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30/06/2010

Bref commentaire de l' affaire des espions russes aux USA

L' affaire, assez médiatisée, du réseau présumé des services de renseignements extérieurs russes (SVR) démantelé il y a moins de 48 heures par le FBI, qui s'est soldé par une dizaine d' interpellations, appelle quelques commentaires


Les commentaires évoquant des "méthodes de guerre froide" et autres bêtises de ce genre ne font que sourire. Messieurs, tout pays espionne les autres pays, aussi bien amis, ennemis, que pays aux relations tièdes. Sauf que quand le renseignement russe agit aux USA, on parle de "relents de guerre froide"; quand c'est un officier de la CIA arrêté à Moscou, on ressort la bonne vieille "provocation" du KGB. Mais bon, pour Messieurs les journalistes, la Guerre froide reste un peu trop présente en tête...

Je passerai aussi sur un article écrit dans le "Nouvel observateur" en date du 29.06.2010, dans le cadre de cette fameuse affaire, indiquant que "A la chute de l’URSS, les activités du KGB ont été confiées à deux institutions séparées, le Service de renseignement extérieur et le Service fédéral de sécurité (FSB), chargé du renseignement en Russie et du contre-espionnage.." PARDON???? Ah oui, dès qu'il s' agit de services secrets, certains journalistes sont les premiers à raconter des conneries et à s' embrouiller, j' oubliais. A la chute de l' URSS, le KGB n'est pas scindé en deux, non. Comptez avec moi: Les gardes-frontières deviennent un corps indépendant (Avant d' être réintégrés dans les années 2000 au FSB); le FAPSI est créé (Aujourd'hui dissous) , responsable à la fois du décryptage des communications des Etats adverses et de la protection des communications russes; TcSR devenu le SVR (renseignement extérieur); l' AFB devenu MBRF, FSK, et FSB (sécurité intérieure, contre-espionnage, antiterrorisme) ainsi que le SBP (ancienne 9ème Direction du KGB, responsable de la sécurité des dirigeants). Cela fait CINQ, pas DEUX!

Enfin, l' utilisation des illégaux n'est pas une surprise. La dissolution du KGB en plusieurs entités indépendantes l' une de l' autre n' a pas empêché le SVR de conserver le département des illégaux, qui sera dirigé par Youri Juravlev, à partir de 1991; puis Vladimir Zaverchinsky de 1994 à 2000. Dans une interview donnée en décembre 2005 à l' agence INTERFAX, le directeur du SVR Sergey Lebedev, à la question posée: "Le SVR dispose-il, actuellement, d'illégaux du niveau de Abel, Molody, ou les Cinq de Cambridge?", il répondra: "Le public ne découvre le travail des illégaux que plusieurs années après (leurs activités, NDLR). Celui qui dirigera le Service dans 50 ans vous racontera les réussites actuelles du SVR, à vos futurs collègues".

Là ou l' affaire est plus délicate, et aussi plus surprenante, c'est le nombre de personnes impliquées (Une dizaine). En règle générale, le KGB, puis le SVR, n' envoyaient les illégaux à l' étranger que seuls ou en couple, sans contact avec les autres illégaux! Cette pratique est toujours de vigueur, comme le montrent: l' interpellation d'un couple d' illégaux utilisant de faux passeports britanniques vers 1992; l' interpellation d'un autre couple d' illégaux au Canada en 1996; l' interpellation d'un illégal, tout seul, au Canada toujours, en 2006, ainsi que l' illégal du SVR qui traitait Ermann Simm, un haut responsable du Ministère estonien de la Défense.

 


20/06/2010

Le personnel de la Direction de la Stratégie de la DGSE

 

Le personnel de la Direction de la Stratégie de la Direction générale de la sécurité extérieure du Ministère de la Défense de la République Française.


Cette brève note se concentre plus sur les membres, le personnel, de la Direction de la Stratégie de la DGSE. Un précédent article avait brièvement analysé les buts et utilités de ce Service, apparu en 1989 et successeur de la Cellule Prospective créée à l' initiative de Pierre Marion en 1981 et dirigée par le préfet Arsène Lux. Selon différents auteurs, les membres de la DS (Direction de la Stratégie) viennent essentiellement du monde de la diplomatie. Toutefois, on y retrouve aussi beaucoup de membres de la DGSE, ayant plus particulièrement à leur actif soit une expérience du terrain, ou bien des personnes à la carrière plus « politique ». Exemples à l' appui, sauf pour les directeurs de la Direction de la Stratégie, dont les carrières ont été détaillées ici:


Les « Politiques »:



Jean-Marie Chouzenoux

Né le 22.07.1967 à Brest, Jean-Marie Chouzenoux a décroché un Master 2 Recherche en Histoire à l' Université Paris IV avant d' entrer à la DGSE par le « tour extérieur » après un début de carrière politique comme collaborateur de la vice-présidente de l' Assemblée Nationale Nicole Catala, il arrive à la Direction du renseignement de la DGSE, secteur Russie, en 1994 (Grade de délégué), avant d'être nommé chef de cabinet du Directeur de la Stratégie de 1998 à 2004, ce qui ne l' empêche pas d'être auditeur à l' Institut des Hautes Études de Défense Nationale ( session 2003-2004). Il quitte ensuite la DGSE avant d'y revenir pour diriger le Centre de situation de 2007 à 2008. Entre-temps, il fut chef de cabinet du secrétaire d' État aux affaires étrangères (2004 à 2005) puis du Ministre de l' Outre-Mer (2005 à 2007). À partir de 2008, responsable de la cellule Intelligence Economique de TOTAL.


Pierre-Antoine Lorenzi. C'est une personne au parcours entre le politique et l' administratif qui rejoint la DGSE en 1997. Diplômé de Sciences Po Paris, Pierre-Antoine Lorenzi a d' abord commencé comme conseiller politique de Laurent Fabius, alors Président de l' Assemblée Nationale, de 1988 à 1992, avant d' être le chef de cabinet du Ministre de la Justice Michel Vauzelle, de 1992 à 1993. Il est ensuite secrétaire général du Service central de prévention de la corruption de 1993 à 1997. Au sein de la DGSE, il commence comme « chargé de mission » à la Direction de la Stratégie (1997-2000), sans que l' on en sache plus. Il sera, pour cette activité, décoré du grade de Chevalier par décret du 16;11.1999. Il est ensuite Chef de cabinet du Directeur de la DGSE (2000-2001) avant d' entrer dans le privé, chez ADP puis Sérénus International avec l' ancien officier de la DGSE Alexandre Hollander.



Les « Professionnels du renseignement »:


Alain Chouet


Entré au SDECE en 1972, Alain Robert Chouet s'est spécialisé sur le Moyen-Orient et le terrorisme. Il enchaîne les postes à Beyrouth et Damas avant de diriger la lutte antiterrorisme de 1980 à 1985. En poste au Maroc comme « chargé de mission » (1985-1988) puis au Service de la formation (1988-1990). De 1990 à 1992, conseiller pour le terrorisme et le monde arabe du Directeur de la Direction de la Stratégie de la DGSE. C'est à cette occasion, au moins, que sa carrière croisera celle de Jean-Claude Cousseran, alors à la tête de la Direction de la Stratégie, et futur Directeur de la DGSE. Ensuite,  à Genève puis conseiller technique pour le terrorisme et l' islam du directeur du renseignement de la DGSE, avant d'être affecté à Bruxelles de 1999 à 2000 comme deuxième conseiller de l' ambassade de France, dissimulant à peine sa fonction de chef de poste DGSE en Belgique. En 2000, rappelé et nommé chef du Service de Renseignement de Sécurité de la Direction du renseignement de 2000 à 2002, avant d' en être débarqué suite à l' affaire du « compte japonais de Jacques Chirac ». Grade de chevalier par décret du 08.04.1998; En avril 2009,par décret, Alain Chouet est promu officier de la Légion d' Honneur, ancien chef de service au Ministère de la Défense. Grade de chef d' études du Ministère de la Défense depuis 1989.



Etienne Dubern

C'est un officier du renseignement expérimenté qui termine sa carrière à la Direction de la Stratégie de la Direction générale de la sécurité extérieure du Ministère de la Défense en 2008: En poste comme « premier secrétaire » de l' ambassade de France au Kosovo de 2000 à 2001, puis « premier secrétaire » en Croatie de 2002 à 2005, ainsi que comme analyste, Etienne Dubern s'est plus particulièrement spécialisé sur les Balkans. À partir de 2008, il est dans le secteur privé, chez Amarante International, avant de fonder Boislandry Consulting.


Vincent François Nibourel. C'est un « pur produit » de la Caserne Mortier (le siège de la DGSE) ou il se serait spécialisé dans les questions de contre-espionnage. Entré vers 1981, ce civil était 1993, responsable de la recherche au bureau d' État-Major de la Direction du renseignement de la DGSE. Il est ensuite affecté au poste de Bruxelles. Sur 1999-2000, après un poste à l' étranger, auditeur à l' Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, avant de revenir au QG et de prendre en main le Service de Renseignement Politique (SRP) de la Direction du renseignement de 2000 à 2002. Suite à des conflits au sein de la Direction du renseignement de la DGSE, il «  s' exile » à la Direction de la Stratégie de 2002 à 2005, comme numéro 2, avant d'être nommé vers 2005 à la tête du service TOTEM en remplacement de Michèle Le Dirat. Grade de chef de service au Ministère de la Défense.



Les « diplomates »:


Francis Blondet

Il fait partie de « l' équipe Cousseran » durant son passage à la Direction de la Stratégie, comme chef d' études, de 1990 à 1992, avant de retourner à la diplomatie d' abord comme deuxième conseiller à Rome de 1992 à 1995 puis d'enchaîner les postes en Afrique (2ème conseiller au Sénégal de 1995 à 1999; sous directeur pour l' Afrique occidentale à la Direction Afrique/Océan Indien au Quai d'Orsay de 1999 à 2003 puis de l' Afrique Occidentale de 2006 à 2007; ambassadeur de France au Burkina Faso de 2003 à 2006 puis en Angola de juillet 2007 à mai 2010. Il vient de faire valoir ses droits à la retraite il y a quelques jours.



Martin Juillard.

Diplomate pur jus, il fait partie de ses diplomates détachés auprès de la « Direction de la Stratégie du Ministère de la Défense ». Par arrêté de 2004, il accède au grade de deuxième conseiller du cadre général du Ministère des affaires étrangères, avant d'être détaché pour deux ans à compter du 01.10.2006 comme chargé de mission à la Direction de la Stratégie, grade de « chef d' études au Ministère de la Défense. ». Grade de 2ème secrétaire à partir de 2000; conseiller de 2ème classe du cadre général à partir du 01.10.2004; Direction de la Stratégie de 2006 à 2008; actuellement Sous-directeur des menaces transversales au Ministère des affaires étrangères.



Jean-Marin Schuh

C'est un diplomate plus particulièrement porté sur l' Asie qui est affecté à la DGSE: 3ème puis 2ème secrétaire de l' ambassade de France à Beijing du 01.04.1989 au 10.08.1993; rédacteur au service des affaires stratégiques et du désarmement de la Direction des affaires politiques du Ministère des affaires étrangères (30.08.1993 au 14.11.1995); Grade de Conseiller de 2ème classe à compter du 01.01.1996, à l' administration centrale de 1996 à 1998; 2ème conseiller puis Conseiller de 1ère classe de l' ambassade de France à Islamabad à compter du 06.11.1998 puis à Kaboul à compter de la fin 2001 jusque avril 2002. Consul général de France à Shanghaï à partir de 2002 il est affecté à son retour en 2006 à la Direction de la Stratégie de la DGSE: Un arrêté daté du 06.10.2006 le nomme « conseiller pour l' Asie, le Pacifique et les Amériques à la Direction de la Stratégie du Ministère de la Défense », avec grade de chargé d' études hors classe. Conformément à l' arrêté de nomination, il est affecté à ce poste pendant deux ans. Il retourne ensuite au Quai d' Orsay. Auditeur de la session annuelle 2008-2009 de l' Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, puis Ministre-conseiller de l' ambassade de France en Inde. Pour éviter toute confusion, nous préférons indiquer que ce n'est pas lui le chef de poste DGSE à Delhi.



Les « inclassables ».


François Gautier. Difficile de ranger dans une catégorie particulière cet officier traitant de la DGSE qui, après un poste à l' étranger, travaillera à la Direction de la Stratégie du Ministère de la Défense, avant de s' orienter vers la diplomatie et le politique. Né en 1969, ce diplômé en gestion de l' Institut des Études Politiques de Paris aurait, selon « La lettre du continent », « fait toute sa carrière dans les services secrets français ». Il est exact que l' on dispose d'un 'trou' dans sa biographie durant les années 90, mais sa biographie officielle indique que il occupera à la fin des années 90 des fonctions au sein de la Direction de la Stratégie de la DGSE, avant d' être envoyé en 2000 comme Premier secrétaire à Kinshasa, et sans doute chef du poste DGSE en République Démocratique du Congo. En effet, comme l' indiquent plusieurs actes administratifs, quand Gautier est nommé ensuite dans les allées du pouvoir, il est « détaché du Ministère de la Défense », qui semble bien être son corps d'origine. De retour de Kinshasa en 2003, "chargé de mission à la Direction de la Stratégie du Ministère de la Défense" puis à partir de 2004 affecté au Quai d' Orsay (Direction Afrique et Océan Indien de 2004 à 2007; Centre d' analyse et de prévision du Quai de il est affecté au Centre d' analyse du Ministère des Affaires étrangères, 2007 à 2008). Jusque 2009, il appartient, malgré son détachement, au corps des "délégués du Ministère de la Défense".  Depuis fin 2008, François Gautier est conseiller diplomatique du Président du Sénat, et officiellement intégré au corps des secrétaires des affaires étrangères à compter du 01.02.2009 (Arrêté du Ministre des affaires étrangères et européennes du 18.11.2008).



Jean-Philippe Gouyet.


Sa biographie est un gruyère: M.Gouyet a effectué une bonne partie de sa carrière à la Direction de la Stratégie de la DGSE, d' abord comme adjoint de Guy Azaïs, de 1993 à 1995, puis comme adjoint de Bruno Joubert, le patron de la Direction de la Stratégie de la DGSE. Il aurait ensuite travaillé à la Société générale puis au groupe Somdiaa-Vilgrain. Aujourd'hui, M.Gouyet travaille à EADS, comme adjoint du patron de la société.


Roger Silhol

La carrière du sous-préfet Silhol est beaucoup plus administrative et technique que politique: Ingénieur des travaux publics d' État puis conseiller pour les affaires internationales au GIAT, il est une première fois détaché à la DGSE comme chargé de mission auprès du Directeur de 1981 à 1986; il travaille ensuite au SGDN puis de nouveau au GIAT, avant de revenir Boulevard Mortier, comme Adjoint au Directeur de la Direction de la Stratégie de la DGSE de 1990 à 1994. La suite de sa carrière le confirme:il sera successivement sous préfet de Péronne; Provins; Montluçon; et depuis septembre 2007 de Dreux, si l' on excepte un passage comme sous directeur de l' administration des Finances au SCTIP de 1996 à 1997.