomate, Jean-Claude Cousseran, qui a appartenu à plusieurs cabinets ministériels socialistes

AU TOUT DÉBUT de l'an 2000, l'ambassadeur de France en Turquie, Jean-Claude Cousseran, ancien membre de plusieurs cabinets ministériels socialistes, devrait être nommé à la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Il succédera à Jacques Dewatre, qui avait été nommé à ce poste par le gouvernement d'Edouard Balladur en juin 1993. Un diplomate, familier de la DGSE, se substitue à un préfet qui ne l'était pas moins, lui aussi, avant d'en devenir le patron, puisque, jeune officier, M. Dewatre avait appartenu au service « action », chargé des opérations clandestines. Agé de soixante-trois ans, il devrait être nommé à un poste d'ambassadeur.

Forte de 4 050 civils et militaires, la DGSE est chargée, au profit de l'ensemble du gouvernement, de rechercher et d'analyser le renseignement intéressant la sécurité de la France, de détecter et d'entraver, hors du territoire national, les activités d'espionnage contre les intérêts nationaux et, le cas échéant, de mener des opérations clandestines. Elle dispose d'un budget avoué de l'ordre de 1,66 milliard de francs (253 millions d'euros) - c'est ce qui est prévu pour 2000 - et reçoit environ 200 millions de francs par an pour ses opérations sur les fonds secrets du premier ministre.

M. Dewatre aura exercé un des plus longs mandats à la tête de la DGSE après celui d'Alexandre de Marenches, dans les années 70, à la direction du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), ancêtre de l'actuelle DGSE. En période de cohabitation, le changement de responsable des services spéciaux est une affaire délicate à régler: il requiert, plus que tout autre, l'accord de l'Elysée et du gouvernement, pour lesquels la DGSE travaille. M. Dewatre a réussi à maintenir un équilibre entre la présidence et le gouvernement, mais sans pour autant éviter les critiques de l'une et de l'autre. En particulier, il lui a souvent été reproché de faire cavalier seul par rapport à son service et de jouer au diplomate occulte, non mandaté par les autorités politiques de son pays, se déplaçant fréquemment à l'étranger sans en informer ses supérieurs ni ses collaborateurs, au risque de dévaluer la production de la DGSE en la concurrençant avec ses propres analyses. Ni au sommet de l'Etat ni à la DGSE, on n'a apprécié ces absences répétées.

MÉFIANCE ET OPACITÉ

En Serbie, l'action de la DGSE a été particulièrement discrète, pour ne pas dire inexistante, à l'exception de quelques commandos envoyés - sur le tard - au Kosovo. L'évacuation de l'ambassade française à Belgrade, dès les premiers raids de l'OTAN, puis sa fermeture ont abouti à interrompre les liens que la DGSE pouvait avoir avec quelques sources sur place. Cette attitude a joué contre M. Dewatre et a probablement précipité son départ. Les ratages de la DGSE ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Au fil des ans, les missions de la DGSE ont évolué. Son expertise militaire a été contestée par la Direction du renseignement militaire (DRM) naissante. Elle a dû se tourner davantage vers l'interprétation des faits économiques, commerciaux, industriels et technologiques et vers la lutte contre l'argent sale et le terrorisme international, pour lesquelles elle ne dispose pas toujours des personnels les mieux formés.

Ce qui l'oblige à lancer une politique de recrutement essentiellement orientée vers la société civile et censée viser la qualité, malgré ses difficultés administratives pour attirer l'élite des candidats. Dès son arrivée, M. Cousseran trouvera une DGSE repliée sur elle-même et rendue méfiante par ce manque d'ouverture au monde extérieur et par son opacité, à la différence d'autres services étrangers qui, comme le BND allemand par exemple, tentent aujourd'hui une transparence délicate. M. Dewatre s'est, d'autre part, employé à multiplier les cloisonnements internes, de sorte que les personnels de la DGSE ont du mal à coopérer entre eux et, a fortiori, avec d'autres services comme la DST.

Le nouveau directeur général des services spéciaux n'est toutefois pas un inconnu dans sa maison. Entre 1989 et 1992, M. Cousseran a été chargé de mettre sur pied une direction de la stratégie à la DGSE, du temps où les services français étaient dirigés par Claude Silberzhan. Il travaillait, en pratique, en binôme avec le directeur du renseignement, Michel Lacarrière. Cette direction stratégique avait pour tâche, au quotidien, de synthétiser et de mettre en forme les informations de la DGSE à destination de ses « clients », c'est-à-dire les autorités gouvernementales. Ainsi, ce diplomate, au profil assez atypique, ne fait pas partie de nombre de ces fonctionnaires du Quai d'Orsay, que révulse la seule perspective d'avoir à fréquenter des agents secrets.

On prête au gouvernement l'intention de créer, pour éviter une discontinuité dans le travail accompli quotidiennement par la DGSE, un poste de numéro deux, qui pourrait être attribué au général Dominique Champtiaux, l'actuel directeur des opérations. Ce numéro deux de la haute hiérarchie aurait autorité sur les cinq autres grands directeurs de service en l'absence de M. Cousseran. Le choix du général Champtiaux calmerait les militaires, dont le poids a diminué au sein de la DGSE.

Modifications le 27.02.2010

17/05/2008

Chambardement au FSB.

A la tête du FSB depuis 1999, Nikolaï Patrushev vient de céder son fauteuil a un de ses subordonnés, spécialisé dans le domaine du contre-espionnage économique: Alexandre Bortnikov. Notre dossier.

Nikolaï Patrushev, né en 1951, a travaillé toute sa vie dans les services de sécurité intérieure, au contre-espionnage du KGB puis au FSB. A la tête de la Direction du FSB en Carélie de 1992 a 1994, il prend ensuite la tête du 4ème département du FSB (Octobre 1998 a août 1999) jusqu'a être nommé a la tête du FSB en 1999 en remplacement de Vladimir Poutine.

En soi, la carrière de Bortnikov paraît discrète, voire terne. Né en 1951,le nouveau directeur du FSB est , tout comme Patrushev, un "vieux de la vieille", qui a travaillé au KGB puis au FSB, a différents postes: Entré en 1975, il aurait fait sa carrière au KGB puis FSB de Saint-Pétérsbourg, entre autres comme il numéro 2 de la Direction du FSB a Saint-Pétérsbourg jusque 2003, chargé de superviser le contre-espionnage. En juillet de la même année, il prend le commandement du FSB de Saint-Pétérsboug. En mars 2004, il est rappelé a Moscou pour diriger un des services les plus importants du FSB, le 4ème département, le Service de sécurité économique (департамент экономической безопасности) .

Le 4ème département est incontestablement un des services les plus importants au sein du FSB: C'est de lui que relève le contre-espionnage économique, ce qui inclut la protection des secrets économiques, commerciaux, et industriels, sans oublier la lutte contre la corruption (Y compris au sein de la police, du Ministère des situations d'urgence ou de celui de la Justice), les machinations financières d'importance (Par décret du Président de la Fédération de Russie d'avril 1999 ont été créés au coeur du Département de sécurité économique des sections chargées de la sécurité des objectifs industriels, des transports et des structures de crédits et des finances), et ce a un moment ou l'économique prime de plus en plus (Y compris ce qu'on qualifie d' "intelligence économique"), la lutte contre la contrebande et le trafic de drogues.  

Pour revenir a Bortnikov, les articles parus, par exemple dans "Agentura.ru", le décrivent comme un technocrate terne. Ce qu'on ne peut exclure: Au sein de la galaxie des services secrets russes, Bortnikov n'est pas une figure très connue. Pourtant, a y regarder de plus près, il a pris part a nombre d'enquêtes importantes au sein du FSB: Au FSB de Saint-Pétérsbourg, il participera a l'enquête sur l'assassinat de la députée russe Starovoïtova, perpétré en 1999. Il faudra presque une année d'enquête et des moyens considérables pour que la police et le FSB tombent sur un gang lié a un député du Parti de Jirinovsky. Plusieurs des gangsters, qui officiellement travaillaient dans une société de sécurité, seront condamnés par la justice russe pour cet assassinat. Au 4ème département, il prendra part a l'enquête sur Mikhaïl Khodorkovsky, le fameux oligarche soupconné (et condamné) pour fraude fiscale. Selon Eric Schmidt-Eebohm, c'est le service de renseignement fédéral allemand (Le BND) qui aurait alerté les russes sur les machinations du magnat..

Alexandre Bortnikov, nouveau patron du FSB, était jusqu'a présent une figure discrète parmi les "siloviki" russes

Autre élément, sa biographie comporte des zones d'ombres, empêchant de juger des qualités ou non de Bortnikov. Une figure peu connue du grand public ne signifie pas automatiquement un simple technocrate, surtout que sa nomination est le résultat de guerres internes au FSB ou, selon les journaux russes, les relations entre Patrushev et Bortnikov n'étaient pas des plus cordiales. Il est même catalogué comme étant un "homme de Medvedev". Une chose est sûre: C'est le nouveau Président de la Fédération de Russie qui a annoncé sa nomination.

Cet épisode peut être relié a la Guerre entre clans au coeur des services de sécurité russes qui a été particulièrement visible l'année dernière. Opposant le patron du FSB, Patrushev, et celui du FSKN, le Service fédéral antinarcotiques, dirigé par Viktor Tcherkessov, apparement autour de questions de contrôle des services de sécurité, ce conflit a aussi montré que Poutine ne contrôle pas si bien que ca ses propres services de sécurité (A moins qu'il laisse faire). Le bilan de cette bataille vient en tout cas de tomber: Patrushev vient d'être nommé secrétaire au Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie, et Tcherkessov vient d'être débarqué du FSKN pour prendre la tête de l'agence pour l'armement.

 

14/05/2008

Polémique: Richard Dwyer et la secte de Jim Jones.

Il est temps de briser un mythe sur un des scandales les plus retentissants su siècle dernier. Tous les ingrédients étaient la: Une secte dirigée par un fou, l'apparition de la CIA, laquelle était sous les feux des commissions parlementaires américaines Pike et Church, sans oublier l'assassinat, rare dans les annales, d'un parlementaire américain, Leo Ryan, venu enquêter sur place, au Guyana. Apparition de la CIA? Tout a fait. Parmi les personnes qui accompagnèrent le parlementaire Léo Ryan dans sa visite du camp de la secte de Jim Jones, se trouvait un dénommé Richard Dwyer. 

De gauche a droite: Jim Jones, Charles Garry et Richard Dwyer

Or selon le site "Seize the night" (Je cite ce site mais il y en a d'autres): "Dwyer was an agent of the CIA. Richard Dwyer was a CIA agent For his part, Dwyer neither confirms nor denies that he was a CIA agent, but he was identified in the 1968 edition of Who's Who inthe CIA. A month after the massacre the San Mateo Times, a Bay Areanewspaper (hometown paper of Leo Ryan), reported that "State Department officials acknowledge that a CIA agent was dispatched to Jonestown within minutes of the airstrip assault." Dwyer denied to the Times that he was there at the time. According to one report, Dwyer's next stop after Guyana was Grenada". Notons que ce site n'est pas le seul: Une très sérieuse dépêche de UPI du 04.08.1981 (reproduite en fin d'article) affirme elle aussi que Dwyer est un officier de la CIA tout comme deux autres personnes dont elle donne le nom.

Reprenons les éléments. Selon l'auteur, Dwyer est un officier de la CIA car identifié comme tel par un ouvrage de Julius Mader, ouvrage sorti en Allemagne de l'Est (ca l'auteur oublie de le préciser) et intitulé "Who's who de la CIA". Un peu léger de se baser sur une seule source d'information non recoupée. Et si des membres du Département d'Etat ont reconnus que un officier de la CIA était présent, cela ne prouve pas automatiquement que il s'agissait de Dwyer. Surtout que aucune enquête sérieuse ni même la CIA n'ont jamais reconnus ont constatés que Dwyer était un officier du renseignement américain.

Il devenait par conséquent nécéssaire de déclencher des recherches, collecter des informations, analyser, pour tirer la situation au clair, en démarrant par la technique la plus simple pour identifier un officier présumé de la CIA:Sa biographie. C'est le Washington Post du 31.08.1991 , assisté du site Namebase, qui permettent d'en savoir plus.

Né vers 1933, Richard Alan Dwyer obtient un diplôme d'administration publique a l'université de Princeton, a l'école des affaires publiques et internationales, avant d'entrer au Département d'Etat en 1957. Dans le cadre de sa carrière, il a servi en Syrie, de 1960 a 1963, en Egypte de 1963 a 1966, en Bulgarie de 1970 a 1972 , au Tchad de 1976 a 1977 et était en poste en Guyana en 1978. Notons que selon le Washington Post (ce détail a de l'importance) , aux deux derniers postes a l'étranger, il était chargé d'affaires et chef de mission adjoint. Ensuite, il est consul général en Martinique. Il quitte le service actif en 1984 et décède le 29.08.1991.

Maintenant utilisons la méthode du "spotting" des opérateurs de la CIA pour vérifier si Dwyer correspond aux critères du chef de station, ou du moins d'un "opérateur" de la CIA. Est ce que Dwyer a utilisé une couverture d'un officier de la CIA? Réponse négative. Malgré nombre de recherches, je n'ai jamais vu un officier de la CIA utiliser la couverture de chargé d'affaires. Les "couvertures" des officiers traitants de la CIA sont données par le Département d'Etat, le Ministère des affaires étrangères US, les officiers de la CIA ne peuvent se les attribuer. Or jamais un officier de la CIA n'a occupé cette couverture de chargé d'affaires.Sa biographie ressemble beaucoup plus a celle d'un classique diplomate, loin du fantasme des "espions de la CIA a chaque coin de rue". Ajoutons-y que la couverture d'un officier de la CIA dans une ambassade permet de montrer son imoortance hiérarchique. Un officier de la CIA qui est officiellement conseiller d'ambassade (ou parfois 1er secrétaire d'ambassade) est sans aucun doute le chef de poste. L'officier CIA clairement identifié dans un pays qui a la couverture de 1er secrétaire, par exemple, est son adjoint, et ainsi de suite. Si Dwyer était "chargé d'affaire" et "chef de mission adjoint" (poste diplomatiquement plus élevé que conseiller) il devrait être le chef du poste de la CIA a Jonestown. Or et d'une je n'ai jamais vu aucun officier de la CIA occuper une telle couverture, et de deux, le chef de poste de la CIA a Jonestown a l'époque était clairement identifié: Il se nomme James Adkins. Cet officier de la CIA a la carrière bien remplie terminera sa carrière avec le scandale de l'Irangate sur le dos..


Copyright 1991 The Washington Post The Washington Post August 31, 1991, Saturday, Final Edition SECTION: METRO; PAGE B4 LENGTH: 337 words HEADLINE: Foreign Service Officer Richard A. Dwyer Dies SERIES: Occasional BODY:    Richard Alan Dwyer, 58, a retired Foreign Service officer who received the State Department's Award for Valor for his actions in Guyana during the 1978 Jonestown massacre, died Aug. 29 at Sibley Memorial Hospital of complications after gall bladder surgery.    Mr. Dwyer joined the Foreign Service in Washington in 1957, and he retired in 1984. In retirement, he had been an investment adviser. At his death, he was director of the Metropolitan Washington Council of the National Association of Investors Corporation and led its computer group.    A resident of Washington, he was born in Evanston, Ill., and graduated from Dartmouth College. He received a master's degree in public administration from Princeton University's Woodrow Wilson School of Public and International Affairs.    His Foreign Service career included posts in Syria, Egypt and Bulgaria. He had been deputy chief of mission and charge d'affairs at U.S. embassies in Chad and Guyana. His last post before retiring was consul general for the French Caribbean in Martinique.    His Award for Valor was for action taken in November 1978, when members of the cult settlement at Jonestown in Guyana attacked a group led by Rep. Leo Ryan (D-Calif.) at the Port Kaiturna airstrip, which was the supply point for the settlement.    Ryan, who was investigating reports that some of his constituents were being coerced to remain in the settlement, was killed in the attack, as were three television journalists. Mr. Dwyer, who had been Ryan's embassy escort, was wounded, but nevertheless led the survivors into the nearby jungle, where they hid from further attack. They were rescued the next day, the same day the mass suicide that killed more than 900 members of the cult settlement was discovered.    Mr. Dwyer was a member of DACOR (Diplomatic and Consular Officers Retired) and St. Thomas Apostle Catholic Church in Washington.    Survivors include his wife of 33 years, Sara Height Dwyer, and two children, Elizabeth and Timothy Dwyer, all of Washington.

Copyright 1981 U.P.I. United Press International August 4, 1981, Tuesday, AM cycle SECTION: Domestic News LENGTH: 420 words HEADLINE: Layton's lawyers ask for CIA documents BYLINE: By SPENCER SHERMAN DATELINE: SAN FRANCISCO BODY:     The question of CIA involvement in the 1978 Peoples Temple mass murder-suicide surfaced in the conspiracy trial of Larry Layton Tuesday when defense attorneys argued for access to secret intelligence files.    U.S. District Judge Robert F. Peckham interrupted jury selection to hear arguments from defense attorney Tony Tamburello and CIA Attorney Page Moffet on releasing intelligence files concerning the shooting of Congressman Leo Ryan.    Tamburello said he should be allowed access to CIA files on the tragedy because ''we feel that the CIA's role was active in preventing any intervention by government authorities'' to halt the shooting and the deaths of 914 temple members.    Tamburello asked the intelligence agency to reveal whether U.S. Ambassador to Guyana John Burke and aides Richard McCoy, Daniel Weber and Richard Dwyer were CIA operatives in Guyana.    Tamburello charged the government with ignoring reports that Peoples Temple leader Jim Jones was running a ''concentration camp'' in the jungle because of the CIA's role in propping up the government of Forbes Burnham.    The cult headquarters was strategically located near the disputed border of Guyana and Venezuela and, Tamburello charged, the Peoples Temple Agricultural Compound was used as a buffer zone between the Guyanese and Venezualians.    Moffet, speaking on a conference line from Washington D.C., said he was not sure ''how any CIA involvement would relate to the guilt or innocence of Larry Layton.''    Tamburello seemed to argue the CIA's failure to warn of an impending tragedy made them a party to it through the legal theory of contributory negligence which places liability on someone who negligently causes a crime.    ''I believe the CIA is directly responsible for creating the Jonestown situation by allowing Mr. Jones, through the government of Guyana, from acting the way he did,'' Tamburello said.    Layton is charged with conspiring to murder Rep. Ryan, D-Calif., and U.S. Chief of Missions Dwyer at the Port Kaituma airstrip. Three journalists and a temple defector also were killed in the attack.    Layton can be charged with conspiring in the attempt on Dwyer's life because a diplomat is an internationally protected person, allowing the government to prosecute for a crime which occurs outside the United States.    ''If Richard Dwyer was with the CIA it might very well effect whether he is an internationally protected person,'' Tamburello said.    Peckham said he would consider the question and issue an opinion later.

08/05/2008

Kim Yong-Gan, une étoile montante qui redescend?

Kim Yong-Gan, une étoile montante qui redescend?

Si un pays concentre actuellement l'attention de la communauté du renseignement , c'est incontestablement la Corée du Nord. Ce pays, une des rares dictatures communistes encore existantes, inquiète non seulement Israël, en fournissant des armes a nombre de régimes (par exemple la Syrie) qui lui sont hostiles, mais aussi les Etats-Unis et la Corée du Sud, l'Etat de guerre entre les deux Corées n'étant toujours pas levé ( En 1953 a été signé seulement un cessez-le-feu) et un des buts du régime nord-coréen est toujours la réunification des deux Corées, tout en luttant contre l'impérialisme US. Les parties se regardent en chien de faïence, et ne reste pour les différents services secrets travaillant en direction de la Corée du Nord qu'a étudier les informations obtenues "ouvertement", le recrutement d'informateurs étant très risqué (Le Ministère de la Sécurité nord-coréen est très vigileant) et très peu d'informations filtrent. Néanmoins, il est possible d'identifier les "étoiles montantes" au sein du régime, et ce selon leur participation aux cérémonies officielles et la place qu'ils y occupent, leurs promotions, les missions qui leur sont confiées. C'est dans ce cadre qu'apparaît une de ses "étoiles montantes", issue du renseignement politique nord-coréen: Kim Yang-Gon, directeur du Département du Front Uni du Travail nord-coréen.
Au premier plan, le Directeur du DFUT, Kim Yong-Gan,lors de son arrivée a Séoul en novembre 2007. Il est apparement le deuxième représentant nord-coréen a se rendre a Séoul.

 

Comme le rappele le remarquable "Intelligence Online", Kim Yang-Gon , né le 24.04.1938 a Anju, une province du Pyongyan, a toujours travaillé dans les services de renseignement politique dépendant du Comité central du Parti des Travailleurs de Corée.

Comme je l'avais évoqué dans une précédente note, existe en Corée du Nord: Le Ministère de Protection de la Sécurité de l'Etat, sorte de KGB, chargé du renseignement extérieur comme du contre-espionnage interne; le service de renseignement militaire, qui dépend du Ministère de la Défense, et dépendant du Comité Central du Parti, la 35ème chambre, en fait le Département des Liaisons Internationales, chargé des relations avec les partis politiques "frères", mais aussi le Département du Front Uni du Travail (que j'avais oublié), également dépendant du Comité central, et chargé des contacts avec les "organisations de masses", et la communauté coréenne a l'étranger. C'est ce service que prend en main en 2006 Kim Yang-Gon. Et ce après avoir "monté les marches" au sein du régime: Directeur-adjoint du Département des Liaisons Internationales, DLI, (devenu en 1998 la "35ème chambre") de 1986 a 1997, il est parallèlement nommé vice-président de l'association coréenne des affaires étrangères en 1991.Il prend la tête du DLI en 1997, et le dirige jusque 2006. A ce poste, il est entre autres réputé pour avoir noué de bonnes relations avec son homologue chinois du Département des Liaisons Internationales, Zhu Liang. Ce qui n'est pas inutile: Les relations sino-nord coréennes ne sont pas forcément aussi idylliques qu'on pourrait le penser. Le fait que le régime de Pékin ait décidé de se tourner vers le capitalisme, au mépris de l'économie planifiée, sans compter le développement des relations entre la Corée du Sud et la Chine populaire, au grand dam de la République Populaire de Corée, s'accompagne d'une forte augmentation des échanges commerciaux entre ses deux pays. Pyongyang, en tant que ennemi du régime sud-coréen, n'a guère apprécié. Néanmoins, la Chine et la Corée du Nord ont besoin l'un de l'autre: La Corée du Nord pour être protégée en cas d'agression; la Chine pour éviter , dans un contexte international de défiance vis-a-vis de la Chine, que le régime de Pyongyang soit remplacé par un régime moins favorable a Pékin..
Novembre 2007. Kim Yong-Gan, au centre, en compagnie du Ministre sud-coréen de l'unification,Lee Jae-joung. A droite, Kim Man-Bok, directeur du National Intelligence Service (NIS) de Corée du Sud. Ce dernier devra quitter ses fonctions en janvier 2008, pour avoir fait fuiter dans la presse un compte-rendu de sa rencontre le 18.12.2007 avec Kim Yang-Gon

En 2006, donc, Kim Yang-Gon prend la tête du DFUT. La mission du DFUT? Entretenir non seulement des relations avec les communautés coréennes a l'étranger, mais aussi contrôler les organisations "de masse" a l'étranger, aussi les syndicats que les organisations religieuses.
Plusieurs indices montrent très clairement sa montée en puissance: En tant que directeur du DFUT, il est chargé des relations avec la Corée du Sud : Il rencontrera a plusieurs reprises des responsables du renseignement sud-coréen, le National Intelligence Service, et, fait exceptionnel et qui mérite d'être souligné, se rend en novembre dernier a Séoul pour négocier avec ses collègues sud-coréens des mesures visant au rapprochement entre les deux Corées, en facilitant le dialogue. Le fait que ce poste, et cette mission, lui aient été confiés, montre la confiance qui lui est accordée. D'autres éléments témoignent de sa montée en puissance: Kim Jong-Il a nommé en 2005 Kim Yang-Gon conseiller a la Commission de Défense Nationale, présidée par Kim Jong-Il, et ce dans un pays ou l'armée, du fait des tensions entre les deux Corées, joue un rôle important (Hwang Jang-Yop, ancien secrétaire du Comité Central du Parti des travailleurs nord-coréen qui fera déféction en 1997, estimera dans une interview que "les militaires sont tout puissant en Corée du Nord"). Dernier indice: Kim Jong-Il est réputé ne se rendre que rarement aux récéptions,hors lors d'une de ses rares présences a une récéption, a l'ambassade de Chine a Pyongyang, en mars 2007, Kim Yang-Gon fait partie des rares personnes qui l'accompagnent, avec le vice-ministre des affaires étrangères du régime.

La boucle est-elle bouclée? Pas sûr. En février dernier , un communiqué de Reuters annonce que le n°2 du DFUT, Choe Sung-Chol (Donc l'adjoint de Kim Yang-Gon) est suspendu , faisant l'objet d'une enquête pour corruption. Selon le NIS, depuis décembre 2007, Choe Sung-Chol était "absent". Une source de préciser que  "In trouble is not only deputy director Choe but also the entire United Front Department which orchestrates all South Korean affairs". Sous-entendu, Kim Yang-Gon est aussi visé. Il ne peut être exclu que cette étoile montante du régime nord-coréen ne redescende très vite..A moins que les investigations en cours ne soient que une tempête dans un verre d'eau, ou que le directeur du DFUT réussisse a étouffer l'affaire grâce a ses protections..

10/04/2008

Changes in Espionage by Americans: 1947-2007

Voila un document fort intéréssant qui vient d'être publié et que je recommande vivement. Cette analyse de 113 pages non seulement dévoile des cas peu connus de citoyens américains ayant fournis des informations a des services secrets étrangers (par exemple, russes, philippins, nord-coréens), mais en plus livre une analyse détaillée, et compare les différentes situations? Combien de personnes ont trahis, pour quelles raisons? Quelle était leur situation sociale, familiale? Et j'en passe. Un document en anglais qui rappele l'évolution du contexte historique depuis  1947 jusque 2007,réellement passionant. Disponible ici

07/04/2008

Le SVR, service de renseignement russe. Partie 1: le successeur de la 1ère Direction du KGB

Cette note est basée sur des informations obtenues de manière ouverte: analyse de biographies, interviews, sites spécialisés.

 Remplacant le 18.12.1991 le TcSR, bref successeur de la 1ère Direction Générale (Renseignement extérieur) du KGB d'URSS, le SVR est un service de renseignement extérieur qui n'a eu de cesse de s'inscrire dans la continuité de son successeur du KGB, récupérant aussi bien ses archives que ses informateurs et ses structures. Peu de choses ont changées avec l'apparition de la démocratie, pour le service de renseignement extérieur russe.
Photos du complexe de la 1ère Direction générale/ TcSR/ SVR a Yasenovo, dans la région de Moscou

Léonid Shebarshine a été le dernier patron de la 1ère Direction générale du KGB, chargée du renseignement extérieur. Contrairement a ses prédécesseurs, il a fait une très grande partie de sa carrière au KGB même, aussi bien dans des postes a l'étranger ( Aide du chef de station au Pakistan dans les années 60; chef de station adjoint chargé de superviser le renseignement politique a la station de Delhi jusque 1975 puis Rézident a Delhi de 1975 a 1977, et enfin rézident a Téhéran de 1979 a 1983) que au quartier général. Le général-lieutenant Léonid Vladimirovitch Shebarshine restera aux yeux de ses officiers un patron réellement compétent.

Dans le climat de chaos ambiant suite au putsch raté de août 1991, deux événements sauveront la 1ère Direction générale et son successeur: La première est l'attitude de Léonid Shebarchine , le patron de la 1ère Direction. Ce professionnel du renseignement a tenu a l'écart son service des turpitudes des putschistes, dirigés par le patron du KGB Vladimir Krioutchkov, dont il ne faisait pas partie des proches. Deuxième raison, la nomination a la tête du nouveau service de renseignement extérieur civil russe (Qui a été "séparé" du KGB par Vadim Bakatine, le nouveau patron du KGB) de Evguéni Primakov, un académicien spécialisé dans les relations internationales, une personne compétente et expérimentée, dont le but est de préserver au maximum le fonctionnement de cette institution qu'est le SVR. Primakov impulsera au SVR quelques réformes, qui seont ici détaillées.

Evidemment, avec la chute du communisme, le côté "idéologique" du travail du renseignement extérieur (défendre et exporter ou c'est possible la révolution communiste) disparaît. Pourtant, le SVR reprend beaucoup de choses venant du Premier Directoire:  structures, personnels (ce qui sera largement démontré au fil des articles), méthodes, issus de l'ex Première Direction générale, y compris son histoire et la dénomination de "tchékistes". Toutefois, les effectifs du SVR sont réduits a 15000 membres, aussi bien en poste a l"étranger que au quartier général a Yasénovo.

Primakov impulse quelques réformes mineures au sein du SVR: 
Au niveau des structures internes, plusieurs départements sont créés.
Apparaît ainsi un service de renseignement économique, chargé de l'espionnage économique pour aider les entreprises russes exportatrices mais aussi d'évaluer les buts des partenaires étrangers lors de la signature de contrats, vérifier la solvabilité des sociétés proposant leurs services aux sociétés d'Etat russes  .Primakov place a la tête du Département Vladimir Riabikhin, qui dirigera ce service de 1992 a 1997. L'activité du service est supervisée par Alexey Chtcherbakhov, Directeur-adjoint du SVR.
Autre nouveauté, la création d'un département chargé du contrôle des armements, de la lutte contre la prolifération nucléaire et des missiles ballistiques. C'est Guennadi Evstafiév, un officier du SVR spécialisé dans ses thématiques, qui est nommé a sa tête.
A gauche, Alexey Chtcherbakov, Directeur-adjoint du SVR, est entré au KGB en 1964. A droite, Gennadi Evstafiev, chef du département de contre-prolifération du SVR, a travaillé pour la 1ère Direction générale du KGB en Inde (fin des années 60), a Tokyo (Jusque 1975, grade de sous-colonel) puis a New York dans les années 80 officiellement comme assistant du Secrétaire général de l'ONU

Les services traditionnels, dans certains cas, voient leurs rôles renforcés; tel est le cas du service d'analyse et d'information du SVR, (apparement dirigé par Valeri Rozanov), la coopération avec les services secrets étrangers (Sous le contrôle d'un autre Directeur-adjoint, Grigori Rapota, et auquel prend part le chef du groupe des consultants auprès du Directeur du SVR, Vadim Kirpichenko), aussi bien avec le Guoanbu de la République Populaire de Chine que avec la CIA, le MI6, le BND ou la DGSE , les sud-africains, les japonais ou les algériens, sans oublier le renseignement scientifique et technologique. Les Etats-Unis ne sont plus "l'ennemi principal", la priorité pour le SVR n'étant plus, comme durant la Guerre froide, d'obtenir des informations sur toute mesure hostile a l'égard de l'URSS concue par les Etats-Unis. Le renseignement "illégal", c'est a dire l'envoi d'officiers sous fausse identité a l'étranger, continue. Toutefois, comme le note Evgueni Primakov dans son ouvrage, " la priorité numéro 1 du SVR reste le renseignement politique, c'est-a-dire la recherche d'informations sur les intentions d'autres Etats, en particulier a l'égard de la Russie".
    A gauche, Grigori Rapota, Directeur-adjoint du SVR. Entré en 1966 a la 1ère Direction, Rapota a servi dans les rézidenturas de Washington et Stockholm. Il a sans doute été "Rézident" en Finlande de 1987 a 1990. A droite Vadim Kirpichenko, chef du groupe des consultants auprès du Directeur du SVR. Il a servi en Egypte a deux reprises ( rézident adjoint de 1954 a 1959, puis rézident de 1970 a 1974) et en Tunisie (rézident de 1962 a 1964). Revenu a Moscou en 1974, il sera chef de la division des illégaux jusque 1979 puis adjoint du Directeur de la 1ère Direction générale.

Notons que trois services du SVR (Celui du renseignement économique, du contre-espionnage extérieur; de l'analyse et de l'information) ne dépendent pas de la Direction pour les opérations du SVR, mais paraissent directement des Directeurs centraux..

Les structures du SVR , au début, paraissent peu claires, voire confuses. Si les rôles de chaques service est clairement précisé, en revanche le contrôle par la Direction ne manque pas d'étonner, de par son enchevêtrement.Si Youri Zubakov est nommé responsable pour l'administration du SVR, Alexeï Chtcherbakov est chargé de superviser le travail du renseignement économique ainsi que dans le domaine scientifique et technologique, tandis que Grigori Rapota a sous sa coupe le contrôle des divisions Amérique, Europe, du Service de presse, et est chargé des relations avec les services secrets étrangers. Cet enchevêtrement confus sera heureusement terminé quand les structures du SVR sont précisées par la suite (quand exactement???) : Le SVR comprend désormais un Directeur, un 1er Directeur-adjoint, et quatre Directeurs adjoints:  un Directeur-adjoint pour les ressources humaines, un Directeur-adjoint pour les questions scientifiques (Dont dépend la Direction des sciences et technologies, la Direction de la technologie pour les opérations, la Direction de l'informatique, et l'académie du SVR) , un Directeur-adjoint pour les opérations (Dont dépend les départements supervisant les opérations du SVR, réparties thématiquement et géographiquement ), un Directeur-adjoint pour la logistique. Les services du contre-espionnage extérieur, de l'analyse et de l'information, du renseignement économique, dépendent toujours directement de la Direction.  Comme 1er Directeur-adjoint, Primakov choisit un spécialiste de la zone Asie, qui a une solide expérience du travail sur le terrain: Viatcheslav Trubnikov a été en poste au Pakistan puis  chef de station au Bangladesh en Inde de 1987 a 1990 avant de diriger les Départements Asie du Sud (1990-1991), puis Amérique du Nord (1991-1992) au Renseignement extérieur du KGB. Il peut aussi compter sur un certain nombre de Directeurs-adjoints, tel Viatcheslav Gurguenov, ou Youri Zubakov pour les questions administratives.
A gauche,Viatcheslav Trubnikov, 1er Directeur adjoint du SVR de 1992 a 1996, a auparavant servi en Inde puis comme rézident au Bangladesh de 1984 a 1987 et en Inde de 1987 a 1990. A droite, Yuri Zubakov, Directeur-adjoint pour l'administration du SVR de 1992 a 1996. Entré en 1966 au contre-espionnage militaire du KGB,il y a fait l'essentiel de sa carrière, ainsi que a la section des services administratifs du Comité Central.

Concernant les stations du SVR, pareil, les changements sont minimes: On récupère les structures et le personnel de l'ancienne Première Direction Générale du KGB d'URSS, avec le même fonctionnement: Un Rézident, le chef de station; un rézident-adjoint chargé de la ligne "X" (Renseignement scientifique et technologique), un rézident-adjoint chargé de la ligne PR (Renseignement politique), un rézident-adjoint chargé de la ligne "KR" (Contre-espionnage et sécurité), sans oublier les chiffreurs, sténos, spécialistes de l'interception éléctronique..Le personnel , comme il a été souligné plus haut, ne change pas: Le germaniste Ivan Gromakov, arrivé a la tête de la station de Washington en 1987, occupera le poste jusque 1993; le peu mondain Boris Volkov, a la tête de la rézidentura dans la capitale francaise depuis 1989, ne la quittera que a la mi-1992 suite a la déféction, rendue publique, d'un de ses adjoints; Alexandre Kisseliev continue d'assurer la liaison avec les autorités de Pyongyang, ou il est en poste depuis 1990, et qu'il ne quittera que en 1995 pour faire valoir ses droits a la retraite;  Youri Perfiliev, directeur d'un des postes les plus sensibles (Beyrouth) durant la guerre civile au Liban, et dont deux des officiers seront enlevés en 1985, donnera sa démission en 1995 a son retour d'Espagne, tandis que une autre "germaniste" de la 1ère Direction générale du KGB , étoile montante du SVR, Sergey Lebedev, est en poste en Allemagne en 1992, sans doute comme rézident a Bonn.
De gauche a droite; Alexandre Kisseliev, représentant du KGB/TcSR/SVR a Pyongyang de 1990 a 1995; Youri Perfiliev, chef de station en Espagne jusque 1995; Sergey Lebedev, apparement rézident a Bonn en 1992.

Toutefois, les stations du nouveau SVR a l'étranger subissent un ralentissement voire, dans certains pays, sont fermées, comme en Asie et dans le Pacifique, ou en Afrique. On estime que pas moins de 30 rézidentura sont fermées. En contrepartie, une station est ouverte en Afrique du Sud, pays avec qui les relations diplomatiques sont rétablies en février 1992, après une rupture d'une quarantaine d'années, appartheid oblige. Un des premiers rézidents est Mikhaïl Dmitriev. Le nombre d'officiers est réduit aussi, comme en attestent plusieurs rapports de services de contre-espionnage occidentaux. C'est la rézidentura de Paris qui , sans doute, en fera le plus les frais: Suite a la déféction de Viktor Ochtchenko (voir plus bas) l'ambassadeur de Russie a Paris, Youri Rijov (qui avait animé la commission d'enquête sur le rôle du KGB durant le putsch de 1991) profite de la déféction de Ochtchenko pour "nettoyer" l'ambassade de Paris: Après avoir déclaré publiquement que Ochtchenko est bien un membre du KGB/SVR, il demande a tous les officiers du SVR de quitter Paris avant que les autorités francaises ne le demandent. Ce qui est fait le 30.09.1992. Parmis les personnes sur le départ, Boris Volkov, ainsi que un 3ème secrétaire officiellement membre de l'UNESCO, Valentin Makarov, qui était en réalité un des officiers traitants de Francis Temperville (plus bas). Toutefois, le SVR réussit a envoyer de nouveaux officiers sous couverture diplomatique a Paris, dont parmi eux Andreï Zélénin ( Chef de station au Maroc au milieu des années 70) , arrivé durant l'année 1993 et chargé de représenter le SVR auprès des services secrets francais.

Quelques remplacements et démissions arrivent, mais très peu. Malgré la fin de la Guerre froide, l'espionnage entre nouveaux alliés continue. C'est dans la logique des choses. Les scandales secouent les deux côtés,mais ce qui est réellement préoccupant est incontestablement l'augmentation du nombre d'officiers du SVR qui "passent a l'ennemi".

Profitant de ce climat troublé, marqué par une forte période d'incertitude pour les russes, les services secrets occidentaux repassent a l'attaque, essayant de recruter ou de convaincre a faire déféction des officiers du SVR, troublant encore plus la situation au sein du SVR et lui faisant perdre nombre de sources. La déféction du colonel Viktor Ochtchenko, chef de la section "X" a la station de Paris et officiellement 2ème secrétaire d'ambassade , au profit du MI6 britannique a la mi-1992, entraîne le rappel immédiat de plusieurs officiers du SVR en poste a Paris, et l'interpellation par la DST et le MI5 de plusieurs informateurs du SVR, tels que l'ingénieur-atomiste francais Francis Temperville ou Michaël John Smith, un britannique recruté par Ochtchenko quand il était en poste a la station de Londres en 1975, et qui fournit au KGB (puis au  SVR) des infrmations sur les projets militaires.
Dans son ouvrage, Evguéni Primakov évoque aussi les déféctions de deux membres du SVR, l'un en poste en Belgique et l'autre en Finlande, ou encore les tentatives de recrutement du chef du SVR a Stockholm par le MI6 en 1993, ou du chef du SVR a Berne peu après , tentative menée par Rolf Mowatt-Larrssen, alors chef de la Base de la CIA a Zurich. La porte-parole du SVR Tatiana Samolis déclarera (Information de Intelligence Online du 04.03.1993) que sur les 18 derniers mois, 7 officiers du SVR avaient désertés.
Mais un des plus gros échecs du SVR est le recrutement par la CIA de Alexandre Zaporojski, un haut responsable du contre-espionnage du SVR, qui contactera le chef de station de la CIA a Buenos Aires, William Ortman, en 1994. Il faudra attendre 1997 pour que les services secrets russes comprennent qu'ils ont été infiltrés, et tombent sur Zaporojski, qui avait soudainement démissioné du SVR pour partir vivre aux Etats-Unis. Il sera arrêté en 2001.

 

06/03/2008

La station du KGB a Pékin

La station du KGB a Beijing

Suite a la victoire du Parti communiste chinois contre les troupes de Tchang Kaï-Tchek et la proclamation en 1949 de la République Populaire de Chine, Staline ordonne d'arrêter les opérations de renseignement contre cet allié de l'URSS en octobre 1949 .

De gauche a droite; Andrey Otrochtchenko, chef de la 3ème Division du Comité d'Information (Renseignement extérieur), qui supervise entre autres les activités en direction de la Chine populaire; Itsak Akhmérov, et Andreï Raïna, conseillers du KI/MGB/MVD/KGB en Chine populaire.

Des officiers du KI ( Qui ensuite sera de nouveau regroupé avec les services de sécurité intérieure et de contre-espionnage, mais séparé du renseignement militaire, pour devenir par décret du Conseil des Ministres d'URSS de 1954 le KGB, ) sont envoyés a Pékin, sous la supervision de Andrey Otrochtchenko, responsable de la 3ème Direction (Moyen et Extrême-Orient) du Comité d'Information (Qui regroupe le renseignement extérieur politique et militaire) avec pour mission de tenir au courant Moscou sur la situation sur place, par le biais de renseignements obtenus de sources ouvertes, et aussi d'aider les chinois a former leurs appareils sécuritaires. Le réseau de citoyens chinois travaillant pour le renseignement extérieur soviétique est gelé, provisoirement. Sur demande de Mao, Les services secrets soviétiques transmettent a leurs homologues chinois les noms de leurs informateurs en Chine.  Les officiers du KGB envoyés sur place font office de conseillers, chargés d'aider les services secrets chinois a se former, mais aussi d'informer Moscou sur la situation en Chine, par la collecte de renseignements de manière ouverte. Toutefois, les chinois ne laissent pas les soviétiques prendre le contrôle de leurs services de sécurité, refusant par exemple que les officiers du Comité d'Information se mêlent aux opérations menées par les chinois. Néanmoins, une certaine coopération existe, comme la proposition d'envoyer des officiers chinois a Moscou pour se former aux techniques du renseignement. Parmi les conseillers , Andreï Raïna, un des principaux fondateurs du département scientifique et  technologique du renseignement extérieur, créé en 1946. Il sera  envoyé en Chine dès 1949, pour conseiller les nouveaux services secrets (Le Diaochabu, renseignement extérieur, et le Gonganbu, chargé de la police et du contre-espionnage) de la jeune République Populaire sur les questions de sécurité, pour revenir , de 1953 a 1954, comme adjoint du conseiller pour le renseignement auprès du Gonganbu, le Ministère de la Sécurité publique chinois.Le conseiller est alors Itsak Akhmérov (En poste comme Raïna de 1953 a 1954) , un spécialiste du renseignement qui a servi comme chef de station "illégal" aux Etats-Unis de 1942 a 1945. Autre conseiller a Pékin, Nikolaï Guéorguivitch Soudarikov, qui sera en poste de 1956 a 1962.

Vladimir Vertiporokh, 1er chef de station du renseignement soviétique a Tel-Aviv jusque 1953 , fut ensuite chef de la Division Extrême-Orient au renseignement extérieur du MVD/KGB, poste qu'il occupa de 1953 a 1957, avant d'être envoyé comme représentant de la 1ère Direction générale du KGB (Renseignement extérieur) en Chine.

A Moscou, on sent néanmoins la tension entre la Chine et l'URSS, aussi c'est une des étoiles montantes du renseignement extérieur, Vladimir Ivanovitch Vertiporokh, qui est envoyé comme représentant de la 1ère Direction générale a Beijing en 1957.Il décédéra en 1960 d'une crise cardiaque.

Evguéni Pitovranov, chef de la représentation du KGB a Beijing de 1960 a 1962.

Cette même année, le KGB décide de rapatrier nombre de ses officiers, ne laissant a Beijing que une petite station. Pourtant, en mars 1960, le général Pitovranov, une des légendes du KGB , arrive a Beijing. Il dirigera la représentation du KGB a Pékin auprès du renseignement politique chinois ( Sans doute le Diaochabu) avant d'être remplacé en février 1962 par son adjoint, Nikolaï Pavlovitch Goussiev, lequel restera en poste jusque octobre 1964. Dans ses câbles au QG du KGB, Pitovranov indique très clairement que les dirigeants chinois refusent la politique soviétique de coexistence pacifique avec les pays capitalistes, considérant que c'est une concession faite a l'impérialisme. Ils refusent aussi le passage pacifique au socialisme dans les pays développés. Après la mort de Staline, Mao ne lui voyait pas d'équivalent, et n'appréciait guère Khrouchtchev, lequel retire en 1960 les conseillers soviétiques en Chine et fait cesser toute coopération dans le domaine de l'armement nucléaire. Il faut y ajouter que, apparement, le KGB n'a pas livré tous ses agents chinois, et continue des activités d'espionnage, mais de faible intensité.

Devant la dégradation des relations sino-soviétiques, puis la mise au point de la bombe atomique chinoise en 1964, le KGB réagit et décide d'augmenter les effectifs de son antenne de Pékin, a partir de 1965, tandis que l'ordre est donné désormais de recruter des chinois. Priorité est donnée aux intentions des autorités chinoises. A tel point que la Chine devient l'objectif numéro 2 du KGB, juste après les Etats-Unis!
Parmi les officiers en poste a Beijing, Ronald Lébidinsky, en poste au plus fort de la Révolution culturelle, sur la période 1965-1966. Il sera ensuite en poste en France en 1970. Evidemment,avec la Révolution culturelle,la collecte de renseignements est particulièrement difficile. Priorité est donnée aux stations du KGB de contrer l'influence chinoise,par exemple au Japon (Décrit par Stanislav Levchenko dans son ouvrage coécrit avec John Barron) et en Amérique Latine. Paradoxalement, Yuri Andropov, patron du KGB, n'a jamais exclu de renouer de bonnes relations avec la Chine communiste. Quand il sera nommé en 1982 Secrétaire général du Parti Communiste,ce sera d'ailleurs un des axes de sa politique. Ce qui contribuera a détendre les relations avec les chinois.

  Youri Drozdov arrive en 1964 a Beijing avec pour instruction claire d'activer le travail du KGB en direction de la Chine populaire depuis la station de Beijing agissant sous couverture de l'ambassade soviétique. Plus facile a dire qu'a faire!

Aussi arrive en août 1964 a la tête de la station de Beijing (Poste qu'il occupe jusque 1968) Yuri Drozdov, qui fera ensuite une brillante carrière au sein du KGB comme chef de station a New York puis chef de la Division des illégaux au renseignement extérieur du KGB. Chargé de renforcer la collecte du renseignement, Drozdov et son équipe se heurtent non seulement a la surveillance efficace du Gonganbu,  mais aussi a la haine de chinois contre les soviétiques, considérés comme des réactionnaires.L e recutement de fonctionnaires chinois, en Chine même comme a l'étranger, du fait de la surveillance très présente des autorités chinoises, est quasiment impossible. Se procurer le journal de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise, le Jiefangjunbao, un exploit.  Même l'achat de riz tourne a l'opération a la James Bond: les officiers du KGB sortent le soir , en voiture, en trombe de l'ambassade soviétique , s'arrêtent sur un marché pour acheter les sacs de riz et repartent au pas de course vers l'ambassade. Les soviétiques se retrouvent enfermés dans l'ambassade. Aussi, trois méthodes sont utilisées pour la collecte du renseignement: la première est l'envoi d'illégaux a travers la Chine. D'origine mongole ou d'Asie centrale, ils peuvent plus facilement se faire passer pour des chinois, et sont envoyés a partir de Alma Ata, Khabarovsk et Irkoutsk ; la deuxième consistera a faire quitter l'ambassade soviétique, de nuit, dans des voitures, des officiers du KGB ressemblait a des chinois. Laissés a un endroit, ils peuvent se mêler a la foule, prendre l'ambiance, lire les journaux.. Une des meilleurs sources pour s'informer sont les Dazibao, les journaux muraux. Comme le racontera le correspondant de TASS a Pékin ( Qui n'était pas officier du KGB) Alexei Antonkin, les journaux muraux racontent les conflits internes aux universités, administrations, banques...On apprend même par ses journaux les révoltes au Tibet, qui ont été réprimées par l'APL.
La troisième voie utilisée sera la collecte du renseignement auprès des étrangers vivant a Beijing. Par exemple, la station de Beijing apprend d'un cadre du Parti des travailleurs suisse, qui suit un stage a Shanghaï, que se préparent des purges visant aussi bien le PCC que la population. Ou Drozdov apprendra du représentant de la firme Krupp a Pékin que les chinois ont augmentés leur importations d'aciers et massent des troupes a la frontière sino-soviétique. Les informations sont envoyées a Nikolaï Pavlovitch Goussiev, qui a pris la tête de la section Chine au renseignement extérieur du KGB en octobre 1964 ( Il conservera ce poste jusque 1967) et au chef du 7ème département (Vassili Startsev) de la 1ère Direction générale du KGB, qui couvre la zone Asie, aussi bien la Chine que Singapour , l'Inde, le Pakistan, le Japon, l'Indonésie etc... Startsev est considéré comme un des meilleurs chefs du KGB. Il dirigera la "7" de 1957 a 1972.

Vassili Startsev, patron du 7ème département de la 1ère Direction générale du KGB, de 1957 a 1972, sera un des superviseurs du travail de la station de Beijing.

Tout cela ne va pas sans "pertes" pour les officiers de la station de Beijing: Pas moins de cinq officiers sont expulsés sur la période 1966-1967: Le 30.12.1966 sont déclarés PNG Andreï P.Krouchinski, correspondant de la Komsomolskaya Pravda a Pékin, et Youri L.Kossyukov, correspondant des Izvestia. Le 11.03.1967 c'est au tour de Oleg A.Yedanov, officiellement 2ème secrétaire de la section consulaire arrivé dans la capitale chinoise en 1964 , et Nikolaï G.Natachine officiellement 2ème secrétaire , puis le samedi 06.05.1967 est notifiée l'expulsion de Valentin M.Passentchouk, correspondant de la Pravda a Beijing, lequel quitte la Chine le 13.05.1967

  Néanmoins la station de Pékin réussit , durant l'année 1967, a envoyer ses officiers dans les provinces de Harbin et Heiluntzian, ou ils apprenent que les troupes chinoises s'apprêtent a se saisir des Iles Damansk.
Dans une interview, Youri Drozdov raconte que , a la fin des années 60, il envoie un câble a la Loubianka pour signaler l'augmentation des troupes chinoises a la frontière soviétique. Résolution de la Loubianka sur ce câble (Répércutant les ordres d'un apparatchik du Comité Central) : "Vérifier. Si l'information n'est pas confirmée, punir le chef de station". L'information a été confirmée, mais on a laissés passer du temps, et le 02.03.1969 les chinois ont organisés une provocation, en s'emparant d'îles, conduisant a de sanglants accorchages entre les gardes-frontières du KGB et l'Armée Populaire de Libération.Néanmoins la station de Pékin, n'a pas accès aux informations politiques de haut lieu, faute de contacts.


Responsable des liaisons avec les Partis communistes a travers le monde d'avril 1957 a mai 1967, Youri Andropov ne pourra que regretter de voir les chinois quitter le giron soviétique, et éspérera les y faire revenir; prenant en mai 1967 la direction du KGB (Poste qu'il conservera jusque mai 1982), il suivra attentivement la situation en Chine et ses conséquences internationales ou bilatérales.

La collecte du renseignement se renforce avec le plan du 15.05.1970, qui prévoit a travers le monde l'ouverture de postes d'écoutes du KGB dans les ambassades. Andropov donne son accord, et apparaît a Beijing le poste "Crabe", chargé des interceptions de communications chinoises. Néanmoins, la collecte du renseignement depuis la station de Beijing est toujours aussi critique, déclarera Youri Andropov a une réunion en décembre 1974: "La Chine continue d'être une vaste énigme. L'ambassadeur Tolstiakov a envoyé des propositions au Politburo, mais comment réagira le Politburo si la situation en Chine n'est pas claire? Difficile question. Le Politburo est surchargé en paperasses , et j'entends souvent des grognements, des reproches"

Surtout que quelques mois avant, le Gonganbu a marqué un nouveau point contre les soviétiques! Le 15.01.1974, le 1er secrétaire d'ambassade Vladimir I.Marchenko (D'après une source, chef de station du KGB) dépose au volant de sa Volga grise Yuri A.Semionov, officiellement 3ème secrétaire d'ambassade, et A.Kolosov, "intérprète militaire", près d'un petit pont. Ils ont rendez-vous avec Li Hongzhou, un "illégal", formé par le GRU en 1970 a Moscou et renvoyé en Chine en juin 1972 avec pour mission de recruter de nouveaux agents et de créer un nouveau réseau. Manque de bol, ils ne sont pas les seuls au rendez-vous, puisque Hongzou, son assistant, ainsi que Semionov et Kolosov sont alpagués par le contre-espionnage du Gonganbu! Comble de malchance, a ce moment, Martchenko revient sur les lieux..Les diplomates soviétiques sont déclarés "persona non grata" et expulsés.

A partir de l'année 1975, on peut se faire une situation plus précise sur les réussites du KGB en direction de la Chine, et ce grâce aux rapports annuels du KGB qui ont été déclassifiés. Ainsi, le rapport du travail du KGB pour l'année 1975 (Note du 30.03.1976 n°709-A/0B du Directeur du KGB Youri Andropov a l'intention de Léonid Brejnev) indique que le KGB a obtenu des renseignements (Comment ont-ils obtenus ses informations? Et ont-elles été de grande valeur?) sur la situation en Chine populaire, les buts des dirigeants maoïstes dans le domaine de la politique étrangère, les relations entre la Chine et les Etats-Unis ,le Japon, nombre de pays européens et pays du Tiers-Monde.

 En 1976 arrive a la tête de la station de Beijing Mikhaïl Turchak.Mao meurt cette année-la, permettant ainsi a ses successeurs d'ouvrir la voie a la libéralisation du pays. C'est les "quatre modernisations", lancées par Zhou Enlai en 1975 puis reprises par Deng Xiaoping en 1978. L'accès aux informations est plus facile que durant la Révolution culturelle. Selon le rapport n°414-A du Directeur du KGB destiné au Secrétaire général du PCUS , en date du 28.02.1977 et relatif au travail du KGB pour l'année 1976, est souligné la régularité avec laquelle le KGB obtenait des informations relatives aux relations américano-chinoises , ainsi que aux questions de lutte de pouvoir au plus haut degré du Parti Communiste Chinois, de la situation au sein de l'Armée, de l'état de l'économie, des problèmes dans les relations sino-soviétiques et sino-américaines.Le rapport d'activité du KGB pour l'année 1977 (N°577-A/OB du 27.03.1978) se contente d'indiquer que le KGB a obtenu des informations sur la situation dans le gouvernement chinois, tandis que le rapport d'activité du KGB pour l'année 1978 (En date du 04.02.1979, numéro 646-A/OB , signé de Youri Andropov, Directeur du KGB, a l'intention du Secrétaire Général d'URSS Léonid Brejnev ) note que le KGB a réussi a obtenir des informations sur la mise au point et le perfectionnement des systèmes d'armement chinois.

Les informations relatives aux activités politiques et militaires ne sont pas les seules priorités: Des documents fournis a la DST (Contre-espionnage francais) par Vladimir Vetrov, un lieutenant-colonel du renseignement scientifique et technique du renseignement extérieur du KGB, il ressort que la Chine est visée dans les domaines technologiques et scientifiques, aussi bien pour ses ressources que pour sa coopération avec d'autres pays. Par exemple, le KGB est très intéréssé par les technologies informations chinoises. C'est ce que confirme le rapport du KGB pour les activités du Comité pour l'année 1980 (Rapport du 31.03.1981 N°877-A/OB de Youri Andropov a Léonid Brejnev), lequel indique que les informations obtenues éclairaient les travaux menés aussi bien a l'Ouest que en Chine populaire dans les domaines de la mise au point et du perfectionnement des systèmes stratégiques d'armement, du développement de l'énérgie atomique, du domaine radioéléctronique, de la technologie des missiles.Le rapport pour l'année 1982 ( N°547-Ч/OB du Directeur du KGB Viktor Tchébrikov au Comité central du PCUS et au Secrétaire général du PCUS Youri Andropov) indique que le service de renseignement, systématiquement, éclairait les questions militaires, militaro-politiques, d'économie extérieur chinois.

 Mikhaïl Turchak dirigera la station jusque 1981, pour ensuite prendre la tête de la Section Chine a la 1ère Direction Générale du KGB. Il semble avoir été remplacé dans la capitale chinois par Viktor Kravenninikov, un officier arrivé a Pékin en 1977, et qui a travaillé a la section Chine de la station du KGB de Washington en 1973, officiellement comme 1er secrétaire.
L'équipe de Turchak comprenait aussi deux autres officiers: Vladimir Kolesnikov, qui a travaillé auparavant avec Kravenninikov a la section Chine de la station du KGB a Washington (Il a quitté Washington en 1972, officiellement 2ème secrétaire, pour revenir en 1973 dans la capitale politique américaine) , et Arkadi Alexeïevitch Gemtchugov, arrivé en 1972. Il restera en poste a Pékin jusqu'a l'été 1978.

Arkadi Jemtchugov travaillera plusieurs années durant dans la zone Asie pour la 1ère Direction générale (Renseignement extérieur) du KGB, aussi bien en Birmanie et a Pékin que, ensuite, comme chef de station en Indonésie et en Malaisie.

Malgré le peu d'informations disponibles, la Chine est restée, selon d'anciens transfuges, une des cibles majeures du KGB dans les années 80; par conséquent, la station de Pékin a dû conserver un certain rythme d'activité.
En 1989, Ivan Vladimirovitch Grigorov dirige la station du KGB de Pékin, avec le grade de conseiller d'ambassade. Il se retrouve en première ligne lors des événements de la Place Tian An Men. A la mi-mai 1989, ordre est donné par le Centre a Grigorov de transmettre plusieurs fois par jours les informations les plus précises sur ce qui se passe dans la capitale chinoise. Ses câbles sont lus aussi bien par le Directeur du KGB, Vladimir Krioutchkov, que par Mikhaïl Gorbatchev. Avec l'ouverture de la Chine au capitalisme, on est loin de l'ambiance de la Révolution culturelle! Aussi, la station de Beijing en profite, collecte des renseignements, sort, et recoit , selon Roger Faligot, des informations venant directement des Services secrets chinois (Une taupe?), et informant la 6ème division du renseignement extérieur soviétique, laquelle supervise le travail aussi bien en direction de la République Populaire de Chine que de la Corée du Nord, sans oublier le Viétnam, le Laos, et le Cambodge.
Lorsque l'APL envoie les troupes contre les étudiants, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, Grigorov envoie le 4 au matin un rapport au Directeur du KGB (Extrait de "Les services secrets chinois" de Roger Faligot) :

"Sont engagés:
 Au début, des troupes de cinq corps d'armée qui forment la région militaire de Pékin:
 
-Le 24ème corps d'armée (Basé a Chengde, a l'est de Pékin province du Hebei, qui encercle la région de Pékin) et leur 1ère division blindée (Tianjin)
-Le 38ème régiment ,Etat-Major a Shijiazhuang (Hebei) dont la 13ème brigade de cavalerie (chars)
-Le 63ème corps d'armée (état-major de Tianyuan {Shaanxi})
-Le 65ème corps d'armée (état-major de Zhangjiakou, Hebei)
-Les forces spéciales de protection du gouvernement et des dirigeants: L'unité centrale des gardes (57003) dépendant de la région militaire, sous commandement de la Commission centrale militaire.


Comme la situation s'est aggravée ces derniers jours, les soldats de Pékin ont recus des renforts de régiments de la Région militaire de Lanzhou (contrôlant les districts militaires du Shaanxi, Gansu, Qinghai, Ningxia et du Xinjiang)

-Le 21ème corps d'armée, régiment de la région militaire de Lanzhou, basé a Baoji (Shaanxi)
-Les unités spéciales 84835 (Qingtongxia, province de Ningxia)
-Des unités arrivant de Hohhot (Mongolie intérieure)
-Des régiments de défense des gardes-frontières qui dépendent du Gonganbu (Ministère de la Sécurité publique, NDLR)
-La brigade n°205 avec des Ouïgours et des Mongols
-Des unités de la police armée populaire

A noter que les chars qui tiraient sur les soldats de la région militaire de Pékin appartenaient au 21ème corps d'armée. Ils se sont affrontés notamment a des blindés de la 6ème division appartenant au 38ème corps d'armée."

28/02/2008

L'Irlande, pays de passion, pays de colère et pays de contraste

Suite du dossier sur l'Irlande du Nord, avec cette analyse faite par une amie qui était avec moi en Irlande, ce qui a permis de "prendre la température" aussi bien dans le Nord que dans le Sud

 

Entre les 2 Irlandes réunies seulement par une même équipe nationale de rugby, une frontière s'élève. Pas une frontière avec des barbelés mais un mur psychique. Les Irlandais du Sud connaissent une croissance à 2 chiffres, ont profité des subventions européennes pour se développer et rénover leur pays. Cork a été élue capitale européenne de la culture apresè Lille ; pour l'occasion la ville s'est dotée d'un nouveau théâtre et d'un musée des beaux arts au  desing surprenant (essayez les toilettes et leur portes de 3 metres de haut !) Les facades de Dublin autrefois connues pour leur grisailles affichent un blanc tout neuf, le chômage est une notion inconnue. Les habitants se plaignent de la hausse des prix mais globalement le pouvoir d'achat a augmenté, les activités culturelles se développent et les bars sont emplis des échos des musiques traditionnelles.
Au Nord, une toute autre atmosphère nous attend : la méfiance, le chômage de masse, les inégalités entre catholiques et protestants. La ville est 'morte' à 6 heures du soir. Les séquelles d'une longue guerre civile, sont présentes sur les murs de la ville, et dans les coeurs.
J'ai été étonnée toutefois de voir que petit à petit les mentalités semblent changer : une serveuse catholique nous a servi en plein milieu du quartier protestant, dans un bar protestant. Les jeunes font des études et n'hésitent plus à aller en Angleterre pour faire leur université, ils s'y intègrent plutot bien même si leur accent est le sujet de railleries... Ils ont souvent pour amis les Ecossais plus que les anglais  mais ils ne sont plus victimes d'attaques racistes comme ce fut le cas dans les années 70.
Et surtout, le gouvernement britanique à enfin compris que la répression seule ne pouvait par ramener la paix au pays de la Guiness. Des fonds ont été développé dans un grand projet de réhabilitation de la ville : le port, le centre ville eu eu droit à un sacré coup de lifting et pour une fois, le projet a inclu les quartiers catholiques dans la rénovation. Les catholiques ne sont plus exclus de tout embellissement.
De nombreux projets tentent de réduire le chômage catholique et d'améliorer les écoles belfastoises, un gros travail de réintégration des anciens de l'IRA est aussi assuré par le milieu associatif avec le regard bienveillant des autorités.

Tous ces symptomes de guérison laissent espérer que le conflit en Iralnde apres 70 ans de luttes est bel et bien terminé. Toutefois, il ne faut pas se réjouir trop vite, l'Irlande du Sud par un vote a fait savoir qu'elle était pour un éventuel rattachement de l'île. Si l'Ecosse, après un parlement flambant neuf, obtient son indépendance comme de nombreux observateurs le pensent ; la semi autonomie de l'Irlande du Nord ne sera peut être plus assez aux yeux des fiers gaélics. Espérons que les autorités anglaises seront assez intelligentes pour accorder avec le temps une indépendance souhaitée par une majorité de la population.

 

Sophie 

09/02/2008

Le travail du renseignement nord-coréen contre l'URSS et la Russie: Brève analyse et commentaires.

Un épisode de la "guerre froide" est peu connu, et mérite pourtant d'être analysé: La CIA ou le MI6 , par exemple, n'étaient pas les seuls a collecter des renseignements de manière clandestine sur le territoire soviétique. Parmi les services secrets actifs, il faut en effet citer les services secrets chinois, roumains , yougoslaves...et nord-coréens. C'est ce qui transparaît du peu de documentation accessible sur le sujet, mais qui sera analysé, ainsi que les activités des services secrets de la République Populaire de Corée du Nord après la chute de l'URSS en 1991, ou la aussi on devra se contenter d'informations extrêmement incomplètes, parcellaires, mais qui permettent néanmoins de dresser un certain tableau.

Il convient d'abord de souligner que très peu d'informations sont disponibles sur les services secrets nord-coréens, le régime de Pyongyang étant extrêmement fermé, rendant les fuites d'informations extrêmement difficiles. Les informations obtenues font état au minimum de trois services secrets: Le SSD, Ministère de Protection de la Sécurité de l'Etat, chargé aussi bien du contre-espionnage que de l'espionnage, et qui constitue un équivalent du Guojia Anquanbu chinois ou du KGB soviétique ; le service de renseignement du Ministère de la Défense, en charge du renseignement militaire; le service de renseignement du Parti, devenu en 1998 la "35ème chambre", plus connu sous le terme de Section de Liaison du Comité Central du Parti des Travailleurs Nord-Coréen.

Il convient en effet de revenir aux années 60, qui sont marquées par le schiisme au coeur du Bloc communiste: La République Populaire de Chine décide de prendre publiquement ses distances avec l'URSS, suivie en cela par l'Albanie, puis beaucoup plus tard par la Corée du Nord. Les accusations de "réactionnaire faisant le jeu de l'impérialisme" fusent de part et d'autre, marqué par des incidents meurtriers a la frontière russo-chinoise, avec des accrochages entre les gardes-frontières du KGB et les troupes chinoises au sujet des Iles Damansk. Dans ce contexte, les services secrets des deux Blocs s'activent pour espionner l'autre. Avant , avait ete constatee la propension de Pyongyang a espionner ses allies surtout dans le domaine industriel, et ce pour developper l industrie et le domaine militaire. La collecte du renseignement depuis sa résidentura de Pyongyang étant très difficile, le KGB agit par conséquent en périphérie, par exemple depuis son poste de Copenhague contre les nord-coréens. Les nord-coréens font de même, en utilisant pour leurs opérations deux bases: La première est la station des services secrets nord-coréens sous couvert de leur ambassade a Moscou, pour collecter des renseignements dans la capitale soviétique. La deuxième est dûe a la géographie, la Russie et la Corée du Nord ayant en commun des frontières maritimes mais aussi terrestres, les services secrets nord-coréens infiltrent, recrutent dans la zone Extrême-Orient de la Russie, se basant pour cela sur la communauté coréenne qui est surtout implantée dans cette région. Le résultat ne se fait pas attendre, le KGB constatant l'activation des nord-coréens, y répond en mettant a jour les réseaux du régime de Pyongyang, dont les priorités en URSS sont les informations a caractère économique, industriel et militaire.

 Dans son rapport n°646-A/OB du 02.04.1979 relatif au travail du KGB sur l'année 1978, le Patron du KGB Youri Andropov note en page 5 que le KGB a empêché les représentants des services secrets yougoslaves, roumains ET NORD-COREENS de faire de l'espionnage en direction de l'URSS. Dans le même rapport, en page 10, Andropov indique clairement que le KGB n'a aucun contact avec les services secrets de ses trois pays..

Cette tendance n'aura de cesse de se confirmer par la suite, comme le montrent les rapports annuels du KGB déclassifiés: Dans sa note N° 877-A/OB du 31.03.1981 relatif au travail du KGB pour l'année 1980, le patron du KGB Youri Andropov indique clairement que "a été mise a jour et neutralisée -c'est a dire démantelée la station dirigée par l'attaché militaire de l'ambassade de Corée du Nord a Moscou Khen Kim Ser, ce dernier ayant des contacts avec les services secrets chinois.5 citoyens soviétiques qui faisaient de l'espionnage pour le compte de la Corée du Nord ont été interpellés. Le même rapport évoque 2 citoyens coréens (sans doute de Corée du Nord) , agents des services secrets coréens et qui étaient auditeurs d'une école militaire. Le duo a été expulsé.

 Une des possibilités d'action des services secrets nord-coréens est tout simplement d'infiltrer la zone Extrême-Orient, ce que montrent une nouvelle fois les rapports déclassifiés du KGB : Pour l'année 1981, le KGB aurait démasqué 6 espions nord-coréens, citoyens coréens, en Extrême-Orient (Rapport du Directeur du KGB Youri Andropov du 10.04.1982 sur les activités du KGB pour l'année 1981, a l'intention du Secrétaire Général du PCUS Léonid Brejnev). Durant l'année 1982, c'est 5 personnes, infiltrées dans la colonie coréenne a Sakaline, qui sont démasquées (Rapport du 15.03.1983 du Directeur du KGB Tchébrikov sur l'activité du KGB pour l'année 1982, a l'intention du Comité Central du PCUS et du Secrétaire Général du PCUS Youri Andropov)

 

L'arrivée au pouvoir de Boris Eltsine est évidemment mal vue par le pouvoir nord-coréen; la fin de l'URSS, et donc de l'idéologie communiste, est proclamée, tandis que la nouvelle équipe dirigeante tourne ostensiblement le dos au communisme mais aussi au régime dictatorial de Pyongyang au profit de Séoul, qui est entré dans l'ère démocratique en 1988. Les échanges bilatéraux se développent donc entre la Russie et la Corée du Sud, y compris au niveau commercial, a la grande fureur de Kim Il-Sung.

Cette ouverture de la Russie a la démocratie et la fin du régime comuniste, accompagné du démantèlement, au moins partiel , du KGB, n'est toutefois pas forcément une mauvaise chose pour la République Populaire: La chute de l'URSS a aussi entraîné une baisse drastique du Complexe Militaro-Industriel accompagné d'une forte inflation (a partir de 1992) qui touche surtout les classes moyennes et les personnes disposant de peu de revenus. Et la baisse de la surveillance très présente des services de contre-espionnage russe. Nombre d'ingénieurs n'ont plus guère les moyens de subvenir a leurs besoins, ce qui constitue un excellent terrain pour les services secrets nord-coréens, qui s'efforcent de les recruter pour les convaincre d'aller travailler en Corée du Nord, ou de leur transmettre des informations sur les développements de nouveaux armements. Comme durant l'URSS, les services secrets nord-coréens opèrent en direction de Moscou et de la zone Extrême-Orient. Deux scandales le démontrent: Fin 1993 c'est l'annonce officielle de l'expulsion d'un membre de l'ambassade de Corée du Nord a Moscou, le conseiller Nam Gae-Wok. Ce Général-Major s'efforcait de recruter des scientifiqus russes spécialisés dans le domaine spatial et des missiles pour les convaincre d'aller travailler en Corée du Nord. (The Times du 17.11.1993 page 10).

En 1995 le contre-espionnage russe empêche de justesse un citoyen nord-coréen,Khan Shan Gela, d'avoir accès a des informations a caractère militaire: Il s'apprêtait a avoir accès a une miraillette faite pour le combat sous l'eau. Un équipement utilisé par les unités d'élites de marine militaire russe de l'Océan Pacifique. Pour cela , il avait réussi a convaincre un officier d'un des services de la région Océan Pacifique. Le nord-coréen a été interpellé a Vladivostok par le FSB pour la région de l'Océan Pacifique.

Priorite est donc donnee aux nouvelles technologies militaires, le regime de Pyongyang etant toujours en etat de guerre avec son voisin du Sud, lequel voisin peut compter sur l allie americain. Il s agit donc de compenser au maximum voire d essayer de rattraper le retard du regime de Pyongyang, y compris en espionnant le voisin russe, specialise dans la production de technologies ;ilitaires qui peuvent etre de haut vol.

DOCUMENTS

 

№ 48
31.03.1981. Записка № 877-А/ОВ председателя КГБ СССР Ю. В. Андропова Генеральному
секретарю ЦК КПСС Л. И. Брежневу «Отчет о работе Комитета государственной
безопасности за 1980 год».
Особой важности
ОСОБАЯ ПАПКА359
Отчет о работе Комитета
государственной безопас-
ности СССР за 1980 год
Вся

Первостепенное значение придавалось срыву попыток спецслужб
противника
создать агентурные позиции в нашей стране. Разоблачены
2 агента американской, 2 западногерманской разведок из числа совет-
ских граждан, 6 засланных в СССР агентов спецслужб Китая. Выявле-
на и ликвидирована разведывательная резидентура, возглавлявшаяся
связанным со спецслужбами Китая военным атташе посольства КНДР
в Москве Хен Кым Сером, арестовано 5 советских граждан, привле-
ченных корейцем к шпионской деятельности.

Пресечена путем выдворения из Советского Союза шпионс-
кая деятельность двух агентов корейских спецслужб из числа слушате-
лей высшего военного училища.

 

 10.04.1982. Записка № 728/А-ОВ председателя КГБ СССР Ю. В. Андропова Генеральному
секретарю ЦК КПСС Л. И. Брежневу «Отчет о работе Комитета государственной
безопасности за 1981 год».
Особой важности
ОСОБАЯ ПАПКА 373

На Дальнем Востоке выявлено 6 агентов спецслужб КНДР из числа
корейских граждан.

 

№ 53
15.03.1983. Записка № 547-Ч/ОВ председателя КГБ СССР В. М. Чебрикова в ЦК КПСС и Ге-
неральному секретарю ЦК КПСС Ю. В. Андропову «Отчет о работе Комитета госу-
дарственной безопасности СССР за 1982 год».
Особой важности

 Установлено 5 агентов спецслужб КНДР в корейской колонии на Сахалине

08/01/2008

Note du CF2R sur l'assassinat de Benazir Bhutto, un article passionnant.

L'assassinat de l'ex Première Ministre Benazir Bhutto ne pouvait laisser indifférent, en cette période de lutte contre le terrorisme islamique extrémiste (Souvent d'obédiance sunnite). Si on regrette l'assassinat de cette personnalité de la vie politique, néanmoins, certains éléments retiennent l'attention sur la personnalité de la victime, vue déja comme une démocrate victime d'un complot. Personnellement, je me suis toujours méfié , dans les pays se développant du point de vue de la démocratie, de ses "démocrates" biens vus par l'Occident. Par exemple Boris Eltsine ou Mikhaïl Gorbatchev, vus comme de grand démocrates par les occidentaux, étaient complètement déconsidérés par leur propre population. Gorbatchev a cause de ses hésitations, du pourissement de l'économie et de la société, dus non seulement a la décomposition même de la société soviétique, mais aussi au côté typiquement "apparatchik" avec lequel les réformes ont été menées. "Je dirige , la population suit", tel semblait être le crédo de cet apparatchik qui , quand il a été membre du Politburo, ne s'est distingué en rien (Alors que, avant de devenir Secrétaire Général en 1985, il en était membre depuis 7 ans).

Il paraît étonnant que, suite a son décès, le Parti de Benazir Bhutto ait pris la décision, immédiate, de nommer a la tête du Parti.....le propre fils de Mme Bhutto! Un gage de démocratie? Ensuite, l'unique but , du moins clairement martelé dans les médias, était de gagner les éléctions, sans qu'on en sache plus sur son programme....

Enfin, il ne faut pas oublier que le père de Mme Bhutto, haut responsable du gouvernement, avait été passé par les armes pour des malversations.. Ce faisceau n'est pas une preuve, mais il m'obligeait a être prudent sur la personnalité de Mme Bhutto, qui d'après une rumeur ( a prendre en considération mais toujours avec énormément de prudence) n'était pas aussi populaire au Pakistan que ca...On retrouve ici le phénomène Gorbatchev. Donc prudence. Cet article du CF2R , auquel on n'est pas obligés d'adhérer, va a l'encontre des idées recues et a l'avantage de la qualité et d'être convaincant.

 ASSASSINAT DE BENAZIR BHUTTO : TOUT LE MONDE MENT!

 

Alain Rodier

06-01-2008

Le 27 décembre 2007, Benazir Bhutto, leader du Parti du peuple pakistanais (PPP) est assassinée à Rawalpindi au sortir d’une réunion électorale. Depuis, les différents protagonistes n’ont cessé de mentir à l’opinion publique de manière à s’attirer les sympathies de la population et afin de jeter l’opprobre sur leurs adversaires. L’objectif est simple : remporter les élections de février si elles ont bien lieu comme prévu.

La sécurité de Benazir Bhutto

Selon ses proches, Benazir Bhutto se plaignait que le gouvernement du président Musharraf ne lui aurait pas assuré la protection adéquate, lui refusant notamment de lui offrir trois voitures blindées, dotées de moyens électroniques de brouillage contre les charges explosives commandées à distance.

C’est oublier que le PPP et que la famille Bhutto avaient toutes les ressources financières pour acquérir de tels équipements. Des rumeurs laissent cependant entendre que le PPP avait souhaité faire appel aux services des sociétés privées Blackwater (Etats-Unis) et Armor Group (Grande-Bretagne), mais que les visas d’entrée de ces consultants auraient été refusés par le pouvoir pakistanais. Cependant, l’ambassade américaine au Pakistan qui était en contact journalier avec l’équipe de Benazir Bhutto, aurait conseillé à cette dernière de faire appel à une société de protection locale, plus à même d’assurer sa sécurité. Cette idée aurait été rejetée par le PPP par peur que ces firmes ne soient pénétrées par des islamiques radicaux.

Islamabad avait proposé à Benazir Bhutto d’assurer sa protection dès son retour d’exil, le 18 octobre 2007. Mais l’ancienne Premier ministre avait refusé, sous prétexte que cela pouvait attenter à sa liberté d’action.

Depuis son retour au Pakistan, les responsables de la sécurité de Benazir Bhutto n’ont cessé de s’arracher les cheveux, car celle-ci ne respectait aucune règle minimum de protection. En effet, elle avait un sentiment d’invulnérabilité sans doute dû à l’euphorie provoquée par le soutien populaire enthousiaste dont elle semblait bénéficier. Des indices laissent même entendre que l’attentat qui a eu lieu le jour même de son retour à Karachi, et qui a fait 139 morts, aurait pu être évité si Benazir Bhutto avait accepté de modifier son parcours comme lui proposaient les membres de sa sécurité rapprochée. Si un calcul malsain de sa part paraît devoir être exclu, son mépris des règles de protection et son inconséquence quant à la sécurité des foules ont été mis en évidence. Pourtant, elle clamait déjà que sa vie était en danger et que s’il lui arrivait malheur, il conviendrait de regarder du côté du président Musharraf… Pourquoi ne parlait-elle pas des fanatiques islamiques qui lui vouaient une haine farouche ?

Lorsqu’elle a été assassinée, Benazir Bhutto se trouvait dans une voiture blindée, mais le haut du corps dépassait par le toit ouvrant. Elle souhaitait saluer la foule de ses partisans au milieu de laquelle s’étaient glissés ses assassins. Dans ces conditions, rien ne pouvait arrêter son destin tragique.

Seule une enquête indépendante pourra faire la lumière sur les conditions de cet assassinat. Islamabad n’y semble pas opposé : le président Musharraf a annoncé le 2 janvier l’arrivée d’enquêteurs de Scotland Yard. Cela semble constituer un gage de transparence, ce qui n’est pas le cas pour le PPP qui a refusé l’exhumation de la dépouille de l’ex-Premier ministre pour une nouvelle autopsie.

Le parti de Benazir Bhutto : le PPP

Pour son parti, Benazir Bhutto est devenue le symbole du martyre. Si l’aura de l’ex-Premier ministre est importante en Occident, elle semble cependant être nettement moindre au Pakistan même, où son passé à la tête du gouvernement n’a pas laissé un souvenir impérissable. Benazir Bhutto est jugée par certaines personnes qui l’ont approché comme hautaine, dotée d’une ambition exacerbée et comme une femme des « copinages ». Elle n’attirait pas non plus la sympathie des islamistes radicaux qui lui reprochaient d’être un « agent de Washington » et surtout, de faire partie d’une secte chiite minoritaire. Cet élément est fondamental dans un pays qui est divisé depuis des années par de farouches guerres confessionnelles entre sunnites et chiites.

L’objectif du PPP est maintenant de soutenir la « thèse d’un complot » orchestré par le président Musharraf. S’il est assez difficile d’attribuer aux partisans qui soutiennent le président les deux attentats dirigés contre Benazir Bhutto, le fait de cacher des éléments (d’où la polémique sur la façon dont elle est réellement morte), l’affirmation du futur truquage des élections à venir et la demande d’enquête internationale, constituent bien des manœuvres destinées à décrédibiliser le pouvoir du président Musharraf.

Les autorités gouvernementales

Par la voix de son Premier ministre, le pouvoir en place à Islamabad s’est empressé d’accuser Al-Qaida et son responsable local, le Pachtoune Baitullah Mehsud, d’être à l’origine de l’attaque. Or, il semble que Mehsud n’est pas le chef d’Al-Qaida au Pakistan mais uniquement un important chef de guerre taliban âgé de 32 ans, fermement installé au Waziristan Sud. Il est à la tête du Tehrik-e-Taliban Pakistan, une coalition de mouvements islamiques fraîchement créée, dont l’objectif principal, tout en s’opposant au pouvoir en place à Islamabad, consiste à lutter contre les forces de la coalition en Afghanistan. Il est à noter qu’un accord avait été conclu entre le pouvoir et Mehsud pour assurer la paix au Waziristan Sud en février 2005. Cette trêve a été rompue depuis et Mehsud aurait été à l’origine de nombreux attentats suicide au Pakistan, tout au long de l’année 2007.

Il semble que le but du président Pervez Musharraf consiste à faire porter le chapeau à des « forces occultes » dirigées depuis l’extérieur1,alors que cet attentat est vraisemblablement l’œuvre d’opposants religieux intérieurs. Il est en effet plus aisé de désigner un « ennemi étranger », que même la super puissance américaine ne parvient pas à vaincre, que de reconnaître que les forces de l’ordre ne contrôlent pas le pays. Cet aveu de faiblesse n’est pas acceptable pour le pouvoir en place qui tient à prouver à la face du monde qu’il maîtrise la situation. En effet, le Pakistan détient l’arme nucléaire et ce fait suscite de nombreuses inquiétudes. Mais la probabilité que des islamistes radicaux s’emparent d’une arme nucléaire est actuellement inexistante. Les mesures de sécurité sont telles que très peu de personnes savent où sont stockées les charges nucléaires. De plus, l’éventualité d’une prise de pouvoir des islamiques radicaux est faible étant donné leurs divisions internes et le score relativement modeste (15 à 18%) dont ils sont crédités pour les prochaines élections du 18 février.

Les taliban pakistanais

Le Maulana Mohammed Omar, porte-parole de Baitullah Mehsud, ment en prétendant que les traditions tribales interdisent de s’en prendre à des femmes : il omet de dire que son leader est déjà impliqué dans le premier attentat du 18 octobre2. Surtout, on ne compte plus le nombre de femmes qui sont tombées lors d’attentats terroristes survenus au Pakistan.

A la tête de ses 20 000 à 30 000 activistes, Meshud, qui voue une haine farouche aux Américains et aux Britanniques, privilégie le djihad contre les Occidentaux en Afghanistan. Mais il milite également pour l’établissement d’un Etat islamique au Pakistan avec toutes les conséquences qui en découlent pour la gente féminine. Il entretient des relations privilégiées avec les taliban afghans, plus particulièrement avec le légendaire Jalaluddin Haqqani, qui aurait aidé Oussama Ben Laden à s’échapper des montagnes de Tora Bora à la fin 2001 début 2002.

Cependant, il est tout de même possible que Mehsud n’ait pas participé directement à l’assassinat de Benazir Bhutto. Par contre, il est peu probable qu’il regrette sincèrement la disparition de celle qu’il considérait comme étant le « paon de Washington ».

L’autre parti d’opposition démocratique : le PML-N

L’autre opposant « démocrate » important au président Musharraf, Nawaz Sharif, leader de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), s’est répandu en invectives et a appelé au boycott des élections initialement prévue pour le 8 janvier, avant de revenir sur sa décision à la demande du PPP, dont il semble suivre désormais les prises de position.

Nawaz Sharif oublie un peu vite qu’il a succédé deux fois à Benazir Bhutto. C’est en particulier sous son deuxième mandat qu’elle a été condamnée à cinq années d’emprisonnement, après qu’il ait personnellement créé une cellule chargée d’enquêter sur la corruption de son prédécesseur et de son époux, Asif Ali Zardari3.

Qui a assassiné Benazir Bhutto ?

Les différents témoignages montrent que le complot visant à assassiner l’ex-Premier ministre était particulièrement bien ficelé. Il semble qu’au moins deux hommes aient participé directement à l’action. Un premier a tenté d’atteindre sa cible à l’aide d’une arme de poing, faisant feu au moins à trois reprises à une distance d’environ trois mètres ; un second faisant sauter la charge explosive qu’il avait sur lui (les forces de police ne retrouveront que sa tête). Cette explosion a tué au moins 21 personnes qui se trouvaient autour du véhiculé blindé ; par contre, personne n’a été touché à l’intérieur même de la voiture. On ne saura sans doute jamais ce qui a réellement tué Benazir Bhutto : une balle, le souffle de l’explosion, sa chute dans la voiture ou les trois éléments combinés ? Il semble cependant acquis qu’elle est décédée avant son arrivée à l’hôpital général de Rawalpindi, des suites d’une grave blessure hémorragique au cou et à la tête. Le fait qu’il y ait eu deux assaillants à courte distance laisse à penser que d’autres activistes devaient se trouver à proximité, le but étant que ceux qui en avaient l’opportunité déclenchent l’action à leur initiative. Il est donc évident que ce ne peut être le fait que d’une organisation puissante, structurée et fanatique (emploi de kamikazes).

Il semble bien, comme le prétend le ministère de l’Intérieur pakistanais, que le mouvement à l’origine des attentats contre Benazir Bhutto soit le Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), groupuscule sunnite intégriste très violent qui s’est fait connaître dans le passé par de nombreuses opérations terroristes. Ses cibles ont été les minorités chrétiennes et chiites. La décapitation du journaliste Daniel Pearl leur est aussi attribuée. Ce groupe s’est aussi fait connaître lors d’attaques contre des Occidentaux au Pakistan, dont le meurtre de 14 personnes, parmi lesquelles 11 techniciens français, à Karachi, en mai 2002.

Par contre, aucun lien formel ne vient accréditer des relations entre Meshud, le taleb pakistanais et le LeJ.

Une des branches les plus virulentes du LeJ s’appelle le Sipah-e-Sahaba qui dépend de la secte des Deobandi. Proche des taliban, elle prône le djihad contre les « apostats », dont les chiites font partie. Son chef actuel serait un certain Qari Zafar originaire du Punjab. Il serait installé au Waziristan Sud.

La thèse avancée par certaines personnes proches des partis d’opposition, d’un complot orchestré par les services spéciaux pakistanais, qu’ils soient civils4 ou militaires5 est très peu probable, le pouvoir en place n’ayant pas intérêt à l’élimination de Benazir Bhutto. En effet, le scénario qui était envisagé était la victoire aux élections du PPP et la désignation de cette dernière comme Premier ministre. Cela aurait permis à Musharraf de rester en place avec l’appui des Américains qui se préparaient à applaudir cette « solution démocratique », permettant de maintenir une certaine stabilité.

Une possibilité qu’il convient d’envisager est l’action de certains membres des services secrets qui ne souhaitaient pas que la solution politique décrite ci-dessus n’aboutisse. Ils pourraient avoir fourni les renseignements qui ont permis aux activistes d’approcher le convoi officiel d’aussi près6.

Que va-t-il se passer ?

Les accusations concernant l’attentat de Benazir Bhutto vont constituer la base de la campagne électorale pour les élections du 18 février. Tous les partis mentent à l’opinion publique de manière à attirer leurs suffrages. Les théories d’un complot orchestré par le président Musharraf - même les plus folkloriques - vont se succéder. Dans un premier temps, le PPP a refusé le report des élections prétextant que cela permettrait aux partis soutenant le président de se réorganiser en vue de remporter le scrutin. En réalité, le PPP (vraisemblablement allié au PML-N, qui n’a pas d’autre choix possible) souhaite surfer sur la vague de sympathie qui a suivi l’assassinat de Benazir Bhutto afin d’engranger les votes des mécontents qui repoussent à la fois l’option Musharraf et l’islam radical. Les nombreuses zones d’ombre autour de l’assassinat de l’ex Premier ministre avantagent le PPP qui veut agir vite, car leur dissipation pourrait ne pas être à son avantage. Par ailleurs, Bilawal Bhutto Zardari, le fils de la défunte candidate, qui a été propulsé au poste de président du PPP, n’a pas l’envergure nécessaire pour jouer un rôle important en particulier en raison de son jeune âge (19 ans). En réalité, c’est son père qui tire les ficelles mais étant donné son passé trouble, il n’a pu accéder aux dernières volontés de son épouse : prendre sa succession.

Si les partis soutenant le président Musharraf gagnent les élections, les perdants accuseront leurs adversaires de fraudes massives, et ne reconnaîtront pas leur défaite, ce qui se produit plus en plus après les scrutins électoraux ayant lieu dans les Etats « peu démocratiques ». Cela entraînera immanquablement une période d’instabilité. Les islamistes profiteront alors de l’ambiance délétère pour asseoir leur influence sur les zones tribales et déclencher une campagne d’attentats dans l’ensemble du pays.

Si l’opposition remporte les élections, le président Musharraf pourrait s’accrocher au pouvoir ou être contraint à l’exil. Mais il y a alors peu de chance que le calme revienne : les rues sont remplies d’islamistes radicaux qui n’ont pas plus d’accointance avec l’opposition, qui a toujours prôné une lutte contre le radicalisme, qu’avec l’actuel pouvoir.

Dans les deux cas, le rôle de l’armée dirigée par le général Ashfaq Kiyani est crucial. Quelle sera son attitude ? Soutenir le pouvoir en place, quel qu’il soit, ou considérer une fois de plus que la Patrie est en danger et déclencher un nouveau coup d’Etat ? Pour le moment, elle reste fidèle au président Musharraf.


  • 1 Islamabad a toujours prétendu que la direction d’Al-Qaida ne se trouvait pas en territoire pakistanais.
  • 2 Fait que celui-ci a démenti par deux fois.
  • 3 Celui-ci se retrouve officiellement vice-président du PPP. Or, il est appelé « Monsieur 10% » en raison des accusations de corruption qui pèsent sur lui. Il a effectué 3 puis 5 ans d’emprisonnement pour ces griefs ainsi que pour d’autres…
  • 4 Intelligence Bureau, IB.
  • 5 Inter Service Intelligence, ISI.
  • 6 Ces informations ont également pu être obtenues directement par le LeJ qui a noyauté la plupart des grands partis politiques.