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16/12/2010

Wikileaks, une grave atteinte à la sécurité nationale US, à la sécurité internationale et à la protection du secret

Wikileaks n' aura eu de cesse de susciter la polémique: Après avoir diffusé nombre de documents classifiés relatifs aux opérations militaires US en Irak et en Afghanistan, le site vient de s' illustrer par la divulgation de plusieurs centaines de milliers de câbles diplomatiques US. C'est ce que cet article s' efforcera d' examiner.

Primo, les journalistes paraissent avoir été surpris par le travail de « renseignement » mené par les diplomates US en poste dans le monde, sans pour autant recourir aux méthodes de la CIA ou de la NSA. Ce n'est pourtant pas une nouveauté: Une telle fonction ressort très clairement des câbles déclassifiés aux USA, sur la base de la loi FOIA (Freedom of Information Act), dont Vincent Nouzille a effectué une synthèse de qualité, dans son livre en deux tomes « Des secrets si bien gardés », relatifs à la vision qu' avaient la CIA et le Département d' État de la France depuis la deuxième moitié du XX ème siècle. Il serait intéressant de voir, à ce sujet, les méthodes des diplomates français, iraniens, russes, suèdois, chinois etc...

Secundo, il serait inexact, et même complètement faux, de réduire cette liste de câbles à une série d' anecdotes sur les portraits psychologiques des gouvernants et à des « secrets de Polichinelle ».

Les 251287 câbles dévoilés sont extrêmement divers, aussi bien au niveau de leur degré de confidentialité (Le niveau de sécurité le plus élevé est « confidentiel ») que quant à leurs origines (pas moins de 140 représentations US dans le monde, ainsi que du QG du Département d' État lui-même) et leur contenu. Le nombre de câbles varie selon les ambassades : Aucun en provenance de l' ambassade US à Athènes; un seul de la représentation US à l' ONU New York; quelques uns des ambassades de Kiev, Beijing, Beyrouth, Alma Ata, Bangkok, Prétoria, Sofia; un peu plus des ambassades de Buenos Aires, Bogota; beaucoup plus en provenance des ambassades de Londres et Paris.

Les sujets abordés sont extrêmement divers, et il serait beaucoup trop long de tous les indiquer. Citons entre autres la situation politique locale en Argentine et en Ukraine; le soutien du Vatican au dialogue entre l' UE et Cuba, et la volonté du Saint-Siège que les USA mettent fin à leurs actions unilatérales contre le régime de La Havane; la corruption au Kazakhstan; les relations économiques entre la République Populaire de Chine et les USA, ainsi que les problèmes de Google en Chine; le Hezbollah au Liban; le suivi des programmes ballistiques et nucléaires nord-coréens et iraniens; les échanges de points de vue entre officiels US et saoudiens sur l' Iran etc...

Une fois encore, il serait faux de voir dans les câbles seulement des « secrets de Polichinelle » ou une longue série d' anecdotes. Ces câbles dévoilent des informations, parfois, extrêmement sensibles. Citons quelques exemples extraits des câbles:

-La coopération, plus poussée que l' on ne pourrait penser, entre les USA et la Russie quant aux problèmes de la Corée du Nord et de l' Iran, est bien illustrée par un document de décembre 2009. Ce document dévoile entre autres les efforts du FSB (Sécurité et contre-espionnage russe) pour empêcher la Corée du Nord et l' Iran de se procurer des matériaux et technologies russes pour les missiles ou dans le domaine nucléaire, ou le point de vue de la délégation russe quand au développement des programmes ballistiques iraniens et nord-coréens.

-Un câble hautement sensible de 2009 dévoile la liste des objectifs considérés comme « stratégiques » par le Département d' État, « dont la perte pourrait avoir un impact critique sur la santé publique, la sécurité économique, et la sécurité intérieure ou nationale des États-Unis » aussi bien en Afrique que dans le Pacifique ou dans les Amériques, et beaucoup plus en Extrême-Orient et en Europe. Parmi la centaine d' objectifs et sites répertoriés, citons en exemple les mines de cobalt du Congo-Kinshasa ou la firme Baxter en Autriche.

-Un câble daté de janvier dernier évoque une conversation entre l' envoyé spécial US et le Ministre des affaires étrangères de Corée du Sud. Ce dernier affirme à son interlocuteur que Kim Jong-Il compte aller en Chine, ayant besoin d'un soutien économique et politique chinois dans pour faire façe à une « situation intérieure de plus en plus chaotique », Le responsable de la diplomatie sud-coréenne, pour mieux illustrer son propos, indique que « un nombre non spécifié de hauts responsables de Corée du Nord ont récemment faits défection » vers le régime de Séoul » Ce câble va ainsi à l' encontre des analyses publiques estimant que le leader nord-coréen, malgré un isolement croissant et la nécessité de l' aide internationale civile pour maintenir son pouvoir, contrôlerait toujours la situation.

-Enfin, un câble retranscrit la discussion entre un sénateur US et le Directeur du Mossad, Meir Dagan sur le problème iranien ainsi que sur les djihadistes en Irak, résumée dans un câble de mars 2010. Comme l' indique Meir Dagan, qui à la date du câble était encore Directeur du Mossad (Il a été récemment remplacé par Tamir Fredo) des djihadistes originaires d' Ouzbékistan, de Syrie, du Yémen et d' Ouzbékistan sont retournés dans leur pays après avoir combattus en Irak, ce qui ne manque pas d' inquiéter. Information tout aussi intéressante contenue dans ce câble, « Le Mossad n' a pas d' informateurs en Irak, à part des relations avec les kurdes, car ce qui intéresse en premier le Mossad, c'est l' impact des djihadistes quand ils retourneront dans leur pays, par exemple la Jordanie ou l' Arabie Saoudite ». Et M. Dagan d' ajouter que si l' Égypte et la Jordanie sauront gérer une telle situation, il est moins confiant pour le Liban, le Soudan, l' Arabie Saoudite, et (surprise!) la Syrie (NDA: pays qui, pourtant, avait lutté avec une grande efficacité, au prix de méthodes assez contestables, contre des groupuscules terroristes tels que les Frères musulmans).

La diffusion de ces informations, d'une criante actualité, et ce sans aucun filtre, ne peut que faire des dégâts, à la diplomatie US en premier lieu, mais aussi pour les personnes ayant échangées leurs informations avec les diplomates de la première puissance mondiale: Le contenu même de ces câbles offre à tout service secret, réseau diplomatique etc..., ami comme ennemi des USA, un avantage incomparable: Ainsi, ils découvrent ce que les USA savent, ne savent pas ou croient savoir sur les questions sociales, politiques, nucléaires etc... Une occasion en or. Par exemple le Président de la Fédération de Russie a publiquement exigé du SVR une analyse sur le contenu des câbles Wikileaks. Partant de ces informations, en connaissant ainsi les points forts comme les faiblesses des USA, il ne sera pas difficile à des États malveillants, par exemple la Corée du Nord, de diffuser de la désinformation pour tromper l' adversaire, voire même reproduire, à partir des câbles, de faux documents. Wikileaks leur en fournit en vrac. Mais surtout, les points de vues, informations, de personnalités étrangères, sont clairement reproduites. Ensuite, ce sont des conversations diplomatiques parfois secrètes qui sont dévoilées. Ainsi, il est possible de savoir comment les diplomates US jugent tel où tel décideur politique ou institutionnel. Enfin, ces câbles ont été diffusés sans consentement de l' État concerné, les USA, et au mépris des règles posées par la Loi FOIA, laquelle fait pourtant partie des lois les plus libérales au monde quant à la déclassification de documents. Tout aussi grave, la diffusion du fameux câble de 2009 sur les infrastructures sensibles à travers le monde est une liste extrêmement complète. Sa diffusion ne peut que faciliter le travail des organisations terroristes, en sachant quels sont les sites les plus sensibles, et dont l' attaque ou la destruction auraient le plus d' impact.

Devant une telle profusion, certains médias et personnes se sont empressés de parler de « montage » mené par les USA, d'une espèce de « complot », basé sur un simple argument: Comment se fait-il que Wikileaks ne soit poursuivi que si tardivement, alors que le site n' avait pas hésité, déjà, à publier des informations classifiées, et compromettantes pour l' administration US, sur les guerres en Afghanistan et en Irak? Et aussi, comment se fait-il que autant de câbles diplomatiques (Plus de 200000!) soient disponibles sur le site? Il est difficile de croire que ces fuites soient le fait d'une seule personne, qui aurait transmis autant d' informations à Wikileaks (NDA: L' hypothèse que plusieurs personnes aient, soit collectivement, soit séparément, transmis leurs informations à Wikileaks paraît avoir été oubliée)! CQFD: Les USA ont laissés faire! À moins que ce ne soit un quelconque complot de leur part.

Mais pour quelle raison? Une telle fuite impliquerait que les USA en tirent un avantage quelconque. Faire ainsi pression sur les iraniens en leur indiquant la détermination et la connaissance des USA et de certains de leurs alliés à empêcher le régime de se doter de l' arme nucléaire? Ni les USA ni l' Arabie Saoudite ne s' en sont guère cachés, et le régime de Téhéran sait pertinemment que ces pays ne lui sont guère favorables.

De plus, non seulement, les services secrets et services diplomatiques amis et ennemis, comme indiqués plus haut, ont bénéficié d'une véritable manne d' informations, mais en plus le Département d' État s'est retrouvé dans un profond embarras devant le contenu de certains télégrammes, peu flatteurs à l' égard de nombre de décideurs politiques ou institutionnels, aussi bien français que italiens, turcs, ou russes.

Enfin, ces câbles dévoilent nombre d' informations provenant de tiers (Russie, Arabie Saoudite, France, Israël etc...). Il est à craindre que les représentants de ces pays, mais aussi les hommes d' affaires ou hommes politiques locaux y regarderont maintenant à deux fois avant d' échanger des informations avec les diplomates US, de crainte que ces dernières ne finissent sur la place publique..

En conclusion, les USA, sur le long terme, auront tout intérêt à revoir leurs procédures de sécurité, qui ont peut-être été défectueuses. Sur le moyen terme, si il convient de poursuivre les personnes qui ont, sciemment ou non, transmis ces informations, directement ou indirectement, à Wikileaks, les gestionnaires, administrateurs, membres du site, en dévoilant publiquement, et de manière irresponsable, les câbles, ont leur part de responsabilité et se doivent d' être poursuivis. À ce sujet, deux sénateurs de la Commission du renseignement du Sénat US ont officiellement demandés le 02.12.2010 au Procureur général des États-Unis de poursuivre Julian Assange, fondateur de Wikileaks, pour espionnage, se fondant sur la section 793 de l' Espionnage Act.

Pour terminer, à titre uniquement anecdotique, les médias français, qui se sont empressés de relater le « cablegate », ont pour la majorité d' entre eux oubliés de relater le contenu d'un câble de l' ambassade US à Paris en date de janvier 2007 qui ne leur est guère favorable: « Top French journalists are often products of the same elite schools as many French government leaders. These journalists do not necessarily regard their primary role as to check the power of government. Rather, many see themselves more as intellectuals, preferring to analyze events and influence readers more than to report events.The private sector media in France - print and broadcast - continues to be dominated by a small number of conglomerates, and all French media are more regulated and subjected to political and commercial pressures than are their American counterparts. The Higher Audio-Visual Council, created in 1989, appoints the CEOs of all French public broadcasting channels and monitors their political content. »

Joint en Annexe:Lettre de deux sénateurs de la Commission du renseignement du Sénat US demandant que Julian Assange soit poursuivi pour espionnage

 

Press Release of Intelligence Committee

Feinstein-Bond Ask Attorney General to Prosecute WikiLeaks Founder Julian Assange for Espionage

Contact: Phil LaVelle (Feinstein) or
Gil Duran (Feinstein) 202-224-9629 begin_of_the_skype_highlighting              202-224-9629      end_of_the_skype_highlighting
Shana Marchio (Bond) 202-224-0309 begin_of_the_skype_highlighting              202-224-0309      end_of_the_skype_highlighting

Friday, December 3, 2010

 

WASHINGTON, DC – U.S. Senators Dianne Feinstein (D-Calif.), chairman of the Senate Intelligence Committee, and Christopher (Kit) Bond (R-Mo.), vice chairman of the committee, asked Attorney General Eric Holder to prosecute WikiLeaks founder Julian Assange for espionage. Following is their letter to the attorney general:
 
December 2, 2010
 
 
The Honorable Eric H. Holder, Jr.
Attorney General
United States Department of Justice
Washington, D.C. 20535
 
Dear Attorney General Holder:
 
          We respectfully urge the Department of Justice (DOJ) to take action to bring criminal charges against WikiLeaks founder Julian Assange and any and all of his possible accomplices involved in the unauthorized possession and distribution of vast quantities of classified and unclassified material from the U.S. government.  The unauthorized release of this information, including the recent release of approximately 250,000 State Department documents, is a serious breach of national security and could be used to severely harm the United States and its worldwide interests. 
 
On Saturday, before the latest disclosures by WikiLeaks, the State Department’s legal adviser, Harold Koh, wrote Mr. Assange telling him that if he were “genuinely interested in seeking to stop the damage” from his actions he should: (1) ensure WikiLeaks ceases publishing any and all such materials; (2) ensure WikiLeaks returns any and all classified U.S. Government material in its possession; and (3) remove and destroy all records of this material from WikiLeaks' databases.  As we know, Mr. Assange failed to take these actions, and instead proceeded to release these documents to the world at large.
 
We appreciate your statement earlier this week that DOJ has an “active, ongoing, criminal investigation” with regard to the WikiLeaks matter.  We also understand that Private First Class Bradley E. Manning – who may have been involved in disclosing the most recent set of documents provided to WikiLeaks – has already been charged in military court with eight violations of federal criminal law, including unauthorized computer access and transmitting classified information to an unauthorized third party in violation of a section of the Espionage Act, 18 U.S.C. 793(e).
 
Section 793(e) of the Espionage Act states:
 
Whoever having unauthorized possession of, access to, or control over any document, writing, code book, signal book, sketch, photograph, photographic negative, blueprint, plan, map, model, instrument, appliance, or note relating to the national defense, or information relating to the national defense which information the possessor has reason to believe could be used to the injury of the United States or to the advantage of any foreign nation, willfully communicates, delivers, transmits or causes to be communicated, delivered, or transmitted, or attempts to communicate, deliver, transmit or cause to be communicated, delivered, or transmitted the same to any person not entitled to receive it, or willfully retains the same and fails to deliver it to the officer or employee of the United States entitled to receive it … Shall be fined under this title or imprisoned not more than ten years, or both. 
 
Courts have interpreted “information relating to the national defense” to include classified and unclassified material.   We believe that Mr. Assange’s conduct is espionage and that his actions fall under the elements of this section of law.  Therefore, we urge that he be prosecuted under the Espionage Act. 
 
If Mr. Assange and his possible accomplices cannot be charged under the Espionage Act (or any other applicable statute), please know that we stand ready and willing to support your efforts to “close those gaps” in the law, as you also mentioned this week.  Thank you very much for your attention to this matter.
 
Sincerely,
 
 
Dianne Feinstein                              Christopher S. Bond
Chairman                                           Vice Chairman